le Champ du Midrash

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Le vin de la saint Martin (Rubrique Peinture)


Le vin de la saint Martin
Pieter Bruegel
Musées royaux des Beaux-Arts de Bruxelles

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Vous vous souvenez sans doute du passage de Marc 2, 3 dans lequel un grabataire ne peut pas entrer à cause de la multitude, ou celui de Jean 5, 1 dans lequel un infirme ne peut pas accéder à l'eau de la piscine probatique. Ces deux passages qui n'en font qu'un pourraient être illustrés par ce tableau.
Ici la foule a largement accès au vin tandis que quelques estropiés ne peuvent s'approcher du tonneau pourtant gigantesque. Un cavalier, Saint Martin, selon la légende, leur donne la moitié de son manteau. Le vêtement est donc ici clairement présenté comme un équivalent du vin. On sait que le vin représente la Loi. Le sens de la légende de Saint Martin et de notre tableau n'a donc rien à voir avec la pauvreté. Il s'agit de donner la loi aux païens qui sont toujours représentés par des estropiés dans le midrash pour cette raison qu'ils ne disposent pas de la halakha (terme qui signifie à la fois marche et loi).
La légende de St Martin a donc parfaitement compris le sens de ces deux versets de Luc:
Lc 9, 3 N'ayez pas non plus chacun deux tuniques.
Lc 3, 11 Que celui qui a deux tuniques partage avec celui qui n'en a pas.

Les Juifs ont trop de loi (au moins deux) et pourraient partager avec les païens qui, comme dans le passage de la syro-cananéenne, se contenteraient bien des miettes.
Oui, Seigneur ! dit-elle, et justement les petits chiens mangent
des miettes qui tombent de la table de leurs maîtres !
Mt 15, 27

On remarquera justement la présence dans notre tableau d'un chien. Vous constaterez que la présence d'un chien est fréquente dans la peinture religieuse chrétienne.
Dans les Noces de Cana de Véronèse,
de nombreux animaux sont représentés. On y trouve plusieurs chiens : l'un sur les genoux du marié, deux lévriers dans l'axe central, attachés l’un à l’autre, un minuscule chien sur la table à droite, un autre enfin qui passe la tête à travers la balustrade supérieure (tout en haut à gauche).
On se pose ici la question de savoir si certains détails du tableau de Véronèse, sont issus de l'inspiration du peintre, s'ils proviennent du texte des Evangiles ou bien s'ils résultent d'une lecture active de ces mêmes textes ce qui rapprocherait notre tableau d'un midrash.

On peut se poser la question de savoir pourquoi les deux lévriers de l'axe central sont attachés l'un à l'autre. Est-ce un symbole de fidelité, mais dans ce cas de quelle lecture Véronese a t-il tiré cet attribut ? Ces deux chiens sont-ils associés, via l'os qu'ils rongent, à la mort ? Certains critiques affirment que le tableau de Véronèse possède deux points de fuite. L’un de ceux-ci est Jésus, et l’autre… le petit chien.

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