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Textes de travail - Les Actes de Jean

Actes de Jean

18. Cependant Jean hâtait sa marche vers Ephèse, mû par une vision de songe. Or donc Damonicos, son parent Aristodème, un homme très riche Clèobios et la femme de Marcellus cherchaient avec peine à le retenir une journée à Milet pour prendre avec lui du repos. Mais comme ils étaient partis au petit matin et qu’ils avaient accompli déjà environ quatre milles de la route, une voix descendit du ciel – tous l’entendirent – qui disait : “ Jean, tu dois donner à Ephèse à ton Seigneur une gloire que tu connaîtras, toi, les frères avec toi et certains de ceux qui doivent là-bas croire par toi. ”

Premier séjour à Ephèse (19-55)
Résurrection de Lycomède et de Cléopâtre (19-25)

19. Et, tandis que nous nous approchions de la ville, le stratège des Ephésiens, Lycomède, un homme de grande fortune, vint à notre rencontre et, tombant aux pieds de Jean, le suppliait par ces mots : “ T’appelles-tu Jean ? Le Dieu que tu prêches t’a envoyé pour que tu fasses du bien à ma femme qui a été frappée de paralysie depuis déjà sept jours et qui est couchée incurable. Allons, donne gloire à ton Dieu en la guérissant, pris de pitié pour nous. Car, tandis que je considérais en moi-même ce qu’il fallait penser de ces choses, quelqu’un se plaça à côté de moi et me dit : “ Lycomède, mets fin à cette pensée qui te fait la guerre, car elle est pénible ; ne te soumets pas à elle : car j’ai eu pitié de ma servante Cléopâtre et j’ai envoyé depuis Milet un homme du nom de Jean qui la relèvera et te la rendra en bonne santé. ” Ne tarde pas , serviteur du Dieu qui t’a révélé à moi, mais hâte-toi vers ma femme qui n’a plus que le souffle. ” Aussitôt Jean s’en alla de la porte de la ville avec les frères de sa suite et Lycomède à la maison de celui-ci. Cléobios dit à ses serviteurs : “ Allez chez mon parent Callippe et recevez de lui une excellente hospitalité – car je vais arriver chez lui avec son fils – pour que nous trouvions toutes choses bien préparées. ”

20. Quand Lycomède fut arrivé avec Jean à la maison où gisait sa femme, de nouveau il se saisit des pieds de Jean, disant : “ Vois, Seigneur, sa beauté flétrie, vois sa jeunesse, vois la fleur célèbre de ma pauvre femme, cette fleur sur laquelle tout Ephèse s’extasiait. J’ai été, malheureux, victime de l’envie, on m’a humilié, l’œil des ennemis m’a frappé. Je n’ai jamais nui à personne, bien que je pusse nuire à beaucoup, car j’avais précisément ceci en vue, et je veillais à ne pas voir un mal ou un sort pareil à celui-ci. Que m’a-t-il servi, Cléopâtre, de prendre tant de précautions ? Qu’ai-je gagné à être connu pour un homme pieux jusqu’à ce jour ? Je subis des maux pires qu’un impie, parce que je te vois, Cléopâtre, couchée en cet état. Le soleil dans sa course ne me verra plus si tu n’es plus ma confidente. Je veux te précéder, Cléopâtre, et mettre fin à ma vie. Je n’épargnerai pas mon bien-être, bien que je sois encore tout jeune. Je me défendrai devant la Justice comme l’ayant justement servie, car il est permis d’entrer en procès avec elle, puisqu’elle juge injustement. Je me vengerai d’elle en me présentant à elle comme un fantôme de vie. Je lui dirai : “Tu as fait violence à ma lumière en m’enlevant Cléopâtre. Tu as fait de moi un cadavre en faisant que m’advienne cette infortune. Tu m’as forcé à insulter la Providence en retranchant de moi la confiance dans la vie.”

21. Avec plus de paroles encore, Lycomède s’approcha du lit de Cléopâtre et pleurait en poussant des cris. Jean l’arracha du lit et lui dit : “ Cesse tes pleurs et tes paroles indécentes. Il ne convient pas que tu refuses de croire à celui que tu as vu. Sache que tu recouvreras ta femme. Tiens-toi donc avec nous qui sommes venus à cause d’elle et prie le Dieu qui t’est apparu dans des songes. Qu’y a-t-il donc, Lycomède ? Réveille-toi, toi aussi, et ouvre ton âme. Rejette loin de toi ce profond sommeil. Prie le Seigneur, le suppliant pour ta femme, et il la relèvera. ” Mais il tomba à terre en se lamentant et perdit connaissance.
Jean dit avec larmes : “ O nouvelle trahison de ma vision ! O nouvelle tentation préparée pour moi ! O nouvel artifice de celui qui machine contre moi ! Est-ce là ce qu’a réalisé pour moi la vois descendue du ciel jusqu’à moi sur la route ? Est-ce cela qu’elle m’a prédit comme devant se produire ici, me livrant à cette grande multitude de citoyens à cause de Lycomède ? L’homme gît là sans souffle, et moi je sais bien qu’elle ne me laissera pas sortir vivant de la maison. Pourquoi tardes-tu, Seigneur? Pourquoi as-tu écarté de nous ta bonne promesse ? Ne permets pas, je t’en prie, Seigneur, ne permets pas à celui qui se réjouit des maux d’autrui d’exulter de joie. Ne permets pas à celui qui se moque toujours de nous de danser. Que se hâtent ton saint nom et ta pitié. Ressuscite ces deux cadavres qui, par leur mort, ont poussé les gens contre moi. ”
22. Tandis que Jean s’exclamait encore, toute la ville d’Ephèse accourut à la maison de Lycomède dans la pensée qu’il était mort. A la vue de cette nombreuse foule qui était arrivée, Jean dit au Seigneur : “ C’est maintenant le temps du répit et de la confiance en toi, Christ. C’est maintenant le temps, pour nous autres malades, de ton assistance, médecin qui guérit gratuitement. Fais que j’entre dans cette maison sans qu’on se rie de moi. Je t’en prie, Jésus, porte secours à cette si grande foule pour qu’elle aille à toi, Maître de toutes choses. Vois la tribulation, vois ceux qui gisent là. Prépare, les empruntant aussi à ceux qui se sont rassemblés ici, des vases sacrés pour ton service, quand ils auront vu ton don. Car tu l’as dit toi-même, Christ : “Demandez et il vous sera donné” (Mt.7,7). Nous te demanderons, Roi, non pas de l’or, non de l’argent, non des biens, non des possessions, ni rien de ce qui est sur la terre et qui périt, mais deux vies, par lesquelles tu dois tourner ceux qui sont ici vers ta voie, vers ton enseignement, vers la franchise avec toi, vers ton excellente promesse. Car, quand ils auront appris à connaître ton pouvoir en ce que ceux qui sont morts ressuscitent, certains d’entre eux seront sauvés. Procure donc toi-même de l’espoir en toi. Je m’approche donc de Cléopâtre, je lui dis : “ Lève-toi au nom de Jésus-Christ.”

23. Et, s’étant approché de Cléopâtre, il lui toucha le visage et dit : “ Cléopâtre, celui que craint toute autorité et toute créature, toute puissance, tout abîme et toute ténèbre et la mort funeste, la sublimité du ciel, les cercles de l’Enfer, la résurrection des morts et la vision de l’aveugle, toute puissance du prince de ce monde et l’orgueil, te dit : “Lève-toi et ne deviens pas un prétexte pour beaucoup qui veulent ne pas croire, ne deviens pas une affliction pour les âmes qui peuvent espérer et être sauvées.” ” Et Cléopâtre aussitôt s’exclama d’une voix forte : “ Je me lève, Maître, sauve ta servante. ” Quand elle se fut levée après sept jours, la ville d’Ephèse fut remuée à ce spectacle paradoxal. Cléopâtre posa des questions sur son époux Lycomède, Jean lui dit : “ Si tu gardes ton âme sans trouble et immuable, tu vas tenir immédiatement ton époux Lycomède ici près de toi, si du moins tu ne te troubles pas et n’es pas remuée par ce qui s’est passé, mais as confiance dans mon Dieu, qui par moi va t’accorder ton époux vivant. Viens donc avec moi dans ton autre chambre à coucher, et tu le verras mort, mais qui va ressusciter par la puissance de Dieu. ”
24. Cléopâtre alla donc avec Jean dans sa chambre à coucher, elle vit Lycomède mort à cause d’elle, sa voix fut liée, elle grinça des dents, se mordit la langue, ferma les yeux répandant des larmes et porta tranquillement son attention sur l’Apôtre. Jean, ému de pitié sur Cléopâtre, voyant qu’elle ne rageait pas et n’était pas hors d’elle-même, invoqua la miséricorde parfaite et sans fierté, et dit : “ Seigneur Jésus-Christ, tu vois ce qui la contraint, tu vois la nécessité qui la force, tu vois comment Cléopâtre, tout en se taisant, crie dans son âme. Elle contient en elle-même son insupportable délire. Et je sais qu’à cause de Lycomède elle va mourir elle aussi. ” Elle dit doucement à Jean : “ C’est ce que j’ai dans l’esprit, Maître, et rien d’autre. ” Alors, s’étant approché du lit où gisait Lycomède, l’apôtre prit la main de Cléopâtre et dit : “ Cléopâtre, à cause de la foule qui est là et de tes parents qui sont entrés en poussant de grands cris, dis à ton époux : “Lève-toi, rends gloire au nom de Dieu, parce qu’il rend les morts aux morts.” ” Elle s’approcha du lit, dit à son époux les paroles qu’on lui avait dictées et aussitôt le ressuscita. Une fois relevé, il tomba sur le sol et embrassait les pieds de Jean. Mais Jean le releva et lui dit : “ N’embrasse pas mes pieds, mon ami, mais ceux de Dieu par la puissance de qui vous avez été ressuscité l’un et l’autre. ”

25. Cependant Lycomède dit à Jean : “ Je t’implore et t’adjure par le Dieu au nom de qui tu nous a ressuscités, demeure avec nous ainsi que tous ceux qui sont avec toi. ” Cléopâtre, pareillement, s’étant saisie des pieds de Jean, disait les mêmes choses. Jean leur répondit : “ Demain, je serai avec vous. ” Mais ils lui dirent de nouveau : “ Nous n’avons pas d’espoir en ton Dieu, mais c’est en vain que nous aurions été ressuscités, si tu ne demeures pas avec nous. ” De leur côté, Cléobios avec Aristodème et Damonicos, frappé au cœur, dirent à Jean : “ Demeurons avec eux, afin qu’ils demeurent innocents devant le Seigneur. ” Jean demeura donc là avec les frères.

Le portrait de Jean (26-29)

26. Un rassemblement d’une grande foule se réunit à cause de Jean. Et, tandis qu’il causait avec les gens présents, Lycomède, qui avait parmi ses amis un bon peintre, courut chez lui et lui dit : “ Tu vois que j’ai pris la peine de venir chez toi. Viens vite à ma maison et, sans qu’il le sache, fais le portrait de celui que je te montrerai. ” Le peintre remit à un serviteur ses instruments et ses couleurs et dit à Lycomède : “ Montre-le-moi et, pour le reste, ne te fais point de souci. ” Lycomède montra Jean au peintre, l’approcha de lui et enferma le peintre dans une chambre d’où il avait vue l’apôtre du Christ. Cependant Lycomède vivait en compagnie du bienheureux, festoyant de la foi et de la connaissance de notre Dieu, se réjouissant davantage de ce qu’il devait avoir chez lui le saint en image.

27. Le peintre donc, le premier jour, ne fit qu’une esquisse de Jean et repartit. Le lendemain, il peignit Jean en couleurs et ainsi remit le portrait à Lycomède tout joyeux. Il le prit et, l’ayant placé dans sa chambre à coucher, le couronna. Si bien que plus tard, quand il se fut aperçu de la chose, Jean lui dit : “ Mon enfant bien-aimé, que fais-tu quand tu rentres du bains et que tu vas seul dans ta chambre ? Est-ce que je ne prie pas avec toi et les autres frères ? Ou y a-t-il quelque chose que tu nous caches ? ” Disant cela en se jouant, Jean entra avec lui dans la chambre à coucher. Il voit l’image d’un vieillard garnie de couronnes et, placés devant elle, des lampes et un autel. Il appela Lycomède et lui dit : “ Lycomède, que signifie pour toi ce portrait ? Est-ce l’un de tes dieux qui est là peint ? Je crois que tu vis encore en païen. ” Lycomède lui répondit : “ Mon seul Dieu est celui qui m’a ressuscité de la mort, moi et ma femme. Mais si, après ce Dieu, il faut que soient appelés dieux les hommes qui ont été nos bienfaiteurs, c’est toi pères, qui es peint sur ce portrait, que je couronne et que je baise et honore comme ayant été pour moi un bon guide. ”

28. Jean, qui n’avait jamais vu son visage, lui dit : “ Tu te joues de moi, mon fils : suis-je vraiment tel aspect, par ton Seigneur ? Comment me persuaderas-tu que le portrait m’est ressemblant ? ” Lycomède lui apporta un miroir. Il se regarda dans le miroir, puis jeta les yeux sur le portrait et dit : “ Aussi vrais que le Seigneur Jésus-Christ vit, le portrait me ressemble. Ou plutôt non, enfant, il ne me ressemble pas à moi, mais à mon image charnelle. Si ce peintre, qui a imité cet aspect visible, veut me peindre dans un portrait, qu’il rompe avec les couleurs qu’il m’a données et les planchettes et le lieu et la ville et la figure et la forme et la vieillesse et la jeunesse et tout le visible.

29. Mais deviens pour moi un bon peintre, Lycomède. Tu as les couleurs que te donne par moi celui qui lui-même nous peint tous, Jésus, lui qui connaît les formes, les espèces, les figures, les dispositions, les types de nos âmes. Ces couleurs, avec lesquelles je te dis de peindre, sont la foi en Dieu, la connaissance, la crainte révérentielle, l’amitié, la communion, la douceur, la bonté, l’amour fraternel, la pureté, la sincérité, l’absence de crainte, l’absence de chagrin, la gravité, et tout le groupe de couleurs qui sert à peindre le portrait de ton âme, et qui maintenant déjà relève tes membres qui ont été abattus, aplanit ceux qui se sont élevés, soigne tes plaies, guérit tes blessures, arrange tes cheveux enroulés, lave ton visage, éduque tes yeux, purge tes entrailles, vide ton ventre, retranche les parties sous ton ventre. Bref, quand toute la palette et la variété de telles couleurs se seront rassemblées dans ton âme, elles la présenteront à Notre Seigneur Jésus-Christ incapable de craindre, adamantine et ferme. Ce que tu viens de faire là est enfantin et incomplet : tu as peint le portrait mort d’un mort. ”

Guérison des vieilles femmes (30-37)

30. Il ordonna alors à Vérus, le frère qui le servait, de rassembler les vieilles dans tout Ephèse et prépara toutes choses pour leur soin, lui-même avec Cléopâtre et Lycomède. Vérus vint donc auprès de Jean et lui dit : “ Des vieilles au-dessus de soixante ans qui sont ici, je n’en ai trouvé que quatre en bonne santé, des autres, certaines sont paralytiques et d’autres sont malades. ” A ces mots, Jean demeura longtemps en silence se frottant le visage, puis il dit : “ Oh l’avachissement de ceux qui habitent à Ephèse ! Oh l’état de dissolution et la faiblesse envers Dieu ! Oh comme avec le temps tu t’es joué des fidèles d’Ephèse, diable ! Jésus, qui me donne grâce et la faveur d’avoir la liberté de parole avec lui, me dit maintenant en silence : “Mande les vieilles malades et rends-toi avec elles au théâtre et guéris-les par moi : il y en a certains de ceux qui viendront pour ce spectacle que, par ces miracles, je tournerai vers quelque chose d’utile.”

31. Comme toute la foule s’était rassemblée chez Lycomède à cause de Jean, il se sépara d’elle disant : “ Venez demain au théâtre, vous tous qui voulez voir la puissance de Dieu. ” Le lendemain donc la foule, alors qu’il faisait encore nuit, vint au théâtre, si bien que le proconsul, mis au courant, se hâta et prit place avec toute la foule. Un certain Andronicos, préteur, premier des Ephésiens à ce moment, répandait le bruit que Jean avait promis des choses impossibles et incroyables. “ Si ”, disait-il, “ il a un pouvoir tel que celui dont j’entends parler, qu’il entre au théâtre public quand il est ouvert, qu’il y entre nu, sans rien tenir dans les mains, et qu’il ne prononce pas ce nom magique que je lui ai entendu dire. ”

32. Quand Jean eut connaissance de cela, ému par ces paroles, il ordonna que les vieilles fussent portées au théâtre. Quand elles y eurent toutes été portées au milieu, les unes sur des grabats, les autres plongées dans un profond sommeil, que la cité avait accouru et qu’il s’était fait un grand silence, Jean ouvrit la bouche et commença de parler :

33. “ Hommes d’Ephèse, sachez d’abord pourquoi j’arrive en votre ville, et ce que signifie cette si grande liberté de langage dont j’use envers vous, au point de me manifester à ce commun sénat de vous tous. J’ai été envoyé en mission qui n’est pas d’ordre humain et qui n’est pas un voyage vain. Et je ne suis pas non plus un négociant qui fait des trocs et des échanges, mais celui que je prêche, Jésus-Christ, étant miséricordieux et bon, veut par moi vous arracher à l’erreur, en vous convertissant tous, vous qui êtes dominés par l’incroyance et vendus à de sales pensées. C’est par son pouvoir que je réfuterai l’incroyance de votre préteur en relevant ces femmes couchées devant nous, dont vous voyez tous en quel état et quelles maladies elles sont. Or cela ne m’est pas possible si elles périssent, c’est pourquoi ces maladies seront annihilées par des traitements.

34. Voici ce que j’ai voulu d’abord semer dans vos oreilles, que vous preniez soin de vos âmes - c’est à cause de cela que je suis venu chez vous – et ne vous attendiez pas à ce que ce temps doive durer toujours, car il n’est qu’un moment de la balance, et ne thésaurisiez pas sur cette terre, où tout se flétrit ; et que vous ne pensiez pas, s’il vous vient des enfants, que vous puissiez vous reposer, et que vous ne cherchiez pas, à cause d’eux, à frustrer autrui et à avoir plus que les autres, et que vous n’ayez pas de chagrin, vous les pauvres, si vous n’avez pas de quoi satisfaire à vos plaisirs : car les possédants, quand ils tombent malades, vous nomment heureux ; et que vous, les riches, vous ne vous réjouissiez pas d’avoir plus de richesses : car, dans la possession de ces biens, vous vous préparez un chagrin immense si vous venez à les perdre, et en retour vous craignez, quand ces biens sont là, que quelqu’un vous attaque à cause d’eux.

35. Et toi qui es bouffi d’orgueil à cause de ta beauté et qui as le regard hautain, contemple, au monument funéraire, la fin de la promesse. Toi qui te réjouis de l’adultère, sache que la loi et la nature te puniront et, avant elles, la conscience. Quant à toi, femme adultère, comme tu es rebelle à la loi, tu ne sais pas où tu finiras. Et toi qui ne fais pas l’aumône aux indigents, mais as des biens en réserve, quand une fois sorti de ce corps tu auras besoin de pitié étant consumé par la feu, tu n’auras personne pour prendre pitié de toi. Et toi, le coléreux et toqué, sache que tu te conduis comme les bêtes. Et toi, l’ivre et le factieux, apprends que tu es hors de toi-même en te faisant l’esclave d’une concupiscence honteuse et sale.

36. Toi qui te réjouis de l’or et trouves tes délices dans l’ivoire et les pierres précieuses, peux-tu, la nuit venue, contempler ce que tu aimes ? Toi qui es l’esclave de vêtements moelleux, et ensuite quittes la vie, ces vêtements te serviront-ils là aussi où tu vas ? Que le meurtrier sache que la juste punition lui est réservée en double après son départ d’ici-bas. Pareillement l’empoisonneur, le magicien, le rapace, celui qui frustre, le sodomite, le voleur et tous ceux qui appartiennent à cette bande, sous la conduite de vos œuvres, vous aboutirez au feu inextinguible, aux ténèbres très profondes, à l’abîme des châtiments, aux menaces éternelles. Dès lors, hommes d’Ephèse, convertissez-vous, sachant ceci aussi que les rois, les dynastes, les tyrans, les fanfarons, ceux qui ont vaincu des ennemis, sont dépouillés de toutes les choses d’ici-bas quand ils quittent la vie et qu’ils souffrent dans des maux éternels. ”

37. Quand il eut ainsi parlé, Jean, par la puissance de Dieu, guérit toutes les maladies.


(Il y a ici une lacune. Manquent la fin du récit de la guérison des vieilles, le récit de la conversion d’Andronicos – il est donné, dès c. 37, comme un disciple -, le récit de la conversion de son épouse Drusiané.)


Jean au temple d’Ephèse (37-45)

37. (suite) Les frères venus de Milet dirent à Jean : “ Nous sommes restés longtemps à Ephèse. S’il te paraît bon, allons aussi à Smyrne : car nous entendons dire que les œuvres puissantes de Dieu sont arrivées là aussi. ” Andronicos dit aux frères : “ Quand le maître le voudra, alors nous irons. ”
38. Or donc, deux jours après, c’était la fête anniversaire de l’idole. Alors que tous étaient vêtus de blanc, Jean seul se revêtit de noir et alla ainsi au temple. Les gens, s’étant saisis de lui, voulaient le tuer. Mais Jean dit : “ Vous êtes fous de mettre la main sur moi, un serviteur du seul Dieu. ” Et, étant monté sur une haute base, il leur dit :

39. “ Vous risquez, Ephésiens, d’assumer le caractère de la mer. Tout fleuve qui coule dans la mer et toute fontaine qui y descend, les pluies, les vagues qui se pressent l’une contre l’autre, les torrents des rochers, tous sont également rendus salés par le sel amer qui est dans la mer ; de même, vous aussi, demeurant inchangés jusqu’à ce jour eu égard à la vraie religion, vous êtes restés corrompus dans vos anciens rite de culte. Combien avez-vous vu de prodiges par moi, de guérisons des maladies ? Et cependant vous êtes encore aveugles de cœur et vous ne pouvez voir. Qu’est-ce donc, hommes d’Ephèse ? J’ai eu l’audace de venir aujourd’hui jusqu’à votre temple. Je veux vous convaincre d’être très impies et morts à cause de vos raisonnements humains. Voyez, je me tiens ici. Vous dites tous que vous avez pour déesse Artémis. Priez-la donc que je meure seul. Ou bien moi seul, si vous ne pouvez faire cela, ayant invoqué mon Dieu, je vous tuerai tous à cause de cette incroyance. ”
40. Eux, qui avaient depuis longtemps fait l’expérience de Jean et qui avaient vu des morts ressuscités, s’écrièrent : “ Ne nous tue pas ainsi, nous t’en supplions, Jean : nous savons que tu peux le faire. ” Et Jean leur dit : “ Si donc vous ne voulez pas mourir, que soit confondu votre culte ! Et pourquoi est-il confondu ? Pour que vous vous écartiez de votre antique erreur. Car maintenant surtout ou bien convertissez-vous à cause de mon Dieu, ou bien je mourrai moi-même à cause de votre déesse. Car je vais prier en votre présence en suppliant mon Dieu d’avoir pitié de vous. ”

41. Sur ces mots, il fit cette prière : “ Dieu au-dessus de tous les prétendus dieux, qui jusqu’à ce jour es rejeté dans cette ville d’Ephèse, qui as mis dans mon esprit de venir en ce lieu où je n’ai jamais songé à aller, qui as confondu toute espèce de culte par la conversion à toi, au nom de qui toute idole fuit, et tout démon et toute puissance impure, fais que maintenant aussi le démon d’ici fuie à ton nom, ce démon qui fait errer une si grande foule ; manifeste ta pitié en ce lieu, parce qu’ils sont dans l’erreur. ”

42. Tandis que Jean disait cela, soudain l’autel d’Artémis se fractura en beaucoup de morceaux, tous les objets dédiés dans le temple soudainement tombèrent à terre, et sa gloire se brisa, ainsi que plus de sept statues de dieux. La moitié du temple s’effondra en sorte que le prêtre, par la chute du porche, fut tué sur le coup. La foule donc des Ephésiens s’écria : “ Il n’y a qu’un seul Dieu, le Dieu de Jean, le Dieu qui a pitié de nous, car tu es le seul Dieu. Maintenant nous nous sommes tournés vers toi, voyant tes œuvres miraculeuses. Aie pitié de nous conformément à ton vouloir, délivre-nous de notre profonde erreur. ” Et les uns, couchés sur leurs faces, faisaient des supplications, d’autres pliaient les genoux et priaient, d’autres déchiraient leurs vêtements et pleuraient, et d’autres cherchaient à fuir.

43. Cependant Jean, les mains tendues, l’âme exaltée, dit au Seigneur : “ Gloire à toi, Jésus, mon seul Dieu de vérité, de ce que tu gagnes tes serviteurs par les artifices variés. ” Et, ceci dit, il dit à la foule : “ Relevez-vous du sol, hommes d’Ephèse, et priez mon Dieu, reconnaissez sa puissance invisible qui vient à être manifestée et les œuvres miraculeuses qui se produisent à vos yeux. Artémis aurait dû se porter secours à elle-même ; il eût fallu que son prêtre fût secouru par elle et ne mourût pas. Où est le pouvoir de la déesse ? Où les sacrifices ? Où la fête anniversaire ? Où les couronnes ? Où est ce grand pouvoir magique et sa sœur la sorcellerie ? ”

44. Cependant les foules se relevèrent du sol, prirent leur course et jetèrent à bas les reste des idoles dans le temple en criant : “ Nous ne connaissons que le Dieu de Jean : c’est lui que désormais nous adorons, puisqu’il nous a fait miséricorde. ” Et, comme Jean descendait de ce lieu, une grande foule venait le toucher disant : “ Aide-nous , Jean. Viens à notre secours à nous qui périssons en vain. Tu vois notre dessein. Tu vois cette foule qui te suit, suspendue à l’espoir en ton Dieu. Nous avons vu la route sur laquelle nous errions quand nous l’avions perdu. Nous avons vu nos dieux vainement dressés sur leurs bases. Nous avons vu l’extrême et honteuse moquerie qui les afflige. Permets-nous, nous t’en prions, de venir en ta maison pour être secourus sans empêchement. Reçois-nous qui sommes tombés dans l’angoisse. ”

45. Jean leur dit : “ Mes amis, croyez que c’est à cause de vous que je suis resté à Ephèse, alors que j’avais impulsion d’aller à Smyrne et les autres villes, pour que les serviteurs du Christ qui s’y trouvent se tournent vers lui. Mais, comme je m’étais levé pour cette course sans être encore entièrement apaisé à votre sujet, je suis resté en priant mon Dieu, et je l’ai supplié de ne me laisser sortie d’Ephèse qu’après que je vous aurai confirmés dans la foi. Or, bien que je croie que cela a eu lieu et se produit encore davantage, je ne vous quitterai pas avant de vous avoir, comme des enfants, sevrés du lait de la nourrice et établis sur un ferme roc. ”

Résurrection du prêtre d’Artémis (46-47)

46. Jean resta donc auprès d’eux, ils les recevait dans la maison d’Andronicos. Or l’un de ceux qui se rassemblaient fit reposer le cadavre du prêtre d’Artémis devant le porche de la maison et s’élança à l’intérieur avec les autres sans avoir rien dit à personne : il était un parent du prêtre. Jean donc, après l’homélie aux frères, la prière, l’eucharistie, et après avoir imposé les mains sur chacun des membres de la congrégation, dit, mût par l’Esprit : “ Il y a quelqu’un qui, par sa foi en Dieu, a fait reposer le prêtre d’Artémis devant la porte avant d’entrer ici et, dans le désir de son âme, il a pris soin de lui-même, se disant en son cœur : “Il vaut mieux que je prenne soin de moi vivant que de mon parent mort. Car je sais que, comme je me suis tourné vers le Seigneur et que j’ai sauvé mon âme, Jean ne refusera pas de ressusciter aussi le mort.” ” Alors, quittant sa place, Jean se rendit au lieu où était entré le parent du prêtre qui avait eu ces pensées et, lui ayant prit la main, il lui dit : “ As-tu eu ces pensées en venant vers moi, mon enfant ? ” Et lui, pris de tremblement et de frissons, dit : “ Oui, seigneur ”, en se jetant à ses pieds. Alors Jean dit : “ Notre Seigneur est Jésus-Christ qui montrera son pouvoir à l’occasion de ton parent mort, en le ressuscitant. ”

47. Alors, ayant relevé le jeune homme et lui ayant pris la main, Jean dit : “ Ce n’est pas grand-chose pour un homme qui détient de grands mystères que de perdre encore son temps dans les petites choses. Ou bien qu’y a-t-il de grand à ce que disparaissent des maladies corporelles ? ” Et, tenant encore le jeune homme par la main, Jean dit : “ Je te le dis, enfant, va toi-même, ressuscite le mort, ne disant rien que ces mots : “Le serviteur de Dieu Jean te dit : Lève-toi.” ” Le jeune homme alla à son parent, ne lui dit que ces mots en présence d’une grande foule, et rentra auprès de Jean, tenant l’homme vivant. A la vue du ressuscité, Jean dit : “ Maintenant que tu es ressuscité, tu ne vis pas vraiment, tu ne participes pas à la vraie vie et tu n’en es pas l’héritier. Veux-tu appartenir à celui au nom duquel et par la puissance duquel tu es ressuscité ? Eh bien, maintenant crois, et tu vivras dans tous les siècles. ” Le prêtre crut sur le champ au Seigneur Jésus et désormais il persévérait auprès de Jean.

Rencontre avec un parricide (48-54)

48. Le lendemain, ayant vu en songe qu’il devait se rendre à trois milles hors des portes de la ville, Jean ne négligea pas le songe, mais se leva dès l’aube avec les frères et marchait sur la route. Or un certain paysan avait été admonesté par son père de ne pas prendre pour lui-même la femme d’un camarade de travail – ce camarade menaçait de l’égorger à lui seul - : ce jeune homme, ne pouvant supporter l’admonestation de son père, le frappa et le laissa sans voix. Quand il eut vu ce qui était arrivé, Jean dit au Seigneur : “ Seigneur, est-ce pour cela que tu m’as ordonné de sortie aujourd’hui ici ? ”
49. A la vue de la rapidité de la mort, le jeune homme, s’attendant à être pris, arracha la faucille qui était dans sa ceinture et courut à sa chaumière. Jean le rencontra et lui dit : “ Arrête, très éhonté démon, et dis-moi où tu t’élances en portant cette faucille avide de sang ? ” Troublé, le jeune homme laissa tomber le fer à terre et lui dit : “ J’ai commis un acte terrible et inhumain, je le sais, et j’ai décidé de commettre sur moi-même un méfait plus violent et plus cruel encore, de mourir une fois pour toutes. Comme mon père était toujours à m’exhorter à mener une vie sans adultère et chaste, ne supportant pas ses reproches, je l’ai frappé et tué, et, ayant vu ce que j’avais fait, je courais vers la femme à cause de laquelle j’ai été meurtrier de mon père, tentant de la tuer, elle et son marie et moi-même après cela le dernier de tous, car je ne supporte pas d’être vu par le marie de cette femme quand je subirai le châtiment de la peine capitale. ”

50. Jean lui dit : “ Pour que je ne donne pas place, en me retirant et en vous voyant avec indifférence en péril, à celui qui veut rire à votre occasion et se moquer de vous, viens avec moi et montre-moi où ton père est gisant. Et, si je te le ressuscite, éloigne-toi désormais de cette femme qui t’a été dangereuse. ” Le jeune homme dit : “ Si tu me ressuscites mon père vivant, et que je le voie tout entier conversant dans la vie, je m’éloignerai désormais de la femme. ”

51. Lorsqu’il eut dit cela, ils arrivèrent en courant au lieu où le vieillard gisait mort, et il y avait, présents au lieu, beaucoup de passants. Jean dit au jeune homme : “ Malheureux, tu n’as même pas épargné la vieillesse de ton père ? ” Lui, pleurant et s’arrachant les cheveux, dit qu’il se repentait de cela. Le serviteur du Seigneur dit : “ Toi qui m’as révélé aujourd’hui de venir en ce lieu, toi qui savais que ceci devait avoir lieu, toi à qui ne peut échapper aucune des actions accomplies dans la vie, toi qui, par ton vouloir, me procures tout soin et toute guérison, procure-moi maintenant aussi ce vieillard vivant, puisque tu vois que son meurtrier s’est fait son propre juge. Epargne-le, toi seul Seigneur, lui qui n’a pas épargné son père parce qu’il lui donnait les meilleurs conseils. ”

52. Lorsqu’il eut dit cela, il s’approcha du vieillard et dit : “ Mon Seigneur ne sera pas las de bien faire et d’étendre jusqu’à toi sa bonne pitié et sa miséricorde sans arrogance. Lève-toi donc et donne gloire à Dieu pour l’œuvre qu’il a accomplie. ” Le vieillard dit : “ Je me lève, seigneur. ” Et il se leva. Et, une fois assis, il dit : “ Alors que j’étais sorti d’une vie très terrible où j’avais à supporter les nombreuses et pénibles violences de mon fils et son manque d’affection, tu m’as rappelé, homme de Dieu vivant, et pourquoi ? ” tu es ressuscité pour la même condition de vie, mieux eût valu que tu restasses mort : mais tu es ressuscité pour de meilleures choses. ” Et, l’ayant pris par la main, il le conduisit à la ville tout en lui annonçant la grâce de Dieu, si bien qu’avant d’arriver à la porte le vieillard crut.

53. Le jeune homme, ayant vu la résurrection inattendue de son père et son propre salut, prit la faucille et ce coupa les parties, puis courut à la maison où il avait sa maîtresse adultère, et jeta ces parties à sa vue disant : “ A cause de toi j’ai été le meurtrier de mon père et j’ai failli l’être de vous deux et de moi-même. Tu as ici ce qui est pareillement la cause de ces crimes. Car Dieu a eu pitié, pour que je reconnaisse son pouvoir. ”
54. Et, s’en étant allé, il rapporta à Jean devant les frères ce qu’il avait fait. Mais Jean lui dit : “ Celui qui a mis dans ton esprit de tuer ton père et de devenir l’adultère d’une femme étrangère, c’est lui aussi qui t’a fait enlever les parties fâcheuses comme un acte de justice. Il te fallait annihiler non pas les lieux, mais la disposition d’esprit qui se montrait harassante au moyen de ces parties. Car ce ne sont pas les organes qui nuisent à l’homme, mais les sources invisibles par lesquelles tout mouvement honteux est excité et se porte à la lumière. Repens-toi donc, enfant, de cette faute, et maintenant que tu as appris les artifices de Satan, tu auras Dieu venant à ton secours pour tous les besoins de ton âme. ” Le jeune homme, s’étant calmé, persévéra dans la repentance de ses fautes passées, pour qu’il obtînt le pardon de la bonté de Dieu. Et il ne se sépara plus de Jean.

Appel à Smyrne (55)

55. Tandis qu’il accomplissait ces choses à Ephèse, les Smyrnéens lui envoyèrent des ambassadeurs qui lui dirent : “ Nous entendons dire que le Dieu que tu prêches est sans envie et qu’il t’a prescrit de ne pas t’attarder en un seul lieu. Comme donc tu es le héraut de ce Dieu, viens à Smyrne et dans les autres villes, afin que nous connaissions ton Dieu, et que, le connaissant, nous mettions en lui nos espérances. ”


(Après c. 55, lacune probablement d’une certaine longueur où devaient être rapportés les événements à Smyrne et “ dans les autres villes ”. Quand le récit reprend au ch. 58, Jean revient à Ephèse et le manuscrit M (Marcianus graecus 363 s. XII) porte en tête du ch. 58 “ De Laodicée à Ephèse pour la seconde fois ”.)


Retour à Ephèse (58-61)

58. Un assez long temps s’étant écoulé, alors qu’aucun des frères n’avait jamais été chagriné par Jean, ils furent alors quand il eut dit : “ Frères, il est temps pour moi de retourner à Ephèse : J’ai fait accord en effet avec ceux qui demeurent là-bas, de peur qu’ils ne se négligent s’ils n’ont pendant un long temps personne qui les fortifie. Mais ayez tous l’esprit tendu vers Dieu, qui ne nous abandonne pas. ” Entendant ces mots de lui, les frères étaient dans le deuil, puisqu’ils devaient être séparés de lui. Alors Jean dit : “ Même si je suis séparé de vous, le Christ, lui, est toujours avec vous. Si vous l’aimez purement, vous aurez sa communion sans qu’elle vous fasse défaut : car, si on l’aime, il prévient en amour ceux qui l’aiment. ”

59. Sur ces mots, après leur avoir dit adieu et avoir laissé beaucoup d’argent aux frères pour qu’ils le distribuent, il partit pour Ephèse, tous les frères étant dans le deuil et gémissant. A sa rencontre depuis Ephèse vinrent Andronicos et Drusiané, de même que Lycomède et Cléobios et leurs gens. Il était suivi aussi d’Aristoboula, qui avait su que son mari Tertullus était mort en route, d’Aristippe avec Xénophon, de la prostituée devenue chaste, et de beaucoup d’autres, qu’il exhortait chaque fois à s’attacher au Seigneur, et qui ne voulaient plus se séparer de lui.

60. Comme nous nous étions arrêtés le premier jour dans une auberge déserte et que nous étions en besoin d’un lit pour Jean, nous vîmes une chose amusante. Il y avait là un lit sans couvertures posé en un certain lieu, nous plâçames sur lui nos manteaux et nous l’invitâmes à se coucher sur lui et à prendre son repos, pendant que le reste d’entre nous dormait sur le sol. S’étant donc couché, il était mordu par les punaises. Comme elles le gênaient de plus en plus, la nuit ayant déjà atteint son milieu, nous l’entendîmes tous dire aux punaises : “ Je vous le déclare, ô punaises, soyez en bonnes dispositions, une et toutes, et, délaissant cette nuit vos maisons, demeurez tranquilles en un seul lieu, et restez éloignées des serviteurs de Dieu. ” Et, pendant que nous riions et continuions à parler, Jean se tourna vers le sommeil ; alors, parlant à voix basse, nous ne lui fûmes pas une gêne.

61. Mais, quand le jour commença de luire, prenant les devants, je me lève et avec moi Vérus et Andronicos : et nous voyons près de la porte de la chambre que nous avions prise une grande quantité de punaises qui se tenaient là. Et, cependant que nous étions hors de nous-mêmes à la vue d’une si grande masse de punaises et que tous les frères avaient été éveillés, Jean dormait. Quand il se fut éveillé, nous lui dîmes ce que nous avions vu. Alors il s’assit sur son lit et, ayant vu les punaises, il dit : “ Puisque vous avez été dans de bonnes dispositions et vous êtes mises en garde devant mon châtiment, retournez à votre place. ” Quand il eut dit ceci et ce fut levé, les punaises coururent depuis la porte jusqu’au lit et, montant par ses jambes elles se cachèrent dans les jointures. Jean dit de nouveau : “ Cette bestiole, ayant entendu la vois de l’homme est restée tranquille à part et n’a pas transgressé l’ordre ; et nous, qui entendons la voix de Dieu, nous désobéissons à ses ordres et sommes négligents. Et jusqu’à quand ? ”

Second séjour à Ephèse (62-105)

62. Après cela, nous arrivons à Ephèse. Les frères de là-bas, ayant connu depuis longtemps la venue de Jean, accouraient à la maison d’Andronicos, où il était descendu, et se saisissaient de ses pieds, mettaient ses mains sur leurs visages et baisaient, et beaucoup se réjouissaient de toucher ses vêtements et, parce qu’ils avaient touché le manteau du saint apôtre, étaient guéris.

63. Et, alors qu’une grande charité et une joie insurpassable régnaient parmi les frères, un individu, un envoyé de Satan, s’éprend de Drusiané, voyant et sachant qu’elle est la femme d’Andronicos. La plupart lui disaient : “ Il t’est impossible d’obtenir cette femme, car de longtemps elle est séparée de son mari pour cause de chasteté. Tu es seul à ignorer que, avant d’être ce qu’il est maintenant, un homme pieux, Andronicos l’enferma dans une tombe en lui disant : “Ou bien je puis t’avoir comme je t’ai eue depuis longtemps, ou bien tu mourras.” Et elle aima mieux mourir que d’accomplir cette impureté. Si donc, par chasteté, elle n’a pas consenti à s’unir à son maître et époux, mais l’a persuadé d’être dans les mêmes sentiments qu’elle-même, consentira-t-elle à aller vers toi qui veux être adultère avec elle ? Abandonne cette folie qui n’a point de repos en toi, abandonne ce projet auquel tu ne peux donner d’accomplissement. ”

64. Malgré ces paroles, ses amis habituels ne purent le persuader, mais avec impudeur il lui faisait cortège. Et, connaissant ses effronteries et violences, elle menait sa vie dans le découragement. Après deux jours, Drusiané se coucha de découragement, elle eut de la fièvre et dit : “ Plût au ciel que je ne fusse pas encore rentrée dans ma patrie, moi qui suis devenue une occasion de chute pour un homme non initié à la vraie piété. S’il était rempli des paroles de Dieu, il n’en serait pas venu à un tel degré de folie. Maintenant donc, Seigneur, puisque je suis devenue l’occasion d’un coup pour une âme qui ne connaît pas la doctrine chrétienne, délivre-moi de ce lien, fais-moi passer vite auprès de toi. ” Et, en présence de Jean, qui ne s’avait même absolument rien de l’affaire, Drusiané quitta la vie, non entièrement heureuse, mais se chagrinant à cause du brisement spirituel de l’homme.

65. Andronicos, affligé d’un chagrin secret, était spirituellement dans le deuil et il pleurait ouvertement, en sorte que Jean souvent lui fermait la bouche et lui disait : “ Drusiané a échangé cette vie injuste pour un espoir meilleur. ” Et Andronicos lui répondit : “ J’en suis persuadé, Jean, et je n’ai absolument aucun doute dans ma foi en Dieu. Mais il y a une chose surtout que je tiens avec force, c’est qu’elle a quitté la vie en état de pureté. ”

66. Quand on conduisit Drusiané au tombeau, Jean prit la main d’Andronicos et, mis au courant de la cause de sa mort, il s’en affligeait plus encore qu’Andronicos. Il gardait le silence, ayant regard aux assauts de l’Ennemi, et pour un peu de temps resta tranquille. Puis, les frères étant rassemblés pour entendre quelles paroles ils prononcerait sur la défunte, il commença de parler :
67. “ Quand le pilote qui voyage en mer avec les passagers et le navire lui-même arrive à un port tranquille et sans orage, qu’il dise alors seulement qu’il est sauvé. De même quand le laboureur a semé en terre ses semences et pris beaucoup de peine pour leur soin et leur protection, qu’il prenne alors seulement le repos de ses fatigues quand il dépose dans ses greniers le grain de surabondante multiplication. Celui qui a pris sur soi de courir au stade, qu’il se réjouisse alors seulement quand il remporte le prix. Celui qui a été inscrit pour le concours de la boxe, qu’il se vante alors seulement quand il reçoit les couronnes. Et il en va de même pour toute la série des objets de lutte et des arts, quand au terme ils n’ont pas été privés de succès mais se sont montrés pareils à ce qu’ils promettaient.

68. Je pense qu’il en est de même aussi eu égard à la foi que chacun de nous pratique. On juge si elle est vraie alors seulement qu’elle est restée égale jusque hors de la vie. Car il y a beaucoup d’empêchements qui viennent à la traverse et qui fournissent du trouble au raisonnement humain : sollicitude, enfants, parents, gloire, pauvreté, flatterie, force de l’âge, vantardise, désir, richesse, orgueil, élévation, mollesse, envie, passion, jalousie, négligence, démesure, amour, ruse, argent, prétexte, et tous les autres empêchements qu’il y a dans la vie, tour comme pour le pilote qui vogue d’une course tranquille il y a en opposition l’attaque des vents contraires, une grande tempête et de fortes vagues au lieu du calme, et pour le laboureur il y a l’orage à contre-temps et la rouille et les reptiles qui naissent de la terre, et pour les contestants à la lutte il y a le “il s’en faut de peu”, et pour ceux qui poursuivent les arts il y a l’empêchement qui vient d’eux.

69. Mais avant tout il faut que l’homme de foi prévoie sa sortie et apprenne à savoir de quelle sorte sera cette sortie quand elle viendra, si elle sera vigilante et sobre et ne comportant aucun empêchement, ou troublée et attachée aux biens d’ici-bas et enchaînée aux désirs. C’est ainsi que peut être loué aussi un beau corps quand il est complètements dénudé, ou un grand général quand il a eu plein succès dans tout ce qu’il avait promis à la guerre, ou cet excellents médecin quand il a réussi en chaque traitement, et l’âme fidèle et réceptive de Dieu quand elle s’est montrée égale à ses promesses, non l’âme qui a bien commencé et puis a glissé vers les biens de la vie et est tombée, ni l’âme somnolente qui s’est violentée pour être avec les choses meilleures et puis est retombée vers les choses éphémères, ni l’âme qui aspire aux choses temporelles plutôt qu’aux éternelles, ni l’âme qui a échangé le durable pour le non durable, ni l’âme qui a honoré ce qui n’est pas à honorer et qui a aimé les œuvres pleines de contumélies, ni l’âme qui a reçu des gages de Satan, ni celle qui a accueilli le Serpent dans sa maison, ni l’âme qui reçoit des reproches pour l’amour de Dieu et qui n’en conçoit pas de honte, ni l’âme qui de bouche dit “oui”, mais qui en acte ne se montre pas correspondant à ce oui, mais l’âme qui a supporté de ne pas être relâchée par le sale plaisir, de ne pas être vaincue par la mollesse, de ne pas être séduite par l’amour des richesses, de ne pas être trahie par la vigueur corporelle et par la colère. ”

70. Tandis que Jean s’étendait en discours plus longs à l’adresse des frères, comme quoi ils devaient mépriser les choses éphémères à cause des choses éternelles, celui qui aimait Drusiané, brûlant d’un désir terrible et par l’action de Satan polymorphe, achète pour une grosse somme l’intendant d’Andronicos qui était cupide. Celui-ci lui ouvrit le monument funéraire de Drusiané et lui permit d’accomplir sur le cadavre son acte interdit. Comme il ne l’avait pas obtenue de son vivant, il continuait à importuner le corps après la mort et disait : “ Si vivante tu n’as pas voulu t’unir à moi, je violenterai ton cadavre après la mort. ” ayant donc cela en tête et s’étant ménagé son acte impie par le moyen de l’abominable intendant, il bondit dans le monument funéraire avec l’intendant. Et, ayant ouvert la porte, ils commencèrent de retirer au cadavre les bandelettes, disant : “ A quoi cela t’a-t-il servi, malheureuse Drusiané ? Ne pouvais-tu faire cela durant la vie, qui peut-être ne t’aurait nullement chagrinée si tu l’avais fait de plein gré ? ”

71. Tandis qu’ils parlaient ainsi et qu’il ne subsistait sur le corps de Drusiané que l’habituel suaire, on voit un spectacle étrange qui méritaient bien de subir ceux qui agissaient ainsi. Un serpent surgi d’on ne sait où frappa d’un coup l’intendant et le tua. Quant au jeune homme , il ne le frappa pas, mais il s’enroula autour de ses pieds en sifflant terriblement, et, quand le jeune homme fut tombé, il monta et s’assit sur lui.

72. Le lendemain, Jean arrive dès l’aube au tombeau avec Andronicos et les frères – Drusiané en était à son troisième jour -, pour que nous rompions le pain sur place. A notre arrivée, d’abord on chercha les clés et on ne les trouvait pas. Jean dit à Andronicos : “ C’est très justement qu’elles ont été perdues : car Drusiané n’est pas dans le tombeau. Néanmoins allons, pour que tu ne sois pas négligent, et les portes s’ouvriront d’elles-mêmes, comme le Seigneur a fait pour nous bien des choses pareilles. ”

73. Arrivés au lieu, sur l’ordre du maître les portes s’ouvrirent, et près du tombeau de Drusiané nous vîmes un jeune homme de belle figure qui souriait. A sa vue, Jean poussa un cri et dit : “ C’est ainsi que tu nous précèdes, beau garçon ? Pourquoi cela en vérité ? ” Et nous entendîmes une voix qui lui disait : “ A cause de Drusiané, que tu dois ressusciter. Peu s’en est fallu que je ne l’aie trouvée outragée, et à cause de celui qui près du sépulcre de Drusiané gît inanimé. ” Et, après avoir dit cela à Jean, le beau jeune homme remonta au ciel à la vue de tous. Or, s’étant tourné vers l’autre côté du monument funéraire, Jean vit d’abord le jeune homme premier des Ephisiens Callimaque – c’est ainsi qu’il s’appelait – et, dormant sur lui, un énorme serpent et l’intendant d’Andronicos, nommé Fortunatus, mort. Et, à la vue de ces deux, Jean se tint perplexe et il dit aux frères : “ Que signifie ce spectacle ? Et pourquoi le Seigneur ne m’a-t-il pas révélé ce qui se passait ici, alors que jamais il ne m’a négligé ? ”

74. Quand à Andronicos, à la vue de ces cadavres, il bondit et alla au tombeau de Drusiané et, l’ayant vue vêtue seulement d’une chemise à double bordure, il dit à Jean : “ Je comprends ce qui s’est passé, bienheureux serviteur de Dieu Jean. Ce Callimaque était épris de ma sœur. Comme il ne l’avait pas obtenue bien qu’il eût souvent osé la chose, il acheta à prix fort mon détestable intendant, ayant peut-être ceci dans l’esprit, comme on peut s’en apercevoir maintenant, d’exécuter grâce à lui la tragédie de sa conspiration. Callimaque en effet l’a confessé à beaucoup : “Si elle ne veut pas s’unir à moi vivante, je la violenterai une fois morte.” Et peut-être, maître, le beau jeune homme le savait-il et n’a-t-il pas permis que son cadavre fût outragé, et c’est pourquoi ces deux qui ont osé la chose sont morts. Et n’est-il pas vrai que la voix qui t’a dit “Ressuscite Drusiané” a révélé cela à l’avance, puisque Drusiané a quitté la vie ayant du chagrin ? Mais j’ai foi en celui qui a dit que cet homme est du nombre des égarés : et en effet tu as reçu l’ordre de le ressusciter ; quant à l’autre, je sais qu’il n’est pas digne de salut. Mais voici une chose que je te demande : ressuscite d’abord Callimaque, et il nous confessera ce qui s’est passé. ”
75. Jean, ayant jeté les yeux sur le cadavre, dit au serpent venimeux : “ Ecarte-toi de celui qui doit devenir un serviteur de Jésus-Christ. ” Puis, s’étant dressé, il pria sur le cadavre en ces termes: “ Dieu, dont le nom est dignement glorifié par nous ; Dieu, qui domptes toute activité malfaisante ; Dieu, dont le vouloir s’accomplit, qui nous écoutes toujours ; que maintenant encore s’accomplisse ton don en faveur de ce jeune homme ? Et, s’il doit y avoir, grâce à lui, quelque dispensation de salut, manifeste-la nous quand il aura été ressuscité. ” Aussitôt le jeune se dressa et demeura silencieux une heure entière.
76. Quand il eut repris ses sens, Jean lui demanda ce que signifiait son entrée dans le monument funéraire. Et, ayant appris de lui ce qu’Andronicos lui avait dit, comme quoi il avait été épris de Drusiané, Jean de nouveau lui demanda s’il avait atteint son sale but, de violenter un cadavre plein de sainteté. L’autre lui répondit : “ Comment aurais-je pu le faire, quand cette terrible bête jeta à terre Fortunatus d’un seul coup à ma vue, et à bon droit, puisqu’il m’encourageait dans ma grande folie, alors que déjà j’étais sorti de ce délire déraisonnable et horrible ? Mais ce serpent m’a arrêté par la crainte et m’a mis dans l’état où vous m’avez vu avant de me ressusciter. Mais je te dirai une chose plus admirable encore qui peu s’en faut qu’elle ne me tuât et fît de moi un cadavre. Alors que mon âme avait cédé à la démence et que la maladie irrépressible m’importunait, et alors que j’avais déjà enlevé les bandelettes dont elle était revêtue et qu’ensuite j’étais sorti du sépulcre et les avais déposées là où tu les vois, je retournai de nouveau pour mon acte abominable. Et je vois un jeune homme de belle figure protégeant Drusiané de son manteau : et de ses yeux, des éclats de lumière pénétraient jusque dans les yeux de Drusiané. Il m’adressa la parole en disant : “Callimaque, meurs pour que tu vives.” Qui c’était, je l’ignorais, serviteur de Dieu. Mais du fait que je te vois ici, je connais que c’était un ange de Dieu, cela je le sais bien ; et je sais vraiment que c’est le vrai Dieu qui est annoncé par toi, j’en suis persuadé. Mais je t’en supplie, ne me néglige pas dans une telle infortune, délivre-moi de cette audace horrible, présente-moi à ton Dieu comme un homme qui a été abusé par une honteuse et sale tromperie. J’ai donc besoin que tu me secoures et je me saisis de tes pieds. Je veux devenir l’un de ceux qui ont espoir dans le Christ, pour que soit vraie la voix qui m’a dit ici : “Meurs pour que tu vives.” Cette voix a réalisé son office. Car est mort l’homme sans foi, sans règle morale, sans Dieu : et je suis ressuscité par toi comme celui qui doit être croyant, pieux, connaissant la vérité, que je te supplie de me faire connaître. ”
77. Jean alors, pris d’une grande joie et connaissant tout le drame du salut de l’homme, dit : “ Quel est ton pouvoir, Seigneur Jésus-Christ, je ne le sais pas, confondu par ta grande miséricorde et ton immense patience. O grandeur, comme tu es descendue en esclavage ! O liberté indicible réduite en esclavage par nous ! O incompréhensible gloire pour nous ! Toi qui as gardé à l’abri de l’outrage la maison morte, toi qui as racheté l’homme qui s’était ensanglanté et qui as corrigé l’âme de celui qui voulait souiller des corps morts, toi, père, qui as eu pitié et miséricorde pour l’homme qui t’avait négligé, nous te glorifions, nous te louons, nous te bénissons, nous te rendons grâces, pour ta grande bonté et ta patience, saint Jésus, parce que tu es le seul Dieu et qu’il n’y en a pas d’autre, toi de qui la puissance inattaquable dure aujourd’hui et dans tous les siècles des siècles Amen. ”
78. Ceci dit, Jean prit Callimaque, l’embrassa et lui dit : “ Gloire à notre Dieu, enfant, qui a eu pitié de toi, qui m’a jugé digne de glorifier sa puissance, qui t’a juré digne de te débarrasser par un stratagème de ta folie et de ton ivresse, et qui t’a appelé au repos qui lui est propre et au renouvellement de la vie. ”
79. Lorsqu’il eut vu le mort Callimaque ressuscité, Andronicos avec les frères demanda à Jean de ressusciter aussi Drusiané, disant : “ Qu’elle ressuscite et qu’elle passe heureusement le court espace de temps qu’elle a donné du fait de son chagrin à cause de Callimaque, parce qu’elle pensait avoir été pour lui une occasion de chute : et quand le Seigneur voudra, il la reprendra. ” Jean n’hésita pas et, s’approchant de sa tombe, il lui prit la main et dit : “ Toi qui seul es Dieu, je t’invoque, toi le plus que grand, l’indicible, l’incompréhensible, toi auquel toute puissance des archontes est soumises, devant qui toute autorité s’incline, devant qui toute arrogance s’écroule à terre et se tait, devant qui les démons tremblent quand ils t’entendent, devant qui toute la création s’humilie quand elle t’a connu, que soit glorifié par nous ton nom, ressuscite Drusiané, pour que Callimaque soit confirmé dans sa foi en toi, qui dispenses ce qui pour les hommes est impraticable et impossible, mais pour toi seul est possible, le salut et la résurrection, et pour que Drusiané sorte du tombeau désormais en repos, n’amenant plus avec elle, puisque le jeune homme s’est converti, le moindre obstacle dans sa course vers toi. ”
80. Ceci dit, Jean dit à Drusiané : “ Drusiané, lève-toi. ” Elle sa releva et sortit du tombeau. Et, voyant qu’elle n’avait sur elle qu’une chemise, elle ne savait que penser. Mais, quand elle eut tout exactement appris d’Andronicos, cependant que Jean était couché sur sa face et que Callimaque glorifiait Dieu avec cris et larmes, elle aussi se réjouit et pareillement glorifia Dieu.
81. Quand elle se fut vêtue, s’étant retournée, elle vit Fortunatus gisant. Elle dit à Jean : “ Père, que celui-ci aussi ressuscite, même s’il a essayé de me trahir. ” A ces mots, Callimaque dit : “ Non, je t’en prie, Drusiané. La voix que j’ai entendue ne faisait aucun cas de lui, mais ne me donnait d’indication que sur toi. Et j’ai vu et j’ai cru. S’il avait été homme de bien, peut-être Dieu eût-il pris pitié de lui et l’eût-il ressuscité par le bienheureux Jean. Dieu donc jugea digne de mort celui qu’il ne déclara pas digne de résurrection. ” mais Jean lui dit : “ Nous n’avons pas appris, mon enfant, à rendre le mal pour le mal. Et de fait Dieu, quand nous nous sommes souvent mal conduits envers lui et non pas bien, ne nous a pas donné rétribution, mais repentance ; quand nous avons ignoré son nom, il ne nous a pas négligés, mais a eu pitié de nous ; quand nous l’avons blasphémé, il ne nous a pas attaqués, mais a eu miséricorde envers nous ; quand nous étions infidèles, il n’a pas eu de ressentiment ; quand nous persécutions ses frères, il ne nous a pas rendu la pareille, mais, ayant mis dans nos esprits de la repentance et de l’abstinence du mal, il nous a appelés nous aussi à lui, comme il a fait pour toi, mon enfant Callimaque : sans avoir de ressentiment pour ta première conduite, il a fait de toi son esclave par sa pitié qui veille sur nous. Ainsi donc, si tu ne me permets pas de ressusciter Fortunatus, ce sera l’affaire de Drusiané. ”
82. Celle-ci, sans tarder, dans la joie de l’esprit et de l’âme, s’approcha du cadavre de Fortunatus et dit : “ Dieu des siècles, Jésus-Christ, Dieu de la vérité, qui m’as accordé de voir des prodiges et des miracles, qui m’as donné de devenir participante de ton nom, qui t’es manifesté à moi sous ton aspect polymorphe et qui as eu pitié de moi de mille façons, qui, alors que j’étais harassé par mon ancien époux Andronicos, m’as protégée par ton extrême bonté, qui m’as donné pour frère ton serviteur Andronicos, qui m’as gardé pure jusqu’à ce jour, moi ta servante, qui, alors que j’étais morte, m’as ressuscitée par ton serviteur Jean, qui, une fois ressuscitée, m’as montré celui qui avait bronché à l’abri du bronchement, toi qui m’as donné un parfait repos auprès de toi et qui m’as délivrée de la secrète folie, toi que j’ai baisé et aimé, je t’en prie, Christ, ne renvoie pas ta Drusiané qui te demande de ressusciter Fortunatus ; même s’il a essayé de me trahir. ”
83. Et, ayant pris la main du mort, elle dit : “ Lève-toi, Fortunatus, au nom de Notre Seigneur Jésus-Christ. ” Fortunatus se leva et, ayant vu Jean dans le monument funéraire et Andronicos et Drusiané ressuscitée des morts et Callimaque converti à la foi et les autres frères glorifiant Dieu, dit : “ Oh ! Jusqu’où sont allés les pouvoirs de ces hommes terribles ! Je ne voulais pas être ressuscité, mais plutôt rester mort, pour ne pas les voir. ” Sur ce, il prit la fuite et sortit de la chambre sépulcrale.
84. Quand Jean eut vu que l’âme de Fortunatus n’avait pas changé, il dit : “ O nature qui ne se tourne pas vers le mieux ! O source de l’âme qui reste dans l’ordure ! O substance de la perdition pleine de ténèbres ! O mort qui danses au milieu des tiens ! O arbre sans fruit plein de feu ! O arbre qui portes du charbon comme fruit ! O matière qui cohabites avec la folie de la matière et qui es voisine de l’infidélité ! tu as prouvé qui tu es et tu es toujours convaincue avec tes enfants. Le pouvoir de glorifier le meilleur, tu ne le connais pas, car tu n’as pas le meilleur. Dès lors, tel ton fruit, telle aussi ta racine et ta nature. Sois excommunié de la communion de ceux qui espèrent dans le Seigneur, de leurs pensées, de leur esprit, de leurs âmes, de leurs corps, de leur activité, de leur vie, de leur conduite, de leurs affaires, de leur occupation, de leur conseil, de leur résurrection auprès de Dieu, de leur bonne odeur à laquelle tu n’auras pas de part, de leurs jeûnes, de leurs prières, de leur saint baptême, de leur eucharistie, de leur nourriture de la chair, de leur boisson, de leur vêtement, de leur charité, de leur sollicitude pour les morts, de leur continence, de leur justice : de tout cela, très impie ennemi de Dieu Satan, Jésus-Christ notre Dieu t’excommuniera, lui qui est le juge de tes pareils qui on ton caractère. ”
85. Ceci dit, Jean pria et, ayant pris du pain, il le porta au sépulcre pour le rompre. Et il dit : “ Nous glorifions ton nom qui nous a fait sortie de l’erreur et de la tromperie sans pitié. Nous glorifions celui qui nous a montré à nos yeux ce que nous avons vu. Nous portons témoignage à ta bonté qui nous est apparue sous multiples formes. Nous louons ton nom miséricordieux, Seigneur. Nous te rendons grâces de ce que tu as convaincu ceux qui sont convaincus par toi. Nous te rendons grâces, Seigneur Jésus-Christ, de ce que nous avons été persuadés de ta grâce qui est immuable. Nous te rendons grâces de ce que tu as désiré notre nature qui est ainsi sauvée. Nous te rendons grâces de ce que tu nous a donné cette foi incontrovertible que tu es le seul Dieu aujourd’hui et toujours. Nous tes serviteurs nous te rendons grâce, Saint, nous qui sommes réunis et choisis par toi pour une bonne cause. ”
86. Ayant ainsi prié et glorifié Dieu, Jean sortit de la chambre funéraire, après avoir fait communier tous les frères à l’eucharistie du Seigneur. Et, étant arrivé dans la maison d’Andronicos, il dit aux frères : “ Frères, un esprit en moi m’a prédit que Fortunatus est sur le point de mourir de la maladie noire résultant de la morsure du serpent. Mais que quelqu’un s’empresse d’aller voir si cela est vrai. ” Alors l’un des jeunes gens courut et il le trouva désormais mort, et la maladie noire s’était emparée de lui et avait atteint son cœur. Revenu, il annonça à Jean qu’il était mort depuis trois heures. Et Jean dit : “ Tu détiens ton fils, Diable. ”

Récit admirable sur les actes et les visions que vit Saint Jean le Théologien produits par Notre Seigneur Jésus-Christ, comment il apparut dès le début à Pierre et Jacques, et où l’on explique le mystère de la croix (87-105)

87. Ceux qui étaient présents demandèrent la cause et ils étaient surtout dans l’incertitude, parce que Drusiané avait dit : “ Le Seigneur m’est apparu comme Jean, dans le tombeau, et comme un jeune homme. ” Comme donc ils étaient dans l’incertitude et d’une certaine manière n’étaient pas encore confirmés dans la foi, Jean, ayant reçu cette nouvelle sans sourciller, dit :
88. “ Frères, vous n’avez éprouvé rien d’extraordinaire ni de paradoxal touchant l’impression que vous recevez relativement au Seigneur, puisque nous-mêmes, qu’il s’est choisis pour être ses apôtres, nous avons été souvent mis à l’épreuve. Pour moi, je ne puis ni raconter ni décrire ce que j’ai vu et entendu. Et maintenant il me faut m’accommoder à vos oreilles et, dans la mesure où chacun est réceptif, je vous communiquerai les choses dont vous pouvez devenir les auditeurs, afin que vous voyiez la gloire qui l’enveloppait et qui l’enveloppe aujourd’hui et pour toujours. En effet, après avoir choisi Pierre et André qui étaient deux frères, il vient vers moi et mon frère Jacques, disant : “J’ai besoin de vous, venez à moi.” Mon frère me dit : “Jean, cet enfant qui est sur le rivage et qui nous appelle, que veut-il ?” Je lui dis : “Quel enfant ?” Lui de nouveau : “L’enfant qui nous fait signe.” Je lui répondis : “A cause de notre longue veille sur la mer, tu ne vois pas clair, mon frère Jacques. Ne vois-tu pas l’homme debout, de belle apparence, au visage souriant ?” Il me dit : “Je ne le vois pas, frères. Mais allons et nous verrons ce que cela doit signifier.”
89. Et ainsi, ayant amené le bateau à terre, nous les vîmes qui lui aussi nous portait secours pour que nous fixions le bateau. Tandis que nous nous éloignons du lieu voulant le suivre, de nouveau il m’apparut à moi comme plutôt chauve de la tête, mais à la barbe épaisse, tandis qu’à Jacques il apparut comme un jeune homme ayant sa première barbe. Nous étions donc tous deux dans l’incertitude sur ce que signifiait ce que nous avions vu. Après cela, étant allés tous deux un peu de temps à sa suite, nous étions plus encore dans l’incertitude réfléchissant à la chose. A moi cependant, il m’apparut alors une chose encore plus étrange. Je cherchai à le voir en privé, et à ce moment je ne vis ses yeux me faire un signe d’assentiment, mais seulement grands ouverts. Souvent il m’apparaissait comme un homme petit, et d’autres fois comme s’étendant jusqu’au ciel. Il y avait encore ceci d’étrange. Souvent il m’accueillait reposant sur sa poitrine et je me collais étroitement à lui, et tantôt sa poitrine était palpée par moi lisse et tendre, tantôt elle était dure, pareille à du roc, en sorte que j’étais dans l’incertitude en moi-même et disais : “Que veut dire cela ? ”
90. Une autre fois, il nous prend, moi, Jacques et Pierre, et nous emmène à la montagne où il avait coutume de prier, et nous avons vu en lui une lumière telle qu’il n’est pas possible à un homme, n’ayant à son usage qu’une raison mortelle, de décrire quelle elle était. De nouveau, il nous emmène tous les trois à la montagne, disant : “Venez avec moi.” Nous donc allâmes avec lui. Et nous le voyons prier à quelque distance. Moi donc, comme il m’aimait, je m’approche de lui doucement dans la pensée qu’il ne me voyait pas et je me tiens ayant vue sur ses arrières. Et je le vois n’étant absolument pas vêtu, dépouillé des vêtements que nous lui voyions d’ordinaire, et nullement un homme ; et ses pieds étaient plus blancs que neige, si bien que le sol était rendu brillant de l’éclat des pieds ; quant à sa tête, elle était appuyée contre le ciel, si bien que, pris de peur, je criai, et que lui, s’étant tourné un peu, m’apparut comme un homme, et que, m’ayant pris la barbe, il la tira et me dit : “Jean, ne sois pas infidèle, mais fidèle, et ne sois pas curieux.” Et je lui dis : “Qu’ai-je donc fait Seigneur ?” Je vous le déclare, frères j’ai tant souffert, durant trente jours, à la place où il me prit la barbe, que je lui dis : “Seigneur, si, quand tu me tires la barbe en te jouant, cela me fait tant de mal, que serait-ce si tu m’avais flagellé ?” Et il me dit : “Que ton soin désormais soit de ne pas tenter celui qu’on ne peut tenter.”
91. Pierre et Jacques, tandis que je causais avec le Seigneur, se fâchèrent et me firent signe que je devais aller auprès d’eux, laissant le Seigneur seul. J’allai auprès d’eux et ils me dirent tous les deux : “Le vieillard qui causait avec le Seigneur sur la montagne, qui était-ce ? Car nous les avons entendus tous les deux converser.” Et moi, ayant réfléchi à sa grande grâce, à son unité en plusieurs visages et à sa sagesse qui sans cesse veille sur nous, je leur répondis : “Vous apprendrez cela même si vous l’interrogez.”
92. De nouveau, un jour que nous étions tous dormant dans une maison à Gennésareth, moi seul enveloppé dans mon manteau, je guettais ce qu’il devait faire. J’entendis d’abord sa voix qui disait : “Jean, dors” Alors, ayant feint de dormir, je vis un autre qui lui ressemblait, de qui j’entendis la voix tandis qu’il disait à mon Seigneur : “Jésus, ceux que tu as choisis, ils continuent de ne pas croire en toi.” Et mon Seigneur lui dit : “Tu dis vrai : ce ne sont que des hommes.”
93. E t voici une autre gloire que je vous dirai, frères. Tantôt quand je voulais le saisir, je rencontrais un corps matériel et épais ; d’autre fois en retour, tandis que je le palpais, ce qui se présentait à moi était sans matière, sans corps, comme n’étant absolument pas. Et si, invité par l’un des pharisiens, il se rendait à l’invitation, nous l’accompagnions. Chacun trouvait devant soi un pain servi par ceux qui invitaient, et avec nous il recevait lui aussi un pain. Il bénissait ce pain et nous le distribuait ; et de ce petit morceau chacun était rempli, et nos pains étaient gardés entiers, si bien que ceux qui l’avaient invité étaient dans la stupeur. Souvent aussi, me promenant avec lui, je voulais chercher sur le sol pour voir si la trace de ses pas n’apparaissait pas ; car je le voyais se soulevant au dessus du sol ; et je n’ai jamais vu cette trace. Tout cela, frères , je vous le dis comme en vue d’encouragement de votre foi en lui. Quand à ses hauts faits et à ses prodiges, qu’ils soient tus pour l’instant, car ils sont indicibles et peut-être non susceptibles ni d’être dits ni d’être entendus.
94. Avant qu’il ne fût capturé par les impies et par les juifs légiférés par le Serpent impie, nous ayant tous rassemblés, il dit : “Avant que je ne sois livré à ces gens-là, chantons le Père et, ceci fait, allons à ce qui nous attend.”

Hymne de Jésus (94-95)

1. Doxologie (94)
Nous ayant donc ordonné de faire comme une ronde, cependant que nous nous prenions les mains l’un à l’autre, lui se tenant au milieu, il dit : “Répondez-moi par l’Amen.” Il commença donc de chanter l’hymne en ces termes :
“Gloire à toi, Père.”
Et nous lui répondîmes en cercle : “Amen.”
“Gloire à toi, Verbe, gloire à toi, Grâce.” - “Amen.”
“Gloire à toi, L’Esprit, gloire à toi, Saint. Gloire à ta gloire.” - “Amen.”
“Nous te louons, Père, nous te rendons grâce, Lumière dans laquelle il n’y a point de ténèbres.” - “Amen.”

95. “Pourquoi nous te rendons grâce, je le dis :

2. Hymne de Jésus (95)
1. “Je veux être sauvé et je veux sauver.” - “Amen.”
2. “Je veux être délivré et je veux délivrer”. - “Amen.”
3. “Je veux être blessé et je veux blesser.” - “Amen.”
4. “Je veux être engendré et je veux engendrer.” - “Amen.”
5. “Je veux manger et je veux être mangé.” - “Amen.”
6. “Je veux entendre et je veux être entendu.” - “Amen.”
7. “Je veux être saisi par l’intellect, moi qui suis entièrement Intellect.” - “Amen.”
8. “Je veux être lavé et je veux laver.” - “Amen.”
9. “Je veux jouer de la flûte, dansez tous.” - “Amen.”
10. “Je veux me lamenter. Frappez-vous tous la poitrine.” - “Amen.”
11. “L’unique Ogdoade chante louanges avec nous.” - “Amen.”
12. “La Dodécade danse en haut.” - “Amen.”
13. “Il est permis de danser avec l’Intellect total.” - “Amen.”
14. “Celui qui ne danse pas ignore ce qui se passe.” - “Amen.”
15. “Je veux fuir et je veux rester.” - “Amen.”
16. “Je veux orner et je veux être orné.” - “Amen.”
17. “Je veux être unifié et je veux unifier.” - “Amen.”
18. “Je n’ai pas de maison et j’ai des maisons.” - “Amen.”
19. “Je n’ai pas de lieu et j’ai des lieux.” - “Amen.”
20. “Je n’ai pas de temple et j’ai des temples.” - “Amen.”
21. “Je suis une lampe pour toi qui me regardes.” - “Amen.”
22. “Je suis un miroir pour toi qui me perçois.” - “Amen.”
23. “Je suis une porte pour toi qui frappes chez moi.” - “Amen.”
24. “Je suis une route pour toi le passant.” - “Amen.”
96. 25.“ Si tu réponds à ma danse, vois-toi en moi qui te parle
26. et, si tu as vu ce que je fais, garde en silence mes mystères.
27. Toi qui danses, comprends ce que je fais, parce que tienne est la passion de l’homme que je dois subir. Car tu ne pourrais absolument pas comprendre ce que je souffre si je ne t’avais été envoyé comme Verbe par le Père.
28. Toi qui as vu ce que je souffre, tu m’as vu comme homme de souffrance, et, m’ayant vu, tu n’es pas resté tranquille, mais as été ému tout entier.
29. Tu m’as comme lit, repose-toi sur moi.
30. Qui je suis, tu le sauras quand je serai parti.
31. Ce que je suis vu à présent, je ne le suis pas. Ce que je suis, tu le verras quand toi tu seras venue.
32. Si tu avais su ce que c’est que souffrir, tu aurais eu en toi de ne pas souffrir. Sache ce que c’est que souffrir, et tu auras le moyen de ne pas souffrir.
33. Ce que tu ne sais pas, je te l’enseignerai moi-même.
34. Je suis ton Dieu, non le Dieu du traître.
35. Je veux être en harmonie avec les âmes saintes.
36. A mon sujet connais le discours de la sagesse.
37. De nouveau dis avec moi : Gloire à toi, Père,
Gloire à toi, Verbe,
Gloire à toi, Esprit Saint.
39. J’ai joué mon rôle totalement et je n’ai absolument pas été objet de risée.
40. J’ai bondi ; toi, comprends le tout et, l’ayant compris, dis : Gloire à toi, Père.”

97. Après avoir dansé cette danse avec nous , bien-aimés, le Seigneur s’en alla. Et nous, comme des gens égarés et séparés de leur maître, nous fuîmes qui d’un côté qui d’un autre. Quand à moi, l’ayant vu souffrir, je n’assistai pas non plus à sa passion, mais je m’enfuis sur le mont des Oliviers, pleurant sur ce qui s’était passé. Et, lorsque le vendredi, jour de la préparation, il fut suspendu à la croix, à la sixième heure du jour, il y eut des ténèbres sur toute la terre . Et mon Seigneur, se tenant au milieu de la caverne, l’illumina et dit : “Jean, je suis crucifié par la foule d’en bas à Jérusalem et suis percé de lances et de roseaux et je suis abreuvé de vinaigre et de fiel. Je te le dis, et écoute ce que je dis. C’est moi qui t’ai mis dans l’esprit de monter sur ce mont pour que tu entendes ce qu’il faut que le disciple apprenne du maître, et l’homme, de Dieu.”
98. Sur ce, il me montra une croix bien compacte de lumière et autour de la croix une foule nombreuse qui ne présentait pas un seul aspect. Mais dans la croix il n’y avait qu’un seul aspect et une seule ressemblance. Le Seigneur lui-même, je le voyais au-dessus de la croix n’ayant pas une figure, mais seulement une certaine voix, une voix qui n’était pas celle qui était habituelle, mais douce et gentille et vraiment une voix de Dieu, qui me disait : “Jean, il faut qu’il y en ait un qui entende ces choses de moi : j’ai besoin d’un auditeur qui doive m’entendre. Cette croix de lumière est appelée tantôt par moi Verbe à cause de vous, tantôt Intellect, tantôt Jésus, tantôt Christ, tantôt Porte, tantôt Chemin, tantôt Pain, tantôt Semence, tantôt Résurrection, tantôt Fils, tantôt Père, tantôt Esprit, tantôt Vie, tantôt Vérité, tantôt Foi, tantôt Grâce. Elle est appelée de ces noms en tant que par rapport aux hommes. Mais ce qu’elle est en réalité, en tant que conçue en elle-même et dite par rapport à nous, elle est la séparation de toutes choses et la ferme élévation de choses composées d’éléments instables, et l’harmonie de la sagesse, une sagesse consistant en harmonie. Il y a des lieux à droite et à gauche, des Puissances, des Autorités, des Principes et des Démons, des Energies, des Menaces, des Colères, des Diables, Satan et la racine d’en bas, de laquelle est issue la nature des choses qui viennent à l’être.
99. Telle est donc la croix qui d’une parole a fixé le Tout et qui a séparé les choses issues de la génération et les choses plus basses, qui ensuite a tout combiné en une même unité. Cette croix n’est pas la croix de bois que tu dois voir en descendant d’ici ; et je ne suis pas non plus celui qui est sur la croix, qu’à cette heure tu ne vois pas, dont tu entends seulement la voix. J’ai été pris pour ce que je ne suis pas, n’étant pas ce que j’étais aux yeux de beaucoup d’autres, mais une autre chose. Ils me nommeront une chose vile, indigne de moi. De même donc que le lieu du repos n’est pas vu et qu’on ne parle pas de lui, à bien plus forte raison le Seigneur de ce lieu ne sera pas vu et l’on ne parlera pas de lui.
100. Quand à la foule non de même aspect qui entoure la croix, c’est la nature d’en bas. Et ceux que tu vois sur la croix, s’ils n’ont pas une seule forme, c’est parce que chaque membre de celui qui est descendu n’a pas encore été compris. Lorsque la nature humaine aura été assumée, ainsi que la race qui s’approche de moi et qui obéit à ma voix, celui qui m’entend à présent sera uni à lui, et il ne sera plus ce qu’il est à présent, mais il sera au-dessus d’eux comme moi je le suis à présent. Car aussi longtemps que tu ne te dis pas m’appartenant à moi, je ne suis pas ce que je suis. Mais si tu m’écoutes, en m’écoutant tu seras comme je suis ; et moi je serai ce que j’étais, quand tu seras comme moi auprès de moi. Car c’est par moi que tu es ce que je suis. Ne te soucie donc pas du grand nombre et méprise ceux qui sont en dehors du mystère. Sache que je suis entièrement auprès du Père et que le Père est auprès de moi.
101. Je n’ai donc subi aucune des choses qu’ils doivent dire à mon sujet. Mais même cette passion que je t’ai montrée à toi et aux autres en dansant, je veux qu’on l’appelle un mystère. Car ce que tu es, tu le vois parce que je te l’ai montré. Ce que je suis, je suis seul à le savoir, nul autre ne le sait. Laisse-moi donc avoir ce qui est à moi, ce qui est à toi, vois-le à travers moi, et vois-moi en vérité, non ce que je disais être, mais ce que tu peux connaître comme étant mon familier. Tu entends dire que j’ai souffert, et je n’ai pas souffert, que je n’ai pas souffert , et pourtant j’ai souffert ; que j’ai été percé, mais je n’ai pas été frappé ; que j’ai été suspendu, et je n’ai pas été suspendu ; que du sang a coulé de moi, et il n’en a pas coulé ; et, d’un mot, les choses qu’ils disent à mon sujet, je ne les ai point eues, et celles qu’ils ne disent pas, je les ai subies. Quelles sont ces choses, je te les dis à mots couverts : car je sais que tu comprendras. Conçois-moi donc comme la torture du Logos, le percement du Logos, le sang du Logos, la blessure du Logos, la pendaison du Logos, la passion du Logos, le clouement du Logos, la mort du Logos. Je dis cela en mettant à part l’humanité. Conçois donc en premier le Logos, puis tu concevras le Seigneur, et comme troisième l’homme et ce qu’il a souffert.”
102. Quand il m’eut dit ces choses et d’autres choses que ne sais pas dire comme il eût voulu que je les dise, il fut enlevé sans qu’aucun de la multitude de l’eût vu. Et, quand je descendis, je me moquai d’eux tous, puisqu’il m’avait dit ce qu’ils ont dit sur lui. Mais je tenais solidement en moi-même que le Seigneur avait tout machiné de manière symbolique et par une dispensation divine pour la conversion et le salut des hommes.
103. Considérant donc, frères, la grâce du Seigneur et son affection pour nous, adorons-le, puisqu’il a eu pitié de nous, non de la main ni de la bouche ni de la langue ni, d’un mot, d’aucun organe corporel, mais par la disposition de l’âme, lui, qui est devenu un homme à part de ce corps. Et veillons, parce qu’aujourd’hui encore il est notre assistant à cause de nous dans les prisons, les tombeaux, les chaînes, les cachots, les reproches et les outrages, la mer et la terre ferme, les fouets, les condamnations, les conspirations, les ruses, les punitions : d’un mot, uni à tous ceux d’entre nous qui souffrent, il souffre lui-même aussi avec nous, frères. Quand il est appelé par chacun de nous, il ne supporte pas de négliger notre appel, mais, comme il est partout, il nous entend tous, et maintenant il m’entend moi et Drusiané, parce qu’il est le dieu de ceux qui sont enfermés, nous apportant du secours par sa miséricorde.
104. Soyez donc persuadés vous aussi, bien-aimés, que je ne vous annonce pas d’adorer un homme, mais Dieu immuable, le Dieu invincible, le Dieu plus haut que toute Autorité, toute Puissance, tous les anges, tout ce qui est dit créatures, plus ancien et plus fort que tous les siècles. Si donc vous demeurez auprès de lui, si vous vous édifiez sur lui, vous posséderez votre âme indestructible. ”
105. Après avoir livré ces enseignements aux frères, Jean se retira avec Andronicos pour une promenade. Drusiané les accompagnait de loin avec tous les frères, afin de voir les exploits accomplis par lui et d’entendre toujours ses paroles.

Métastasis de Jean (106-115)

106. Jean vivait donc en compagnie des frères, se réjouissant dans le Seigneur. Le lendemain, qui était un dimanche, tous les frères étant rassemblés, il se mit à leur parler : “ Frères, compagnons d’esclavage, cohéritiers et coparticipants de la royauté du Seigneur, sachez combien de miracles le Seigneur vous a procurés par moi, combien de prodiges, combien de guérisons, combien de signes, quels grands charismes, enseignements, gouvernements, temps de repos, services, connaissances, gloires, faveurs, dons, actes de foi, communions, toutes les choses que vous avez vu qu’il vous a mises sous les yeux, non apparentes à ces yeux ni entendues de ces oreilles. Fortifiez-vous donc en lui, vous souvenant de lui en chacune de vos actions, sachant pourquoi le Seigneur a machiné pour les hommes le mystère de la dispensation divine. Lui-même vous prie par moi, frères, et vous exhorte, voulant demeurer non chagriné, non outragé, non victime de conspirations, non châtié : car il connaît l’outrage qui vient de vous, il connaît aussi l’infamie, il connaît aussi la conspiration, il connaît aussi le châtiment, de la part de ceux qui négligent ses commandements.
107. Que ne soit donc pas chagriné notre Dieu bon, le miséricordieux, le pitoyable, le saint, le pur, le sans souillure, le sans matière, le seul, l’un, l’immuable, le simple, le sans ruse, le sans colère, le plus élevé et plus sublime que tout attribut que nous puissions dire ou concevoir, notre Dieu Jésus-Christ. Qu’il se réjouisse avec nous tandis que nous nous conduisons bien, qu’il se réjouisse tandis que nous vivons purement, qu’il trouve son repos tandis que nous nous comportons avec noblesse. Qu’il soit sans souci tandis que nous vivons avec continence, qu’il prenne plaisir lorsque nous communions, qu’il sourie quand nous sommes chastes, qu’il soit en joie parce que nous l’aimons. Je vous dis maintenant ces choses, frères, parce que je m’empresse vers la tâche qui m’a été assignée, désormais perfectionné par le Seigneur. Que pourrais-je en effet vous dire d’autre ? Vous avez les gages de notre Dieu. Vous avez les garanties de sa bonté. Vous avez sa présence incontrovertible. Si donc vous ne pêchez plus, il vous pardonnera les fautes commises par ignorance. Mais si, l’ayant connu et ayant été favorisés de sa pitié vous retournez dans les mêmes comportements, vos premières fautes vous seront comptées et vous n’aurez point de part ou de pitié devant lui. ”
108. Lorsqu’il leur eut dit ces mots, il pria en ces termes :

“ Toi qui as entrelacé cette couronne de ton entrelacement, Jésus ;
Toi qui as combiné toutes ces fleurs dans la fleur durable de ton visage ;
Toi qui as ensemencé ces discours ;
Toi le seul protecteur de tes serviteurs, et le médecin qui soigne gratuitement ;
Toi le seul bienfaiteur et dénué d’arrogance ;
Toi le seul pitoyable et chérissant les hommes ;
Toi le seul Sauveur et Juste ;
Toi qui vois toujours les actions de tous et qui es en tous et qui es présent partout et que enveloppes tout et qui remplis tout, Christ Jésus, Dieu Seigneur ;
Toi qui par tes dons et ta pitié protèges ceux qui espèrent en toi ;
Toi qui connais exactement les artifices de notre Adversaire et tous les assauts qu’il machine contre nous ;
Toi seul, Seigneur, porte secours en ta Visitation à tes serviteurs.
Oui, Seigneur. ”
109. Et, ayant demandé un pain, il prononça la prière eucharistique en ces termes : “ Quelle louange ou quelle offrande ou quelle prière de remerciement, en rompant ce pain, nommer si ce n’est toi seulement, Seigneur Jésus ? Nous glorifions ton nom qui a été dit par le Père. Nous glorifions ton nom qui a été dit par le Fils. Nous glorifions ton entrée par la Porte. Nous glorifions ta Résurrection qui nous a été montrée par toi. Nous glorifions ta Route. Nous glorifions ta Semence, ton Verbe, te Grâce, la Foi, le Sel, la Perle indicible, le Trésor, la Charrue, le Filet, la Grandeur, le Diadème, le Fils dit homme à cause de nous, celui qui nous a accordé la vérité, le repos, la connaissance, la puissance, le commandement, la franchise de parole, l’espoir, la charité, la liberté, le refuge auprès de toi. Car tu es seul, Seigneur, la Racine de l’Immortalité et la Source de l’Incorruption et le Fondement des siècles, dit toutes ces choses à cause de nous maintenant afin que, t’invoquant par ces noms, nous connaissions ta Grandeur, qui nous est pour le présent invisible, visible seulement pour les purs, représentée par ta seule humanité. ”
110. Et, ayant rompu le pain, il en donna une part à nous tous, demandant en prière sur chaque frères qu’il devînt digne de la grâce du Seigneur et de la très sainte eucharistie. Il y participa lui aussi pareillement et dit : “ Qu’il y ait une part pour moi aussi avec vous ” et “ La paix soit avec vous, bien-aimés. ”
111. Après cela, il dit à Vérus : “ Ayant pris avec toi deux hommes avec des couffins et des bêches, suis-moi. ” Vérus, sans tarder, fit ce qui lui avait été commandé par le serviteur de Dieu Jean. Etant donc sorti de la maison, le bienheureux Jean marchait devant les portes de la ville, après avoir dit à la plupart de se tenir éloignés de lui. Et, parvenu au monument funéraire d’un de nos frères, il dit aux jeunes gens : “ Bêchez, enfants. ” eux donc bêchaient, et lui insistait auprès d’eux disant : “ Creusez plus profond la fosse. ” Et, cependant qu’ils creusaient, il leur disait la parole de dieu et il exhortait ceux qui étaient venus avec lui de la maison, les édifiants et les confirmant à tendre à la grandeur de Dieu sur chacun d’eux. Lorsque les jeunes gens eurent achevé la fosse comme il voulait, il se dépouille, sans que nul d’entre nous sût quel était son dessein, des vêtements de dessus dont il était vêtu et il les dépose comme un lit au fond de la fosse ; puis, vêtu de la seule chemise, debout, ayant tendu les mains vers le ciel, il pria ainsi :
112. “ Toi qui nous choisis pour l’apostolat des Gentils ;
Toi, Dieu, qui nous a envoyés à la terre habitée ;
Toi qui t’es montré par la Loi des Prophètes ;
Toi qui n’as jamais pris de repos mais qui toujours sauves depuis le commencement du monde ceux qui peuvent être sauvés ;
Toi qui t’es fait connaître à travers toute la nature ;
Toi qui t’es proclamé même parmi les bêtes ;
Toi qui, de désolée et sauvage, as rendu l’âme domestiquée et tranquille ;
Toi qui ,à l’âme assoiffée de tes paroles , t’es donné toi –même ;
Toi qui es apparu en hâte à l’âme près de mourir ;
Toi qui, à l’âme plongeant dans la transgression de la loi , es apparu comme la loi ;
Toi qui t’es manifesté à l’âme vaincue par Satan ;
Toi qui as vaincu l’Adversaire de l’âme qui s’est réfugiée auprès de toi ;
Toi qui lui as donné et l’as relevée des choses de l’Hadès ;
Toi qui n’a pas permis qu’elle persiste dans un corps ;
Toi qui lui as montré son propre Ennemi ;
Toi qui as rendu claire pour l’âme la connaissance de toi, Dieu Jésus ;
Toi père des êtres supracélestes ;
Toi maître souverain des êtres célestes ;
Toi loi des êtres de l’éther et course des êtres de l’air ;
Toi gardien des êtres terrestres et terreur des êtres souterrains et grâce de ceux qui t’appartiennent , reçois aussi bientôt l’âme de ton Jean qui a été jugé par toi.
113. Toi qui m’as gardé jusqu’à cette heure pur pour toi seul et sans avoir eu de contact avec une femme ;
Toi qui, alors que je voulais me marier dans ma jeunesse, m’es apparu et m’as dit :
“J’ai besoin de toi, Jean” ;
Toi qui as arrangé à l’avance pour moi la faiblesse corporelle ;
Toi qui, alors que je voulais pour la troisième fois me marier, aussitôt m’as empêché et ensuite, à la troisième heure du jour, m’as dit près de la mer : “Jean, si tu n’étais pas à moi, je te laisserai te marier” ;
Toi qui m’as rendu aveugle pendant deux ans , et me fournis matière à gémir et à te supplier ;
Toi qui, la troisième année, m’as ouvert les yeux de l’esprit et m’as accordé les yeux visibles (corporels) ;
Toi qui, quand je vis clairement, décrétas qu’il serait importun pour moi que je jetasse les yeux sur une femme ;
Toi qui m’as délivré de l’apparence éphémère et m’as conduit vers la vie qui demeure toujours ;
Toi qui m’as séparé de la sale folie de la chair ;
Toi qui m’as tenu à l’écart de la mort amère et qui m’as établi auprès de toi seul ;
Toi qui as muselé la secrète maladie de mon âme et qui as retranché l’action visible ;
Toi qui as affligé et banni celui qui en moi se rebellait contre toi ;
Toi qui as rendu mon amour pour toi immaculé ;
Toi qui as consolidé, en sorte qu’elle soit infrangible, ma marche vers toi ;
Toi qui as rendu inaccessible au doute ma foi en toi ;
Toi qui as souscrit et rendu mon inclination envers toi ;
Toi qui donnes à chacune de nos actions le salaire mérité ;
Toi qui as mis dans mon âme de n’avoir aucune possession que toi seul ; qu’y a-t-il en effet de plus précieux ? Maintenant donc, Seigneur, que j’ai mené à terme la dispensation divine qui m’avait été confiée par toi, juge-moi digne de ton repos, accorde-moi le terme en toi, qui est le salut indicible et ineffable.
114. Et, tandis que je vais vers toi, que se retire le feu, que soient vaincues les ténèbres, que le chaos soit sans force, que la fournaise se dessèche, que la Géhenne s’éteigne, que viennent à ma rencontre les anges, que soient pris de terreur les démons, que soient brisés les Archontes, que tombent les puissances, que les lieux de droite tiennent ferme, que les lieux de gauche ne durent pas. Que le diable soit muselé, que Satan soit raillé, que sa colère soit consumée, que sa folie soit calmée, que sa vengeance soit couverte de honte, que son assaut soit en peine, que ses enfants soient refoulés de haut en bas et que toute sa racine soit arrachée. Et donne-moi d’accomplir la route vers toi sans être victime d’outrages et d’insultes, recevant ce que tu as promis à ceux qui vivent purement et qui n’ont aimé que toi. ”
115. Et, ayant fait sur lui le signe de la croix, il se dressa debout tout entier et dit : “ Tu es avec moi, Seigneur Jésus-Christ. ” Puis il se coucha dans la fosse, là où ses vêtements lui avaient fait un lit . Et, nous ayant dit : “ Paix avec vous, frères ”, il livra son esprit en joie.



Date de création : 18/04/2007 : 01:05
Dernière modification : 13/05/2007 : 00:48
Catégorie : Textes de travail


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