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Textes de travail - Actes de Thomas

Chapitre 1
Mariage de la fille du roi d’Andrapolis

1. En ce temps-là, nous étions, nous tous les apôtres, à Jérusalem, Simon qui est appelé Pierre, André son frère, Jacques le fils de Zébédée, Jean son frère, Philippe et Barthélemy, Thomas et Mathieu le douanier (1) Jacques fils d’Alphée et Simon le Cananéen, et Judas frère de Jacques, et nous divisions entre nous les régions de la terre habitée, afin que chacun de nous allât dans la région qui lui avait été assignée et chez le peuple auquel le Seigneur l’avait envoyé. Selon le sort donc, l’Inde (3) fut la portion assignée à Judas Thomas, dit aussi Didyme (4). Il ne voulait pas y aller, disant qu’il ne le pouvait à cause de sa faiblesse corporelle, et que “Je suis un hébreu : comment puis-je aller chez les Indiens prêcher la vérité” ? Comme il était à raisonner et à parler ainsi, le Seigneur lui apparut pendant la nuit et lui dit : “n’aie pas peur Thomas, va dans l’Inde et prêche là-bas la parole : ma grâce est avec toi.” mais il refusait, disant : “Envoie-moi en quelque autre lieu où tu veuilles m’envoyer : car je n’irai pas chez les Indiens.”


2. Tandis qu’il disait cela et avait en tête ces pensées, il arriva par chance qu’il y avait sur place un marchand venu de l’Inde, nommé Abbanès, envoyé par le roi Goundaphoros avec mission d’acheter et de lui amener un architecte. Le Seigneur le vit se promenant à l’agora à midi et lui dit : “Veux-tu acheter un architecte ?” Il répondit : “Oui.” Le Seigneur lui dit : “J’ai un esclave architecte et je veux le vendre.” (1) Sur ces mots, il lui montra de loin Thomas, et il fit avec lui un accord de vente pour trois litres d’argent non monnayé, et il écrivit l’acte de vente comme suit : “Moi Jésus, fils de Joseph le charpentier, je reconnais avoir vendu mon esclave du nom de Judas, à toi, Abbanès, (2) marchand du roi Indien Goundaphoros.” La vente achevée, le Seigneur prit à part Judas, dit aussi Thomas, et l’amena au marchand Abbanès. A sa vue, Abbanès lui dit : “Est-ce que celui-ci est ton maître ?” l’apôtre répondit “Oui, il est mon seigneur.” L’autre dit : “Je t’ai acheté à lui.” l’apôtre ne dit rien.(3)


3. Le lendemain, Thomas se leva (S) à l’aube et, ayant prié et supplié le Seigneur, il lui dit : “J’irai où tu veux, Seigneur Jésus : que ta volonté soit faite.” Il alla chez le marchand Abbanès, n’ayant absolument rien emporté avec lui que le prix de sa vente. Le Seigneur le lui avait en effet donné avec ces mots : “Que le prix de ta vente soit avec toi ainsi que ma grâce en quelque lieu que tu ailles.” L’apôtre trouva Abbanès en train de transporter ses marchandises sur le bateau. Quand ils eurent embarqué eux-mêmes et qu’ils se furent assis, Abbanès examina l’apôtre. Il lui dit : “Quel travail sais-tu faire ?” Il dit : “En bois: des charrues, des jougs, des aiguillons, des navires, des rames de navire, des mâts, des poulies ; en pierre: des colonnes, des temples, des palais royaux (1). Le marchand Abbanès lui dit : “C’est justement d’un artisan comme toi que nous avons besoin.” Ils se mirent à voguer. Ils eurent un vent favorable et ils naviguèrent avec zèle jusqu’à ce qu’ils arrivassent à Andrapolis, ville royale.


4. Sortis du bateau, ils allèrent à la ville. Et voici que des sons de flûtes et d’orgues et des trompettes résonnaient tout autour d’eux. L’apôtre fit une enquête disant : “Quelle est cette fête qu’on célèbre en cette ville ?” Les gens du lieu lui dirent : “Toi aussi, les dieux t’ont conduit pour que tu aies du bon temps en cette ville. Le roi a une fille unique, aujourd’hui il la donne en mariage à un époux. Cette joie (1) et cette assemblée des noces donc est la fête que tu as vue aujourd’hui. Le roi a envoyé partout des hérauts pour inviter tout le monde à assister aux noces, riches et pauvres, esclaves et hommes libres, étrangers et citoyens (2). Si quelqu’un refuse et n’assiste pas aux noces, il en rendra compte au roi ”. A ces mots, Abbanès dit à l’apôtre : “Allons-y donc nous aussi, pour ne pas heurter le roi, et surtout nous, étrangers.”
Il répondit : “Allons-y.” Ils descendirent à l’auberge et, après s’être un peu reposés, ils allèrent aux noces. L’apôtre, ayant vu que tous étaient étendus sur des lits, s’étendit lui aussi au milieu ; et tous avaient leurs regards sur lui comme sur un étranger et quelqu’un venu d’une terre étrangère. Le marchand Abbanès, en tant qu’étant son maître, s’étendit en un autre lieu.



5. Tandis qu’ils dînaient et buvaient, l’apôtre ne goûta à rien. Ceux qui l’entouraient lui dirent donc : “Pourquoi es-tu venu ici, si tu ne manges ni ne bois ?” Il leur répondit : “Je suis venu ici pour une chose plus importante que la nourriture ou la boisson, et pour obéir au vouloir du roi. Car les hérauts proclament le message royal, et celui qui n’écoute pas les hérauts sera sujet au jugement du roi.” Quand ils eurent fini de dîner et de boire, et qu’on leur eut apporté des couronnes et des onguents, chacun prit un onguent, et ils s’en enduisirent, qui la face, qui la barbe, qui d’autres parties de son corps. L’apôtre en enduisit le sommet de sa tête, et il mit un peu dans ses narines, il s’en versa quelques gouttes dans les oreilles, il en appliqua aussi sur ses dents et il enduisit avec soin les régions avoisinant le cœur. Il prit la couronne qu’on lui avait apportée, de myrte et d’autres fleurs entrelacées, et il la posa sur sa tête, il prit la tige de roseau dans sa main et il la serra (1). La joueuse de flûte, tenant la flûte dans sa main, parcourait l’assemblée et jouait de la flûte. Quand elle fut arrivée au lieu où était l’apôtre, elle se tint au-dessus de lui, jouant de la flûte près de sa tête une bonne heure : cette flûtiste était de race hébraïque (2).



6. Tandis que l’apôtre gardait les yeux fixés vers le sol, l’un des échansons tendit la main et lui donna un soufflet (1). L’apôtre leva les yeux et, regardant celui qui l’avait frappé, il lui dit : “Mon Dieu te pardonnera cette faute dans le siècle à venir, mais dans ce monde-ci il fera voir ses merveilles, et je verrai dès aujourd’hui cette main qui m’a frappé traînée par les chiens. Ce disant, il commença de chanter et de réciter ce chant :
Chant nuptial

1. La vierge (1)est fille de la lumière,
2. Sur elle se tient et repose la majestueuse auréole des rois;
3. La vue de la vierge réjouit le cœur,
4. Elle illumine de beauté brillante.
5. Ses vêtements ressemblent à des fleurs de printemps,
6. Une émanation de bonne odeur s’en exhale.
7. Sur sa tête est établi le roi,
8. Qui nourrit de son ambroisie ceux qui sont établis sous lui.
9. Sur sa tête repose la vérité,
10. Et elle produit de la joie par le mouvement de ses pieds.
11. Sa bouche est ouverte et bien à propos,
12. (S).
13/14. Trente-deux sont ceux qui la louent (2);
15. Sa langue ressemble au voile de la porte,
16. Qui est tiré en arrière pour ceux qui entrent.
17. Sa colonne vertébrale est faite en façon d’escalier,
18. Que le premier démiurge a construit.
19. Ses deux mains
20. Indiquent et montrent la région (S) qu’elles proclament des Vivants (S) bienheureux ;
21/22. Ses doigts ouvrent (S) les portes de la ville.
23. Sa chambre nuptiale est lumineuse,
24. Exhalant une émanation de baume et de toute espèce d’aromates,
25/27. Répandant un parfum délicieux de myrrhe et de clou de girofle.
28. A l’intérieur sont répandues en tapis des branches de myrrhe et des guirlandes de toute sorte de fleurs odorantes,
29. Et ses portes sont ornées de roseaux.





7. 30/31. Ses garçons d’honneur l’entourent, leur nombre est sept, elle les a choisis elle-même ;
32/33. Ses filles d’honneur sont sept, qui dansent devant elle;
34. Douze en nombre sont ceux qui sont de service devant elle et qui lui sont soumis.
35. Ils ont le regard et la vue fixés sur le fiancé,
36. Pour qu’ils soient illuminés par sa vue,
37/38. Et pour l’éternité ils seront avec lui pour cette joie éternelle.
39. Et ils seront à ces noces,
40. Où les grands de la terre sont rassemblés.
41. Et ils persévéreront dans la délectation de ce festin,
42. Duquel les êtres éternels sont jugés dignes.
43. Et ils revêtiront des vêtements royaux
44. Et seront couverts de robes brillantes et seront l’un et l’autre dans la joie et L’exultation.
45. Et ils loueront le père de toutes choses,
46. Dont ils ont reçu la lumière majestueuse.
47. Et ils ont été illuminés par la vue de leur maître,
48/49. Dont ils ont reçu l’aliment d’ambroisie qui ne comporte absolument nul excrément ;
50. Et ils ont bu du vin
51. Qui ne donne plus de soif ni de désir.
52. Et ils ont glorifié et loué l’Esprit vivant,
53. Le Père de la Vérité et la Mère de la Sagesse.


8. Et, quand il eut chanté et achevé cet hymne, tous ceux qui étaient là présents avaient leurs regards sur lui. Et ils se taisaient. Ils voyaient en outre que son aspect avait changé, mais ils ne comprenaient pas ses paroles, parce qu’il était hébreu et que ce qu’il avait dit était en langue hébraïque. Seule la joueuse de flûte avait tout compris, car elle était hébraïque de race. S’étant éloignée de lui, elle jouait pour les autres, mais elle avait le plus souvent les yeux tournés vers lui : car elle l’aimait grandement en tant qu’il était son compatriote. Il était d’ailleurs par l’aspect plus beau que tous ceux qui étaient là. Quand la joueuse de flûte eut achevé de jouer pour tous, elle s’assit en face de lui, le fixant du regard. Lui ne regardait absolument personne et n’attachait les yeux sur personne, mais avait les yeux tournés seulement vers le sol, attendant le moment où on se lèverait de table. L’échanson qui l’avait giflé descendit à la fontaine puiser de l’eau. Et il y avait là par chance un lion qui le tua, le mit en morceaux et laissa ses membres répandus sur le lieu. Des chiens aussitôt prirent ses membres, parmi lesquels un chien noir, tenant dans sa gueule sa main, l’apporta au lieu du festin.




9. A cette vue, tous furent frappés de stupeur et ils se demandaient lequel d’entre eux était celui qui manquait. Lorsqu’il fut clair que la main était celle de l’échanson qui avait frappé l’apôtre, la joueuse de flûte, ayant brisé sa flûte, la jeta et alla s’asseoir aux pieds de l’apôtre, disant: “Cet homme ou est un dieu ou est l’apôtre de Dieu : car je l’ai entendu dire à l’échanson en langue hébraïque : “Dès aujourd’hui je verrai la main qui m’a frappé traînée par les chiens.” C’est précisément ce que vous venez de voir à présent : la chose s’est passée comme il l’a dite.” Certains crurent en elle, d’autres non. Le roi, ayant entendu ces choses, s’approcha de l’apôtre et lui dit : “Lève-toi et viens avec moi prier sur ma fille. C’est ma fille unique et aujourd’hui je la donne en mariage. L’apôtre ne voulait pas l’accompagner : car le Seigneur ne s’était pas encore révélé à lui à cet endroit. Le roi l’emmena néanmoins malgré lui dans la chambre nuptiale, afin qu’il priât pour eux.

10. Debout l’apôtre commença de prier en ces termes :
“Mon Seigneur et mon Dieu,
Toi le compagnon de route de tes serviteurs,
Toi qui guides et qui diriges ceux qui croient en toi,
Toi le refuge et le repos des affligés,
Toi l’espoir des pauvres et le rédempteur des prisonniers,
Toi le médecin des âmes gisant dans la maladie et le sauveur de toute la création,
Toi qui vivifies le monde et qui donnes force aux âmes,
Tu connais les événements à venir, toi qui par nous réalises ces événements,
Toi, Seigneur, qui dévoiles les mystères cachés et qui révèles les paroles qui sont secrètes,
Tu es, Seigneur, le planteur du bon arbre et par tes mains sont engendrées toutes les bonnes actions.
Tu es, Seigneur, celui qui est en toutes choses, et qui passe par toutes choses, et qui est inhérent à toutes ses œuvres et qui est révélé par l’activité de toutes choses.
Jésus-Christ, toi le fils de la miséricorde et le Sauveur parfait, Christ fils du Dieu vivant,
Toi la force sans crainte qui a renversé l’Ennemi,
Toi la voix qui est entendue des Gouverneurs,
Toi qui as ébranlé toutes leurs puissances,
Toi l’ambassadeur envoyé depuis les hauteurs et descendu jusqu’à l’Hadès,
Toi qui, ayant ouvert les portes, as ramené de là-bas ceux qui avaient été enfermés de longs temps dans la chambre secrète des ténèbres et leurs as montré la remontée qui mène vers le haut. Je te demande, Seigneur Jésus, t’offrant ma supplication pour ces jeunes gens, que tu fasses pour eux ce qui les secourt et les assiste et leur est profitable.” Et, leur ayant imposé les mains, il dit : “Le Seigneur sera avec vous”, il les laissa en ce lieu et s’en alla.

11. Le roi demanda aux garçons d’honneur de sortir de la chambre nuptiale. Quand tous furent sortis et que les portes eurent été fermées, le fiancé souleva le voile de la chambre nuptiale pour amener à lui la jeune épouse. Et il vit le Seigneur Jésus conversant avec la jeune épouse, ayant la ressemblance de Judas Thomas qui peu auparavant les avait bénis et les avait quittés, l’apôtre. Il lui dit : “N’es-tu pas sorti avant tous ? Comment maintenant te trouves-tu ici ?” Le Seigneur lui répondit : “Je ne suis pas Judas, dit aussi Thomas, je suis son frère.” Alors Jésus s’assit sur le lit, il les invita à s’asseoir sur des chaises et il commença de leur parler :

12. “Rappelez-vous, mes enfants, les choses que mon frère vous a dites et à qui il vous a recommandés. Et sachez ceci, que, si vous vous abstenez de ce sale commerce, vous devenez des temples saints, purs, débarrassés des coups et des peines visibles et invisibles, vous n’assumerez pas de soucis de ressources de vie et d’enfants, dont le terme est la perdition. Si en revanche vous acquérez beaucoup d’enfants, à cause d'eux vous devenez rapaces et cupides, dépouillant des orphelins et faisant violence à des veuves, et, ce faisant, vous vous rendez sujets aux pires châtiments. Car, pour la plupart, les enfants deviennent inutiles, importunés par les démons, les uns visiblement, les autres invisiblement. Car ils deviennent ou lunatiques ou desséchés dans la moitié du corps ou aveugles ou sourds ou muets ou paralytiques ou fous. Si en revanche ils sont en bonne santé, ils seront à leur tour déraisonnables, commettant des actions inutiles et abominables. Ils sont surpris ou en adultère ou en meurtre ou en vol ou en fornication, et en tout cela vous, vous serez affligés.
Mais, si vous vous laissez persuader et gardez vos âmes pures pour Dieu, il vous viendra des enfants vivants, que ces dommages ne toucheront pas, et vous serez sans soucis, menant une vie non troublée, sans chagrin ni sollicitude, vous attendant à recevoir ce mariage incorruptible et vrai, et vous serez, dans ce mariage, des garçons d’honneur entrant ensemble dans cette chambre nuptiale pleine d’immortalité et de lumière.“”

13. Quand les jeunes gens eurent entendu ces choses, ils crurent au Seigneur et se donnèrent à lui, ils s’abstinrent du désir sale et passèrent ainsi la nuit dans le lieu.
Le Seigneur s’en alla de devant eux après leur avoir dit : “La grâce du Seigneur sera avec vous.” Quand l’aube eut paru, le roi alla à leur rencontre, et ayant rempli une table, il la porta devant le jeune époux et la jeune épouse. Il les trouva assis l’un en face de l’autre, il constata que le visage de la jeune épouse n’était pas couvert, et le jeune époux était tout à fait joyeux. La mère, s’étant approchée de la jeune épouse, lui dit : “Pourquoi es-tu assise ainsi, enfant, et n’as-tu pas honte, et te tiens-tu ainsi comme si tu avais vécu long temps avec ton époux ?” Et son père lui demanda : “Est-ce à cause de ton grand amour pour ton mari que tu n’es pas même couverte ?”

14. La jeune épouse répondit : “En vérité, père je suis dans un grand amour, et je prie mon Seigneur que me demeure cet amour que j’ai ressenti cette nuit, et je réclamerai cet époux dont j’ai appris l’existence aujourd’hui. C’est pourquoi je ne me voilerai plus, puisque le voile (S) de la honte m’a été enlevé aujourd’hui. Et je n’ai plus ni honte ni confusion, puisque l’acte de la honte et de la confusion s’est retiré loin de moi. Et si je ne suis pas frappée de terreur, c’est parce que le choc de la terreur n’est pas resté près de moi. Et si je suis en gaîté et en joie, c’est parce que ce jour de ma joie n’a pas été troublé. Et si j’ai réduit à rien cet époux que voici et ces noces que voici qui passent de devant mes yeux, c’est parce que j’ai été accordée à un autre mariage. Et si je n’ai pas eu de commerce avec un mari éphémère, dans des noces dont le terme est accompagné de lascivité et d’amertume de l’âme, c’est parce que j’ai été conjointe à un véritable époux.”

15. Comme la jeune épouse disait ces choses et d’autres semblables, le jeune époux prit la parole et dit :
“Je te rends grâces, Seigneur,
toi qui as été prêché par l’étranger et qui as été trouvé chez nous ;
toi qui m’as éloigné de la corruption et qui as semé en moi la vie,
toi qui m’as débarrassé de cette maladie difficile à traiter et à guérir et attachée à moi pour l’éternité, et qui as inséré en moi la santé de la tempérance (la Tora),
toi qui t’es montré à moi et qui m’as révélé tout l’état dans lequel je suis,
toi qui m’as racheté de la chute et m’as fait passer vers le meilleur, qui m’as débarrassé des choses temporelles et m’as jugé digne des choses immortelles,
toi qui t’es abaissé jusqu’à moi et à ma petitesse, pour m’établir près de ta grandeur et t’unir à moi,
toi qui n’as pas retenu ta miséricorde loin de moi, l’homme perdu, mais qui m’as montré comment me chercher moi-même et savoir ce que j’étais et ce que je suis maintenant et comment je suis, pour que je devienne de nouveau ce que j’étais,
toi que je ne connaissais pas, et qui m’as cherché toi-même,
toi de qui je n’avais pas conscience, et qui m’as pris toi-même près de toi,
toi que j’ai perçu et maintenant je ne puis pas ne pas penser à lui,
toi dont l’amour bouillonne en moi, et je ne puis le dire comme il faut, ce que je puis dire à son sujet est court et tout à fait peu de chose et n’est pas proportionné à sa gloire. Pourtant il ne me blâme pas d’avoir l’audace de lui dire même les choses que je ne connais pas. Car c’est par mon amour pour lui que je dis aussi ces choses.”

16. Quand le roi eut entendu ces mots du jeune époux et de la jeune épouse, il déchira des vêtements et dit à ceux qui étaient près de lui : “Sortez vite et parcourez toute la ville et, quand vous aurez mis la main sur lui, amenez-moi ce sorcier qui est venu à la male heure en cette ville. C’est moi qui l’ai introduit de mes propres mains dans ma maison et je lui ai demandé de prier sur ma très malheureuse fille. Celui qui, l’ayant trouvé, me l’amènera, tout ce qu’il me demandera, je le lui donne. (proche de la mort du baptiste)
” Etant donc sortis, ils parcoururent la ville à sa recherche, mais ils ne le trouvèrent pas : car il avait pris voile. Ils allèrent aussi à l’auberge où il était descendu, et ils trouvèrent là la joueuse de flûte pleurant et profondément chagrinée de ce qu’il ne l’eût pas emmenée avec lui. Quand ils lui eurent expliqué l’affaire concernant les jeunes gens, elle se réjouit grandement et, ayant quitté son chagrin, elle dit : “Maintenant, moi aussi, j’ai trouvé ici le repos.” Et, s’étant levée, elle alla chez eux et elle fut longtemps avec eux, jusqu’à ce qu’ils eurent catéchisé le roi aussi. Beaucoup des frères se rassemblaient là, jusqu’à ce qu’ils eussent reçu nouvelle de l’apôtre, qu’il avait abordé dans les villes de l’Inde et qu’il y enseignait. Alors, étant partis, ils allèrent se joindre à lui.


Chapitre 2
Arrivée aux Indes chez le roi Goundapharos


17. Quand l’apôtre fut entré dans les villes de l’Inde avec le marchand Abbanès, Abbanès alla saluer le roi Goundaphoros et fit rapport au roi au sujet de l’architecte qu’il avait amené avec lui. Le roi se réjouit et ordonna qu’il fût introduit chez lui. Quand il eût été introduit, le roi lui dit : “Quelle sorte d’ouvrage sais-tu faire ?” l’apôtre lui dit : “L’ouvrage du charpentier et de l’architecte.” le roi lui dit : “Quel travail sais-tu faire en bois et quel travail en pierre ?” l’apôtre dit : “En bois: des charrues, des jougs, des aiguillons, des poulies, et des navires, des rames, des mâts; en pierre: des colonnes, des temples et des palais royaux.”
Et le roi dit : “Tu me construis un palais ? (1) L’apôtre répondit : “Oui, je te le bâtis et je l’achève. C’est pour cela que je suis venu, bâtir et travailler en charpentier.”

18. Le roi, l’ayant pris avec lui, sortit des portes de la ville et il commença de lui parler sur le chemin au sujet de la construction du palais et de lui dire comment il fallait poser les fondements, jusqu’à ce qu’ils fussent arrivés au lieu où il voulait que la construction eût lieu. Il lui dit : “C’est ici que je veux que la construction ait lieu.” l’apôtre dit : “Oui, car ce lieu est bien disposé pour la construction.” Le lieu était boisé, et il y avait là beaucoup de ruisseaux. Le roi donc lui dit : “Commence à poser les fondements.” l’apôtre dit : “Je ne puis pas commencer à poser les fondements en cette saison.” Et le roi dit : “Quand le peux-tu ?” L’autre dit : “Je commencerai en novembre et j’achèverai en avril.” Le roi s’étonna et dit : “Toute construction se fait en été. Toi, c’est en hiver que tu peux bâtir et mettre au point le palais ?” L’apôtre dit : “C’est ainsi que cela doit être, il n’y a pas moyen autrement.” Le roi dit : “Si c’est ainsi que tu en as décidé, dessine-moi un plan, comment l’ouvrage doit être, car je viendrai ici de temps en temps.”
L’apôtre prit un roseau et traça un plan mesurant le lieu, il assigna aux portes le lieu du lever du soleil pour avoir vue sur la lumière, il assigna aux fenêtres l’Occident pour recueillir les brises, il fit que le four à pain fût au midi et que l’aqueduc de l’eau pour le service fût au nord. A cette vue, le roi dit à l’apôtre : “Tu es vraiment un homme de métier, et il convient que les rois soient à ton service.” Et, lui ayant laissé beaucoup d’argent, il le quitta.

19. De temps en temps, le roi lui envoyait de l’argent et les provisions nécessaires, tant pour sa propre subsistance que pour celle des autres ouvriers. Il acceptait tout cet argent et le distribuait, parcourant les villes et les villages d’alentour, fournissant des aumônes aux indigents et aux affligés, et il leur donnait du relâche, disant : “Le roi est capable d’obtenir un jour des récompenses royales, pour l’instant il fait que les indigents aient de quoi se refaire.” Après cela, le roi envoya un messager à l’apôtre, lui ayant mis par écrits ces mots : “Indique-moi ce que tu as fait, ou ce que je dois t’envoyer, ou de quoi tu as besoin.” l’apôtre lui écrivit en retour ceci : “Le palais est bâti, il ne reste que le toit.” A cette nouvelle, le roi lui envoya de nouveau de l’or et de l’argent non monnayé, lui ayant écrit : “Si le palais est vraiment bâti, qu’il soit couvert.” Et l’apôtre dit au Seigneur : “Je te remercie pour tout, Seigneur, de ce que tu es mort pour un peu de temps, afin que je vive éternellement en toi, et de ce que tu m’as vendu pour que tu libères beaucoup de gens par moi.” Et il ne cessait pas d’enseigner et de restaurer les affligés, disant : “Cela, c’est le Seigneur qui vous l’a distribué, et il fournit lui-même à chacun sa nourriture. Car il est lui-même le nourricier des orphelins et l’intendant des veuves, et pour tous les affligés il devient lui-même le relâchement et le rafraîchissement.”

20.Quand le roi fut arrivé dans la ville, il enquêta auprès de ses amis sur le palais que construisait pour lui Judas, dit aussi Thomas. Ils lui dirent : “Ni il n’a bâti de palais, ni il n’a fait aucune des choses qu’il avait promis de faire, mais il parcourt les villes et les villages et, quoi qu’il ait, il donne tout aux pauvres, et il prêche un nouveau dieu unique, et il guérit les malades et il chasse les démons et il fait bien d’autres choses extraordinaires ; et nous pensons que c’est un sorcier. Mais ses actes de pitié, les guérisons qu’il accomplit gratis, outre cela son genre de vie simple et gentil et sa foi indiquent que c’est un homme juste ou l’apôtre du nouveau Dieu qu’il annonce. Il jeûne et prie en effet continuellement, il ne mange que du pain avec du sel, sa boisson est de l’eau et il ne porte qu’un seul manteau aussi bien par beau temps que par mauvais temps, il ne prend rien de personne et ce qu’il a, il le donne à d’autres.” A ces mots, le roi se frotta des mains le visage et branla la tête une bonne heures.

21. Il fit venir le marchand qui avait amené l’apôtre et l’apôtre lui-même, il lui dit : “Tu m’as bâti le palais ?” Il répondit : “Oui, je l’ai bâti.” Le roi dit : “Quand donc irons-nous le voir ?” Il répondit : “Maintenant tu ne peux le voir, mais quand tu quitteras cette vie, tu le verras.” Le roi, très en colère, ordonna qu’on liât et le marchand et Judas, dit aussi Thomas, et qu’on les jetât en prison, jusqu’à ce qu’ayant fait une enquête il apprît à qui avaient été remis les dons royaux et qu’ainsi il le fît périr avec le marchand. L’apôtre s’en alla joyeux à la prison et il dit au marchand : “Ne crains rien, crois seulement au Dieu prêché par moi, et sans doute tu seras délivré de ce monde, mais du siècle à venir tu recevras la vie.”
Le roi considérait de quelle mort il les ferait mourir. Or, comme il lui semblait bon de les livrer au feu une fois écorchés, cette même nuit, Gad, le frère du roi, tomba malade, et il était grandement affligé par le chagrin et la tromperie que le roi avait subie. Il fit venir le roi et lui dit : “Mon frère roi, je te confie ma maison et mes enfants. De fait, à cause du mauvais traitement que tu as subi j’ai été chagriné et voici, je meurs. Et si tu ne t’en prends pas avec vengeance à la vie de ce sorcier, tu ne laisseras pas mon âme en repos dans l’Hadès.” Le roi dit à son frère : “Toute la nuit, je me suis demandé comment je le mettrai à mort. Voici ce qui m’a paru bon : de l’écorcher et de le livrer au feu, lui et avec lui le marchand qui l’a amené.”

22. Tandis qu’ils conversaient, l’âme de Gad, frère du roi, sortit du corps. Le roi fut grandement endeuillé, car il aimait beaucoup son frère, et il ordonna qu’il fût enseveli dans des vêtements royaux et de grand prix. Comme ceci se passait, les anges, ayant pris en charge l’âme de Gad, frère du roi, la conduisirent au ciel ; ils lui montrèrent les lieux et les demeures du ciel et lui demandèrent : “En quel lieu veux-tu habiter ?” Lorsqu’il se furent approchés de l’édifice de Thomas l’apôtre, qu’il avait bâti pour le roi, à sa vue, Gad dit aux anges : “S’il vous plaît, messeigneurs, permettez-moi d’habiter dans l’une de ces chambres du rez-de-chaussée.” Les anges lui dirent : “Tu ne peux habiter en cet édifice.” Il demanda : “Pourquoi ?” Ils lui dirent : “Ce palais est celui que ce chrétien a bâti pour ton frère.” il dit: “S’il vous plaît, messeigneurs, permettez-moi d’aller chez mon frère, pour que je lui achète ce palais. Mon frère ne sait pas à quel point il est beau, et il me le vendra.”

23. Alors les anges laissèrent aller l’âme de Gad. Et, tandis qu’ici-bas on le revêtait de son vêtement mortuaire, son âme rentra dans son corps. Et il dit à ceux qui l’entouraient : “Appelez-moi mon frère, pour que je lui fasse une requête.” Aussitôt ils annoncèrent la nouvelle à leur roi, disant : “Ton frère est revenu à la vie.” Le roi bondit et avec une nombreuse foule alla trouver son frère, et, étant entré dans le monument funéraire, il se tint près du lit comme frappé de stupeur, incapable de lui parler. Son frère lui dit : “Je sais et suis persuadé, mon frère, que si quelqu’un te demandait la moitié de ton royaume, tu la donnerais pour mon salut. C’est pourquoi je te demande de m’accorder une seule grâce, c’est que tu me vendes ce que je te demanderai.” Le roi lui dit en réponse : “Et quelle est la chose que tu demandes de te vendre ?” Il dit : “Persuade-moi par un serment que tu me procures la chose.” Le roi jura et dit : “Quelle que soit celle de mes possessions que tu me demandes, je te la donne.” Il lui dit : “Vends-moi ce palais que tu as au ciel.” Le roi dit : “D’où vient-il que j’aie un palais au ciel ?”
Il dit : “Ce palais que t’a bâti ce chrétien qui est maintenant en prison, que t’a amené un marchand après l’avoir acheté d’un certain Jésus, je veux dire cet esclave hébreu, que tu as voulu châtier comme ayant subi de sa part une tromperie, au sujet duquel chagriné moi aussi, je suis mort et maintenant j’ai repris vie.

24. Alors le roi, étant entré en réflexion, comprit qu’il s’agissait des biens éternels qui lui appartenaient et qui devaient venir, et dit : “Je ne puis te vendre ce palais, je souhaite d’entrer en lui et de l’habiter et d’être jugé digne de ses habitants. Mais, si vraiment tu veux acheter un palais pareil, voici, l’homme vit et il te bâtira un palais plus beau que celui-là.” Et aussitôt, ayant envoyé un messager, il fit sortir de prison l’apôtre et le marchand qui avait été enfermé avec lui, et il lui dit : “Je te supplie, comme un homme qui a besoin du serviteur de Dieu, de prier pour moi pour que tu demandes à celui dont tu es le serviteur qu’il me pardonne et ne me tienne pas rigueur de ce que je t’ai fait et de ce que j’avais en tête de te faire, et pour que je sois digne de devenir un habitant de cette demeure pour laquelle je n’ai nullement peiné, la grâce de Dieu travaillant à l’ouvrage avec toi, et pour que je devienne moi aussi serviteur et un esclave de ce Dieu que tu prêches.” Et son frère, se jetant aux pieds de l’apôtre, dit : “Je te demande et te supplie en présence de ton Dieu, que je sois jugé digne de son ministère et de son service, et que je reçoive comme portion de devenir digne de ce qui m’a été montré par ses anges.

25. Saisi de joie, l’apôtre dit ; “Je te rends grâces, Seigneur Jésus, de ce que tu as révélé ta vérité à ces hommes. Car tu es le seul Dieu de la vérité, et il n’y en a pas d’autre. Et tu es celui qui connais toutes les choses inconnues de la plupart. Tu es, Seigneur, celui dont la miséricorde se montre en toutes choses et qui épargne les hommes. Car si les hommes, à cause de l’erreur qui est en eux, t’ont négligé, toi, tu ne les as pas négligés. Et maintenant, à ma prière et à ma supplique, reçois le roi et son frère, mêle-les à ton troupeau, après les avoir purifiés par ton bain de l’erreur qui les enveloppe et après les avoir oints de ton huile. Veille sur eux, garde-les des loups, conduis-les à tes pâturages. Abreuve-les de ta source d’ambroisie qui ni ne s’embourbe ni ne cesse. Ils te prient en effet, ils te supplient, ils veulent devenir tes serviteurs et tes ministres, et à cause de cela ils acceptent et d’être persécutés par tes ennemis et à cause de toi d’être haïs par eux et d’être violentés et de mourir, de même que toi tu as souffert toutes ces choses pour nous, pour que tu nous acquières, étant le Seigneur et vraiment le Bon Pasteur. Donne-leur d’avoir en toi seul liberté de parole et le secours venu de toi et l’espérance de leur salut, qu’ils attendent de toi seul, donne-leur d’être fermement établis dans tes mystères et de recevoir les biens parfaits de tes grâces et de tes dons, et d’être florissants dans ton service et d’être perfectionnés en ton Père.”

26. Trouvant donc leurs délices dans l’apôtre, le roi Goundaphoros et son frère Gad le suivaient sans jamais se séparer de lui, et ils suffisaient eux-mêmes aux besoins des indigents, donnant à tous et restaurant tous.
Ils lui demandèrent de recevoir désormais eux aussi le secours du devar, en lui disant : “Puisque nos âmes sont toutes désireuses de cela et que nous sommes ardents au sujet de Dieu, donne-nous le sceau : car nous t’avons entendu dire que c’est par son sceau que le Dieu que tu prêche reconnaît ses brebis.” l’apôtre leur dit : “Non seulement je me réjouis, mais je vous demande de recevoir ce sceau et de participer avec moi à cette eucharistie et à cette bénédiction du Seigneur et d’être perfectionnés en elle. Car il est le Seigneur et le Dieu de toutes choses, Jésus-Christ que je prêche, et il est lui-même le père de la vérité, auquel je vous ai enseigné de croire.” Et il leur ordonna d’apporter de l’huile, afin que par l’huile ils reçussent le sceau. Ils apportèrent donc de l’huile et ils allumèrent beaucoup de lampes. Car c’était la nuit.

27. S’étant levé, l’apôtre mit le sceau sur eux. Le Seigneur leur fut révélé par une voix qui disait : “Paix à vous, frères.” Ils entendirent seulement la voix, ils ne virent pas la figure du Christ : car ils n’avaient pas encore reçu le complément de sceau. L’apôtre prit l’huile, en versa sur leur tête, les oignit et enduisit et commença de dire :
“Viens, saint nom du Christ qui es au-dessus de tout nom !
Viens, puissance du Très Haut et miséricorde parfaite !
Viens, puissance du Très Haut et miséricorde parfaite !
Viens, charisme très haut !
Viens, mère miséricordieuse !
Viens, communion de la bénédiction !
Viens, toi qui révèles les mystères cachés !
Viens, mère des sept demeures, afin que tu trouves ton repos dans la huitième demeure !
Viens, messager des cinq membres, l’intellect, l’intellection, la pensée, la réflexion, le raisonnement, communie avec ces jeunes gens !
Viens, Saint-Esprit, et purifie leurs reins et leur cִur et mets ton sceau sur eux au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit ! ” Et, quand ils eurent été initiés, un jeune homme leur apparut tenant une torche allumée, telle que les lampes mêmes étaient rendues obscures par l’éclat de sa lumière. Puis il s’en alla et ne fut plus vu. L’apôtre dit au Seigneur : “ Ta lumière, Seigneur, ne peut être contenue par nous et nous ne pouvons la supporter : elle est trop forte pour notre vue. ” Quand la lumière du jour fut venue et eut lui, il rompit le pain et les fit communier à l’eucharistie du Christ. Ils étaient en joie et en exultation. Beaucoup d’autres avaient cru et s’étaient joints à eux et ils venaient au refuge du Sauveur.
28. L’apôtre ne cessait pas de prêcher et de leur dire : “ Hommes et femmes, enfants et jeunes filles, jeunes gens et vierges, adultes et vieillards, soit esclaves soit hommes libres, abstenez-vous de la fornication de la cupidité et du service du ventre. En ces trois chefs se résume toute l’iniquité. Car la fornication aveugle l’esprit, elle obscurcit les yeux de l’âme, elle devient un obstacle à la bonne constitution du corps, elle change l’homme entier en faiblesse, elle jette tout le corps en maladie. La cupidité établit l’âme en craint et en honte. Installée au-dedans du corps, elle ravit les biens d’autrui, affligée de ce soupçon que, si elle rend ces biens à leurs maîtres, elle n’ait à en rougir. Le service du ventre jette l’âme dans des soucis, des inquiétudes et des peines, l’âme s’inquiétant de se trouver dans le manque et dans le besoin de ces choses sises au loin. Si donc vous êtes débarrassés de ces vices, vous devenez sans souci, sans chagrin et sans crainte, et ce mot du Sauveur demeure en vous : “Ne vous souciez pas du lendemain, le lendemain aura souci de lui-même” (Mt. 6, 34). Souvenez-vous aussi de ce mot qui précède : “Jetez les yeux sur les corbeaux et regardez les oiseaux du ciel : ils ne sèment ni ne moissonnent ni n’engrangent dans les greniers, et Dieu les nourrit ! Combien vous bien plus, hommes de peu de foi !” (Mt. 6, 26 ; Luc 12,24). Mais attendez la venue du Seigneur et mettez vos espérances en lui et croyez à son nom. Car il est le juge des vivants et des morts, et il rétribue chacun selon ses ִuvres, et, dans sa venue et son épiphanie dernière, nul homme n’aura d’excuse sur le point d’être jugé par lui, comme s’il n’avait pas entendu. Car ses hérauts proclament dans les quatre régions de la terre. Convertissez-vous donc et croyez à la promesse, et recevez un joug de douceur et un fardeau léger (Mt. 11, 29.30), pour que vous viviez et ne mourriez pas. Gagnez ces choses, gardez ces choses. Sortez de l’obscurité pour que la lumière vous accueille. Allez à celui qui est vraiment bon, pour que vous receviez sa grâce et que vous établissiez son signe dans vos âmes. ”
29. Comme il parlait ainsi, certains des assistants lui dirent : “ Il est temps que le créancier recouvre sa créance. ” Il leur dit : “ Le maître de la créance veut toujours reprendre trop, mais donnons-lui cependant ce qu’il faut. ” Et, les ayants bénis, il prit du pain, de l’huile, du légume et du sel, et, les ayants bénis, il les leur donna. Lui-même demeura dans son jeûne, car le dimanche devait luire. Comme la nuit était venue et qu’il dormait, le Seigneur vint, se tint auprès de sa tête et lui dit : “ Thomas, lève-toi dès l’aube, et, les ayants tous bénis après la prière et le service liturgique, va par la route de l’Est à la distance de deux milles, et là je te montrerai ma gloire. Car par le fait que tu iras là, beaucoup se réfugieront auprès de moi, et tu confondras la nature et la puissance de l’Ennemi. ” S’étant levé après le sommeil, il dit aux frères qui étaient avec lui : “ Mes enfants et mes frères, le Seigneur veut faire aujourd’hui quelque chose par moi. . Eh bien, prions et demandons-lui que rien ne nous soit un obstacle eu égard à lui, mais que, aujourd’hui comme toujours, tout se fasse par nous selon son désir et sa volonté ; ” Ceci dit, il leur imposa les mains et les bénit. Et, ayant rompu le pain de l’eucharistie, il le leur donna disant : “ Que cette eucharistie vous soit miséricorde et pitié, et non jugement et rétribution. ” Et ils répondirent : “ Amen. ”


III. Sur le Serpent


30. Et l’apôtre sortit pour se rendre là où le Seigneur lui avait ordonné d’aller. Etant arrivé près du deuxième mille et s’étant un peu détourné de la route, il vit le cadavre d’un beau jeune homme gisant à terre et il dit : “ Seigneur, est-ce pour cela que tu m’as fait venir ici, pour que je voie cette tentation ? Que ta volonté donc soit faite comme tu le veux. ” Et il se mit à prier et à dire : “ Seigneur, juge des vivants et des morts, des vivants qui sont ici présents et des morts qui ici gisent, maître et père de toutes choses, père non seulement des âmes qui sont dans des corps, mais de celles qui sont sorties du corps, tu es en effet le maître juge des âmes qui sont dans des souillures, viens à cette heure où je t’invoque et montre ta gloire eu égard à celui qui est ici gisant. ” Puis, s’étant tourné vers ceux qui l’accompagnaient, il dit au gisant : “ Cette affaire ne s’est pas faite pour rien, mais l’Ennemi a produit et mené à terme cet ouvrage pour faire assaut contre lui-même. Et voyez qu’il n’a pas utilisé une autre espèce et n’a pas agi par un autre animal que par celui qui est son sujet.
31. Comme il parlait ainsi, un grand serpent noir sortit de sa tanière, frappant la terre de la tête et secouant la queue sur le sol, et dit d’une voix forte à l’apôtre : “ Je dirai devant toi pourquoi j’ai tué cet homme, puisque tu es venue pour cela, pour confondre mes ִuvres. ” L’apôtre dit : “ Oui, parle. ” Et le dragon : “ Il y a une belle femme dans ce village, juste en face d’ici. Comme elle passait à côté de moi, je la vis et fus épris d’elle et, l’ayant accompagnée, je la surveillais. Et je trouvai ce jeune homme en train de la baiser, il s’unit à elle et commit d’autres obscénités avec elle. Il me serait facile de manifester ces choses devant toi, mais je n’ose pas (S), parce que je sais que tu es le frère jumeau du Christ et que tu réprimes toujours notre nature. Cependant, ne voulant pas troubler cette femme, je ne le tuai pas à cette heure même, mais, l’ayant guetté, comme il passait le soir, je l’ai frappé et tué, d’autant plus qu’il avait osé accomplir cet acte le dimanche. ” L’apôtre lui demanda : “ Dis-moi de quelle semence et de quelle race tu es. ”
32. Et le serpent lui dit : “ Je suis un reptile de la nature reptile et fils nocif d’un père nocif. Je suis le fils de celui qui a endommagé et frappé les quatre frères debout. Je suis le fils de celui qui est assis sur un trône sur toute la terre, qui prend sa part de ceux qui empruntent. Je suis le fils de celui qui ceinture la sphère. Je suis parent de celui qui est en dehors de l’océan, de qui la queue est placée dans sa gueule.
(a) Je suis celui qui a pénétré par la barrière dans le paradis et qui a dit à Eve tout ce que mon père m’avait enjoint de lui dire.
(b) Je suis celui qui a allumé et enflammé Caïn pour qu’il tue son frère, et c’est par moi que des épines et des chardons ont poussé sur la terre.
(c) Je suis celui qui a jeté du haut en bas les anges et qui les a liés dans le désir des femmes pour que naissent d’elles des fils de la terre et que j’accomplisse en eux mon vouloir.
(d) Je suis celui qui a endurci le cִur de Pharaon pour qu’il tuât les enfants d’Israël et les rendit esclaves sous le joug de la cruauté.
(e) Je suis celui qui a égaré la foule au désert, quand ils ont fait le veau.
(f) Je suis celui qui a enflammé Hérode et qui a allumé Caïphe lors du faux témoignage devant Pilate : car c’est cela qui me convenait.
(g) Je suis celui qui a excité Judas et qui l’a acheté pour qu’il livrât le Christ à la mort.
(h) Je suis celui qui habite et détient l’abîme du Tartare, mais le Fils de Dieu m’a injurié malgré moi et il a choisi ses disciples en me les retirant.
(i) Je suis parent de celui qui doit venir de l’Orient, à qui pouvoir est donné de faire ce qu’il veut sur la terre. ”
33. Tandis que le serpent disait ces choses, toute la foule l’écoutant, l’apôtre éleva la voix vers le haut et dit : “ Cesse désormais, très impudent, et sois confondu par ta mort complète : car pour toi est venu le terme de ta destruction. Et n’aie pas l’audace de dire ce que tu as accompli par ceux qui sont devenus tes sujets. Je t’ordonne, au nom de ce Jésus qui jusqu’à ce jour vous fait la guerre à cause des hommes qui sont à lui, de sucer et de tirer à toi le venin que tu as jeté dans cet homme et de lui reprendre. ” Le serpent dit : “ L’heure n’est pas encore venue de notre fin, comme tu le prétends. Pourquoi me forces-tu à reprendre le venin que j’ai jeté en celui-ci et à mourir avant l’heure ? Quand mon père extraira et sucera le venin qu’il a jeté dans la création, alors sera venu sa fin. ” L’apôtre lui dit : “ Montre donc désormais la nature de ton père. ” Le serpent, s’approchant du jeune homme, appliqua sa bouche à la plaie et suça et en extrait par succion la bile. En peu de temps, le teint du jeune homme, qui était comme de la pourpre, blanchit, et le serpent se gonfla. Quand le serpent eut tiré à lui toute la bile, le jeune, ayant bondi, se tint debout, et serpent tomba aux pieds de l’apôtre. Le serpent, s’étant gonflé, creva par le milieu et mourut, et son venin et sa bile se répandirent. Mais au lieu où le venin s’était répandu, il se creusa un grand gouffre, et le serpent fut englouti. L’apôtre dit au roi et à son frère : “ Envoyez des ouvriers et comblez ce lieu, jetez-y des fondements et bâtissez dessus des maisons, pour qu’elles deviennent un habitacle pour les étrangers.
34. Le jeune homme dit à l’apôtre, tout en pleurs : “ Quelle faute ai-je commise à ton égard ? Car tu es un homme de deux formes, et tu es tourné là où tu le veux, et tu n’es retenu par rien, à ce que je vois. Car j’ai vu cet homme, comme il s’est tenu à côté de toi et qu’il t’a dit : “Je veux faire voir par toi beaucoup de miracles, et je veux accomplir par toi de grandes choses, pour lesquelles tu recevras un salaire. Et tu feras vivre beaucoup de gens et ils seront en repos dans la lumière éternelle comme enfants de Dieu. Toi donc rends la vie”, dit-il en parlant de moi,“ à ce jeune homme renversé par l’Ennemi, et deviens son surveillant à tout instant.” Tu es donc justement venu ici, et tu retourneras justement vers lui, même s’il ne t’abandonne jamais. Pour ma part, je suis devenu libre de souci et de reproche. Il a fait luire pour moi la lumière qui chasse les soucis de la nuit, et j’ai trouvé du repos après le travail du jour, et j’ai été délivré de celui qui m’a excité à commettre ces actions. J’ai péché à l’égard de celui qui m’a enseigné le contraire. J’ai perdu le parent de la nuit qui me forçait à pécher par ses propres actions, et j’ai trouvé celui qui est lumineux et qui est mon parent. J’ai perdu celui-là qui enténèbre et aveugle ses sujets, pour qu’ils ne sachent pas ce qu’ils font, et pris de honte de leurs ִuvres s’en éloignent, et qu’ainsi leurs actes aient une fin, et j’ai trouvé celui dont les ִuvres sont lumière, et les actes, vérité, tels que, si on les commet, on ne s’en repent pas ; J’ai été délivré de celui dont le mensonge est constant, devant qui les ténèbres s’avancent comme un voile, derrière lequel suit la honte, impudente en indolence, et j’ai trouvé celui qui me révèle les belles actions pour que je m’en empare, le fils de la vérité, qui est parent de la concorde, qui chasse le brouillard et illumine sa création et qui, guérissant ses plaies, renverse ses ennemis. Mais je te demande, homme de Dieu, fais que je le voie de nouveau et que je contemple celui qui maintenant s’est caché, afin que j’entende sa voix, dont je ne puis dire la merveille, car elle n’appartient pas à la nature de cet organe corporel. ”
35. L’apôtre lui répondit : “ Si tu renonces aux choses dont tu as reçu la connaissance, comme tu l’as dit, si tu connais quel est celui qui a accompli ces choses en toi, si tu l’apprends et si tu deviens un auditeur de celui que maintenant tu cherches en ton affection brûlante, non seulement tu le verras, mais tu seras avec lui pour toujours, tu te reposeras dans son repos et tu seras dans sa joie. Mais si tu te montres négligent envers lui, si tu retournes à tes anciennes actions, si tu laisses de côté la beauté et ce brillant visage qui maintenant t’a été montré, si tu ne fais plus attention au reflet de sa lumière que maintenant tu désires, tu seras privé non seulement de cette vie présente, mais aussi de la vie future, tu retourneras chez celui que tu disais avoir perdu et tu ne verras plus celui que tu disais avoir trouvé. ”
36. Comme l’apôtre parlait ainsi, il rentrait à la ville tenant la main de ce jeune homme et il lui disait : “ Ce que tu as vu, enfant, c’est un petit nombre des nombreux bienfaits que Dieu détient. Car il ne nous donne pas de bonnes nouvelles sur les choses visibles, mais il nous en promet de plus grandes. Tant que nous sommes dans le corps, nous ne pouvons dire ni décrire ce qu’il doit donner à nos âmes. Si nous disons qu’il nous procure la lumière, c’est cette lumière visible, et nous l’avons ; si nous disons qu’il nous procure la richesse, nous faisons mention de quelque chose qui est dans le monde (S), et nous n’en avons pas besoin, parce qu’il a été dit (Mt. 19, 23) : “Il est difficile à un riche d’entrer dans le royaume de Dieu.” Si nous parlons du luxe des vêtements, nous mentionnons quelque chose que portent les nobles (S), et il a été dit (Mt. 11, 8) : “Ceux qui portent des vêtements doux sont dans les maisons des rois.” Si nous parlons de riches festins, nous avons reçu à ce sujet le commandement de nous en abstenir, de ne pas être alourdis dans la débauche et l’ivresse et les soucis temporels (Luc 21, 34) … , et il a été dit (Mt. 6, 25) : “Ne vous souciez pas pour votre vie de ce que vous mangerez ou de ce que vous boirez, ni pour votre corps de quoi vous couvrirez, car l’âme est plus importante que la nourriture, et le corps, que le vêtement.” Et si nous parlons du repos temporaire d’ici-bas, il y a un jugement qui a été fixé pour cela aussi. Mais nous parlons du monde d’en haut, de Dieu et des ses anges, des esprits éveillés et saints, de la nourriture ambrosiaque et de la boisson de la vraie vigne, des vêtements permanents et qui ne vieillissent pas, des choses que l’ִil n’a point vues ni l’oreille entendues (1 Cor. 2, 9) et qui ne sont pas montées au cִur des hommes pécheurs, que Dieu a préparées pour ceux qui l’aiment. C’est de ces choses que nous parlons et ce sont ces choses que nous évangélisons. Crois donc en lui toi aussi, pour que tu vives, mets ta confiance en lui, et tu ne mourras pas. Il ne se laisse pas persuader par des dons, en sorte que tu lui offres, et il n’a pas besoin de sacrifices, en sorte que tu lui sacrifies. Mais jette les yeux vers lui, et il ne fermera pas les yeux sur toi ; tourne-toi vers lui, et il ne t’abandonnera pas. Son bel aspect et sa beauté te le rendront désirable pour que tu l’aimes. Mais il ne te permet même pas que tu t’écartes de lui. ”
37. Tandis que l’apôtre disait ces choses à ce jeune homme, une grande foule s’étaient jointe à eux. Jetant les yeux sur eux, l’apôtre les vit que se dressaient sur leurs pieds et allaient en des lieux élevés pour le voir, et l’apôtre leur dit : “ Hommes, qui êtes venus à l’assemblée du Christ et qui voulez croire en Jésus, prenez exemple de ce fait, et croyez que, si vous ne vous élevez pas, vous ne pouvez me voir, moi qui suis petit, et vous ne pouvez me percevoir, moi qui suis pareil à vous. Si donc vous ne pouvez me voir, moi qui suis pareil à vous, à moins que vous ne vous éleviez au-dessus de votre première façon de vivre et de vos actions inutiles et des désirs qui ne sont pas durables et de la richesse qui est laissée ici-bas et des acquisitions de cette terre qui vieillissent et des vêtements qui se corrompent et de la beauté qui vieillit et disparaît, outre cela du corps entier en lequel toutes ces choses sont emmagasinées et qui vieillit et devient poussière, retournant à sa propre nature : tout cela en effet c’est le corps qui le soutient. Croyez plutôt en notre Seigneur Jésus-Christ que nous prêchons, afin que vous ayez espoir en lui et que vous ayez en lui la vie pour les siècles des siècles, pour qu’il devienne lui-même votre compagnon de route en cette région de l’erreur, et qu’il vous devienne un port dans cette mer en tumulte. Il sera aussi pour vous une fontaine jaillissant en ce pays de la soif et une habitation pleine de nourriture en ce lieu des affamés, et un repos pour vos âmes et aussi un médecin des corps. ”
38. Alors la foule de ceux qui étaient rassemblés, entendant cela, pleurait et disait à l’apôtre : “ Homme de Dieu, ce Dieu que tu prêches, nous n’osons pas dire que nous sommes à lui, parce que les actions que nous avons accomplies sont étrangères à lui, et il ne lui plaise pas. Mais s’il prend compassion de nous et a pitié de nous et nous sauve, fermant les yeux sur nos actions passées, s’il nous délivre des maux que nous avons commis quand nous étions dans l’erreur, s’il ne nous en tient pas compte et ne se souvient pas de nos fautes passées, nous deviendrons ses serviteurs et nous mènerons à terme sa volonté. ” L’apôtre leur répondit : “ Il ne vous condamne pas et ne vous compte pas les fautes que vous avez commises étant dans l’erreur, mais il ferme les yeux sur les transgressions que vous avez commises quand vous étiez dans l’ignorance. ”


IV. Sur l’ânon


39. L’apôtre était encore debout sur la grand-route et conversait avec la foule, quand le petit d’une ânesse vint, se tint en face de lui et, ayant ouvert la bouche, lui dit : “ O frère germain du Christ, apôtre du Très Haut et compagnon d’initiation dans la doctrine cachée du Christ, toi qui as reçu les oracles secrets du Christ, compagnon de travail du Fils de Dieu, toi qui, étant libre, es devenu esclave et, une fois vendu, as amené des multitudes à la liberté, toi le parent de la grande race qui a condamné l’Ennemi et a racheté les siens, toi qui es devenu la cause de la vie pour beaucoup dans le pays des Indiens – car tu es venu chez les hommes égarés, et, par ton épiphanie et tes discours divins, maintenant ils se tournent vers le Dieu de vérité qui t’a envoyé -, monte et assois-toi sur moi et repose-toi, jusqu’à ce que tu sois arrivé à la ville. ” L’apôtre lui répondit : “ O Jésus-Christ, qui as intelligence de la parfaite miséricorde, ô toi la tranquillité et la paix, qui maintenant parles par les animaux sans raison, ô repos caché, qui te manifestes par ton activité, notre Sauveur et nourricier, qui nous gardes et nous donnes du relâche par des corps étrangers, toi le Sauveur de nos âmes, bouillonnement doux et incessant, source intarissable et pure et jamais troublée, défenseur et assistant dans le combat de tes esclaves, toi qui détournes et chasses loin de nous l’Ennemi, toi qui combats pour nous en de nombreux combats et qui nous fait vaincre en toutes choses, toi notre véritable athlète invaincu, notre général saint et victorieux, toi glorieux et donnant aux tiens la joie qui jamais ne passe et le relâchement qui ne comporte absolument aucune affliction, toi le Bon Pasteur te livrant toi-même pour tes brebis, qui as vaincu le loup et qui as racheté tes agneaux et les as conduits à un bon pâturage, nous te glorifions et nous te chantons, toi et ton Père invisible et le Saint-Esprit qui plane sur toutes les créatures (S). ”
40. Tandis que l’apôtre disait cela, toute la foule avait les yeux sur lui, s’attendant à entendre ce qu’il répondrait à l’ânon. Après s’être tenu debout un bonne heure, comme frappé de stupeur, l’apôtre, ayant levé les yeux au ciel, dit à l’ânon : “ Qui es-tu (S) et à qui appartiens-tu ? Etonnantes sont en effet les choses manifestées par ta bouche et extraordinaires, ce sont des choses cachées à la multitude. ” L’ânon répondit : “ Je suis de la race qui a été de service auprès de Balaam, de la race à laquelle a appartenu comme mon parent celui sur lequel ton Seigneur et Maître s’est assis. Et maintenant j’ai été envoyé pour que tu te reposes assis sur moi et pour que la foi de ceux-ci soit confirmée et pour que me soit échue cette part que maintenant je dois gagner par le service que je t’aurai rendu ; et, quand j’aurai été à ton service, cette part me sera enlevée. ” L’apôtre lui dit : “ Celui qui t’a accordé ce don est capable de faire qu’il soit réalisé en toi et en ceux qui t’appartiennent par la race, car, quand à ce mystère, je suis faible et sans force. ” Et il ne voulut pas s’asseoir sur l’ânon. Mais l’ânon le priait et le suppliait pour qu’il fût béni par lui en le portant (S). Alors l’apôtre monta et s’assit sur lui. Et la foule l’accompagnait, les uns le précédant, les autres le suivant ; tous couraient, voulant voir le terme et comment il donnerait congé à l’ânon.
41. Quand il fut arrivé près des portes de la ville, il descendit de l’ânon et lui dit. ” Va et reste sain et sauf en quelque lieu que tu ailles. ” Aussitôt l’ânon tomba sur le sol aux pieds de l’apôtre et mourut. Tous les assistants furent attristés et dirent à l’apôtre : “ Rends-lui la vie et ressuscite-le. ” Mais l’apôtre leur dit : “ Je pourrais sans doute le ressusciter par le nom de Jésus-Christ. Mais de toute façon la chose est mieux ainsi. Celui qui lui a donné la parole pour qu’il parle aurait pu faire aussi qu’il ne mourût pas. Je ne le ressuscite pas, non en tant que je ne le peux pas, mais parce que c’est là ce qui est bon pour lui et qui profite. ” Il ordonna à ceux qui étaient présents de creuser une fosse et d’enterrer son corps : et l’on fit comme il l’avait ordonné.


V. Sur le démon qui logeait dans une femme


42. L’apôtre entra dans la ville , toute la foule le suivant. Il considérait d’aller chez les parents du jeune homme qu’il avait ressuscité, tué par le serpent. Ils lui demandaient en effet avec insistance d’aller chez eux et d’entrer dans leur maison. Mais une très belle femme poussa soudain un très grand cri et dit : “ Apôtre du nouveau Dieu, qui est venu dans l’Inde, serviteur de ce seul saint et bon Dieu – car c’est par toi qu’est prêché ce Sauveur des âmes qui vont à lui, c’est par toi que sont guéris les corps de ceux qui sont tourmentés par l’Ennemi, et tu es devenu la cause de la vie de tous ceux qui se tournent vers lui -, ordonne que je sois amenée devant toi, afin que je te raconte ce qui m’est arrivé et que bientôt me vienne de toi de l’espérance et que ceux qui t’assistent aient meilleur espoir dans le Dieu que tu prêches. Car je ne suis pas peu tourmentée par l’Ennemi depuis il y a maintenant cinq ans. J’étais autrefois assise comme une femme dans la tranquillité, et de tout côté la paix m’enveloppait, et je n’avais souci de rien, car je ne me préoccupais de personne d’autre.
43. Or, un jour que je sortais du bain, je fus rencontrée par une sorte d’homme qui était troublé et agité, dont la voix et la parole me paraissaient émoussées et toutes minces. Il se tint en face de moi et me dit : “Moi et toi nous allons être en amour, et nous nous unirons ensemble comme un homme a commerce avec une femme.” Je lui répondis : “Je n’ai pas eu commerce avec mon fiancé, car je refuse de me marier, et comment me donnerais-je à toi qui veux t’unir à moi en adultère ?” Sur ces mots, je passai outre. Et je dis à la servante qui était avec moi : “As-tu vu ce jeune homme et son impudence, comment, sans pudeur, il a usé de franchise de parole avec moi ?” Elle me dit : “Moi, j’ai vu un vieillard causer avec toi.” Quand je fus arrivée à la maison et que j’eus dîné, mon âme me suggéra quelque soupçon, surtout parce qu’il m’était apparu sous deux formes. Tandis que j’avais cela en tête, je m’endormis. Etant donc venu cette nuit-là, il s’unit à moi par son sale commerce. Et, quand il fut jour, je le vis et m’enfuis loin de lui. Mais la nuit suivante il revint et abusa de moi. Et maintenant, comme tu vois, il y a cinq ans que je suis tourmentée par lui, et il ne m’a pas quittée. Mais je sais et je suis persuadée que démons, esprits et mauvais génies te sont soumis et tremblent du fait de ta prière. Prie donc pour moi et chasse loin de moi ce démon qui me tourmente, que je devienne moi aussi libre, que je sois unie à ma nature originelle et que je reçoive la grâce qui a été donnée à mes parents. ”
44. L’apôtre dit : “O Malice que rien ne retient,
ô impudence de l’Ennemi,
ô mauvais ִil qui jamais ne te reposes,
ô hideux qui subjugues les gracieux,
ô polymorphe et tel que tu te montres comme tu le veux, mais dont l’essence ne peut être changée,
ô toi qui viens du Rusé et du Trompeur,
ô arbre amer, dont les fruits lui ressemblent,
ô toi qui viens du diable qui surmonte ceux qui lui sont étrangers,
ô toi qui viens de l’égarement qui se sert de l’impudence,
ô toi qui viens de la malice qui rampe comme un serpent … . ”
Comme l’apôtre disait ces paroles, le Malveillant vint et se tint devant lui, sans que nul ne le vît, sauf la femme et l’apôtre, et, à voix très haute, il dit, tous l’entendant :
45. “ Qu’as-tu affaire avec nous, apôtre du Très Haut ? Qu’as-tu affaire avec nous, Jésus-Christ ? Qu’as-tu affaire avec nous, conseiller du saint Fils de Dieu ? Pourquoi veux-tu nous perdre, notre temps n’étant pas encore arrivé ? Pourquoi veux-tu nous enlever notre autorité ? Car jusqu’à cette heure nous avions de l’espoir et du temps de reste. Qu’as-tu affaire avec nous ? Tu as pouvoir, toi, sur les tiens, et nous, sur les nôtres. Pourquoi veux-tu user de tyrannie contre nous, toi surtout qui enseignes aux autres de ne pas user de tyrannie ? Pourquoi demandes-tu des biens étrangers, n’étant pas satisfait des tiens ? Pourquoi es-tu semblable au Fils de Dieu qui nous a fait du tort ? Tu lui ressembles en effet tout à fait comme si tu étais né de lui. Nous avons pensé le mettre lui aussi sous le joug comme les autres : mais il s’est retourné et nous a assujettis. Car nous ne le connaissions pas. Il nous a trompés par sa forme très hideuse, sa pauvreté et son indigence. Le voyant tel, nous avons pensé qu’il était un homme avec un corps de chair, ne sachant pas qu’il est celui qui vivifie les hommes. Il nous a donné autorité sur les nôtre et nous a permis dans le temps présent de ne pas lâcher les nôtres, mais de vaquer parmi eux : mais toi, tu veux posséder plus qu’il ne convient et qu’il ne t’a été donné et nous affliger. ”
46. Et, ce disant, le démon pleurait et disait : “ Je te quitte, toi la plus belle compagne que depuis longtemps j’ai trouvée et en qui j’ai eu mon repos. Je te quitte, ma sִur fidèle, ma bien-aimée, en qui j’ai mis mes complaisances. Que vais-je faire, je ne le sais, ou qui je vais invoquer pour qu’il m’écoute et m’aide. Je sais ce que je ferai. J’irai en des lieux où la réputation de cet homme n’a pas été entendue et peut-être trouverai-je, ma bien-aimée, une remplaçante de toi (S). ” Et, ayant élevé la voix, il dit : “ Demeure en paix, ayant trouvé un refuge en quelqu’un de plus fort que moi. Moi, je vais m’en aller et chercher une femme pareille à toi, et, si je ne la trouve pas, je reviendrai de nouveau vers toi. Car je sais que si, te tenant près de cet homme, tu trouves en lui ton refuge, quand il sera parti, tu seras telle que tu étais avant qu’il ne parût, et tu l’oublieras, et pour moi seront venues l’occasion et la franchise de parole. Pour l’instant, je crains le nom de celui qui t’a sauvés. ” Sur ce, le démon disparut, il y eut seulement à son départ du feu et de la fumée sur place ; et tous les assistants furent frappés de stupeur.
47. A cette vue, l’apôtre leur dit : “ Ce démon ne vous a rien montré d’étrange et d’étranger à sa nature, mais sa nature, dans laquelle il sera consumé. Car le feu l’absorbera, et sa fumée se dissipera. ” Puis il commença de dire :
“Jésus, mystère cache qui nous a été révélé, tu es celui qui nous a révélé une infinité de mystères, celui qui m’a mis à part de tous mes compagnons et m’a dit trois paroles par lesquelles je suis embrasé, et je ne puis dire à d’autres,
Jésus, homme assassiné, cadavre enseveli,
Jésus, Dieu de Dieu, Sauveur qui ressuscite les morts et qui guérit les malades,
Jésus, toi qui as été en besoin comme un pauvre et qui sauves comme n’ayant besoin de rien,
Jésus, qui prends les poissons pour le déjeuner et pour le dîner et rends tous satisfaits avec un peu de pain,
Jésus qui comme homme, t’es reposé des fatigues de la route et, comme Dieu, as marché sur les flots,
48. Jésus très haut, voix qui s’élève de la miséricorde parfaite, Sauveur de tous, droite de la lumière qui renverse le Mauvais dans sa nature, et qui rassembles toute sa nature en un seul lieu,
toi le Polymorphe,
toi le Monogène,
toi le Premier-Né d’une multitude de frères, Dieu issu du Dieu très haut,
toi, l’homme méprisé jusqu’à ce jour,
Jésus-Christ, qui ne nous méprises pas quand nous t’invoquons,
toi qui es devenu la cause de toute vie pour le genre humain,
toi qui as été jugé et gardé en prison à cause de nous et qui délivres tous ceux qui sont dans les chaînes,
toi qui as été appelé imposteur et qui délivres les tiens de l’erreur,
je te prie pour ceux qui sont là et qui croient en toi. Ils demandent d’obtenir tes dons, ils ont bon espoir en ton secours, ils ont ton refuge dans ta grandeur ; ils tiennent leurs oreilles prêtes à entendre de nous les paroles qui leur sont dites. Que ta paix vienne et dresse sa tente chez eux, qu’elle mes renouvelle à partir de leurs anciennes actions, qu’elle les dépouille du vieil homme avec ses actions, et qu’ils revêtent l’homme nouveau qui vient de leur être annoncé par moi. ”
49. Et, après leur avoir imposé les mains, il les bénit disant : “ Que la grâce de notre Seigneur Jésus soit sur vous pour toujours. ” Et ils dirent : “ Amen. ” La femme le pria disant : “ Apôtre du Très Haut, donne-moi le sceau, pour que cet Ennemi ne revienne pas en moi. ” Alors il la fit mettre près de lui, et, lui ayant imposé les mains, il lui mit le sceau au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Beaucoup d’autres reçurent le sceau avec elle. L’apôtre ordonna à son diacre de dresser la table. Ils disposèrent aussi une banquette qu’ils trouvèrent là ; et le diacre étendit sur la table une nappe et mit dessus le pain de bénédiction. Et, se tenant auprès, l’apôtre dit : “ Jésus, qui nous a jugés dignes de communier à l’eucharistie de ton saint corps et à ton sang, voici que nous osons nous approcher de ton eucharistie et invoquer ton saint nom. Viens et donne-nous participation à toi. ”
50. Et il commença de dire :
“Viens, don du Très Haut (S),
Viens, miséricorde parfaite,
Viens, Saint –Esprit,
Viens, toi qui connais les mystères de l’Elu,
Viens, toi qui participes à tous les combats du valeureux athlète,
Viens, silence qui révèles les hauts faits de la totale grandeur,
Viens, toi qui révèles les secrets et qui fais connaître les choses ineffables, sainte colombe qui enfante les deux jumeaux,
Viens, mère secrète,
Viens, toi qui es manifeste entes actions et qui donnes joie et repos à ceux qui te sont unis,
Viens et communie avec nous en cette eucharistie que nous célébrons en ton nom et dans cette agape où sommes réunis à ton invitation. ” Et, ayant dit cela, il traça sur le pain le signe de la croix, et, l’ayant rompu, il commença de le distribuer. Et d’abord il en donna à la femme, disant : “ Ceci sera pour toi pour le pardon des péchés et pour la résurrection éternelle (S). ” Et, après elle, il en donna aussi à tous les autres qui avaient reçu le sceau.


VI. Sur le jeune homme qui avait tué une jeune fille


51. Il y avait un jeune homme qui avait commis une action abominable et qui, s’étant approché, avait reçu la communion dans sa bouche, mais ses deux mains s’étaient desséchées, en sorte qu’il ne pouvait plus porter la nourriture à sa bouche. Ceux qui étaient présents, l’ayant vu, rapportèrent à l’apôtre ce qui était arrivé. L’apôtre l’appela et lui dit : “ Dis-moi, mon enfant, et n’aie pas honte, ce que tu as fait et puis tu es venu ici : l’eucharistie du Seigneur t’a convaincu. Car cette grâce de l’eucharistie passe en beaucoup et elle a principalement pour effet de guérir ceux qui vont à elle avec foi et amour, mais toi, elle t’a desséché, et cela ne s’est pas produit sans une cause efficace spéciale. ” Le jeune homme convaincu par l’eucharistie de Seigneur, s’étant avancé, tomba au pieds de l’apôtre et il priait disant : “ J’ai commis un vilain crime : je croyais en effet accomplir une bonne action. J’étais amoureux d’une femme qui habitait hors de la ville dans une auberge, et elle m’aimait. Je t’ai entendu et, ayant cru que tu annonces le Dieu vivant, je me suis approché et j’ai reçu de toi le sceau avec les autres. Or tu disais : “Quiconque s’unit à une femme en un sale commerce, surtout en adultère, n’aura pas la vie éternelle auprès de Dieu que je prêche.” Comme donc je l’aimais beaucoup, je lui demandai d’être ma compagne en pureté et dans le genre de vie non souillé que tu enseignes : mais elle refusait. Comme donc elle refusait, je pris un glaive et la tuai, car je ne pouvais pas la voir forniquer avec un autre. ”
52. Quand il eut entendu ces choses, l’apôtre dit : “ O union empreinte de folie, comme tu cours vers l’impudence ! O désir sans frein, comment as-tu mû ce garçon à faire cela ? O ִuvre du serpent, comme tu es enragée contre les tiens ! ” L’apôtre ordonna qu’on apportât de l’eau dans un bassin. Quand l’eau eut été apportée, il dit : “ Venez, eaux issues des eaux vivantes, eaux réelles issues des eaux réelles et envoyées à nous, repos issu du repos et envoyé à nous, force du salue venue de cette force qui vainc toutes choses et qui soumet toutes choses à son vouloir, viens et habite en ces eaux, afin que le charisme du Saint-Esprit soit accompli parfaitement en elles. ” Puis il dit au jeune homme : “ Va, lave-toi les mains en ces eaux. ” Et, quand il se fut lavé, ses mains redevinrent comme elles étaient avant d’avoir été desséchées (S), et l’apôtre lui dit : “ Crois-tu en notre Seigneur Jésus-Christ, qu’il peur tout faire ? ” Il répondit : “ Même si je suis le plus petit, je crois. J’ai agi ainsi parce que je croyais faire une bonne action. Je lui avais demandé, comme je t’ai dit, mais elle n’a pas voulu m’écouter pour se garder pure. ”
53. L’apôtre lui dit : “ Allons, rendons-nous à l’auberge où tu as commis cet acte, et voyons ce qui s’est passé. ” Le jeune homme conduisit l’apôtre sur le chemin. Parvenus à l’auberge, ils trouvèrent la femme gisante morte. A cette vue l’apôtre chagriné, car la jeune femme était jolie. Il commanda qu’on l’apportât au milieu de l’auberge. Ils la mirent sur un lit, l’apportèrent et la placèrent au milieu de la cour de l’auberge. L’apôtre lui imposa la main et se mit à dire : “ Jésus, qui partout nous apparais, car c’est cela que tu veux, que nous te cherchions partout, et tu nous as donné toi-même cette liberté de demander et de recevoir, et non seulement nous l’as permis, mais nous a appris à te prier, toi qui n’es pas vu des yeux du corps, mais n’es absolument pas caché aux yeux de nos âmes, et restes caché sans doute quand à ton aspect, mais nous es manifesté par tes actes, et dans tes nombreuses actions nous t’avons reconnu autant que nous le pouvons, et tu nous as toi-même donné tes dons sans mesure en disant : “Demandez et il vous sera donné, cherchez et vous trouverez, frappez à la porte et l’on vous ouvrira” (Mt. 7,7) ; nous te prions donc, ayant la crainte de nos fautes. Nous ne te demandons ni la richesse, ni de l’or, ni de l’argent, ni une possession, ni quoi que ce soit des choses qui sortent de la terre et qui retournent à la terre, mais nous te demandons ceci et nous te supplions, que en ton saint nom, tu ressuscites cette morte par ton pouvoir, pour ta gloire et pour la foi des assistants. ”
54. Et il dit au jeune homme, ayant fait sur lui le signe de la croix : “ Va, prends-lui la main et dis-lui : “Par mes mains je t’ai assassinée avec le fer et par mes mains je te ressuscite dans la foi de Jésus.” ” Le jeune homme s’approcha d’elle et se tint auprès d’elle, disant : “ J’ai cru en toi, Christ Jésus. ” Et, ayant regardé vers Judas Thomas l’apôtre, il lui dit : “ Prie pour moi, pour que mon Seigneur vienne à mon secours, lui que j’invoque. ” Et, ayant mis sa main sur la main de la femme, il dit : “ Viens, Seigneur Jésus-Christ. Donne à cette femme la vie et à moi les gages de la foi. ” Et aussitôt, comme il avait tiré la main de la femme en arrière, elle bondit et s’assit, jetant les yeux sur la grande de foule qui était là, et ayant bondi hors du lit, elle tomba aux pieds de l’apôtre et s’attacha à ses vêtements, disant : “ S’il te plaît, mon seigneur, où est cet autre qui était avec toi, qui ne me laissa pas pour rester avec moi dans ce lieu terrible et douloureux, mais qui m’a livrée à toi, disant : “Prends-la en charge afin qu’elle soit rendue parfaite et, après cela, qu’elle soit ramenée à son lieu.” ”
55. L’apôtre lui dit : “ Raconte-nous où tu as été. ” Elle répondit : “ Toi qui étais avec moi et à qui j’ai été remise, tu veux l’entendre ? ” Et elle commença de parler : “ Un homme me prit par la main, hideux d’aspect, tout entier noir, et son vêtement était très sale. Il me conduisit en un lieu où il y avait plusieurs gouffres, et une très mauvaise odeur, une puanteur abominable, émanait de ces gouffres. Il me fit jeter les yeux dans chaque gouffre, et je vis dans le gouffre du feu enflammé, et des roues de feu couraient là en rond, et il y avait des âmes suspendues à ces roues, et elles se brisaient l’une contre l’autre. Il y avait là multiplicité de cris et de lamentations et il n’y avait aucun sauveur. L’homme me dit : “Ces âmes sont celles de ta tribu et, quand leurs jours font nombre, elles sont livrées au châtiment et au broiement, et alors d’autres sont amenées à leur place, et, pareillement, elles en retour vont à un autre gouffre : ces âmes-ci ont interverti le commerce de l’homme avec la femme.” Et, ayant regardé, je vis de petits enfants amoncelés les uns sur les autres et luttant ensemble tandis qu’ils gisaient là. Il prit la parole et me dit : “Ces enfants sont les petits de ceux-là, et c’est pour cela qu’ils ont été placés ici en témoignage contre eux.”
56. Il me conduisit à un autre gouffre et, ayant baissé les yeux, je vis un bourbier et des vers jaillissant et les âmes qui se roulaient là, et l’on entendait, sortant de là, de grands grincements de dents. Et cet homme me dit : “Ce sont les femmes qui ont quitté leurs maris et qui sont allées en adultère vers d’autres, et elles sont amenées à ce tourment.” Il me montra un autre gouffre, dans lequel, m’étant baissée, je vis des âmes suspendues par la langue, d’autres par les boucles, d’autres par les mains, d’autres par les pieds la tête en bas, soufflant de la fumée et du soufre. Au sujet de ces âmes, cet homme, qui était avec moi, me dit : “Ces âmes suspendues par la langue sont des âmes calomnieuses, disant des choses fausses et honteuses, et n’ayant pas de pudeur. Celles qui sont suspendues par les cheveux sont celles qui ne rougissent pas, qui n’ont aucune sorte de pudeur et qui circulent nu-tête dans le monde. Celles qui sont suspendues par les mains sont celles qui ont enlevé le bien d’autrui et l’ont volé, n’ont jamais jeté les yeux sur les humbles et ne sont pas venues au secours des affligés, mais agissaient comme elles le faisaient parce qu’elles voulaient tout prendre et ne tenaient absolument nul compte de la justice et de la législation. Celles qui sont suspendues par les pieds la tête en bas sont celles qui couraient légèrement et ardemment sur les chemins du vice et les voies du désordre, qui ne visitaient pas les malades, n’escortaient pas ceux qui quittent la vie, et pour cela chaque âme reçoit en rétribution ce qu’elle a fait.”
57. M’emmenant à nouveau, il me montra un antre très ténébreux exhalant une très mauvaise odeur, et il y avait là beaucoup d’âmes qui regardaient attentivement voulant aspirer un peu d’air, mais leurs gardiens ne leur permettaient pas de regarder ; Celui qui m’accompagnait me dit : “Ceci est la prison de ces âmes que tu as vues. Quand elles ont accompli les châtiments de ce que chacune d’elles a commis, d’autres les suivent en succession. Il y en a qui sont complètement consumées, d’autres sont livrées à d’autres châtiments.” Ceux qui gardaient les âmes présentes dans l’antre ténébreux dirent à l’homme qui m’avait pris en charge : “Donne-la nous, pour que nous l’unissions aux autres jusqu’à ce que vienne le temps de la livrer au châtiment.” Il leur répondit : “Je ne vous la donnerai pas, parce que je crains celui qui me l’a livrée. Car je n’ai pas reçu l’ordre de la laisser ici. Je la conduis avec moi, jusqu’à ce que j’aie reçu l’ordre qui la concerne. ” Et, m’ayant prise en mains, il me conduisit à un autre lieu, où étaient des hommes qui étaient cruellement torturés. Celui qui te ressemble me prit et me livra à toi, ayant dit ceci : “Prends en mains celle-ci, car elle est une des brebis qui se sont égarées.” Et ainsi, prise par toi, je suis maintenant devant toi. Je te prie dons et te supplie de ne pas retourner à ces lieux de punition que j’ai vus. ”
58. L’apôtre dit “ Vous avez entendu ce qu’a raconté cette femme. Or ce ne sont pas là les seules punitions, mais il y en a de bien pires que celles-ci. Et, si vous ne vous tournez pas vers ce Dieu que je prêche, si vous ne vous abstenez pas de vos ִuvres anciennes et des actes que vous accomplissiez sans la connaissance, vous aurez votre fin dans ces punitions. Croyez donc dans le Christ Jésus, et il vous pardonnera les fautes commises avant ce moment, il vous purifiera de tous vos désirs corporels qui restent sur la terre, il vous guérira de vos erreurs qui vous accompagnent et s’en vont avec vous et sont trouvées devant vous. Chacun de vous donc, dévêtez-vous du vieil homme et revêtez-vous du nouveau, laissez votre conduite et votre façon de vivre anciennes. Que les adultères cessent de forniquer, pour qu’ils ne se livrent pas à l’éternel châtiment. Car l’adultère est aux yeux de Dieu un méfait excessivement grave en comparaison des autres. Déposez aussi la cupidité, le mensonge, l’ivresse, la calomnie et ne rendez pas le mal pour le mal. Car tout cela est étranger au Dieu que je prêche. Conduisez-vous plutôt dans la foi, la douceur, la sainteté et l’espérance en laquelle Dieu se réjouit, afin que vous deveniez les siens, attendant de lui les charismes que peu reçoivent. ”
59. Tout le peuple donc crut, et ils offraient leurs âmes obéissantes au Dieu vivant et au Christ Jésus, se réjouissant dans les ִuvres bénies du Très Haut et de son saint ministère. Ils apportaient beaucoup d’argent pour le service des veuves. Thomas en effet les tenait rassemblées dans les villes et , par ses ministres, il leur envoyait le nécessaire, tant vêtements que nourriture. Lui-même ne cessait de prêcher, de dire aux fidèles et de leur montrer que c’était ce Jésus-Christ que les Ecritures avaient proclamé, qui est venu, a été crucifié et après trois jours est ressuscité des morts. Il leur éclairait ensuite, commençant par les Prophètes, les choses qui concernent le Christ, qu’il fallait qu’il vînt et qu’à son sujet fussent accomplies toutes les prophéties qui le concernaient. Sa réputation se répandait dans toutes les villes et villages, et tous ceux qui avaient des malades ou des possédés par les esprits impurs les amenaient, et ils les plaçaient sur le chemin où il devait passer, et il les guérissait tous au nom du Seigneur. Alors ils disaient tous d’un seul cִur, tous ceux qui avaient été guéris par lui, d’une seule voix : “ Gloire à toi, Jésus-Christ, qui nous as accordé à tous également d’être guéris par ton serviteur et apôtre Thomas. En bonne santé et nous réjouissant, nous te demandons de faire partie de ton troupeau et d’être comptés au nombre de tes brebis. Reçois-nous donc, Seigneur, et ne tiens pas compte de nos fautes et de nos premières erreurs que nous avons commises quand nous étions dans l’ignorance.
60. L’apôtre dit :
“Gloire au Monogène issu du Père,
Gloire au Premier-Né de la multitude des frères,
Gloire à toi qui défends et qui secours ceux qui se sont réfugiés en toi,
Toi le sans sommeil, qui réveilles ceux qui sont dans le sommeil,
Toi le Vivant, qui vivifies ceux qui sont plongés dans la mort,
Dieu Jésus-Christ, Fils du Dieu Vivant,
Toi le Rédempteur et le défenseur,
Toi le refuge et le repos de tous ceux qui peinent en ton service, procurant le guérison à ceux qui à cause de ton nom supportent le poids du jour et la chaleur torride,
Nous te rendons grâces pour les faveurs que tu nous as données et qui nous ont été accordées par ton secours et par ta dispensation qui est venue de toi à nous.
61. Achève donc ces choses en nous jusqu’au terme, afin que nous ayons confiance en toi.
Regarde vers nous, parce que c’est à cause de toi que nous avons quitté nos maisons et nos parents, c’est à cause de toi que nous sommes devenus joyeusement et volontairement des étrangers.
Regarde vers nous, Seigneur, parce que c’est à cause de toi que nous avons quitté notre biens, pour que nous acquérions le bien qui ne peut être enlevé.
Regarde vers nous, Seigneur, parce que nous avons quitté ceux qui nous appartiennent par la race, afin que nous nous unissions à ta parenté.
Regarde vers nous, Seigneur, parce que nous avons quitté nos pères, nos mères, nos nourriciers, pour que nous voyions ton Père et nous rassasiions de sa nourriture divine.
Regarde vers nous, Seigneur, car c’est à cause de toi que nous avons quitté nos compagnes corporelles et nos fruits terrestres, afin que nous participions à cette communion permanente et vraie, et que nous enfantions des fruits véritables dont la nature est là-haut, que nul ne peut nous enlever, avec lesquels nous habiterons et qui habiteront avec nous. ”


VII. Sur le général


62. Comme l’apôtre Judas Thomas annonçait la parole de Dieu dans toute l’Inde, un certain général du roi Misdaios vint le trouver et lui dit : “ J’ai entendu dire de toi que tu ne prends de salaire de personne, mais que, ce que tu as, tu le donnes aux pauvres. Si tu avais pris des salaires, je t’aurais envoyé de l’argent en suffisance, et je ne serais pas venu moi-même ici. Car le roi ne fait rien sans moi : j’ai beaucoup de biens et je suis riche, un des riche dans l’Inde. Et je n’ai jamais fait de tort à personne. Mais c’est le contraire qui m’est arrivé. J’ai une épouse, et j’ai eu d’elle une fille et j’ai grande affection pour elle, comme la nature le demande, et je n’ai fait l’expérience d’aucune autre femme. Il arriva qu’il y eût un mariage dans notre ville, et j’avais grande amitié pour ceux qui faisaient le mariage. Ils vinrent donc et m’invitèrent, invitant aussi ma femme et sa fille. Comme ils étaient de mes grands amis, je n’ai pu refuser. J’envoyai donc ma femme, bien qu’elle ne voulût pas y aller, et j’envoyai avec elles une grande escorte de serviteurs. Ma femme donc et sa fille partirent, ornées d’une grande parure.
63. Le soir étant venu et l’heure étant arrivée de quitter le mariage, j’envoyai des lampes et des torches à leur rencontre ; et moi, je me tins sur la route guettant le moment où elle arriverait et où je la verrais avec ma fille. Me tenant là, j’entendis la voix d’une lamentation : “Malheur à elle.” Cette plainte s’entendait de chaque bouche. Mes serviteurs, ayant leurs vêtements déchirés, vinrent à moi me rapportant ce qui était arrivé. “Nous avons vu”, dirent-ils, “un homme et un garçon avec lui. L’homme mit la main sur ta femme, le garçon sur ta fille, mais elles s’enfuirent loin d’eux. Nous les avons percés de nos glaives : mais nos glaives sont tombés à terre. A cette même heure elles sont tombées à terre, grinçant des dents et heurtant la terre de leurs têtes. A cette vue, nous sommes venus te l’annoncer.” Quand j’eus entendu cela de mes esclaves, je déchirai mes vêtements, je frappai mon visage de mes mains et, devenu comme fou, je courus sur le chemin : et, étant allé, je les trouvai jetées par terre à l’agora. Je les pris et les ramenai à ma maison, et après une bonne heure, elles recouvrèrent leurs sens et, s’étant dressées, elles s’assirent.
64. Je commençai donc d’interroger ma femme : “Qu’est-ce qui t’est arrivé ?” Elle me dit : “Ne sais-tu pas ce que tu as fait à mon sujet ? Je t’ai demandé de ne pas aller à ce mariage, parce que je ne me sentais pas bien corporellement. Etant donc allée sur le chemin, arrivée près de l’aqueduc où l’eau coulait, je vis un homme noir debout, en face de moi, qui me faisait un signe de tête (S) et, pareillement, un garçon en face de moi. Et je dis à ma fille : “Regarde ces deux hommes de vilain aspect, dont les dents sont comme du lait, les lèvres comme de la suie.” Les ayant quittés, nous allâmes vers l’aqueduc. Le soir venu, comme nous revenions des noces, faisant route avec les jeunes gens, arrivées près de l’aqueduc, ma fille les vit d'abord et, effrayées, elle se réfugia auprès de moi. Après elle, moi aussi, je les vis venant au-devant de nous, et nous fuîmes loin d’eux. Les garçons qui étaient avec nous s’enfuirent (S). Eux alors nous frappèrent et nous renversèrent, moi et ma fille.” Comme elle racontait cela, les démons les attaquèrent à nouveau et les renversèrent. Et depuis, cette heure elles ne peuvent plus sortir, mais elles sont enfermées dans une chambre à l’intérieur d’une autre chambre. Et, à cause d’elles, je suis en grande souffrance et détresse : car ils les renversent partout où ils les rencontrent et les dénudent. Je t’en prie et t’en supplie devant Dieu, aide-moi et aie pitié de moi. Il y a trois ans que la table n’a pas été dressée dans ma maison et que ma femme et ma fille ne se sont pas assises à table. Et je te supplie surtout pour ma malheureuse fille qui n’a absolument rien vu de bon en ce monde. ”
65. Quand l’apôtre eut entendu ces mots du général, il fut grandement affligé à son sujet et il lui dit : “ Crois-tu que Jésus peut les guérir ? ” Le général dit : “ Oui ” L’apôtre reprit : “ Confie-toi à Jésus, et il les guérira lui-même en leur portant secours. ” Le général dit : “ Montre-le-moi, pour que je lui demande, et je croirai en lui. ” L’apôtre lui dit : “ Il ne se montre pas aux yeux du corps, mais il est trouvé par les yeux de l’esprit. ” Levant donc la voix, le général dit : “ Je crois en toi, Jésus, et je te demande et te supplie, porte secours à la faible foi que j’ai en toi. ” L’apôtre ordonna alors à son diacre Xénophon de rassembler tous les assistants. Et, quand toute la foule eut été rassemblée, l’apôtre, se tenant au milieu, dit :
66. “ Mes enfants et mes frères qui avez cru dans le Seigneur, demeurez en cette foi, évangélisant Jésus qui vous a été annoncé par moi, mettant en lui vos espoirs. Ne vous séparez pas de lui, et lui ne vous abandonnera pas. Même si vous dormez de ce sommeil qui alourdit ceux qui dorment, lui est sans sommeil et il vous gardera. Et, si vous voguez en mer et que vous soyez en danger sans que nul ne puisse vous aider, lui, marchant sur les flots, vous remet d’aplomb et vous aide. Pour moi, je vous quitte désormais et il n’est pas sûr que je vous revoie encore dans la chair. Ne faites donc pas comme le peuple d’Israël qui, perdant la vue de ses pasteurs pour le temps d’une heure, tomba dans le péché (cf. Ex. 32). Je vous laisse mon diacre Xénophon qui tiendra ma place. Car, lui comme moi, il annonce Jésus. En effet, ni moi je ne suis quelque chose, ni lui, mais Jésus. Car je ne suis qu’un homme revêtu d’un corps, un fils d’homme comme l’un d’entre vous. Et je n’ai pas de richesse comme il en est trouvé chez certains, richesse qui convainc ceux qui la possèdent comme étant complètement inutile (S) et qui est laissée sur la terre d’où elle est venue, et qui comporte en elle-même les chutes et les souillures des péchés qui surviennent aux hommes en raison d’elle. Il est rare que des riches soient trouvés faisant l’aumône : mais ceux qui font l’aumône et qui sont humbles de cִur hériteront du royaume de Dieu. La beauté en effet ne dure pas chez les hommes. Ceux qui s’enorgueillissent de la beauté, quand la vieillesse les surprend, seront soudain plongés dans la honte. Toutes choses donc ont leur saison, en leur saison elles sont aimées et en leur saison elles sont haïs. Que notre espoir soit donc en Jésus-Christ le Fils de Dieu, qui toujours est aimé, toujours désiré. Et souvenez-vous de moi comme je me souviendrai de cous. Nous-mêmes, si nous ne portons pas le fardeau des commandements, nous ne sommes pas dignes d’être des hérauts de ce nom et, plus tard, nous paierons le châtiment sur notre propre tête. ”
67. Et, ayant prié avec eux, il demeura une bonne heure à prier et à demander. Et, les ayant confiés au Seigneur, il dit : “ Seigneur, maître de toute âme qui est dans un corps, Seigneur, père des âmes qui mettent leurs espoirs en toi et qui attendent ta miséricorde, toi qui rachètes de leur égarement les hommes qui sont à toi et qui délivres de l’esclavage et de la corruption tes sujets et ceux qui se réfugient en toi, viens dans le troupeau de Xénophon et, l’ayant oint de l’huile sainte, guéris-le de ses blessures et garde-le des loups ravisseurs. ” Et, leur ayant imposé les mains, il dit : “ La paix du Seigneur sera sur vous et m’accompagnera. ”


VIII. Sur les onagres


68. L’apôtre sortit donc pour marcher sur la route. Tous lui faisaient cortège en pleurant, lui faisant prêter serment qu’il ferait mémoire d’eux dans ses prières et qu’il ne les oublierait pas. Etant donc monté et s’étant assis sur le char, quand il eut quitté tous les frères, le général réveilla le cocher, disant : “ Je demande et souhaite d’être trouvé digne de m’asseoir à ses pieds et je deviendrai son cocher sur cette route, afin qu’il devienne mon guide sur cette route sur laquelle peu s’avancent. ”
69. Quand donc ils eurent fait route environ deux milles, l’apôtre demanda au général et le fit se lever, il le fit asseoir à côté de lui, ayant permis au cocher de s’asseoir à sa place. Quand ils se furent avancés sur la route, il arriva que, par suite de la chaleur torride, les bêtes de trait furent fatiguées et ne purent absolument plus bouger. Le général en fut affligé et profondément découragé, pensant user de ses pieds pour courir et amener d’autres bêtes pour le service du char. L’apôtre dit : “ Que ton cִur ne soit pas en trouble et en crainte, mais crois en Jésus-Christ que je t’ai annoncé, et tu verras de grandes merveilles. ” Levant les yeux, il vit une troupe d’onagres qui passaient près de la route. Il dit au général : “ Si tu as cru au Christ Jésus, avance-toi vers cette troupe d’onagres et dis : “Judas Thomas, l’apôtre du Christ le nouveau Dieu, vous dit : Que quatre sortent d’entre vous, parce que nous en avons besoin.” ”
70. Le général s’en alla avec frayeur, car les onagres étaient nombreux. Et, cependant qu’il allait, les onagres eux-mêmes vinrent à sa rencontre. Quand ils furent tout près, il leur dit : “ Judas Thomas, l’apôtre du nouveau Dieu, vous l’ordonne : “Que quatre sortent d’entre vous parce que j’en ai besoin.” ” A ces mots, les onagres, d’un même mouvement, vinrent en courant près de lui, et, étant venus, ils lui firent la révérence. L’apôtre leur dit : “ Paix à vous. Mettez-en sous le joug quatre à la place de ces bêtes qui ont renoncé. ” Et chacun des onagres s’avança et ils acceptèrent de passer sous le joug. Il y avait là donc quatre onagres solides qui furent mis sous le joug. Parmi les autres, les uns précédaient, les autres suivaient. Quand on eut fait un peu de route, l’apôtre congédia les onagres, disant : “ Je vous le dis, à vous les habitants du désert, retournez à vos pâturages ; si j’avais besoin de vous tous, vous seriez tous venus avec moi. Mais maintenant retournez au lieu où vous habitez. ” Les onagres se retirèrent en tranquillité jusqu’à ce qu’ils fussent devenus invisibles.
71. Cependant donc que l’apôtre, le général et le cocher suivaient leur chemin, les onagres tiraient tranquillement d’une façon unie, pour ne pas troubler l’apôtre de Dieu. Quand ils furent arrivés près des portes de la ville, s’étant détournés de la route, ils s’arrêtèrent devant les portes de la maison du général. Le général dit : “ Il ne m’est pas permis de raconter ce qui s’est passé, mais, quand j’aurai vu le terme, alors je parlerai. ” Toute la ville vint à la vue des onagres sous le joug : ils avaient entendu aussi le bruit que l’apôtre devait venir séjourner là. L’apôtre demanda au général : “ Où est ton habitation et où nous conduis-tu ? ” Il lui dit : Tu sais toi-même que nous sommes arrêtés devant les portes, et les onagres qui sont venus avec toi par ton commandement le savent mieux que moi. ”
72. Sur ces mots, il descendit du char. L’apôtre donc commença de dire/
“Jésus-Christ, qui es blasphémé par la méconnaissance de ton nom en ce pays ;
Jésus, dont le renom est étranger à cette ville ;
Jésus, qui envoies ton apôtre en tout pays et en toute ville, et tous les tiens qui le méritent sont glorifiés en toi ;
Jésus, qui as pris une forme humaine et qui es devenu comme un homme et qui es apparu à beaucoup pour ne pas nous séparer de ton amour ;
Tu es, Seigneur, celui qui s’est donné pour nous, qui nous a achetés par son sang et qui nous possède comme une possession précieuse.
Que pouvons-nous te donner, Seigneur, en retour de ta vie que tu as donnés pour nous ? Car ce que nous voulons te donner, tu nous le donnes : et il en est ainsi pour que nous te priions et vivions. ”
73. Tandis qu’il parlait ainsi, beaucoup se rassemblaient de toute part pour voir l’apôtre du nouveau Dieu. L’apôtre dit de nouveau : “ Pourquoi nous tenons-nous à ne rien faire ? Seigneur Jésus, l’heure est venue : que demandes-tu qu’on fasse ? Ordonne donc que soit réalisé ce qui doit se produire. ” Cependant la femme du général et sa fille étaient gravement affligées par les démons au point que les serviteurs pensaient qu’elles ne se relèveraient plus. Les démons en effets ne leur permettaient absolument pas de prendre aucune nourriture, mais ils les jetaient sur leurs lits, ne reconnaissant absolument personne, jusqu’au jour où l’apôtre vint là. L’apôtre dit à l’un des onagres qui avaient été attelés du côté droit : “ Entre au-dedans de la cour ; et, te tenant là, appelle les démons et dis-leur : “Judas Thomas, l’apôtre et le disciple de Jésus-Christ, vous l’ordonne : Sortez ici au dehors. Car c’est à cause de vous que j’ai été envoyé et à cause de ceux qui vous appartiennent par la race, pour vous détruire et vous chasser dans votre lieu, jusqu’à ce que soit venu le temps de l’accomplissement et que vous soyez plongés dans les profondeurs des ténèbres.” ”
74. Cet onagre s’avança, alors qu’une grande foule était présente, et il dit :
“Je vous le dis, à vous les ennemis de Jésus appelé Christ.
Je vous le dis, à vous qui fermez les yeux pour ne pas voir la lumière : car la nature très mauvaise ne peut être changée en bien.
Je vous le dis, à vous les fils de la Géhenne et de la perdition, de celui qui ne cesse pas de faire le mal jusqu’à maintenant, qui toujours renouvelle ses activités et les choses qui conviennent à son âtre.
Je vous le dis, très impudents, vous qui périrez par vos mains. Ce que je dois dire de votre perdition et votre fin, ce que je dois raconter, je ne le sais pas. Car ces choses sont nombreuses et innombrables à entendre, et vos actions dépassent les châtiments qui vous sont réservés.
Mais je te dis, démons, et à ton fils qui t’accompagne. Car à présent c’est contre vous que j’ai été envoyé. Pourquoi tiendrais-je de longs discours sur votre nature et votre racine, que vous-mêmes connaissez et dont vous n’avez pas honte ? Mais Judas Thomas vous le déclare, l’apôtre du Christ Jésus, qui avec grande charité et amour a été envoyé ici : devant toute cette foule ici présente, sortez et dites-moi de quelle race vous êtes. ”
75. Et aussitôt la femme sortit avec sa fille, réduites à l’état de cadavres et déshonorées. A leur vue, l’apôtre fut chagriné, principalement à cause de la fille, et il dit aux démons : “ Qu’il ne soit pas dit qu’il y ait de la propitiation et du pardon pour vous : car vous ne savez ni épargner ni avoir pitié. Mais, au nom de Jésus, sortez de ces femmes et tenez-vous à côté. ” Tandis que l’apôtre disait cela, les femmes tombèrent à terre et devinrent comme mortes : car elles n’avaient plus de souffle et n’émettaient plus de voix. Prenant la parole d’une voix forte, le démon dit : “ De nouveau tu viens ici, toi qui te moques de notre nature et de notre race ? De nouveau tu viens, toi qui effaces notre art ? A ce que je pense, tu ne nous permets absolument pas d’être sur la terre. Mais cela, pour l’instant, tu ne peux l’accomplir. ” L’apôtre conjectura que ce démon était celui qui avait été chassé de cette femme.
76. Le démon dit : “ Je t’en prie, permets-moi d’aller habiter là où tu veux et de recevoir un commandement de toi, et je ne craindrai plus le Démon qui a autorité suprême sur moi. Car de même que tu es venu annoncer de bonnes nouvelles, de même je suis venu pour détruire. Et de même que toi, si tu n’accomplis pas la volonté de celui qui t’a envoyé, je serai envoyé à ma propre nature avant la saison et le temps fixé. Et de même que ton Christ t’assiste dans tous ce que tu fais, de même mon père m’assiste en tout ce que je fais. Et de même que le Christ te prépare comme instruments ceux qui sont dignes de ton habitation, de même mon père me cherche des instruments grâce auxquels j’effectue mes actes. Et de même que le Christ donne nourriture et providence à ses sujets, de même mon père me prépare des châtiments et des tortures avec ceux en lesquels j’habite (S). Et de même que le Christ te donne comme récompense de ton activité la vie éternelle, de même mon père me procure en échange de mes actes la perdition éternelle. Et de même que tu es restauré par ta prière et tes bonnes actions en tes doxologies spirituelles, de même je suis restauré par les meurtres, les adultères et les sacrifices avec libation de vin qui ont lieu sur les autels. Et de même que toi tu tournes les hommes vers la vie éternelle, de même je détourne ceux qui m’écoutent vers la perdition et la châtiment éternel. Et toi, reçois ton salaire (S), moi le mien. ”
77. Tandis que le démon disait ces choses et d’autres encore, l’apôtre dit : “ Jésus t’ordonne et à ton fils par moi de ne plus venir habiter dans un homme. Mais sortez, allez-vous-en et habitez entièrement à part de l’habitation des hommes. ” Les démons lui dirent : “ Tu nous as donné un ordre cruel. Mais que feras-tu à ceux qui à présent sont cachés de toi ? Ceux en effet qui ont façonné toutes les statues trouvent leur plaisir en elles plus qu’en toi (S) : ces dieux que la multitude adore et dont elle accomplit les volontés, leur sacrifiant et leur apportant de la nourriture sous forme de libations, moyennant vin et eau, et sous forme d’offrandes. ” Et l’apôtre dit : “ Eux aussi seront maintenant abolis avec leurs ִuvres. ” Et aussitôt les démons disparurent : mais les femmes gisaient à terre comme en forme de cadavres, n’ayant point de voix.
78. Cependant les onagres se tenaient proches les uns des autres et ne s’éloignaient pas l’un de l’autre, mais celui à qui la parole avait été donnée par la puissance du Seigneur se tenait devant ses compagnons et dit à l’apôtre, cependant que tous se taisaient et regardaient ce que l’apôtre allait faire (S) : “ Pourquoi te tiens-tu sans rien faire, apôtre du Christ Très Haut, qui attend que tu lui demandes les plus beaux enseignements ? Pourquoi donc tardes-tu ? Ton maître veut manifester des exploits par tes mains. Pourquoi te tiens-tu immobile, héraut du Dieu caché ? Ton Seigneur (S) veut par toi révéler les choses secrètes qu’il réserve à ceux qui sont dignes de lui, pour qu’ils les entendent. Pourquoi te tiens-tu en repos, toi qui accomplis tes exploits au nom du Seigneur ? Ton maître t’encourage, mettant en toi l’audace. ne crains donc rien : car il n’abandonnera pas l’âme qui t’appartient par la naissance. Commence donc de l’invoquer, et il sera prêt à t’entendre. Pourquoi te tiens-tu immobile admirant toutes ses actions et ses énergies ? Petites sont ces choses qu’il a montrées par toi (S). Et que diras-tu au sujet de ses grands dons ? Car tu ne suffiras pas à les décrire. Et pourquoi es-tu dans l’admiration au sujet des guérisons qu’il opère ? Et cela surtout quand tu connais cette guérison solide et permanente qu’il offre à ceux qui sont sa possession (S). Et qu’as-tu à regarder à cette vie temporaire et ne songes-tu en rien à la vie éternelle ?
79. Et à vous, foules présentes et qui vous attendez à ce que ces femmes jetées à terre soient ressuscitées, je vous dis, croyez à l’apôtre de Jésus-Christ, croyez au maître de la vérité, croyez à celui qui vous montre la vérité. Croyez en Jésus. Croyez dans le Christ qui a été engendré, pour que ceux qui ont été engendrés vivent par sa vie : lui qui aussi est devenu un petit enfant et a été élevé afin que la perfection de l’âge viril soit manifestée par lui. Il a enseigné ses propres disciples : car il est le maître de la vérité et celui qui instruit les sages ; lui qui a apporté son don au temple pour montrer que toute offrande est sanctifiée. Et cet homme-ci est son apôtre, un homme qui exhibe la vérité. Cet homme-ci est celui qui accomplit la volonté de celui qui l’a envoyé. Il viendra des apôtres mensongers, prophètes de l’iniquité, dont la fin sera conforme à leurs actions, qui sans doute prêcheront et légiféreront qu’il faut fuir loin des impies, mais qui eux-mêmes seront toujours trouvés dans le péché, revêtus des vêtements de brebis, mais à l’intérieur loups rapaces ; qui, ne se contentant pas d’une seule femme, corrompront beaucoup de femmes ; qui, déclarant qu’il faut mépriser les enfants, souilleront beaucoup de garçons, ce dont ils paieront le châtiment ; qui ne se contentent pas de leur propre bien, mais désirent que toutes les choses inutiles soient à leur service à eux seuls. Ils professent d’être des disciples et, de bouche, prononcent certaines choses, mais ont d’autres choses dans leur cִur. Aux autres ils recommandent de se tenir à part du mal, mais eux-mêmes ne font rien de bien. Ils sont estimés être tempérants et ils recommandent aux autres de s’abstenir de la fornication, du vol et de la cupidité, mais tout cela ils l’accomplissent en cachette, cependant qu’ils exhortent les autres à ne pas le faire. ”
80. Tandis que l’onagre proférait ces paroles, tous avaient les yeux fixés sur lui. Et, quand il se tut, l’apôtre dit : “ Quelles choses j’aurai dans l’esprit au sujet de ta beauté, Jésus, et quelles choses aussi je dirai de toi, je ne le sais. Ou plutôt je ne le peux. Car je ne puis les dire, ô Christ, toi qui es en repos, et seul sage, toi seul connais le dedans des cִurs et qui seul connais les pensées.
A toi gloire, miséricordieux et doux ;
A toi gloire, sage Logos ;
Gloire à ta compassion qui es née parmi nous ;
Gloire à ta pitié étendue sur nous ;
Gloire à ta grandeur qui s’est faite petite pour nous ;
Gloire à ton très haut règne qui s’est fait humble pour nous ;
Gloire à ta force qui s’est faite faible pour nous ;
Gloire à ta Déité qui pour nous a été vue dans la ressemblance des hommes ;
Gloire à ton humanité, qui est morte pour nous, afin de nous donner la vie ;
Gloire à ta résurrection des morts : grâce à elle il y a pour nos âmes résurrection et repos.
Gloire et louange à ta remontée au ciel : grâce à elle tu nous as montré la montée vers le haut, nous promettant d’être assis à ta droite et de juger les douze tribus d’Israël.
Tu es le Logos célestes du père,
Tu es la lumière cachée de la compréhension, toi qui montres le chemin de la vérité, toi qui poursuis les ténèbres et qui effaces l’erreur. ”
81. Quand l’apôtre eut ainsi parlé, il se tint au-dessus des femmes, disant : “ Mon Seigneur et mon Dieu, je ne suis pas en doute à l’égard de toit et ce n’est pas en incroyant que je t’invoque, toi qui est toujours notre assistant, notre aide et notre redresseur. Toi qui nous insuffles ta force et nous donnes courage et qui procures à tes serviteurs liberté de parole dans l’amour, je t’en prie, que ces âmes soient guéries et ressuscitent et deviennent comme elles étaient avant d’avoir été frappées par les démons. ” Pendant qu’il disait cela, les femmes se tournèrent et s’assirent. L’apôtre recommanda au général que ses serviteurs prissent les femmes et les conduisissent à l’intérieur. Quand elles furent entrées à l’intérieur, l’apôtre dit aux onagres : “ Suivez-moi. ” Et les onagres le suivirent jusque hors des portes. Quand ils furent sortis, il leur dit : “ Allez en paix à vos pâturages. ” Les onagres donc allèrent de bon cִur. L’apôtre debout les suivit du regard, pour qu’ils ne subissent nul dommage, jusqu’à ce qu’ils fussent devenus invisibles. L’apôtre alors revint sur ses pas avec la foule dans la maison du général.


IX. Sur la femme de Charisios


82. Il arriva qu’une certaine femme, l’épouse de Charisios le très proche du roi, appelée Mygdonia, vint pour voir la nouvelle apparition du nouveau Dieu (S) qui était annoncé et le nouvel apôtre qui était venu dans leur pays. Elle était assise sur une litière (S) portée par ses esclaves ; et, à cause de la grande foule et de l’étroitesse des rues, ils ne pouvaient la conduire vers l’apôtre. Elle envoya un message à son époux pour qu’il lui envoyât une escorte plus importante. Ces autres vinrent et marchaient devant elle (S), pressant la foule et la battant. A cette vue, l’apôtre leur dit : “ Pourquoi forcez-vous à se retourner ceux qui viennent entendre la Parole, eux qui sont pleins d’ardeur ? Vous, vous voulez être près de moi, mais vous êtes très loin : comme il a été dit de la foule qui allait au Seigneur, “Vous avez des yeux et ne voyez pas, vous avez des oreilles et n’entendez pas” (Mc. 8, 18). ” Et il dit à la multitude : “ Que celui qui a des oreilles pour entendre entende ” (Mt. 11, 15) et “ Venez à moi, vous tous qui peinez et ployez sous le fardeau, et moi je vous soulagerai ” ‘Mt. 11, 28).
83. Et, jetant les yeux sur les porteurs de Mygdonia, il leur dit : “ C’est pour vous qu’a été dite cette promesse de bonheur et cette admonition, qui a été annoncée aux gens d’alors, pour vous qui portez ces fardeaux lourds à porter et qui sur son ordre allez çà et là. Et, alors que vous êtes des êtres humains, ils vous imposent des fardeaux comme si vous étiez des bêtes, les gens qui ont pouvoir sur vous considérant que vous n’êtes pas des hommes comme eux, soit esclaves soit hommes libres. Car ni la possession ne servira de rien aux riches ni la pauvreté ne sauvera les pauvres du jugement. Ni nous n’avons reçu un commandement que nous ne pouvons porter, ni il ne nous a imposé une construction telle que les hommes en construisent, ni de taillez des pierres et de bâtir des maisons comme vos artisans le font par leur savoir. Voici le commandement que nous avons reçu du Seigneur : ce qui nous déplaît infligé par un autre, cela, ne pas le faire à quelqu’un d’autre.
84. Abstenez-vous donc de l’adultère, car il est le point de départ de tous les maux ; ensuite du vol qui, ayant pris au piège Judas Iscariote, le conduisit à la pendaison ; et de la cupidité (S), car ceux qui cèdent à la cupidité ne voient pas ce qu’ils font ; et de la vaine gloire et de toutes les actions honteuses, principalement les corporelles, chose en laquelle existe l’éternelle condamnation. Car elle est la métropole de tous les maux. Pareillement elle conduit les glorieux à la tyrannie, les tirant en bas vers les profondeurs et les mettant à mal de ses propres mains, pour qu’ils ne voient pas ce qu’ils font ; d’où vient que les actions qu’ils commettent leur deviennent invisibles.
85. Mais vous, par toutes vos bonnes actions, devenez agréables à Dieu dans la douceur et la tranquillité – c’est ceux-là que Dieu épargne, il leur procure la vie éternelle et il anéantit la mort – et dans la gentillesse, qui accompagne toutes les bonnes actions, qui lutte contre tous les ennemis et qui remporte seule la couronne de la victoire ; dans la tranquillité, dans la bonté (S) et le fait de tendre la main aux pauvres et de pourvoir aux besoins des indigents, apportant et distribuant à ceux qui sont dans la nécessité ; et il vous convient principalement de vous conduire en pureté (S). Car la pureté est chère à Dieu et elle conduit à la vie éternelle. Car elle est aux yeux de Dieu la métropole de tous les biens. Ceux qui ne se purifient pas dans le stade du Christ ne peuvent rien faire de bon. La pureté est apparue depuis Dieu, anéantissant la fornication, renversant l’Ennemi, plaisante aux yeux de Dieu. Elle est un athlète invaincu, recevant honneur de Dieu, glorifiée par beaucoup. Elle est l’ambassadrice de la paix, elle annonce la paix. Si quelqu’un la possède, il demeure sans souci, agréable au Seigneur, attendant le temps de la rédemption. Car elle ne fait rien de blâmable, procurant vie et repos et joie à tous ceux qui la possèdent.
86. La douceur a subjugué la mort et l’a mise sous son autorité. La douceur a réduit l’Ennemi en esclavage. La douceur est un joug aimable. La douceur ne craint personne et ne s’oppose pas à la multitude. La douceur est paix, joie et réjouissance dans le repos. Demeurez dons dans la sainteté et recevez l’absence de souci et devenez proches de la douceur. Car en ces trois chapitres est résumé le portrait du Christ que je vous annonce. La pureté est le temple du Christ, et celui qui habite en elle possède comme habitation, et la tempérance est le repos de Dieu, car il a jeûné quarante jours et quarante nuits sans rien manger, et celui qui la garde, le Christ habite en lui (S). Et la douceur est la raison de sa fierté : car il a dit à Pierre, mon confrère en apostolat : “Détourne ton glaive en arrière et remets-le en son fourreau. Si je l’avais voulu, n’aurais-je pu demander à mon père de me fournir douze légions d’anges ?” (Mt. 26, 52s.). ”
87. Quand l’apôtre eut dit ces choses, toute la foule écoutant, ils se marchaient l’un sur l’autre en se pressant. Et la femme de Charisios, le parent du roi, sauta du char, se jeta à terre devant l’apôtre et , tenant ses pieds, elle dit en prière : “ Disciple du Dieu vivant, tu es venu dans un pays désert. Car nous habitons dans un désert, semblables par notre conduite aux animaux sans raison. Mais maintenant nous allons être sauvés par tes mains. Je te le demande donc, aie souci de moi et prie pour moi, afin que la miséricorde du Dieu que tu annonces vienne à moi, que je devienne son habitacle et sois réconciliée avec lui dans la prière, l’espérance et la foi, que je reçoive le sceau, que je devienne un temple saint et qu’il habite en moi. ”
88. Et l’apôtre dit : “ Je prie et je supplie pour vous tous, frères, qui croyez dans le Seigneur, et pour vous, mes sִurs, qui espérez dans le Christ, pour que le Logos de Dieu vienne habiter en vous tous et qu’il ait en vous sa tente. En effet, je n’ai pas pouvoir sur vous, car c’est à vous qu’a été donné pouvoir sur vos âmes (S). ” Et commença de dire à la femme Mygdonia : “ Relève-toi de terre et rappelle-toi à toi-même. Car cette parure que tu t’es appliquée ne te servira de rien, ni la beauté de ton corps, ni tes vêtements ; mais ni la réputation de ton rang ni le pouvoir dans ce monde-ci ni ce sale commerce avec ton époux ne te serviront, puisque tu as été privée du commerce véritable. Car l’apparence de la parure sera réduite à rien et le corps vieillit et change d’aspect, et les vêtements s’usent, et l’autorité et la puissance s’en vont accompagnées du châtiment, selon que chacun s’est conduit (S). Passe aussi le commerce sexuel en vue de la procréation, en tant qu’il est une condamnation. Seul demeure toujours Jésus, et ceux qui espèrent en lui. ” Ce qu’ayant dit, il dit à la femme : “ Va en paix, le Seigneur te rendra digne des ses mystères. ” Elle lui dit : “ J’ai peur de m’en aller, je crains que, m’ayant abandonnée, tu n’ailles à une autre nation. ” L’apôtre lui dit : “ Même si je m’en vais, je ne te laisserai pas seule, mais Jésus par sa miséricorde sera avec toi. ” Elle tomba à ses pieds et l’adora, et il alla dans sa maison.
89. Charisios, le parent du roi Misdaios, ayant prit un bain, vint et s’étendit pour le repas. Il demanda où était sa femme, car elle n’était pas venue de son appartement à sa rencontre comme elle faisait d’habitude. Les servantes de sa femme dirent : “ Elle ne se sent pas bien. ” Il bondit, alla dans l’appartement des femmes et la trouva couchée dans son lit sous des couvertures. Et, l’ayant découverte, il la baisa disant : “ Pourquoi es-tu affligée aujourd’hui ? ” Elle lui dit : “ Je ne me sens pas bien. ” Il lui dit : “ Pourquoi n’as-tu pas gardé ta position de femme libre et n’es-tu pas restée dans ta maison, mais es-tu allée entendre des discours vains et as-tu regardé des opérations magiques ? Je ne peux dîner sans toi. ” Elle lui dit : “ Pour aujourd’hui je m’excuse. Je suis en grande crainte.
90. Quand Charisios eut entendu ces choses de la bouche de Mygdonia, il ne voulut pas aller dîner, mais il recommanda à ses serviteurs d’apporter de la nourriture pour qu’il dînât devant elle (S). Quand donc on l’eut apportée, il demanda à sa femme de dîner avec lui. Elle refusa, et il dîna donc seul en lui disant : “ A cause de toi j’ai refusé de dîner chez le roi Misdaios, et toi tu n’as pas voulu dîner avec moi ? ” Elle lui dit : “ C’est parce que je ne me sens pas bien. ” S’étant donc levé, Charisios voulait dormir avec elle selon son habitude. Elle lui dit : “ Ne t’ai-je pas dit que pour aujourd’hui je refuse ? ”
91. A ces mots, il alla à un autre lit et se coucha. Une fois réveillé du sommeil, il dit : ”Madame Mygdonia, écoute le rêve que j’ai eu. Je me suis couché à table près du roi Misdaios, et l’on nous avait servi un plat contenant toute sorte de mets. Et je vis un aigle descendre du ciel et ravir de devant moi et le roi deux perdrix, qu’il emporta à son nid. Et de nouveau il se tint auprès de nous, volant en rond au-dessus de nous. Le roi ordonna qu’on lui remît un arc. Mais l’aigle de nouveau ravit de devant nous un pigeon et une colombe. Le roi lui envoya une flèche. Elle passa en lui d’un côté à l’autre et ne lui causa nul dommage. Et, nullement endommagé, il remonta à son nid. Je me réveillai alors et je suis plein de crainte et de chagrin, parce que j’avais goûté à la perdrix et qu’il ne me permit pas de la porter de nouveau à ma bouche. ” Mygdonia lui dit : “ Ton rêve est bon. Tu manges en effet des perdrix tous les jours, tandis que cet aigle n’en avait pas mangé jusqu’à aujourd’hui. ”
92. L’aube étant venue, Charisios s’habilla et mit son soulier gauche à son pied droit. S’arrêtant, il dit à Mygdonia : “ Qu’est-ce que cette affaire ? Le songe d’abord et maintenant cet acte. ” Mais Mygdonia lui dit : “ Cela aussi n’est pas mauvais, mais me paraît excellent : à partir d’un acte malchanceux, il y aura un changement vers le meilleur. ” Il se lava les mains et alla saluer Misdaios le roi.
93. Pareillement, s’étant levée avec le jour, Mygdonia alla saluer l’apôtre Judas Thomas.
Elle le trouva causant avec le général et toute la foule. Il les exhortait, leur parlant de la femme qui avait reçu le Seigneur en son âme, et demandait de qui elle était l’épouse. Quand le général eut dit : “ C’est la femme de Charisios, le parent du roi Misdaios ”, et “ C’est un homme dur et tout ce qu’il dit au roi, le roi le fait ”, et “ Il ne permettra pas à sa femme de rester dans la décision qu’elle a professée, car souvent il a fait son éloge devant le roi, disant qu’il n’y a pas d’autre femme pareille pour l’amour : tout ce donc que tu pourrais lui dire est un langage qui lui est étranger ”, l’apôtre dit : “ Si le Seigneur s’est levé vraiment et solidement dans cette âme, si elle a accueilli la semence qu’on a jetée en elle, ni elle ne prendra plus souci de cette vie temporelle ni elle ne craindra la mort, ni Charisios ne pourra la renverser. Car celui qu’elle a reçu dans son âme est plus fort, si vraiment elle l’a reçu. ”
94. A ces mots, Mygdonia dit à l’apôtre : “ J’ai vraiment reçu, mon Seigneur, la semence de tes paroles, et j’enfanterai des fruits semblables à cette semence. ” L’apôtre dit : “ Nos âmes (S) te rendent grâces et remercient, Seigneur. Car elles t’appartiennent. Et les corps te remercient, que tu as jugés dignes de devenir des habitacles de ton don céleste. ” Et il dit devant tous les assistants :
“Bienheureux les purs (S) que leurs âmes n’ont jamais condamnés : car, possédant ces âmes, il ne sont pas en doute à l’égard d’eux-mêmes !
Bienheureux les esprits des purs (S) qui ont reçu tout entière la couronne céleste, qui leur est réservée depuis le siècle qui a été fixé pour eux !
Bienheureux les corps des purs (S), parce qu’ils ont été jugés dignes de devenir les temples de Dieu, pour que le Christ habite en eux !
Bienheureux êtes-vous, parce que vous avez le pouvoir de pardonner les fautes !
Bienheureux êtes-vous, si vous ne perdez pas ce qui vous a été confié mais le portez joyeusement avec vous en vous en allant !
Bienheureux êtes-vous les purs (S), parce qu’à vous il est donné de demander et de recevoir !
Bienheureux êtes-vous les doux, parce que Dieu vous a jugés dignes de devenir les héritiers du royaume du ciel !
Bienheureux êtes-vous les doux : car vous êtes ceux qui ont vaincu le Mauvais !
Bienheureux êtes-vous les doux, parce que vous verrez le visage du Seigneur !
Bienheureux êtes-vous, vous qui avez faim à cause du Seigneur, parce que le repos vous attend et que vos âmes à partir de maintenant sont dans la joie !
Bienheureux êtes-vous les tranquilles, parce que vous avez été jugés dignes d’être débarrassés de vos fautes ! ” Tandis que l’apôtre parlait ainsi, toute le foule l’écoutant, Mygdonia était confirmée davantage dans la foi et le gloire et la grandeur de Dieu.
95. Charisios, le parent et l’ami du roi, vint au déjeuner et il ne trouva pas sa femme dans la maison. Il interrogea tous les serviteurs de la maison : “ Où est allée votre maîtresse ? ” L’un d’eux répondit : “ Elle est allée chez cet étranger. ” A cette réponse de son esclave, il fut irrité contre ses autres esclaves, de ce qu’ils ne l’eussent pas averti de ce qui se passait. Puis il s’assit et l’attendit. Le soir venu, comme elle était rentrée, il lui dit : “ Où étais-tu ? ” Elle répondit : Chez le médecin. ” Il dit : “ Cet étranger est médecin ? ” Elle dit : “ Oui, il est le médecin des âmes. La plupart des médecins soignent les corps qui se dissolvent, lui, il soigne les âmes qui ne se corrompent pas. ” A ces mots, Charisios fut très chagriné en lui-même contre Mygdonia à cause de l’apôtre. Mais il ne lui répondit rien par crainte d’elle : car elle lui était supérieure en richesse et en jugement. Il alla dîner, et elle se rendit à son appartement. Il dit à ses serviteurs : “ Appelez-la à dîner ”. Mais elle refusa.
96. Lorsqu’il apprit que sa femme ne voulait pas sortir de l’appartement, il entra chez elle et lui dit : “ Pourquoi ne veux-tu pas dîner avec moi, et peut-être même ne pas coucher avec moi selon notre habitude ? Sur ce dernier point, j’ai le plus grave soupçon. Car j’ai entendu dire que ce mage, cet imposteur, enseigne qu’on ne vive plus avec sa femme, et qu’il renverse l’usage que la nature sait réclamer et que la Déité a ordonné par loi. ” A ces paroles de Charisios, Mygdonia se tint silencieuse. Il lui dit de nouveau : “ Ma dame et ma compagne Mygdonia, ne te laisse pas détourner par des discours trompeurs et vains, ni par les opérations de magie que j’ai entendu dire que cet étranger accomplit au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Il n’a jamais été entendu auparavant en ce monde qu’un mort ait été ressuscité. Or, comme j’entends dire ce qu’on rapporte à son sujet, il ressuscite des morts. Et qu’il ne mange ni ne boit, ne va pas croire que c’est par justice qu’il ne mange ni ne boit, mais il agit ainsi parce qu’il ne possède rien. Que pourrait faire celui qui n’a même pas son pain quotidien ? Et s’il n’a qu’un vêtement, c’est qu’il est pauvre. Et quand à ce qu’il n’accepte rien de quiconque quand il guérit, il fait cela de toute façon parce qu’il a conscience en lui-même qu’il ne guérit personne en réalité (S). ”
97. Tandis que Charisios disait ces mots, Mygdonia était silencieuse comme une pierre. Mais elle priait, demandant que le jour parût, pour qu’elle pût aller vers l’apôtre du Christ. Charisios s’éloigna d’elle et alla dîner découragé, car il se souciait de dormir avec elle selon la coutume. Quand il fut sorti, ayant plié les genoux, elle pria disant : “ Seigneur, Dieu Maître, Père miséricordieux, Christ Sauveur, donne-moi la force de vaincre le désir honteux de Charisios et donne-moi de garder la pureté dont tu te réjouis, afin que moi aussi, par elle, j’obtienne la vie éternelle. ” Quand elle eut fait cette prière, elle se coucha sur son lit après s’être couverte.
98. Charisios, après son dîner, vint se placer auprès d’elle. Elle poussa un cri et dit : “ Tu n’as plus désormais de place à côté de moi. Car mon Seigneur Jésus est plus grand que toi, lui qui est avec moi et qui se repose en moi. ” Charisios, ayant ri, dit : “ Voilà de belles plaisanteries sur ce sorcier, et tu t’es bien moquée de lui qui dit : “Vous n’avez pas de vie auprès de Dieu si vous ne vous purifiez.” ” Ce disant, il essaya de coucher avec elle. Elle ne le supporta pas, mais, criant amèrement, dit : “ Je t’invoque, Seigneur Jésus, ne m’abandonne pas, car je me suis réfugiée auprès de toi. Car, comme j’ai appris que tu es celui qui cherche ceux qui sont en proie à l’ignorance et celui qui délivre ceux qui sont retenus dans l’erreur, maintenant moi je t’implore, toi de qui j’ai entendu le renommée et j’ai cru, viens à mon secours et délivre-moi des désirs libidineux de Charisios, en sorte que son impureté n’ait pas le dessus sur moi. ”Et, s’étant frappé la tête des mains, elle s’enfuit loin de lui toute nue. En sortant, elle arracha le voile de l’appartement et, s’en étant enveloppée, elle alla chez sa nourrice et là passa la nuit auprès d’elle.
99. Charisios fut toute la nuit dans le découragement, se frappant des mains le visage. Il voulait dès cette heure allez chez le roi et lui faire un rapport sur la contrainte qui lui était infligée. Mais il réfléchit en lui-même disant : “ Si le grand découragement dans lequel je suis me force à aller tout de suite chez le roi, qui m’introduira auprès de lui ? Car je sais que mon mauvais sort m’a tiré à bas de mes airs hautains et de ma vaine gloire et de la grandeur et qu’il m’a projeté dans cette petitesse et qu’il a séparé de moi ma sִur Mygdonia. Si le roi lui-même se tenait devant ma porte à cette heure-ci, je ne sortirais pas pour lui donner réponse. Mais je vais attendre jusqu’à ce que le matin luise. Je sais que tout ce que je demanderai au roi, il me le donnera. Je lui parlerai de la folie de cet étranger, comment (S) il use de tyrannie et plonge les grands, les illustres, dans l’abîme. Je ne suis pas tant fâché d’avoir été privé de l’union avec elle que je ne me chagrine à son sujet, parce que sa toute grande âme a été humiliée. Bien qu’étant une dame de haut rang, que jamais aucun des gens de la maison n’a condamnée, elle a fui nue de son appartement courant dehors, et je ne sais où elle s’est retirée. Et peut-être que, mise en folie par ce sorcier, la folie l’a conduite à l’agora à sa recherche : car il n’y a rien qui lui paraisse aimable que cet homme et les paroles de sa bouche. ”
100. Et, sur ce, il commença de gémir et de dire : “ Malheur à moi, compagne, ensuite aussi malheur à toi : j’ai été bien vite privé de toi. Malheur à moi, très aimée, car tu m’es plus chère que toute ma famille. Et je n’ai eu de toi ni garçon ni fille pour me reposer sur eux. Tu n’as même pas habité avec moi une pleine année entière, et le mauvais ִil t’a enlevée à moi. Plût au ciel que la violence de la mort t’eût enlevée, et je me serais compté au nombre des rois et des princes. Mais de souffrir cela d’un étranger, et qui peut-être, étant esclave, a fui de chez son maître pour mon malheur et celui de mon âme très misérable ! Que rien ne me soit un empêchement jusqu’à ce que j’aie détruit cet homme et me sois vengé de cette nuit. Et que je ne sois pas agréable aux yeux du roi Misdaios s’il ne me donne pas vengeance par la tête de l’étranger. Et je lui parlerai aussi (S) du général Siphor, qui a été la cause de tout ceci. Car c’est par son intervention que l’étranger a été vu ici et c’est chez lui qu’il loge. Et il y a beaucoup de gens qui entrent et sortent, auxquels il enseigne la nouvelle doctrine, disant ceci, que nul ne peut vivre s’il ne s’est débarrassé de tous ses biens et a fait acte de renoncement comme lui-même. Et il s’efforce de se donner beaucoup de compagnons. ”
101. Tandis que Charisios se disait ces choses, le matin luit. Et, ayant passé la nuit, il se revêtit de vêtements vils et, s’étant chaussé, le visage sombre et dans le découragement, il alla saluer le roi. A sa vue, le roi dit : “ Pourquoi es-tu tout chagrin et es-tu venu dans cet habit ? Car je vois bien que ton visage a changé. ” Charisios dit au roi : “ J’ai à t’exposer une nouvelle affaire et une nouvelle désolation que Siphor a introduite dans l’Inde, un certain sorcier hébreu, qu’il a près de lui installé dans sa propre maison et qui ne se sépare pas de lui. Nombreux sont ceux qui entrent chez lui. Il leur enseigne un nouveau dieu et il leur impose de nouvelles lois qu’on n’a pas entendues encore. Il dit : “Il vous est impossible d’entrer dans la vie éternelle que je vous annonce, si vous ne vous séparez pas de vos femmes, pareillement vous les femmes, si vous ne vous séparez pas de vos maris.” Il est arrivé que mon infortunée épouse alla le voir et qu’elle entendit ses discours. Elle y crut et, cette nuit, m’ayant abandonné, elle a couru chez l’étranger. Mais fais venir Siphor et ce sorcier qui est caché chez lui et punis-les de mort, de peur que tous ceux de notre nation ne périssent. ”
102. A ces mots, Misdaios, qui était son ami, lui dit : “ Ne te chagrine pas et ne sois pas découragé. Je vais le faire venir et je te vengerai, et toi, tu auras de nouveau ta femme : car, si je venge les autres qui ne peuvent pas se venger eux-mêmes, toi, principalement je dois te venger (S). ” Le roi, étant donc sorti, s’assit au tribunal. Une fois assis, il ordonna qu’on convoquât Siphor le général en chef. On alla donc à sa maison et on le trouva assis à la droite de l’apôtre, et Mygdonia à ses pieds, écoutant Thomas avec toute la foule. Les messagers du roi s’avancèrent et dirent à Siphor : “ Tu es assis ici écoutant des discours vains, et le roi Misdaios dans sa colère médite de te faire périr à cause de ce sorcier, de cet imposteur, que tu as introduit dans ta maison. ” A ces mots, Siphor fut pris de découragement, non à cause de la menace du roi à son égard, mais au sujet de l’apôtre, parce qu’il connut que le roi lui était contraire. Il dit à l’apôtre : “ Je suis chagriné à ton sujet. Je t’ai dit dès le début que cette femme est la femme de Charisios, le parent et l’ami du roi, et il ne lui permet pas de faire ce qu’elle a promis, et tout ce qu’il demande au roi, le roi lui donne. ” L’apôtre répondit à Siphor : “ Ne crains rien, mais crois en Jésus qui plaide pour nous tous : car nous sommes tous rassemblés dans son refuge. ” Quand Siphor eut entendu ces mots, il s’enveloppa de son manteau et se rendit chez le roi Misdaios.
103. L’apôtre interrogea Mygdonia : “ Quelle est la raison de ce que ton mari se soit fâché et qu’il nous ait préparé toute cette affaire ? ” Elle lui dit : “ Parce que je ne me suis pas donnée à sa corruption. Il a voulu hier soir me soumettre à lui et m’assujettir à la passion dont il est le servant. Mais celui à qui j’ai confié mon âme m’a délivré de ses mains. Et je l’ai fui toute nue et j’ai dormi chez ma nourrice. J’ignore ce qui lui est arrivé et pourquoi il a machiné ces choses. ” L’apôtre dit : “ Ces choses ne nous nuiront pas, mais crois en Jésus, et il renversera la colère ce Charisios et sa folie et sa folle passion, et il sera ton compagnon de route sur ce terrible chemin et il te guidera lui-même vers son royaume. Il t’introduira dans la vie éternelle, te donnant la confiance qui ne passe pas et qui ne change pas. ”
104. Siphor se tint auprès du roi et celui-ci l’interrogeait : “ Qui est-il, d’où est-il, qu’enseigne-t-il, ce sorcier que tu tiens caché dans ta maison ? ” Siphor répondit au roi : “ Tu n’ignores pas, roi, quelle peine et quel chagrin j’avais avec mes amis au sujet de ma femme, que tu as connue et dont beaucoup gardent le souvenir. Et en ce qui regarde ma fille, que je préfère à toute autre de mes possessions, quel temps et quelle épreuve douloureuse j’eus à subir : j’étais devenu un objet de risée et de malédiction pour tout notre pays. J’entendis parler de cet homme, j’allai le trouver et lui fis une demande, et, l’ayant pris avec moi, je le conduisis ici. Et, lorsque j’étais en chemin, j’ai vu des miracles et des prodiges, et ici-même beaucoup ont entendu parler de l’onagre, et de ce démon qu’il a chassé, et il a guéri ma femme et ma fille, et elles sont maintenant en bonne santé. Il ne m’a pas pris de salaires, mais il demande de la foi et de la pureté, afin que l’on devienne participant avec lui dans les choses qu’il fait. Il enseigne ceci, d’honorer et de craindre un seul Dieu maître de tout et son Fils Jésus-Christ, afin d’obtenir la vie éternelle. Ce qu’il mange, c’est du pain et du sel, et sa boisson est de l’eau de soir en soir et il fait beaucoup de prières. Et tout ce qu’il demande à Dieu, Dieu lui accorde. Et il enseigne que le Dieu est saint et puissant et que le Christ est vie et vivifiant. C’est pourquoi il recommande aux gens présents près de lui d’aller à Dieu en pureté et chasteté et amour et foi. ”
105. Lorsqu’il eut entendu ces mots de Siphor, le roi Misdaios envoya des soldats à la maison du général Siphor, pour amener l’apôtre Thomas et tous ceux qu’ils trouveraient là. Les soldats envoyés donc, une fois entrés à l’intérieur, trouvèrent Thomas enseignant une grande foule; Mygdonia était assise à ses pieds. Ayant donc vu cette foule autour de l’apôtre, les soldats eurent peur et revinrent chez le roi et dirent : “ Nous n’avons pas osé lui rien dire. Car il y avait une grande foule autour de lui, et Mygdonia, assise à ses pieds, écoutait ce qu’il disait. Lorsque le roi Misdaios et Charisios eurent entendu cela, Charisios bondit d’auprès du roi et, ayant emmené avec lui un bon nombre de soldats (S), il dit : “ Moi, roi, je vais te l’amener lui-même et Mygdonia, de qui il a enlevé l’espoir. ” Et alla tout troublé à la maison du général Siphor. Et il trouva l’apôtre enseignant : mais il ne trouva pas Mygdonia, car elle s’était retirée dans sa maison, ayant appris qu’il avait été signalé à son mari qu’elle était là.
106. Charisios dit à l’apôtre : “ Lève-toi, méchant, corrupteur et ennemi de ma maison. Ta magie ne peut me nuire, je te ferai payer ta magie sur ta tête. ” Quand il eut dit ces choses, l’apôtre le fixa du regard et lui dit : “ Tes menaces se retourneront contre toi, car tu ne m’endommageras en rien. Car mon Seigneur Jésus, dans lequel j’ai mon espoir, est plus fort que toi et ton roi et toute votre armée. ” Charisios prit alors à un de ses suivants une écharpe, il la mit autour du cou de l’apôtre et il dit : “ Tirez-le et amenez-le. Que je vois si Dieu peut le délivrer de mes mains. ” L’ayant donc tiré, ils l’amenèrent devant le roi Misdaios. Cependant que l’apôtre était debout devant le roi, le roi lui dit : “ Dis qui tu es et par quel pouvoir tu accomplis ces choses : ” Mais l’apôtre se tut. Le roi ordonna alors à ses sujets de le flageller de cent huit coups, de le lier et de le jeter en prison. Ils le lièrent et l’emmenèrent. Le roi et Charisios examinaient la manière dont ils le feraient mourir, car la foule l’adorait comme un dieu. Il leur vint en tête de dire : “ Cet étranger a outragé le roi et il est un imposteur. ”
107. L’apôtre, en se rendant à la prison joyeux et exultant, dit : “ Je te rends grâces, Jésus, de ce que tu m’as rendu digne non seulement de la foi, mais de supporter beaucoup de maux à cause de toi. Je te remercie donc, Seigneur, de ce que tu as pensé à moi et m’as donné la patience. Je te remercie, Seigneur, de ce que, à cause de toi, j’ai été appelé sorcier et magicien. Reçois-moi donc en vertu du macarisme des pauvres et du repos de ceux qui sont fatigués et du macarisme de ceux que les hommes haïssent et persécutent et poursuivent d’injures, tenant à leur sujet des discours abominables. Voici que déjà à cause de toi je suis haï. Voici que déjà à cause de toi je suis séparé de la multitude, et à cause de toi on me nomme tel que je ne suis pas. ”
108. Tous les prisonniers le voyaient prier et ils lui demandaient de prier pour eux. Ayant donc prié et s’étant assis, il commença de dire un hymne comme ceci :

Hymne de l’âme (108-113)

1. “ Quand j’était un petit enfant sans parole dans le palais de mon père,
2. me délassant dans la richesse et le luxe de mes nourriciers,
3.loin de l’Orient ma patrie, après m’avoir muni de provisions de voyage, mes parents m’envoyèrent;
4. de la richesse de ces trésors qu’ils avaient ils composèrent un fardeau
5. à la fois grand et léger, pour que je pusse le porter seul :
6. de l’or de Beth-Ellaye (S),
et de l’argent de Gazak la grande (S)
7. et des chalcédoines de l’Inde
et des perles de Beth-Kashan (S) –
8. et ils me donnèrent une armure de diamant
qui peut briser le fer.
9. Et ils m’enlevèrent (S) la robe ornée de gemmes, parsemée d’or, qu’ils m’avaient faite dans leur affection,
10. et cette robe était de couleur jaune, faite pour ma taille.
11. Et ils firent un accord avec moi et, l’ayant gravé dans mon esprit pour que je ne l’oublie pas (S), ils me dirent :
12/13. “Si, étant descendu en Egypte, tu en rapportes l’unique perle qui est là-bas près du dragon dévorant,
14. tu revêtiras de nouveau le vêtement orné de gemmes et la robe qui repose sur elle,
15. et tu deviendras avec ton frère, qui est proche de nous en autorité, héritier dans notre royaume (S).”
109.16. Je partis donc de l’Orient sur une route pénible et dangereuse avec deux guides ;
17. Je n’avais pas l’expérience de cette route.
18. Etant passé le long des frontières des Mosani où est le lieu de résidence des marchands de l’Orient,
19. j’arrivais dans le pays des Babyloniens.
20. Une fois entré en Egypte, mes guides qui avaient fait route avec moi me quittèrent.
21. Je m’élançai le plus droit possible vers le dragon et m’installai près de sa tanière,
22. guettant le moment où il tomberait dans le sommeil et dormirait, pour que je lui enlève ma perle.
23. Comme j’étais seul, je me rendis étranger quand à l’aspect et je parus un étranger à ceux qui habitaient avec moi.
24. Je vis là mon parent venu d’Orient, un homme libre,
25. un jeune homme gracieux et beau,
26. fils de princes. Il vint à moi et fut avec moi,
27. et je l’eus comme compagnon et je fis de lui mon ami et le participant de mon voyage.
28. Je le mis en garde à l’égard des Egyptiens, de veiller à ne pas participer à leurs impuretés.
29. Je revêtis leurs vêtements pour ne pas les étonner comme venu de l’extérieur,
30. en vue de la prise de la perle, et pour que les Egyptiens ne réveillent pas le dragon contre moi.
31. Mais je ne sais par quelle cause ils apprirent que je n’étais pas de leur pays
32. et par ruse ils mélangèrent pour moi une tromperie, et je mangeai de leur nourriture.
33. Je ne sus plus que j’étais fils de roi et je fus l’esclave de leur roi.
34. J’oubliai (S) aussi au sujet de la perle, pour laquelle mes parents m’avaient envoyé,
35. et, par la lourdeur de leur nourriture, je tombai dans un profond sommeil.
110. 36. Tandis qu’il m’arrivait ces choses, mes parents en prirent connaissance et eurent de la peine pour moi.
37. Il fut proclamé une proclamation dans tout notre royaume pour que tous se rejoignissent à nos portes.
38. Et alors les rois des Parthes et les gens en office et les princes d’Orient
39. prirent une décision à mon sujet, que je ne fusse pas abandonné (S) en Egypte.
40. Les chefs m’écrivirent une lettre où ils me signifiaient ceci :
41. “De la part de ton père, le roi des rois, et de ta mère qui règne en Orient
42. et de ton frère qui est second en autorité après nous ;
à toi notre fils en Egypte, paix !
43. Lève-toi et réveille-toi du sommeil et écoute les paroles de cette lettre.
44. Rappelle-toi que tu es fils de roi : tu t’es introduit peu à peu sous un joug d’esclave.
45. Rappelle-toi la perle pour laquelle tu as été envoyé en Egypte.
46. Rappelle-toi ton vêtement parsemé d’or et la splendide toge
47. que tu dois porter et de laquelle tu dois être orné, afin que ton nom soit lu dans le livre de la vie
48. et que toi avec ton frère, notre héritier du trône, tu deviennes héritier dans notre royaume.”
111. 49/50. Ma lettre est une lettre que le roi a scellée de sa propre main droite pour la garder des méchants, les enfants de Babel, et des démons sauvages de Sarbug.
51.
52. elle vola et aborda près de moi, et ne fut plus que discours.>
53/54. Et moi, à la voix de cette lettre, et à la sensation de cette lettre, je sortis du sommeil et, l’ayant prise, je la baisai et je la lus ;
55. elle était écrite concernant ce qui avait été gravé dans mon cִur.
56. Et je me souvins sur le champ que j’étais le fils de rois et que ma naissance libre aspirait à son origine.
57. Je me souvins aussi de la perle pour laquelle j’avais été envoyé en Egypte,
58/60. Et je commençai d’user de charmes contre le terrible serpent et je le plongeai dans le sommeil (S), ayant prononcé sur lui le nom de mon père.
61. Ayant ravi la perle, je m’apprêtai à rentrer en la rapportant à mes parents.
62. Et je me dépouillai du sale vêtement et je le laissai dans leur pays ;
63. et je dirigeai droit ma route vers la lumière de ma patrie à l’Orient,
64. et je trouvai sur la route la lettre qui m’avait réveillé (S).
65. Cette lettre, comme usant d’une voix, m’avait réveillé dans mon sommeil, et elle me guida par sa lumière.
66. Il y avait des moments où le vêtement royal de soie brillait devant mes yeux.
67/68. Tandis que l’affection de cette lettre me conduisait et me tirait, je passai le long de Sarbug
69. et, ayant laissé sur ma gauche Babylone,
70. j’arrivai à la grande Maishan,
port de marchands,
71. qui se trouve sur le bord de la mer.
72.
73. de Ramtha et Reken
mes parents les avaient envoyées ici
74. par la main de leurs trésoriers à qui ils les confièrent à cause de leur fidélité.>
112. 75. Mais je ne me rappelai pas ma splendeur d’autrefois : car j’étais encore enfant et tout à fait jeune quand je laissai cette robe dans le palais de mon père.
76. Et soudainement, quand je vis le vêtement rendu pareil à moi comme si ç’avait été dans un miroir,
77. je me vis tout entier sur le vêtement et par lui je me reconnus et je me vis,
78. que nous avions été divisés en deux parts, bien qu’appartenant au même sujet, et que de nouveau nous étions un par une seule forme.
79. Davantage les trésoriers eux-mêmes qui avaient apporté le vêtement, je les voyais deux,
80. mais il n’y avait qu’une seule forme pour les deux, un seul symbole royal était marqué dans les deux.
81. Ils avaient entre les mains l’argent et la richesse, et il me rendaient de l’honneur.
82. Et le très joli vêtement qui avait été diversement orné de couleurs brillantes,
83. d’or et de pierres précieuses et de perles d’une belle eau,
84. il était aussi achevé conformément à sa sublimité (céleste),
85. et toutes ses coutures étaient assurées par des agrafes de diamants ;
86. et l’image du roi des rois était peinte partout complètement sur le vêtement,
87. et des pierres de saphir avaient été fixées convenablement dans sa partie haute.
113. 88. Je vis en outre que, dans tout ce vêtement, des mouvements de connaissance étaient envoyés au dehors,
89. et qu’il était prêt à prendre parole.
90. Et je l’entendis, tandis qu’il parlait :
91. “J’appartiens au plus vaillant de tous les hommes à cause duquel j’ai été élevé (S) près du père lui-même ;
92. et j’ai perçu sa stature.”
93. Et tous ses mouvements royaux se reposèrent sur moi, tandis que le mouvement crut vers l’impulsion de ce mouvement ,
94. et, dans la main de ses donateurs (S), il faisait hâte pour que je le reçusse.
95. Et moi, le désir me prit d’aller à sa rencontre et de le recevoir,
96. et je m’étendis et le reçus, je m’ornai de la beauté de ses couleurs (S),
97. et je m’enveloppai entièrement de la toge royale, excellant en beauté.
98. Et, quand je me fus revêtu, je montai jusqu’à la place de la paix et de la révérence.
99. Et, ayant incliné la tête, j’adorai la splendeur de mon Père qui m’avait envoyé ce vêtement,
100.parce que j’avais accompli son commandement et lui pareillement avait accompli ce qu’il avait promis.
101.Et, aux portes du palais qui existait depuis le début, je me mêlai à ses princes (S) ;
102.et il se réjouit à ma vue et il me reçut avec lui dans le palais.-
103. Et tous ses sujets le chantent avec des voix suaves.
104. Il me promit qu’avec lui je serais envoyé aux portes du roi,
105. afin qu’avec mes dons et avec la perle nous parussions ensemble devant le roi. ”
114. Cependant Charisios revint chez lui joyeux à la pensée que sa femme serait avec lui et serait devenue telle qu’auparavant, avant qu’elle n’eût entendue la parole de Dieu et qu’elle n’eût cru à Jésus. Mais, une fois rentré, il trouva sa femme échevelée et les vêtements déchirés. A cette vue, il lui dit : “ Ma dame Mygdonia, quelle est donc la maladie pénible qui te tient ? Et pourquoi as-tu agi ainsi ? Je suis ton époux depuis ta virginité, les dieux et les lois me donnant le droit de te commander. Quelle est cette si grande folie ? Car tu es devenue un objet de risée dans toute la nation. Mais chasse loin de toi le souci que te donne ce sorcier, et je chasserai sa face loin de chez nous pour que tu ne le voies plus. ”
115. A ces mots, Mygdonia s’abandonna au chagrin, gémissant et se lamentant. Et Charisios reprit : “ Faut-il croire que j’ai outragé les dieux à ce point, qu’ils m’aient affligé d’une telle maladie ? Quelle si grande faute ai-je donc commises, qu’ils m’aient plongé dans une telle humiliation ? Je te le demande, Mygdonia, n’étrangle pas mon âme plus longtemps par la vue de ta misère et ton aspect pitoyable, n’afflige plus mon cִur par le souci que j’ai de toi. Je suis Charisios ton époux, que toute la nation honore et craint. Que dois-je faire ? Je ne sais pas de quel côté je me tournerai. Et que dois-je penser ? Que je me taise et supporte ? Mais qui supportera quand des individus viennent lui prendre son trésor ? E t qui supporterait d’être privé de ta si gentille façon de vivre ? Qu’en est-il de moi ? Ton parfum est dans mes narines et le brillant de ton visage est fixé dans mes yeux : on m’enlève ton âme et l’on corrompt ton beau corps dont la vue me réjouissait ; on aveugle l’ִil à la vue très perçante, on me coupe la main droite. Ma joie se tourne en chagrin et ma vie en mort. Ma lumière est plongée dans l’obscurité. Et je n’adorerai plus désormais des dieux de l’Orient qui m’ont affligé de si grands maux. Et je ne saurais plus les prier ni leur sacrifier, privé comme je suis de ma compagne. Que leur demanderais-je d’autre ? Ma gloire m’a été enlevée tout entière. Je suis prince, le second en pouvoir après le roi : mais Mygdonia m’a réduit à rien, elle m’a enlevé tous ses honneurs. Plût au ciel que quelqu’un m’enlevât l’ִil, et que tu me regardasses comme auparavant. ”
116. Tandis que Charisios disait ces choses en pleurant, Mygdonia restait assise en silence, les yeux fixés au sol. Charisios reprit la parole et dit : “ Ma dame très bien-aimée Mygdonia, souviens-toi que je t’ai choisie comme la plus belle d’entre toutes les femmes de l’Inde et que je t’ai prise, bien que j’eusse pu m’unir en mariage d’autres femmes bien plus belles que toi. Mais plutôt je mens, Mygdonia. Car par les dieux, il ne serait pas possible de trouver une femme pareille à toi dans le pays de l’Inde. Mais malheur à moi en tout, parce que tu ne veux même pas me répondre d’un mot. Injurie-moi, s’il te plaît ainsi, afin que je sois jugé digne d’une seule parole de ta part. Jette les yeux sur moi, parce que je suis plus beau que ce sorcier. Tu es ma richesse et mon honneur. Et tous savent qu’il n’y a personne qui me vaille. Tu es ma race et ma parenté. Et voici, il t’enlève à moi. ”
117. Quand Charisios eut dit ces choses, Mygdonia lui dit : “ Celui que j’aime est meilleur que toi et tous tes biens. Car ce que tu possèdes, étant de la terre, retourne à la terre ; mais celui que j’aime est du ciel et il m’emmènera avec lui au ciel. Ta fortune passera, ta beauté disparaîtra, ainsi que tes beaux vêtements, et tes nombreux exploits. Tu resteras seul, nu, avec tes fautes. Ne me rappelle pas tes actions avec moi, car je prie le Seigneur de t’oublier, en sorte que je n’aie plus souvenir des plaisirs passés et de notre union charnelle, qui passeront comme une ombre : seul Jésus demeure pour l’éternité, et les âmes qui espèrent en lui. Jésus lui-même me délivrera des actions honteuses que j’ai commises avec toi ”. Quand Charisios eut entendu cela, il se retira pour dormir, l’âme dissoute, mais il lui dit : “ Réfléchis en toi-même durant toute cette nuit. Si tu veux être avec moi telle que tu étais auparavant et ne plus voir ce sorcier, je ferai tout ce qui te tient à cִur. Et si tu écartes ton affection pour lui, je le ferai sortir de prison et lui donnerai congé afin qu’il passe dans un autre pays. Et je ne te chagrinerai pas : car je sais que tu fais grand cas de l’étranger. Tu n’es pas la première à qui cela arrive : il a trompé déjà avec toi beaucoup d’autres. Elles se sont tirées de l’ivresse et sont revenues à elles-mêmes. Ne tiens donc pas pour rien mes paroles et ne fais pas de moi un sujet de moquerie chez les Indiens ”.
118. Après avoir dit ces choses, Charisios s’endormit. Mygdonia prit dix deniers et s’en alla en cachette les donner aux gardiens de la prison pour qu’elle pût entrer chez l’apôtre. Judas Thomas, étant venu, la rencontra en chemin comme elle ‘allait sur la route. A sa vue, elle fut prise de frayeur. Elle croyait en effet qu’il était l’un des nobles à causes de la grande lumière qu’il y avait devant lui. Elle se dit à elle-même en fuyant : “ Je t’ai perdue, ma pauvre âme. Car tu ne saurais plus voir Judas l’apôtre du Dieu vivant, et jusqu’ici tu n’as pas reçu le saint sceau ”. Et elle fuit en courant à un lieu étroit et là elle se cachait disant : “ Mieux vaut pour moi être prise par des pauvres, qu’on peut persuader, que de tomber entre les mains de ce puissant, qui méprise les dons ”.


X. Quand Mygdonia reçoit le baptême


119. Tandis que Mygdonia se disait ces choses en elle-même, Judas arriva et se tint auprès d’elle. A sa vue, elle fut prise de terreur et, de frayeur, tomba à terre comme morte. Mais lui se tint près d’elle et, lui ayant pris la main, il lui dit : “ Ne crains pas, Mygdonia. Jésus ne t’abandonnera pas ; ton Seigneur, auquel tu as confié ton âme, ne te négligera pas. Son repos miséricordieux ne t’abandonnera pas. Le gentil à cause de sa gentillesse ne t’abandonnera pas ni le bon à cause de sa bonté. Relève-toi donc de terre, toi qui es devenue complètement supérieure à la terre. Regarde la lumière, car le Seigneur ne permet pas que ceux qui l’aiment marchent dans l’obscurité. Vois le compagnon de route de ses serviteurs, parce qu’il est leur allié dans les périls ”. Et Mygdonia, s’étant relevée, fixa les yeux sur lui et lui dit : “ Où t’en vas-tu, mon seigneur ? Et qui t’a sorti de la prise pour que voies le soleil ? ” Judas Thomas lui dit : “ Mon Seigneur Jésus est plus fort que toutes les puissances et tous les rois et princes ”.
120. Et Mygdonia dit : “ Donne-moi le sceau de Jésus-Christ et je recevrai le don de tes mains avant que tu ne quittes la vie. Et, l’ayant pris par la main, elle entra dans la cour et réveilla sa nourrice en lui disant : “ Marcia, ma mère et nourrice, tous les services et récréations que tu m’as rendus depuis mon enfances jusqu’à mon âge actuel sont vains, et je ne te dois pour eux qu’une reconnaissance temporaire. Mais rends-moi maintenant un service, afin que pour toujours tu reçoives la récompense de celui qui accorde de grands dons ”. Marcia lui répondit : “ Que veux-tu, Mygdonia, ma fille, et que peut-on faire pour te plaire ? Les honneurs qu’auparavant tu m’avais promis, l’étranger n’a pas permis que tu les mènes à fin, et tu as fait de moi un objet de risée dans tout le peuple. Et maintenant quelle est donc cette choses nouvelle que tu m’ordonnes ? ” Mygdonia lui dit : “ Participe avec moi à la vie éternelle, pour que je reçoive de toi la nourriture parfaite. Ayant pris du pain, apporte-moi du vin mêlé à de l’eau et aie considération pour ma liberté ”. La nourrice dit : “ Je t’apporterai beaucoup de pains et, à la place d’eau, des métrètes de vin et je satisfera ton désir ”. Elle dit à la nourrice : “ Je n’ai pas besoin de métrètes, ni non plus de ces nombreux pains. Apporte ceci seulement, du vin mêlé d’eau et un pain et de l’huile ”.
121. Et, quand Marcia eut apporté ces choses, Mygdonia se tint devant l’apôtre, la tête nue. Et, ayant pris l’huile, il la versa sur sa tête disant : “ Huile sainte qui nous a été donnée pour notre sanctification, mystère caché dans lequel la croix nous a été montrée, tu es le redresseur des membres incurvés, tu es celui qui rabaisse les exploits orgueilleux, tu es celui qui montre les trésors cachés, tu es le rejeton de la gentillesse, que vienne ta puissance, que cette puissance soit établie en ta servante Mygdonia, et guéris-la par ta liberté ”. Quand l’huile eut été versée, il ordonna à la nourrice de la déshabiller et de la ceindre d’un voile de lin. Il y avait là une fontaine d’eau. L’apôtre monta sur la fontaine et baptisa Mygdonia au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Lorsqu’elle eut été baptisée et se fut habillée, il rompit le pain et, ayant pris une coupe d’eau, il la fit participer au corps du Christ et à la coupe du Fils de Dieu et dit : “ Tu as reçu le sceau, procure-toi la vie éternelle ”. Et aussitôt une voix se fit entendre d’en haut, disant : “ Oui, amen ”. Lorsque Marcia eut entendu cette voix, elle fut frappée de stupeur et elle demanda à l’apôtre de recevoir elle aussi le sceau. L’apôtre le lui donna et dit : “ Que la sollicitude du Seigneur soit près de toi comme au sujet des autres ”.
122.Quand l’apôtre eut fait ces choses, il revint à la prison. Il en trouva les portes ouvertes et les gardiens encore en sommeil. Et Thomas dit : “ Qui est comme toi, Dieu, toi qui ne refuses ta tendresse et ta sollicitude à personne ? Qui est semblable à toi, pareillement miséricordieux ? Toi qui as délivré tes brebis des maux, toi la vie qui a maîtrisé la mort, toi le délassement qui a mis fin à la fatigue. Gloire au Monogène issu du Père. Gloire au miséricordieux qui a été envoyé du cִur de Dieu ”. Tandis qu’il parlait, les gardes se réveillèrent et virent toutes les portes ouvertes et les prisonniers dormant (S). Et ils se disaient entre eux : “ N’avons-nous pas fermé les portes ? Et comment sont-elles maintenant ouvertes et les prisonniers au-dedans ? ”
123. Charisios alla dès l’aube chez Mygdonia et sa nourrice (S). Il les trouva qui priaient et disaient : “ Nouveau Dieu qui est venu ici jusqu’à nous grâce à l’étranger, Dieu qui es caché aux habitants de l’Inde, Dieu qui as montré ta gloire par ton apôtre Thomas, Dieu dont nous avons entendu la renommée et nous avons cru en toi, Dieu vers lequel nous sommes venus pour être sauvées, Dieu qui, à cause de ton amour des hommes et de ta pitié, es descendu jusqu’à notre petitesse, Dieu qui nous a cherchées quand nous t’ignorions, Dieu que occupes les hauteurs et qui n’es pas sans percevoir les profondeurs, détourne de nous la folie de Charisios ”. Lorsqu’il eut entendu ces mots, Charisios dit à Mygdonia : “ C’est à juste titre que tu me dénommes vilain et furieux et impur. Car, si je n’avais pas supporté ta désobéissance, si je ne t’avais pas donné la liberté, tu n’aurais pas invoqué Dieu contre moi et tu n’aurais pas fait mention de mon nom devant Dieu. Mais crois-moi, Mygdonia, il n’y a aucune utilité dans ce sorcier, et il ne peut accomplir tout ce qu’il promet. Mais moi, je veux accomplir devant tes yeux tout ce que je promets, pour que tu me croies et écoutes mes paroles et deviennes près de moi telle que tu étais auparavant ”.
124. Et, s’approchant de Mygdonia, il la priait de nouveau disant : “ Si tu m’obéis, je n’aurai plus aucun chagrin. Rappelle-toi le jour où tu m’as rencontré pour la première fois. Dis la vérité. Est-ce que je n’étais pas plus beau à tes yeux en ce temps-là que Jésus en ce temps-ci ? ” Mygdonia lui dit : “ Ce temps-là réclamait ce qui lui revenait, et ce temps-ci réclame ce qui lui revient. Ce temps-là était le temps du début, et ce temps-ci est le temps de la fin. Ce temps-là était le temps de la vie temporelle, et ce temps-ci est le temps de la vie éternelle. Ce temps-là était le temps du plaisir qui passe, et ce temps-ci est le temps du plaisir permanent pour toujours. Ce temps-là était le temps du jour et de la nuit, ce temps-ci est le temps d’un jour sans nuit. Ce mariage que tu as vu a passé et n’est plus, mais ce mariage –ci demeure pour l’éternité. Cette union était une union de corruption, cette union-ci est une union de vie éternelle. Les paranymphes de ce temps-là étaient des hommes et des femmes temporels, les paranymphes de maintenant subsistent jusqu’à la fin … . Cette chambre nuptiale-là est démolie à son tour, cette chambre nuptiale-ci dure pour toujours. Ce lit-là a été couvert d’étoffes qui vieillissent (S), ce lit-ci est couvert d’amour et de foi. Tu es, toi, un jeune époux qui passe et qui périt, Jésus est le jeune époux véritable subsistant immortel pour l’éternité. Ton présent de fiancé a été de l’argent et des robes qui vieillissent, ce présent-ci consiste en des paroles vivantes qui jamais ne périssent ”.
125. Quand il eut entendu ces choses, Charisios alla trouvé le roi et lui apporta toute l’affaire. Le roi ordonna qu’on amenât Judas, pour qu’il je jugeât et le fît périr. Charisios dit : “ Prends patience pour l’instant, ô roi : persuade d’abord l’homme, l’ayant effrayé, pour qu’il persuade Mygdonia de revenir près de moi comme auparavant ”. Misdaios envoya un messager et fit venir l’apôtre du Christ. Tous les prisonniers furent chagrinés de ce que l’apôtre les quittait : ils l’aimaient en effet et disaient : “ Cette consolation aussi que nous avions, on nous l’a enlevée ”.
126. Misdaios dit à Judas : “ Pourquoi enseignes-tu cette nouvelle doctrine, que haïssent et les dieux et les hommes, qui ne comporte rien d’utile ? ” Judas dit : “ Quelle est la chose vilaine que j’enseigne ? ” Misdaios dit : “ Tu enseignes que l’on ne peut vivre selon Dieu à moins de se tenir en pureté auprès du Dieu que tu prêches (S). Judas lui dit : “ Tu dis la vérité, ô roi, c’est ainsi que j’enseigne. Dis-moi en effet : n’es-tu pas fâché contre tes soldats s’ils montent la garde devant toi dans des vêtements sales ? Si donc toi, qui es roi de la terre et qui retournes à la terre, tu exiges que tes sujets soient révérends en leurs actes, pourquoi vous fâchez-vous et dites-vous que j’enseigne une mauvais doctrine en disant : “ Ceux qui servent mon roi doivent être révérends et purs, débarrassés de tout chagrin et sollicitude, d’enfants et de la richesse inutile et de vains soucis ? ” De fait tu veux que tes sujets pratiquent ton genre de vie et tes manières, et tu châties ceux qui méprisent tes décrets. A plus forte raison ceux qui croient à mon Dieu doivent-ils le servir en grande révérence et pureté et assurance, et être éloignés de tous les plaisirs charnels, l’adultère, la débauche, le vol, l’ivresse, le service du ventre et les actions honteuses ”.
127. Quand il eut entendu ces mots, Misdaios dit : “ Voici, je te laisse partir. Etant donc parti, va persuader Mygdonia, la femme de Charisios, de ne pas vouloir se séparer de son mari ”. Judas lui dit : “ Ne tarde pas, si tu as quoi que ce soit à me faire. Car, si Mygdonia a justement gardé ce qu’elle a appris, ni fer ni feu ni quoi que ce soit de plus fort que ces choses ne pourra endommager ni extirper celui qu’elle possède en son cִur ”. Misdaios dit à Judas : “ Certains poisons dissolvent d’autres poisons, et la thériaque dissout le venin de la vipère. Et toi, si tu le veux, tu peux procurer la dissolution de ces poisons, et produire la paix et la concorde de ce mariage. Car, en agissant ainsi, tu prends soin de toi : tu n’as pas encore satiété de la vie. Sache que si tu ne la persuades pas, je t’enlèverai cette vie qui est chère à tous les hommes. Judas dit : “ Cette vie-ci est donnée comme un prêt, et ce temps-ci passe : mais la vie que j’enseigne est plus incorruptible. Et cette beauté et cette jeunesse qui se voient, après peu de temps, ne seront plus ”. Le roi lui dit : “ Je t’ai conseillé ce qui t’est utile, mais tu connais tes propres affaires ”.
128. Tandis que l’apôtre sortait du palais, Charisios lui fit cette demande : “ ‘Je t’en prie, homme ”, dit-il, “ je n’ai jamais commis de faute ni contre toi ni contre quelqu’un d’autre ni contre les dieux. Pourquoi as-tu suscité cette si grande calamité contre moi ? Pourquoi as-tu amené un si grand désordre dans ma maison ? Et quel profit en tires-tu ? Si tu penses y gagner quelque chose, dis-moi quel est ce gain, et je te le procurerai sans peine. Pourquoi me mets-tu hors de sens et te projettes-tu dans la destruction ? Car, si tu ne la persuades pas, je te ferai périr et à la fin je m’enlèverai la vie. Si, comme tu le dis, il y a, après le départ d’ici-bas, une certaine vie là-bas et une mort, outre cela une condamnation, une victoire, un tribunal, ; j’entrerai moi aussi là-bas avec toi pour être jugé. Et, si le Dieu que tu prêches est juste, et s’il inflige les punitions avec justice, je sais que je gagnerai ma cause contre toi. Car tu m’as nui sans avoir reçu de moi aucune injure. Et de fait ici-même je suis capable de me venger sur toi et de faire contre toi tout ce que tu as fait contre moi. Sois donc convaincu, viens à la maison avec moi et persuade Mygdonia de redevenir avec toi telle qu’elle était avant de t’avoir vu ”. Judas lui dit : “ Crois-moi, mon fils, si les hommes aimaient Dieu autant qu’ils s’aiment les uns les autres, ils recevraient de Dieu tout ce qu’ils lui demandent sans que personne ne lui fît violence ”.
129. Tandis que Thomas disait ces mots, lui et Charisios entrèrent dans la maison et ils trouvèrent Mygdonia assise et Marcia debout auprès d’elle, qui avait posé sa main sur la joue de Mygdonia. Et Mygdonia disait : “ Que soient coupés dans mon cas, ô mère, les jours qui me restent à vivre, que toutes les heures deviennent comme une seule heure et que je sorte de la vie, pour m’en aller plus vite et voir ce beau dont j’ai entendu parler, ce vivant et donneur de la vie à ceux qui croient en lui, là où il n’y a plus ni jour ni nuit, ni lumière ni obscurité, ni bon ou mauvais, ni pauvre ni riche, ni mâle ni femelle, ni homme libre ni esclave, ni orgueilleux qui se soumet les humbles ”. Comme elle disait ces choses, l’apôtre se tint auprès d’elle. Aussitôt elle se leva et lui fit un acte de révérence. Alors Charisios dit à l’apôtre : “ Tu vois comme elle te craint et t’honore et fais de bon cִur tout ce que, le cas échéant, tu lui commandes ”.
130. Comme il disait cela, Judas dit à Mygdonia : “ Obéis, ma fille Mygdonia, à ce que tu dis ton frère Charisios ”. Mygdonia dit : “ Si tu as été incapable de nommer la chose en parole, comment me forces-tu à supporter l’acte ? Je l’ai entendu dire que cette vie-ci est sans profit et que ce relâchement-ci est temporaire et que ces biens-ci ne durent pas. Tu disais aussi que celui qui se détourne de cette vie-ci recevra la vie éternelle, que celui qui hait la lumière du jour et de la nuit verra la lumière qui n’est jamais obscurcie, que celui qui méprise les biens d’ici trouvera d’autres biens éternels. Maintenant tu parles ainsi parce que tu as peur. Qui, s’il a fait quelque chose et est livré pour l’ִuvre, change cette ִuvre ? Qui, s’il a bâti une tour, ensuite la renverse depuis les fondations ? Qui, s’il a creusé une source en un lieu desséché, a ensuite comblé la source ? Qui, s’il a trouvé un trésor, n’en fait pas usage ? ” Ayant entendu ces mots, Charisios dit : “ Je ne vous imiterai pas et je ne me dépêcherai pas de vous détruire. Et je ne vous mettrai pas non plus en prison, bien que ce me soit possible. Mais je ne permettrai pas à ce sorcier de te parler. Et, si tu ne m’obéis pas, je sais ce que je dois faire ”.
131. Judas quitta la maison de Charisios et se rendit à la maison de Siphor, et là il vivait avec lui. Siphor dit : “ Je vais préparer pour Judas un triclinium dans lequel il enseignera ”. Siphon fit ainsi et dit : “ Moi, ma femme et ma fille, nous habiterons désormais chastement, en pureté et en une seule disposition. Nous te demandons de recevoir de toi le sceau, afin que nous devenions les adorateurs du vrai Dieu et que nous soyons comptés au nombre de ses agneaux et de ses agnelles ”. Judas dit : “ Je crains de dire ce que j’ai dans l’esprit. Je sais quelque chose, mais ce que je sais, je ne puis le dire ”.
132. Et il commença de parler sur le baptême : “ Ce baptême est la rémission des péchés. Ce baptême fait renaître à la vie la lumière répandue sur nous. Ce baptême fait renaître à la vie l’homme nouveau, mêlant aux hommes un esprit qui renouvelle l’âme, faisant se dresser sous une triple forme l’homme nouveau, et il est participant à la rémission des péchés. Gloire à toi, l’ineffable, qui es communiqué par le baptême. Gloire à toi, puissance invisible, qui es dans le baptême. Gloire à toi, renouvellement par lequel sont renouvelés les baptisés se saisissant de toi avec affection ”. Et, ayant dit cela, il versa de l’huile sur leurs têtes et dit : “ Gloire à toi, amour de miséricorde ! Gloire à toi, nom du Christ ! Gloire à toi, puissance établie dans le Christ ! ” Puis il ordonna qu’on apportât un bassin et il les baptisa au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit.
133. Et, quand ils eurent été baptisés et se furent habillés, ayant déposé un pain sur la table, il le bénit et dit : “ Pain de vie, tel que ceux qui le mangent doivent demeurer incorruptibles, pain qui remplis les âmes affamées de ta bénédiction, tu es celui qui a daigné recevoir le don, pour que tu deviennes pour nous rémission des péchés et que ceux qui te mangent deviennent immortels. Nous nommons sur toi le nom de la Mère, du mystère ineffable des Puissances et des Autorités cachées. Nous nommons sur toi le nom de Jésus ”. Et il dit : “ Que descende la puissance de bénédiction et qu’elle soit établie dans le pain, afin que toutes les âmes qui y participent soient lavées de leurs fautes ”. Puis il rompit le pain et le donna à Siphor, à sa femme et à sa fille.

XI. Sur la femme de Misdaios

134. Quand Misdaios eut donné congé à Judas, il dîna et rentra chez lui, et il raconta à sa femme ce qui était arrivé à leur parent Charisios, disant : “ Vois, dit-il, ce qui est arrivé à ce malheureux. Tu sais toi aussi, ma sִur Tertia, que rien pour un homme n’est plus beau que sa femme sur laquelle il se repose. Or il est arrivé que la femme de Charisios est allée chez ce sorcier, dont tua s entendue dire qu’il est venu dans le pays de l’Inde : elle est tombée victime de ses sorcelleries et s’est séparée de son époux ; et il ne sait pas ce qu’il doit faire. Alors que je voulais faire périr ce malfaiteur, il ne l’a pas voulu. Mais toi, va et conseille-lui d’avoir de l’inclination pour son époux et de se détourner des vains discours du sorcier ”.
135. Tertia se leva aussitôt et se rendit à la maison de Charisios parent de son mari. Elle trouva Mygdonia couchée à terre dans l’humiliation. Elle s’était couverte de cendre et d’un sac, et elle priait pour que le Seigneur lui pardonnât ses anciennes fautes et qu’elle sortît vite de la vie. Tertia lui dit : “ Mygdonia, ma sִur chérie, ma compagne, quelle est cette main mauvaise ? Quelle est la maladie qui t’a saisie ? Pourquoi agis-tu comme un folle ? Connais-toi et reviens à ta restauration, approche-toi de ta nombreuse famille, épargne ton véritable époux Charisios, ne fais pas ce qui est étranger à ta condition de femme libre ”. Mygdonia lui dit : “ O Tertia, tu n’as pas encore entendu le héraut de la vie. Son message n’est pas encore tombé dans tes oreilles. Tu n’as pas encore goûté au philtre de la vie et tu ne t’es pas libérée des gémissements corruptibles. Tu te teins dans la vie temporelle et tu ignores la vie et le salut éternels. Tu n’as pas perçu la communion incorruptible. Tu te tiens revêtue de robes qui vieillissent et tu ne désires pas les robes éternelles. Tu t’enorgueillis grandement de cette beauté qui passe et tu ne songes pas à la laideur de ton âme. Tu es riche d’une multitude de serviteurs, et tu es fière de la réputation que tu as dans la foule, mais tu ne te rachètes pas de la condamnation de mort ”.
136. Quand Tertia eut entendu ces mots de Mygdonia, elle dit : “ Je t’en prie, sִur, conduis-moi à cet étranger qui enseigne ces grandes choses, afin qu’étant allée je l’entende moi aussi et que j’apprenne à adorer le dieu qu’il prêche et que je devienne participante à ses prières et participante à tout ce que tu m’as dit ”. Mygdonia lui dit : “ Il est dans la maison du général Siphor : car Siphor est devenu l’occasion de salut pour tous ceux qui sont sauvés dans l’Inde ”. Quand elle eut entendu ces mots, Tertia alla en courant à la maison de Siphor pour voir le nouvel apôtre qui était arrivé. Quand elle fut entrée, Judas lui dit : “ Qu’es-tu venue voir ? Un homme étranger et pauvre et méprisé et mendiant, n’ayant ni richesse ni bien ? Pourtant j’ai un bien, et ni roi ni princes ne peuvent me l’enlever, il ne se corrompt ni ne cesse, c’est Jésus Sauveur de toute l’humanité, le Fils du Dieu vivant, qui a donné la vie à tous ceux qui croient en lui et qui se réfugient en lui et entrent dans le nombre de ses serviteurs ”. Tertia lui dit : “ Puissé-je devenir participante de cette vie, que tu promets que reçoivent tous ceux qui se rassemblent dans l’auberge de Dieu ”. L’apôtre dit : “ Le trésor du saint roi est largement ouvert, et ceux qui participent dignement des biens qui s’y trouvent se reposent et, se reposant, sont rois. Mais d’abord personne ne s’en approche qui soit impur et mauvais. Car il sait lui-même ce qu’il y a dans nos cִurs et les profondeurs de notre pensée : et il n’est pas possible de lui demeurer caché. Toi, donc, si tu crois vraiment en lui, tu seras jugée digne de ses mystères. Lui-même, il t’exaltera et t’enrichira et fera de toi l’héritière de son royaume ”.
137. Quand Tertia eut entendu ces mots, elle rentra chez elle en joie. Et elle trouva son époux qui l’attendait sans avoir déjeuné. A sa vue, Misdaios dit : “ D’où vient qu’aujourd’hui ton entrée ici est plus plaisante pour moi que tout autre jour (S) ? Et pourquoi es-tu venue à pied, ce qui ne convient pas aux femmes de ton rang ? ” Tertia lui dit : “ Je te dois la plus grande reconnaissance de ce que tu m’as envoyée chez Mygdonia. Car, y étant allée, j’ai entendu parler de la nouvelle vie et j’ai vu le nouvel apôtre du Dieu qui donne la vie à ceux qui croient en lui et qui observent ses commandements. Je dois donc moi aussi te donner en échange de cette faveur et de ce conseil un bon conseil. Car tu seras au ciel un grand roi, si tu m’en crois et si tu crains le Dieu prêché par l’étranger et si tu te gardes chaste pour le Dieu vivant. Car ce royaume-ci passe, et ton repos se tournera en affliction. Mais va trouver cet homme et crois en lui, et tu vivras jusqu’à la fin ”. Quand Misdaios eut entendu ces mots de sa femme, il se frappa des mains le visage, il déchira ses vêtements et dit : “ Que l’âme de Charisios ne trouve plus de repos, parce qu’il m’a ruiné jusqu’à l’âme ; et qu’il n’ait plus d’espoir, parce qu’il m’a enlevé mon espoir ”. Et il sortit tout troublé.
138. Et il trouva son ami Charisios sur le marché et il lui dit : “ pourquoi m’as-tu plongé dans un autre Hadès ? Pourquoi m’as-tu vidé et m’as-tu puni sans rien y gagner ? Pourquoi m’as-tu ruiné sans en tirer nul profit ? Pourquoi m’as-tu tué sans avoir été toi-même vivant ? Pourquoi m’as-tu infligé un tort sans avoir toi-même obtenu justice ? Pourquoi ne m’as-tu pas permis de faire périr ce sorcier avant qu’il n’ait corrompu ma maison par sa faute ? ” Et il s’en prenait en tout à Charisios. Charisios dit : “ Que t’est-il arrivé ? ” Misdaios répondit : “ Il a ensorcela Tertia ”. Et ils s’en allèrent tous deux à la maison de Siphor le général, et ils trouvèrent Judas assis et enseignant. Tous ceux qui étaient là se levèrent en l’honneur du roi, mais Judas ne se leva pas. Misdaios compris que c’était là l’homme et, s’étant saisi d’un siège, il le renversa, et, ayant soulevé le siège de ses deux mains, il frappa la tête de Judas au point de le blesser. Puis il se livra à ses soldats, disant : “ Emmenez-le, l’ayant traîné violemment et non gentiment, de façon que pour tous la violence dont il est l’objet devienne manifeste ”. Les soldats l’entraînèrent et le conduisirent au lieu où Misdaios rendait la justice. Il se tint là, cerné par les soldats de Misdaios.

XII. Sur Ouazanès, fils de Misdaios

139. Ouazanès, fils de Misdaios, s’approcha des soldats et dit : “ Donnez-le moi, pour que je cause avec lui jusqu’à ce que le roi arrive ”. Les soldats le lui remirent et il emmena l’apôtre au lieu où le roi jugeait. Ouazanès lui dit : “ Ne sais-tu pas – dit-il – que je suis le fils du roi Misdaios, et qu’il m’est possible de dire au roi ce que je veux, et il te permettra de vivre. Dis-moi donc quel est ton dieu, et à quelle puissance tu t’attaches et fais le fier. Car si c’est une puissance magique, un art magique, dis-le et enseigne-le-moi, et je te laisserai partir ” Judas lui dit : “ Tu es le fils du roi Misdaios, qui est un roi temporel. Moi, je suis l’esclave du Seigneur Jésus, qui est un roi éternel. Il t’est possible de dire à ton père de sauver qui tu veux dans cette vie temporelle, en laquelle les hommes ne demeurent pas, vie que toi et ton père vous donnez. Moi, je prie mon Seigneur et j’intercède pour les hommes, et il leur donne une vie nouvelle qui est entièrement permanente. Tu te glorifies de tes troupeaux, de tes esclaves, de tes robes, de ton luxe, de tes couches impudiques, moi, je me glorifie de ma pauvreté, de ma philosophie, de ma bassesse, du jeûne et de la prière, de l’union avec le Saint-Esprit et avec mes frères dignes de Dieu. Et je m’enorgueillis de la vie éternelle. Toi, tu t’es réfugié chez un homme qui est ton semblable, incapable de sauver sa propre âme du jugement et de la mort, moi, je me suis réfugié chez le Dieu vivant, chez le Sauveur des rois et des princes, qui est le juge de tous. Et vous, vous existez peut-être aujourd’hui, qui connaît toutes nos saisons et nos temps. Quant à toi, si tu veux devenir serviteur de ce Dieu, deviens-le vite, ayant montré que tu es digne d’être son serviteur par ces traits-ci : d’abord par la chasteté, qui est la tête de tous les biens ; ensuite par l’union avec le Dieu que je prêche, par la philosophie, la sincérité, l’amour, la foi, la confiance en lui et la simplicité d’une vie pure ”.
140. Le jeune homme, persuadé par le Seigneur, cherchait le moyen de faire fuir Judas. Mais, pendant qu’il y réfléchissait, le roi arriva. Et les soldats, s’étant saisis de Judas, l’emmenèrent. Ouazanès sortit avec lui et se tint auprès de lui. Une fois assis, le roi ordonna qu’on lui amenât Judas les mains liées derrière le dos. Poussé au milieu, il se tint debout. Le roi lui demanda : “ Dis-moi qui tu es et par quel pouvoir tu fais ces choses ”. Judas lui dit : “ Je suis un homme comme toi, je fais ces choses par le pouvoir de Jésus-Christ ”. Misdaios dit : “ Dis la vérité avant que je ne te fasse périr ”. Judas dit : “ Tu n’as pas de pouvoir contre moi, comme tu le crois, et tu ne me nuiras en rien ”. Le roi s’irrita de ces paroles et il ordonna qu’on chauffât deux plaques et qu’on le fit tenir debout pieds nus sur ces plaques. Comme les soldats lui enlevaient ses chaussures, il dit : “ La sagesse de Dieu est plus puissante que la sagesse des hommes. Toi, Christ, Seigneur roi, que Ta Bénignité s’oppose à la colère de Misdaios ”. Ayant apporté les plaques semblables à du feu, les soldats dressèrent au-dessus d’elles l’apôtre : mais aussitôt une eau abondante jaillit de la terre, en sorte que les plaques furent englouties dans l’eau. Et ceux qui le tenaient le laissèrent aller et se retirèrent.
141. Quand il eut vu l’abondance des eaux, le roi dit à Judas : “ Demande à ton Dieu qu’il me sauve de cette mort, pour que je ne périsse pas dans ce déluge ”. L’apôtre pria et dit : “ Toi qui as lié cet élément de l’eau et l’as ramassé en un seul lieu et l’as envoyé dans des régions diverses, toi qui l’as fait passer du désordre à l’ordre, toi qui donnes des merveilles et de grands prodiges par les mains de ton esclave Judas, toi qui as pitié de mon âme pour que je reçoive toujours ta splendeur, toi qui donnes un salaire à ceux qui ont peiné, toi Sauveur de mon âme et qui la restaures en sa nature propre pour qu’elle ne participe pas à ce qui peut lui nuire, toi qui deviens la cause de la vie pour toujours, arrête, toi, cet élément, pour qu’il ne se rebelle pas et ne détruise pas : il y en a en effet certains, parmi ceux qui se tiennent ici, qui te cherchent, ayant cru en toi ”. Quand il eut prié, l’eau fut absorbée peu à peu, et le lieu devint sec. Après qu’il eut vu cela, Misdaios ordonna qu’on le ramenât à la prison “ jusqu’à ce que j’examine comment il faut en user avec lui ”.
142. Tandis que Judas était conduit à la prison, tous l’accompagnaient ; Ouazanès, le fils du roi, marchait à sa droite et Siphor à sa gauche. Une fois entré à la prison, il s’assit, ainsi que Ouazanès et Siphor, et celui-ci persuada sa femme et sa fille de s’asseoir : car elles aussi étaient venues pour entendre les paroles de vie ; en effet, elles craignaient que Misdaios exécutât l’apôtre à cause de l’excès de sa colère. Judas commença de parler : “ O libérateur de mon âme de l’esclavage de la multitude, parce que je me suis donné pour être vendu ! Vois, je me réjouis et j’exulte, sachant que les temps sont achevés pour que j’entre au ciel et obtienne la récompense. Vois, je suis délivré des soucis de la terre. Vois, je remplis mon espérance et je reçois en retour la vérité. Vois, je suis délivré du chagrin et je me vêts uniquement de joie. Vois, je devins sans souci et sans chagrin et je me tiens en repos. Vois, je suis délivré de l’esclavage et j’ai été appelé à la liberté. Vois, j’ai été serviteur des saisons et des temps et j’ai été élevé au-dessus des saisons et des temps. Vois, je reçois ma récompense de celui qui donne le salaire et qui donne sans compter, parce que sa richesse suffit pour ses dons. Vois, je vais me dévêtir, puis me revêtir, et je ne me dévêtirai plus (S). Vois, je dors et je suis réveillé, et je ne m’endormira plus. Vois, je meurs et je revis, et je ne goûterai plus à la mort. Vois, ils se réjouissent et s’attendent à ce que, une fois arrivé, je m’unisse à leurs parents et sois placé comme une fleur dans leur couronne. Vois, je règne dans le royaume dans lequel j’ai mis d’ici mon espérance. Vois, les rebelles sont tombés devant moi, parce que je leur ai échappé. Vois, la paix est venue, en laquelle tous se rencontrent ”.
143. Tandis que l’apôtre parlait ainsi, tous ceux qui étaient là l’écoutaient, pensant que c’était l’heure où il devait quitter la vie. Et il dit de nouveau : “ Croyez au médecin de toutes les maladies visibles et invisibles et au sauveur des âmes qui invoquent son secours. Il est le fils (S) libre de rois. Il est le médecin de ses brebis. Il est celui qui est outragé par ses propres esclaves. Il est le père de la sublimité et le seigneur de la nature et le juge. Il est né le très haut issu du Très Grand, Fils monogène de la Profondeur : il a été Fils de la Vierge Marie et il a été désigné comme le fils de Joseph le charpentier. Il est celui dont nous voyons la petitesse par les yeux du corps, mais dont nous avons perçu la grandeur par la foi, et nous l’avons vues dans ses actes. Il est celui dont nous avons palpé le corps humain même de nos mains, mais dont nous avons vu l’aspect changer de nos propres yeux, bien que nous n’ayons pu voir sur la montagne sa figure céleste. Il est celui qui a fait trébucher les princes et qui a fait violence à la mort. Il est la vérité qui ne ment pas et qui au terme a payé le tribut pour lui et ses disciples, à la vue duquel le prince a eu peur et les puissances qui sont avec lui ont été troublées ; et le prince a témoigné à son sujet qui il est et d’où, mais il n’a pas su le vrai, car il est étranger à la vérité. Il est celui qui, ayant autorité sur le monde et sur les plaisirs du monde et ses richesses et le délassement, a rejeté (S) tout cela et exhorte ses sujets à ne pas en user ”.
144. Quand il eut achevé ce discours, il se releva et pria ainsi : ““Notre Père qui es aux cieux, que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne, que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel. Remets-nous nos dettes comme nous-mêmes avons remis à nos débiteurs. Et ne nous soumets pas à la tentation, mais délivre-nous du Mauvais”. Mon Seigneur et mon Dieu, mon espoir et ma confiance et mon maître, c’est toi qui m’as enseigné à prier de cette façon. Vois, j’accomplis cette prière et j’observe ton commandement. Sois avec moi jusqu’à la fin. Tu es celui qui, dès l’enfance, a semé en moi la vie et qui m’a gardé de la corruption. Tu es celui qui m’a conduit vers la pauvreté du monde et qui m’a appelé à la richesse véritable. Tu es celui qui s’est fait connaître à moi et qui m’a montré que je suis bien. Et je me suis abstenu de la femme pour que ce que tu désires ne soit pas trouvé dans l’impureté.
145. Ma bouche n’est pas assez grande pour te remercier ni mon esprit pour réfléchir à ton affection pour moi. Toi qui m’as montré, quand je voulais être riche et posséder, que pour beaucoup sur la terre la richesse devient une punition : j’ai cru à ta révélation et j’ai demeuré dans la pauvreté du monde jusqu’à ce que j’eusse vu la richesse véritable et que tu m’eusses rempli de richesse, moi et ceux qui sont dignes de toi, et que tu m’eusses débarrassé de l’indigence, du souci et de la cupidité. Vois, en conséquence j’ai accompli ta tâche et j’ai mené à terme ton commandement : je suis devenu pauvre et indigent et étranger et esclave et méprisé et prisonnier et affamé et assoiffé et nu et fatigué. Que ne soit donc pas privée de sa récompense ma confiance en toi ; que ne soit pas confondu mon espoir en toi ; que ne deviennent pas vaines mes fatigues ; que ne soient pas perdus mes prières et mes jeûnes continuels ; que ne soient pas diminués les travaux que j’ai faits pour toi ; que le diable n’arrache pas à la terre le germe du froment.
146. J’ai planté ta vigne dans la terre. Elle a fait descendre sas racines dans la profondeur, sa croissance s’est étalée dans la hauteur, ses fruits se sont tendus sur la terre et de ceux-ci jouissent ceux qui sont dignes de toi, que tu as gagnés. L’argent que tu m’as donné, je l’ai déposé à la banque : quand tu l’auras réclamé, rends-le-moi avec les revenus, comme tu l’as promis. J’ai fait fructifier ta mine et j’en ai fait dix. Tu as ajouté plus pour moi, outre ce que j’avais, comme tu l’avais promis. A mon débiteur j’ai fait grâce de la mine : ne la réclame plus à mes mains. J’ai été invité au repas et je suis venu. Et j’ai refusé la ferme et la paire de bִufs et la femme, afin de ne pas être rejeté à cause de ces choses. J’ai été invité aux noces et j’ai revêtu un vêtement blanc, afin de devenir digne d’elles et de n’être pas rejeté, mains et pieds liés, dans les ténèbres extérieures. Ma lampe, par sa lumière brillante, attend le maître revenant des noces, afin qu’elle le reçoive et que je ne voie pas ma lumière réduite, toute l’huile ayant été dépensée. Mes yeux te voient, Christ, et mon cִur exulte en joie, parce que j’ai accompli ta volonté et que j’ai pratiqué tes commandements, pour que je sois assimilé au serviteur vigilant et soigneux qui, à cause de son zèle, ne néglige pas de veiller. J’ai peiné toute la nuit pour garder ta maison des brigands, pour qu’elle ne soit pas percée.
147. J’ai ceint mes reins en vérité et j’ai attaché mes sandales à mes pieds, afin que je ne les voies jamais relâchées. J’ai apposé mes mains au joug de la charrue et je ne me suis pas retourné en arrière, afin que les sillons ne soient pas recourbés. La terre labourée a blanchi et la moisson est proche, pour que je reçoive mon salaire. J’ai usé jusqu’au bout mon vêtement vieilli et j’ai supporté la fatigue des fatigues qui m’a conduit au repos. J’ai veillé la première garde et la seconde et la troisième, pour que je voie ton visage et que j’adore ton saint éclat. J’ai démoli mes greniers (S) et je les ai laissés vides sur la terre, pour être rempli de tes trésors. J’ai asséché la source ruisselante qui était en moi, pour que je vive et me repose près de toi la Source inépuisable. J’ai tué le prisonnier que tu m’as livré, pour que le prisonnier délivré en moi ne s’écarte pas de sa confiance en toi. J’ai fait de l’intérieur l’extérieur et de l’extérieur l’intérieur, et tout ton plérôme a été accompli en moi. Je ne me suis pas retourné en arrière, je me suis avancé vers ce qui est devant moi, pur ne pas devenir un objet de reproche. J’ai vivifié le cadavre et j’ai vaincu le vivant et j’ai rempli ce qui était en manque, pour recevoir la couronne de la victoire et pour que l’amitié du Christ fût accomplie en moi. J’ai reçu des outrages sur la terre, donne-moi au ciel le salaire et la récompense.
148. Que les pouvoirs et les chefs suprêmes ne prennent pas conscience de moi et qu’il n’aient aucune idée en tête qui me concerne ; que ne me voient pas les douaniers et que les exacteurs ne fassent pas leur office à mon sujet. Que les faibles et les mauvais ne crient pas contre moi comme étant vaillant et gentil. Et, si je monte, qu’ils refusent de se dresser devant moi par ta puissance, Jésus, qui m’entoure comme d’une couronne : ils fuient et se cachent, car ils ne peuvent te regarder en face. Soudainement ils tombent sur ceux qui sont leurs sujets. La portions des fils du Mauvais crie elle-même et les convainc. Mais elle ne se cache pas à leur vue : car leur nature se fait connaître. Les fils du Mauvais sont séparés. Donne-moi donc, Seigneur, de faire le passage dans la tranquillité et que je franchisse l’espace dans la joie et la paix et que je me tienne en liberté de parole devant le juge. Et que le démon ne jette pas les yeux sur moi, que ses yeux soient aveuglés par ta lumière que tu as fait habiter en moi. Que sa bouche soit refrénée : car il n’a rient trouvé contre moi ”.
149. Il dit aussi à ceux qui l’entouraient d’autres paroles : “ Croyez au Saveur de ceux qui se sont fatigués à son service. Mon âme est désormais florissante, parce que mon temps est proche de le recevoir. Car, comme il est beau, il me pousse toujours à parler de sa beauté, à dire quelle est, bien que je ne puisse en parler dignement et n’y suffise pas. Toi qui es la lumière de ma pauvreté, celui qui pourvoit à nos défauts, et le nourricier de mon indigence, toi, sois avec moi jusqu’à ce que je vienne et que je te reçoive pour les siècles des siècles ”.

XIII. Quand Ouazanès reçoit le baptême avec les autres

150. Le jeune Ouazanès fit une demande à l’apôtre, disant : “ Je t’en prie, homme apôtre de Dieu, permets-moi de m’en aller, et que je persuade le gardien de prison pour qu’il te permette de rentrer chez moi avec moi, pour que par toi j’obtienne le sceau, et que je devienne ton serviteur et observant les commandements du Dieu que tu prêches. Et de fait auparavant je vivais selon les règles que tu enseignes, jusqu’à ce que mon père, m’ayant forcé, m’eût conjoint à celle qu’on appelle Anisara. Etant aujourd’hui âgé de vingt et un ans, voilà sept ans désormais que je suis marié et, avant d’être lié en mariage, je n’ai pas connu de femme. C’est pourquoi j’ai été considéré comme inutile par mon père : car jamais ni un fils ni une fille ne m’est née de cette femme. Cependant ma femme a vécu avec moi en chasteté tout ce temps, et aujourd’hui, si elle avait été en bonne santé et si elle t’avait entendu, je sais que moi, j’aurais trouvé le repos et qu’elle aurait reçu la vie éternelle. Mais elle est péril et est affligée d’une grave maladie. Je vais donc persuader le gardien, si tu me promets de venir avec moi. Car j’habite seul. Et en même temps tu guériras cette malheureuse ”. Une fois entendu ces mots, Judas, l’apôtre du Très Haut, dit à Ouazanès : “ Si tu crois, tu verras les prodiges de Dieu et comment il sauve ses serviteurs ”.
151. Tandis qu’ils conversaient ainsi, Tertia, Mygdonia et Marcia se tenaient à la porte de la prison et, après avoir donné au gardien de prison trois cent soixante-trois statères d’argent, elles entrèrent chez Judas. Elles trouvèrent Ouazanès, Siphor avec sa femme et sa fille et tous les prisonniers assis et écoutant la Parole. Et, quand elles se furent arrêtées près de lui, il leur dit : “ Qui vous a permis d’entrer chez nous ? Et qui vous a ouvert la porte scellée pour que vous puissiez sortir ? ” Tertia lui dit : “ N’est-ce pas toi qui nous as ouvert les portes en nous disant d’entrer dans la prison, afin que nous prenions avec nous nos frères qui sont là et que le Seigneur manifeste sa gloire en nous ? Et, quand nous nous sommes trouvés près des portes, je ne sais comment tu as été séparé de nous et, en cachette de nous, es venu avant nous ici, où nous avons entendu le bruit des portes, cependant que tu nous enfermais. Nous avons donc donné de l’argent aux gardiens et nous sommes entrées. Et nous voici présentes et nous te demandons de te laisser persuader, pur que nous te fassions fuir jusqu’à ce que j’apaise la colère du roi contre toi ”. Judas lui dit : “ Raconte-nous d’abord comment vous avez été enfermées ”.
152. Tertia lui dit : “ Tu as été avec nous et tu ne nous a pas quittées une seule heure, et tu nous demandes comment nous avons été enfermées ? Mais si tu veux l’entendre, entends-le. Le roi Misdaios me fit venir et me dit : “Ce sorcier ne l’a pas encore emporté sur toi, car, à ce que j’entends dire, il ensorcelle les gens par de l’huile, de l’eau et du pain et il ne t’a pas encore ensorcelée. Mais obéis-moi. Car je t’enfermerai et je t’écrasera, et lui, je le détruirai. Je sais que, s’il ne t’a pas encore donné de l’huile, de l’eau et du pain, il n’a pas pu encore l’emporter sur toi”. Moi, je lui dit : “Tu as tout pouvoir sur mon corps, fais ce que tu veux : mais tu ne feras pas périr mon âme avec toi”. A ces mots, il m’enferma dans une chambre. Et Charisios amena Mygdonia et l’enferma avec moi. Et toi, tu nous a fait sortir et tu nous a amenées jusqu’ici. Mais donne-nous vite le sceau, afin que soient coupés les espoirs de Misdaios qui complote ces choses contre moi (S) ”.
153. Quand l’apôtre eut entendu cela, il dit : “ Gloire à toi, Jésus polymorphe, gloire à toi qui es apparu dans notre humble humanité, gloire à toi qui nous encourages et nous fortifies et nous donnes la grâce et nous consoles et assistes en tous nos périls et qui donnes force à notre faiblesse ”. Comme il disait cela, le gardien de prison dit : “ Eteignez les lampes, de peur que quelqu’un ne vous dénonce au roi ”. Alors ils éteignirent les lampes et se disposèrent à dormir. L’apôtre s’adressait au Seigneur : “ C’est le moment désormais, Jésus, que tu fasses hâte. Car voici que les enfants des ténèbres nous ont fait asseoir (S) dans leur propre obscurité. Toi donc, subsistant dans la lumière de ta nature (S), illumine-nous ”. Et aussitôt toute la prison fut illuminée comme en plein jour. Et, tandis que tous ceux qui étaient dans la prison étaient plongés dans un profond sommeil, seuls ceux qui avaient cru dans le Seigneur se trouvaient éveillés.
154. Judas donc dit à Ouazanès : “ Va en avant et prépare-nous ce qu’il faut pour nos besoins ”. Ouazanès lui dit : “ Et qui m’ouvrira les portes de la prison ? Les gardiens de prison les ont fermées et se sont endormis ”. Judas lui dit : “ Crois à Jésus, et tu trouveras les portes ouvertes ”. Et, quand il s’en alla et les quitta, tous les autres le suivirent. Comme Ouazanès était parti en avant, sa femme Mnèsara, qui allait à la prison, le rencontra. Elle le reconnut et lui dit : “ Mon frère Ouazanès, c’est bien toi ? ” Il dit : “ Oui. Et toi, es-tu bien Mnèsara ? ” Elle dit : “ Oui ”. Ouazanès lui dit : “ Où vas-tu ? Et surtout à une heure si indue ? Et comment as-tu pu te lever ? ” Elle dit : “ Ce jeune homme a mis la main sur moi et m’a réveillée, et j’ai vu en songe que je devais aller là où l’étranger est assis et redevenir en parfaite bonne santé ”. Ouazanès lui dit : “ Où est le jeune homme qui était près de toi (S) ? ” Elle dit : “ Ne vois-tu pas celui qui est à ma droite et qui me guide ? ”
155. Pendant qu’ils causaient ainsi, Judas avec Siphor, sa femme et sa fille et Tertia et Mygdonia et Marcia arrivèrent à la maison de Ouazanès. Quand Mnèsara, la femme de Ouazanès, l’eut vue, elle lui fit la révérence et dit : “ Tu es venu, toi qui nous sauves d’une pénible maladie ? Tu es celui que j’ai vu cette nuit me confiant à ce jeune homme pour qu’il me conduisît à la prison. Mais Ta Bénignité n’a pas permis que je me fatiguasse, tu es venu toi-même vers moi ”. Ayant dit ces mots, elle se retourna et ne vit plus le jeune homme. Et, ne l’ayant pas trouvé, elle dit à l’apôtre : “ Je ne puis marcher seule, le jeune homme n’est plus là, que tu m’avais confié ”. Judas dit : “ C’est Jésus désormais qui te guidera ”. Après cela, elle vint en courant auprès de lui. Et lorsqu’ils entrèrent dans la maison de Ouazanès, le fils du roi Misdaios, bien qu’il fît encore nuit, une grande lumière leur apparut et se répandit sur eux.
156. Et alors Judas commença de prier et de parler ainsi : “ O compagnon et allié, espoir des faibles et confiance des humbles, refuge et abri de ceux qui sont fatigués, voix qui descend des hauteurs (S), consolateur qui habite au milieu, abri et port de ceux qui passent au travers des chִurs des archontes, médecin qui ne réclame pas de salaire, toi qui chez les hommes as été crucifié pour beaucoup, toi qui es descendu dans l’Hadès avec une grande puissance, de qui les archontes de la mort n’ont pu supporter la vue, et qui es remonté en grande gloire, toi qui, ayant rassemblé tous ceux qui ont fuit vers toi, leur as préparé la route, et tous ceux que tu as rachetés ont marché sur tes traces, toi qui, les ayant introduits dans ton troupeau, les as mêlés à tes brebis, fils de miséricorde, qui, par la philanthropie divine, nous as été envoyé Fils loin de ta parfaite patrie d’en haut, Seigneur de tous les biens, toi qui as été esclave de tes esclaves pour qu’ils vivent, toi qui as rempli la création de ta richesse, toi le pauvre qui a été dans le besoins et a eu faim quarante jours, toi qui as rempli les âmes assoiffées de tes bienfaits, sois avec Ouazanès, fils de Misdaios, et avec Tertia et Mnèsara, rassemble-les dans ta bergerie et mêle-les à ton nombre. Sois leur guide dans la région de l’erreur ; sois leur médecin dans la région de la maladie ; sois leur repos dans la région de ceux qui sont las ; sanctifie-les dans la région impure ; sois le médecin de leur corps et de leurs âmes ; fais d’eux tes temples saints, et qu’habites en eux ton Saint-Esprit ”.
157. Après avoir ainsi prié pour eux, l’apôtre dit à Mygdonia : “ Déshabille tes sִurs ”. Elle les déshabilla, les ceignit de pagnes et les amena à l’apôtre. Ouazanès était venu en avant, elles venaient après lui. Judas prit de l’huile dans une coupe d’argent et dit sur l’huile : “ O fruit plus beau que tous les autres fruits, auquel absolument aucun n’est comparable ! O très miséricordieux, bouillonnant de l’impulsion de la Parole, ô force de l’arbre que les hommes ont revêtue et ils ont vaincu leurs adversaires, toi qui couronnes les vainqueurs, symbole et joie de ceux qui peinent, toi qui as annoncé aux hommes la bonne nouvelle de leur salut, toi qui montres la lumière à ceux qui sont dans les ténèbres, toi qui es amer quant à tes feuilles, mais qui es beau quant à ton fruit très doux, toi qui es rude quant à la vue, mais doux quant au goût, toi qui sembles sans force, mais qui par la surabondance de ta force portes la puissance qui voit toutes choses ”. Ayant dit ces choses, il poursuivit : “ Jésus, que sa puissance victorieuse vienne et s’établisse dans cette huile comme sa puissance a été alors établie dans l’arbre son parent, puissance de laquelle ceux qui t’ont crucifié n’ont pu supporter la parole. Que vienne donc aussi le don par lequel, ayant soufflé sur ses ennemis, il les fit reculer en arrière et tomber sur le sol, et qu’elle vienne loger dans cette huile par laquelle nous invoquons ton saint nom ”. Ayant dit cela, il versa d’abord de l’huile sur la tête de Ouazanès, puis sur les têtes des femmes, disant : “ En ton nom, Jésus-Christ, que cette huile devienne pour ces âmes le pardon des péchés, le détournement de l’ennemi et le salut de leurs âmes ”. Puis il ordonna à Mygdonia de les oindre, lui-même oignit Ouazanès. Quand il les eut oints, il les plongea dans l’eau au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit.
158. Quand ils furent sortis de l’eau, il prit du pain et une coupe, il les bénit et il dit : “ Nous mangeons ton saint corps crucifié pour nous et nous buvons ton sang répandu pour nous pour notre salut. Que donc ton corps nous devienne salutaire et que ton sang nous devienne le pardon des péchés. En retour du fiel que tu as bu à cause de nous, que le fiel du diable soit écarté de nous. En retour du vinaigre que tu as bu pour nous, que soit fortifiée notre faiblesse. En retour du crachat que tu as reçu à cause de nous, recevons la maison parfaite. En retour de la couronne d’épines que tua s reçue à cause de nous, ceignons, nous qui t'aimons, la couronne qui ne se fane pas. En retour du linceul dans lequel tu as été enveloppé, ceignons, nous aussi, ta puissance invincible. En retour du tombeau neuf et de la sépulture, recevons le renouvellement de l’âme et du corps. Et puisque tu es ressuscité et tu as pris une vie nouvelle, soyons revivifiés et vivons et tenons-nous devant toi dans un juste jugement ”. Puis, ayant rompu le pain, il donna l’eucharistie à Ouazanès, à Tertia, à Mnèsara, à la femme et à la fille de Siphor et il dit : “ Que cette eucharistie vous devienne salut, joie et santé de vos âmes ”. Et ils répondirent : “ Amen ”. Et une voix fut entendue qui disait : “ Amen. Ne craignez pas, croyez seulement ”.
***
159. Après cela, Judas partit pour être emprisonné. Tertia et Mygdonia et Marcia partirent elles aussi pour être emprisonnées. Judas leur dit : “ Mes filles, servantes de Jésus-Christ, écoutez-moi en ce dernier jour où je vous adresse ma parole, pour ne plus vous parler étant dans un corps. Voici en effet que je suis enlevé en haut auprès de mon Seigneur Jésus qui a eu pitié de moi, qui s’est humilié jusqu’à ma petitesse, qui m’a conduit pour être le serviteur de sa majesté et qui m’a jugé digne de devenir son serviteur. Je me réjouis de ce qu’est proche le moment de mon départ d’ici-bas, pour que je m’en aille et obtienne mon salaire à la fin. Car mon rémunérateur est juste, il sait comment il faut payer : il n’est pas jaloux, mais il est généreux de ses biens ; il a confiance que ses richesses ne feront pas défaut.
160. Moi, je ne suis pas Jésus, mais l’esclave de Jésus. Je ne suis pas le Christ, mais le serviteur du Christ. Je ne suis pas le Fils de Dieu, mais je souhaite d’être considéré comme juste auprès de lui. Demeurez dans la foi de Jésus-Christ : recevez l’espoir du Fils de Dieu. N’hésitez pas dans les difficultés et ne doutez pas en me voyant outragé, emprisonné et mourant. Car, en tout cela, j’accomplis ce qui m’a été ordonné par le Seigneur. Même si je voulais pas mourir, sachez que je le puis. Mais cette mort apparente n’est pas vraie mort, elle est un départ et la séparation d’avec le corps : et cela, je le recevrai avec joie, pour que, une fois parti, je reçoive en récompense ce beau, ce miséricordieux. Je me suis beaucoup fatigué à son service et par ce que j’ai fait par l’entremise de sa grâce, et maintenant il ne m’abandonnera pas. De votre côté, veillez à ce que ne pénètre pas en vous celui qui s’introduit et qui divise les esprits : celui que vous avez reçu est plus fort. Attendez sa venue afin que, une fois venu, il vous emmène : vous le verrez en effet après votre départ ”.
161. Quand il eut achevé ce discours aux femmes, il entra dans la maison obscure. Et il dit : “ Mon sauveur qui avez beaucoup supporté à cause de nous, que ces portes redeviennent comme elles étaient, et qu’elles soient scellées avec leurs sceaux intacts ”. Et, ayant quitté les femmes, il alla se faire emprisonner. Elles furent chagrinées et elles pleuraient, sachant que le roi Misdaios le ferait périr.
162. Une fois revenu, Judas trouva les gardes en dispute et disant : “ Quelle faute avons-nous commise à l’égard de ce sorcier ? Par son art magique il a ouvert les portes de la prison et il veut faire fuir tous les prisonniers. Mais allons, dénonçons au roi le cas de sa femme et de son fils ”. Comme les gardiens de prison parlaient ainsi, Judas les écoutait en silence. S’étant levés dès l’aube, ils allèrent chez le roi Misdaios et dirent : “ Congédie, maître, ce sorcier ou ordonne qu’il soit gardé ailleurs. Car nous sommes incapables de le garder : deux fois ta bonne chance a gardé les prisonniers, autrement ils auraient tous échappé (S). Nous avions fermé à l’heure les portes et, une fois réveillés, nous les trouvons ouvertes. Davantage, ta femme et ton fils avec ces autres disciples ne se séparent pas de l’homme ”. A ces mots, le roi alla examiner les sceaux qu’il avait mis aux portes, et il trouva ces sceaux comme ils étaient. Il dit aux gardiens de prison : “ Pourquoi mentez-vous ? Ces sceaux sont restés intacts. Et pourquoi dites-vous que Tertia et Mygdonia sont allées à la prison ? ” Les gardes lui répondirent : “ Nous t’avons dit la vérité ”.
163. Après cela, le roi entra dans la prison et fit venir Judas. Lorsqu’il fut venu, on le déshabilla, on le ceignit d’un pagne et on le plaça devant le roi. Misdaios lui dit : “ Es-tu esclave ou libre ? ” Judas dit : “ Je suis esclave et tu n’as absolument aucun pouvoir contre moi ”. “ Et comment ”, dit Misdaios, “ après avoir pris la fuite, es-tu arrivé en ce pays ? ” Judas dit : “ Je suis arrivé ici pour sauver beaucoup d’hommes et pour, moi-même, quitter le corps par tes mains ”. Misdaios lui dit : “ Quel est ton maître ? Quel est ton nom ? Et de quel pays ? ” “ Mon Seigneur ” dit Thomas, “ mon maître est le tien aussi, il est le Seigneur du ciel et de la terre ”. Et Misdaios dit : “ Comment l’appelle-t-on ? ” Et Judas : “ Tu ne peux entendre son vrai nom dans ce temps-ci. Je vais te dire le nom que pour un temps on lui a appliqué, c’est Jésus le Christ ”. Et Misdaios dit : “ Je ne me suis pas dépêché de te faire périr, mais j’ai supporté. Toi pourtant, tu as donné de la croissance à tes exploits, en sorte que dans tout le pays on parle de tes sorcelleries. Mais maintenant je vais agir de telle sorte que tes sorcelleries disparaissent avec toi et que notre peuple en soit purifié ”. Et Judas dit : “ Ce que tu appelles mes sorcelleries s’en iront avec moi, et pourtant jamais ne s’éloigneront de ce pays ”.
164. Tandis qu’ils parlaient ainsi, Misdaios examinait de quelle manière il le tuerait. Il craignait en effet toute la foule à l’entoure, beaucoup ayant cru en lui et quelques-uns des premiers de l’Etat. S’étant levé, il emmena Judas hors de la ville : il était suivi de quelques soldats en armes. Le reste de la foule pensait que le roi voulait apprendre quelque chose de l’apôtre. Et ils se tenaient là et fixaient les yeux sur lui. Quand ils furent arrivés à trois stades, le roi le remit à quatre soldats et un des polémarques et il leur commanda de le conduire sur la montagne et de le percer de coups de lances. Puis il revint à la ville.
165. Ceux qui étaient présents coururent vers Judas, désireux de se libérer. Mais il fut emmené, cependant que deux soldats l'accompagnaient de chaque côté, ayant tiré leurs épées, et que le polémarque lui tenait la main et le soutenait (S). Tandis qu’il marchait, Judas disait : “ O tes mystères cachés, qui (S) jusqu’à la fin de notre vie s’accomplissent en nous. O richesse de ta grâce qui ne nous permet pas de sentir la souffrance corporelle. Voici que quatre soldats m’ont saisi, parce que j’ai été composé des quatre éléments ; et un seul me conduit, puisque j’appartiens à un seul, vers lequel je m’en vais, et qui toujours est avec moi invisiblement. Maintenant je comprends que mon Seigneur, puisqu’il était issu d’un seul, a été percé par un seul ; mais quoi, puisque je suis issu de quatre, je suis percé par quatre ”.
166. Lorsqu’ils furent arrivés au lieu où ils devaient le percer de coups de lances, Judas dit à ceux qui le tenaient : “ Ecoutez-moi au moins maintenant, puisque je suis au moment de la sortie du corps : que ne soient pas obscurcis les yeux de vos esprits, que vos oreilles ne soient pas bouchées pour ne pas entendre les choses qu’il m’est permis de dire. Croyez au Dieu que je prêche, vous étant écartés de l’arrogance de l’âme. Conduisez-vous selon un genre de vie convenable à des hommes libres, en bon renom chez les hommes et dans une vie près de Dieu ”.
167. Il dit à Ouazanès : “ Fils du roi terrestre, serviteur de Jésus-Christ, donne aux servants du décret du roi Misdaios la somme due, afin que, libre d’eux, je m’en aille et prie ”. Quand Ouazanès eut persuadé les soldats, Judas se tourna vers la prière. Elle fut ceci : “ Mon Seigneur et mon Dieu, mon espoir et rédempteur et chef de guide dans tous les pays, sois avec tous ceux qui te servent et guide-moi aujourd’hui où je vais avec toi. Que personne ne prenne mon âme, que je t’ai livrée. Que les douaniers ne me voient pas, que les exacteurs ne me calomnient pas. Que le serpent ne me voie pas, que les fils du serpent ne sifflent pas contre moi. Vois, Seigneur, j’ai accompli ta tâche, j’obéis à ton décret. Je suis devenu esclave. C’est pourquoi aujourd’hui je doute, mais pour que m’entendent ceux qui doivent m’entendre ”.
168. Quand il eut prié, il dit aux soldats : “ Allons, accomplissez l’ordre de celui qui vous a envoyés ”. Et les quatre soldats le percèrent en même temps et le tuèrent. Tous les frères pleuraient. Et, l’ayant enveloppé de belles robes et de beaucoup de linges de lin, ils le déposèrent dans le monument où les rois d’autrefois étaient ensevelis.
169. Siphor et Ouazanès ne voulaient pas retourner à la ville, mais, après qu’ils avaient passé là tout le jour, ils y passaient aussi la nuit. Judas leur apparut et dit : “ Je ne suis pas ici. Pourquoi êtes-vous assis à me guetter ? Je suis monté et j’ai reçu ce que j’espérais. Eh bien, levez-vous et circulez, et dans peu de temps vous serez réunis avec moi ”. Misdaios et Charisios, bien qu’ils eussent usé de grande violence, ne purent faire changer Tertia et Mygdonia de sentiment. Judas leur apparut et dit : “ N’oubliez pas vos premiers desseins. Jésus, le saint et le vivant, vous aidera lui-même ”. Misdaios et Charisios, ne les ayant pas persuadées, les laissèrent user de leur propre sentiment. Tous les frères du lieu se réunissaient ensemble : Judas en effet avait, sur la montagne, ordonné Siphor prêtre et Ouazanès diacre, lorsqu’on l’emmenait pour qu’il mourût. Le Seigneur les aidait, et la foi se multipliait grâce à eux.
170. Beaucoup de temps s’étant écoulé, il arriva qu’un des fils de Misdaios fût possédé du démon. Comme ce démon était résistant, personne ne pouvait guérir le fils. Misdaios réfléchit et dit : “ Je vais allez ouvrir la tombe, je prendrai un os de l’apôtre de Dieu et je l’appliquerai sur mon fils, et je sais qu’il sera guéri ”. Et il alla accomplir ce qu’il avait projeté. Judas lui apparut et dit : “ Tu ne m’as pas cru vivant, comment veux-tu croire à un mort ? Mais ne crains pas. Jésus le Christ a compassion de toi à cause de sa grande bonté ”. Misdaios ne trouva pas les os. Un des frères les avaient volés et transportés dans la région d’Occident. Le roi prit de la poussière de l’endroit où gisaient les os de l’apôtre, il l’appliqua à son fils et dit : “ Je crois en toi, Jésus, maintenant que m’a quitté celui qui toujours trouble les hommes pour qu’ils ne regardent pas vers ta lumière spirituelle ”. Le fils ayant été guéri de cette façon, Misdaios se joignit avec les autres frères, courbant la tête devant Siphor. Et Siphor invita tous les frères à prier pour lui, afin qu’il obtînt miséricorde de notre Seigneur Jésus-Christ.
171. Voilà achevés les actes de Judas Thomas l’apôtre, qu’il accomplit dans l’Inde, effectuant l’ordre de celui qui l’avait envoyé. A qui gloire dans les siècles des siècles. Amen.


Date de création : 06/08/2007 : 11:47
Dernière modification : 06/08/2007 : 12:10
Catégorie : Textes de travail


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