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Chauve qui peut
Hypothèses sur un passage du traité shabat (152a)


Le passage sur le Chauve et l'Eunuque n'a pas donné lieu jusqu'à présent à des explications bien convaincantes. Même l'immense commentateur Rashi tente sans conviction de nous faire croire qu'il s'agit d'une polémique avec les Saducéens. Ces derniers ont bon dos. On ne sait presque rien d'eux, ce sont donc des hérétiques bien pratiques. Ce qui est certain, c'est que ce passage n'est pas le récit d'un fait divers. C'est un texte très construit. Comment se fait-il qu'il reste énigmatique ? En principe, le talmud et le midrash écrivent pour être compris du lecteur, serait-ce sous le registre de la double entente. Si le second sens de notre passage résiste encore à l'interprétation, c'est donc que ce deuxième sens a été verrouillé en vue de déjouer la censure. Et la seule censure efficiente étant celle de l'Eglise, il s'agirait d'une polémique anti-chrétienne. Ce qui, du coup, expliquerait l'attitude de Rashi: il maintient la fiction saducéenne pour éviter, lui aussi, la censure, toujours menaçante à son époque sur le Talmud, et accessoirement sur son grand œuvre : son gigantesque commentaire du Talmud. Il faut dire que le leurre saducéen est un moyen génial pour faire tomber le censeur dans le panneau: les Evangiles signalent cette secte "hérétique", cela valide donc le témoignage des Evangiles. Et comme l'Eglise est hantée par un doute abyssal sur l'historicité des Evangiles, elle ne va pas censurer un des rares passages qui lui confère un minimum d'historicité.
Il faut donc revoir l'ensemble du vocabulaire dans cette perspective afin de voir quelles sont les thématiques dans lesquelles le texte entend  nous plonger
.


• L'Eunuque.


En apparence, notre texte met en scène une série de quatre échanges de répliques entre deux personnages quelque peu caricaturaux (un chauve et un eunuque) qui commencent par se moquer l'un de l'autre, puis par parler du prix de certaines bêtes, ils continuent par parler "chaussures" en alignant des phrases sentencieuses et finissent par s'insulter. Mais puisqu'on nous indique qu'il s'agit de la rencontre d'un hérétique et d'un Rabbi, il nous faut rechercher le double-sens de ces quatre échanges de répliques.

Notre passage s'ouvre par l'intervention d'un "govza". Que peut bien être un govza ? La traduction reçue de ce terme est eunuque. Mais les valeurs possibles de govza sont multiples (eunuque, croyant, transgresseur, mourir, disparaître, détruire). Une valeur possible est celle de transgresseur, elle va dans le sens de notre hypothèse d'une polémique avec les chrétiens. Ce serait la raison pour laquelle notre govza serait mis ici en rapport avec un R. Yéhoshua' (Josué) qui ne serait ici que pour présentifier le signifiant Jésus. Une autre valeur parallèle de govza serait celle de croyant (notre passage l'utiliserait comme équivalent de mhymn  qui, lui aussi, signifie à la fois eunuque et fidèle Cf. Le choix d'Origène, mais qui ici serait trop explicite).


Le Chauve.

Notre Rabbi est le fils d'un QorHa. Chauve est la traduction banale de qrH. Mais qrH a plusieurs valeurs:

1. calvitie
2. expliquer, clarifier, prêcher,
3. orage, tempête
4. tisser

Quelle est donc ici la valeur ou les valeurs de QrH ? Il est possible que plusieurs valeurs coexistent. On peut par exemple  supposer que qrH a aussi ici la valeur de l'explication.


• Premier échange.

Un certain eunuque [govza] demanda à R. Yéhoshua b. QorHa [le chauve]:
- d'ici à QarHina [Chauveville], combien ?
-Pareil que d'ici à Govzina [Eunuqueville] répondit R. Yéhoshua.

Que signifie cet échange d'amabilités ? Voici notre proposition: L'eunuque, en demandant si Chauveville est encore loin, ne se moque pas de R. Yéhoshua (qui n'est pas chauve à notre connaissance) mais de son père. Car notre Rabbi est fils de QorHa et qrH signifie chauve. Inversement, le Rabbi, en le renvoyant à Eunuqueville ne se moque pas de son interlocuteur, mais de son fils, ou plutôt de sa non-descendance, autrement dit, il fait allusion au "fils" @ dont il ne saurait se prévaloir. Notre hypothèse est que la fonction de ce passage est simplement de faire émerger à la conscience, de présentifier, le thème du Père et du Fils de manière invisible pour la censure. C'est une hypothèse difficile. Mais si vous avez mieux, on est preneurs.


• Second échange.

Le Min lui dit: un bélier (ou un bouc) chauve vaut 4 (deniers)
- une chèvre castrée en vaut 8, répondit R. Yéhoshua
Dans notre hypothèse, le chiffre 4 renverrait non pas à un prix (en deniers) dont on ne voit pas en quoi il serait polémique, mais aux quatre Evangiles. Et le chiffre 8 renverrait aux huit livres des Prophètes. Notre hérétique (min) dit à notre Rabbin: barHa qarHa be arba', ce que nous traduisons habituellement par: un bouc chauve vaut 4 (deniers). En effet, cette expression barHa qarHa se retrouve en Sanhédrin 63b où elle a ce sens. Mais on suppose ici qu'il y a double ou triple entente. Les champs sémantiques de brH sont  variés:
éclaircir, faire briller
stopper, fuir
bouc ou bélier castré
L'assertion du Min pourrait être alors: le qarHa est expliqué dans les Evangiles, mais nous avons vu plus haut que qrH a aussi à la valeur de l'explication, le sens de la phrase du min pourrait être : l'explication des 4 évangiles est lumineuse.


• La réponse de R. Yéhoshu'a.

R. Yéhoshu'a répond : 'iqra shlifa betmnia  עיקרא שליפא בתמניא qui est communément traduit par : une chèvre castrée vaut huit (deniers). La valeur de 'iqra dépend de la langue de référence. L'art du midrash consiste à jouer sur plusieurs langues: hébreu biblique, hébreu tardif, niveaux divers d'araméen, pour brouiller les pistes. Selon la langue, 'qra peut avoir les champs sémantiques de:

importance, racine
fait d'être enceinte / stérile
cérémonie de la
shelifa

Dans un contexte polémique, 'qra pourrait alors être une allusion à la jeune fille, vierge (donc stérile) mais qui pourtant enfante, dont parle Isaïe.

'qrh, ʿqrtʾ : barren woman
ʿqrh, ʿqrtʾ : infertility  

Cette jeune fille serait tout simplement "tirée" des prophètes. Au sens de "fabriquée à partir de..."

• šlp: to draw out (sword, shoe), to pull,  to dry up
to annul (sec. dev. from the ḥaliṣah annulment ceremony
to peel , to tear away , to be pulled off, slip off
• šlp vb.: to begin
• šlp : forceps
• šlpʾ n.m.: an iron tool for grasping or pulling out something

• šlpwḥ, šlpwḥʾ n.m.: bladder

Comme dans la phrase: emet mashal haya, on peut lire 'iqra shlifa betmnia dans les 2 sens. Selon qu'on met l'accent sur 'iqra ou sur shlifa, sur l'essence-stérilité ou sur l'extraction/annullation. On a donc toute une combinatoire de sens possibles.
la racine est tirée au forceps  des Prophètes
la femme enceinte est tirée des Prophètes
la cérémonie de la shelifa est essentielle dans les Prophètes
l'essentiel est (déjà) enlevé au 8e jour etc.

La cérémonie de la shelifa est décrite dans Ruth et consiste à enlever ses chaussures pour éviter le mariage léviratique Cf. l'article: loi du lévirat. Est-ce ce sens qui conduit maintenant à parler des chaussures du Rabbi?


• 3e échange

Le Min voyant que [R. Yéhoshua] ne portait pas de chaussures remarqua...

Pourquoi R. Josué n'a t-il pas de chaussures ? Ce serait pour figurer le dénuement de l'exil. Voyons la suite de l'argumentaire du min.

celui qui monte un cheval est un roi,
celui qui monte un âne est un homme libre

et celui qui porte chaussure au pied est un être humain.

Mais qui n’a rien de cela : fossoyeur qui creuse et met au tombeau meilleur que lui

 א"ל דעל סוס מלך
דעל חמור בן חורין
ודמנעלי בריגלוהי בר איניש
דלא הא ולא הא דחפיר וקביר טב מיניה

Le min constaterait que le Juif a perdu trois choses: le pouvoir politique (sus et melekh), la liberté (bene Horin) et le bien-être minimal des chaussures qui permet de vivre en être humain (bar enosh). Mais, en même temps, il critique le refus juif de tous les messies: ceux qui arrivent à cheval (le roi-messie), ceux qui arrivent sur un âne (devinez qui), et même le fils de l'homme prévu dans les textes des Prophètes. De plus, ce refus condamne au sheol les païens qui sont meilleurs qu'eux. Cf. l'article Laisse les morts....


• Réponse du berger à la bergère.

- O eunuque, O eunuque (croyant ?), répondit R. Yéhoshua
tu as énuméré trois choses et tu va entendre trois choses :
- l’honneur du visage est sa barbe  הדרת פנים זקן
-
la joie du cœur c’est l’épouse       שמחת לב אשה
- l’héritage du Seigneur ses enfants נחלת ה' בנים

Notre Rabbi va maintenant opposer au Min trois choses : La "beauté" des commandements (via l'interdiction de se raser le visage), la pérennité de l'Alliance (Israël reste l'épouse aimée qui réjouit le cœur de Dieu) et la certitude d'être récompensé dans la vie future. En effet le troisième élément est un verset qui n'est cité que partiellement. Le verset complet est: C'est l'héritage de Yahvé que des fils, récompense, que le fruit des entrailles

Béni soit le tout puissant qui t’a dispensé de tout cela

En s'exonérant de la Loi, l'eunuque se dispense en effet d'épouse, d'enfants et de la récompense du fruit des entrailles. Autrement dit du fils.


• 4e échange


-Tu es un chauve coupeur de cheveux en quatre, dit le Min  א"ל קרחא מצויינא
et R. Yéhoshua' de répondre.
- Tu es une chèvre castrée qui réprimandes !  עיקרא שליפא תוכחה

Mais la réponse de R. Yéhosua pourrait aussi être équivoque:

le fond de l'annulation c'est la réprimande,
Je ne fais que te réprimander, toi qui enlèves l'essentiel
etc.




 


Date de création : 29/11/2007 : 23:24
Dernière modification : 23/01/2008 : 10:01
Catégorie : Articles


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Réaction n°1 

par Dortan le 12/12/2007 : 11:38

Maurice Mergui dit ailleurs très bien (à propos de l'âne des Actes de Thomas) que la Ville, c'est le Royaume.

Il y a aussi loin à Chauveville qu'à Eunuqueville veut dire que le Royaume n'est pas pour demain... Ni en passant par (ce que fut) ce Chauve, et encore moins par l'Eunuque ! Le Talmud se moque ici, cruellement, de l'Hérétique de "l'Erection (= Koréâ avec Kaf) de la Croix" et du renoncement à la chair, mais gentiment, aussi, de son Rabbi "Chauve" (Qorha avec Qof), qui, lui aussi est un "écho" du Jésus chrétien (dédivinisé off course et redevenu un Sage -spécial-, mais un parmi les Sages d'Israël. D'où la barbe et "l'Epouse"...)

De ce point de vue, le codage est très simple, mais il suppose qu'on lise un peu ma "Théurgie de l'Autre" sur ce "Chauve" et sur les 8 Sages martyrs qui se sont mis "en Quatre" (du Pardès) pour former le Trône du Cinquième Homme...

Etc. Désolé pour l'auto-pub, mais cette "énigme" est une confirmation trop réjouissante.



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