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Rubrique Peinture - La femme adultère

La femme adultère

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  Lucas Cranach l'Ancien (1472-1553): Le Christ et la femme adultère.

Jn 8. 3 - Or les scribes et les Pharisiens amènent une femme surprise en adultère et, la plaçant au milieu, 8.4 ils disent à Jésus: Maître, cette femme a été surprise en flagrant délit d'adultère. 8.5 - Or, dans la Loi, Moïse nous a prescrit de lapider ces femmes-là. Toi donc, que dis-tu? 8.6 - Ils disaient cela pour le mettre à l'épreuve, afin d'avoir matière à l'accuser. Mais Jésus, se baissant, se mit à écrire avec son doigt sur le sol. 8.7 - Comme ils persistaient à l'interroger, il se redressa et leur dit: Que celui d'entre vous qui est sans péché lui jette le premier une pierre 8.8 - Et se baissant de nouveau, il écrivait sur le sol. 8.9 - Mais eux, entendant cela, s'en allèrent un à un, à commencer par les plus vieux; et il fut laissé seul, avec la femme toujours là au milieu. 8.10 - Alors, se redressant, Jésus lui dit: " Femme, où sont-ils? Personne ne t'a condamnée? " 8.11 - Elle dit: " Personne, Seigneur. " Alors Jésus dit: Moi non plus, je ne te condamne pas. Va, désormais ne pèche plus.

L'oubli de la tradition midrashique conduit les exégètes à des situations parfois très embarrassantes, la gène occasionnée va souvent jusqu'à la contorsion. Nous l'avons vu avec le cas de Rahab. Le texte biblique nous montrait une femme prostituée qui mentait et qui trompait son roi, attitudes difficilement défendables. Mais par ailleurs, l'Epître aux Hébreux fait l'éloge de Rahab et en fait le parangon de la foi. Comme disait un grand stratège russe: Que faire ?
Nous retrouvons ici le même dilemme. Jésus peut-il approuver un adultère ? La situation est très très gênante. En vérité nous sommes très embarrassés. Et puis que faire de ce détail incompréhensible relatif à Jésus qui écrit par terre ?
La solution de cette énigme est pourtant très simple: jamais
il n'a été question ici d'adultère. Dans le registre de langue nommé double entente, adultère signifie idolâtrie. En Nombres Rabba 9, le midrash rapproche ainsi adultère et idolâtrie au motif que, dans les deux activités, l’auteur postule l’absence du regard divin. Le verbe naaf (commettre l'adultère) renvoie d’ailleurs aussi bien à l'adultère qu'à l'idolâtrie. Voyez par exemple Jérémie 3, 9:

Elle a commis l'adultère avec la pierre et le bois.
va-tinaf et ha-eben veet ha-ets.

Cette hypothèse permet d'expliquer parfaitement l'écriture sur le sable. En Nb 5, 14 le rituel de la femme « sota » (sota signifie soupçonnée d’adultère) comporte une curieuse auto référence. Ce rituel demande d'écrire le texte même du rituel (donc de s'écrire lui-même) puis de l'effacer dans les « eaux d'amertume ». Les imprécations du prêtre s'effacent ainsi d'elles-mêmes, aussitôt qu'écrites.

Puis le prêtre mettra par écrit ces imprécations, et les effacera dans les eaux d'amertume.

Dans le Talmud, en Sota 2, 4 on trouve ces précisions:

Le cohen n’écrira, ni sur une planche, ni sur du papier, ni sur de la peau fendue (difthera) mais sur un rouleau de parchemin, car il est écrit: "dans un livre"; il n’emploiera pour écrire ni de la gomme (gummi), ni du vitriol (calcanthon) ni aucun autre corrosif aux traces persistantes, mais avec de l’encre, puisqu’il est dit: "Il effacera", il faut donc que l’écriture soit aisée à effacer.

C'est ce qui est signifié dans le texte de Jean par l'attitude de Jésus, qui écrit sur le sable, support éphémère. Il occupe la place du Grand-Prêtre. La formule “Que celui d'entre vous qui est sans péché…” peut donc aussi signifier “qui n’a jamais été idolâtre”. C'est pourquoi, les accusateurs s'en vont un par un, en commençant par les anciens (les Juifs, qui se souviennent donc, qu’eux aussi, ont été idolâtres, par exemple au moment du veau d’or). Déjà le midrash juif ne manquait jamais une occasion de rappeler aux Juifs leur passé idolâtre, alors vous pensez si le midrash chrétien va se gêner...

Le schème de notre péricope serait le suivant:

APPEL DES PAÏENS,
JALOUSIE DES JUIFS,
LES JUIFS ACCUSENT LES PAÏENS D'IDOLÂTRIE (naaf)
CEUX-CI NE NIENT PAS ET SE REPENTENT,
ILS ACCEPTENT MÊME DE SUBIR LE RITUEL DE LA FEMME SOTA
LEUR CONDAMNATION EST ALORS ANNULÉE (DISSOUTE),
LES JUIFS SE VOIENT RAPPELER LEUR PROPRE IDOLÂTRIE,
CONFUSION ET DÉPART DES JUIFS,
LES PAÏENS SE RETROUVENT SEULS À L'INTÉRIEUR (be-qereb)

• Situation de la femme adultère.

Jean 8,9 nous dit ceci : et il fut laissé seul, avec la femme toujours là au milieu. Il faut prendre ce texte au sérieux. La femme adultère est toujours là, encore à l'heure actuelle. Elle partage en cela le sort de Rahab, autre païenne célèbre dont le livre de Josué nous dit ceci: Elle est demeurée au milieu (be-qereb) d'Israël jusqu'à aujourd'hui (Jos 6, 25)

• Vocabulaire de la péricope.

La vocabulaire de la peshitta ne laisse aucun doute sur le fait que notre femme adultère est en réalité une idolâtre. C'est une gwr. Le traducteur n'a pas utilisé la racine zny, mais celle proche de la conversion (ger). Une fois repentis les idolâtres ne sauraient être condamnés. Or les juifs (selon les Evangiles) tiennent absolument à ce que les païens soient condamnés, c'est pourquoi ils veulent ici que le messie condamne (hébreu tardif qategor) les païens. En réalité, le rédacteur évangélique connaît parfaitement l'eschatologie juive. Il sait parfaitement que dans le système eschatologique du judaïsme de l'époque, le messie fera "entrer" les païens à la fin des temps. Mais précisément, il entend ici polémiquer sur un point essentiel: les juifs diffèrent indéfiniment ce moment. Alors que le messianisme chrétien entend accomplir cette donnée eschatologique séance tenante.

• gwr, gwrʾ (gawrā) n.m.   adultery
• qṭrg  vb.  to accuse


Date de création : 05/03/2008 : 23:16
Dernière modification : 29/05/2008 : 21:31
Catégorie : Rubrique Peinture


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Réaction n°1 

par frlaurent le 12/06/2009 : 07:06

Merci pour cette étude bien intéressante.
Je rencontre toute fois une difficulté concernant le renvoi, dans le dernier paragraphe, vers la version de la Peshitta. En effet dans les dictionnaires que je peux consulter (Payne Smith, Jennings et Costaz) la racine gwr désigne bel et bien l'adultère et ne semble pas renvoyer à idolatrie.
Ceci pose aussi la questionde savoir quel ouvrage utiliser pour avoir le sens réel d'un mot dans la version araméenne, sans être pollué par un quelconque concordisme.
Si l'auteur de cette étude pouvait m'éclairer, je lui en serais reconnaissant.

frère Laurent


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