le Champ du Midrash

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Esdras inspiré (Extraits d'ouvrages)

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 Troisième étude : Esdras inspiré ou l’esprit saint dévoilé

 

« Celui qui souhaite être parmi les élus du Verger de la Science, doit accomplir ses œuvres suivant la voie de l'humilité, ainsi que conserver ce qui lui a été transmis. Alors la source de la Sagesse et de l'Intelligence s'épanchera sur lui. Mais en dehors de ce point, la Shékinah ne résidera pas avec lui, car la lumière éclatante ne se pose que sur celui qui a l'humilité pour nature. C'est le secret du verset : « L'homme Moïse était très humble, plus que tout homme. » (Moïse Botarel, introduction au commentaire sur le Livre de la Création)


Après avoir questionné la richesse du «prosélytisme midrashique» en explicitant le coup des Septante et son grand succès secret, cette Pentecôte séraphique qu’est le surgir de l’esprit de la Nouvelle Alliance, nous nous dirigeons désormais, dans cette magique étude de la raison des Hébreux (que la plupart éludent !), vers le chapitre quatorze de IV Esdras.

En effet, la claire compréhension de ce texte nous dévoilera le sens de l’affirmation de l’esprit saint (rouâh (ha)qôdesh) en hébreu, sens développé par les pharisiens, rejeté par certains gnostiques, mais approfondi et accompli par les auteurs de la Nouvelle Alliance évangélique, apostolique et apocalyptique.

Le but de cette étude, comme de la suivante, est de déterminer comment, singulièrement, les pharisiens et les auteurs se réclamant de la Nazareth midrashique pensent la mesure des Livres Saints et l'accomplissement des écritures, du TaNaK. Ce but est lié à la question que nous venons de traiter, celle du prosélytisme midrashique. En effet, la question de l’ouverture du don de la Thora à la Sagesse des nations comme celle de l’approfondissement intérieur des écritures ne sont pas abstraitement séparables.

Leur rapport est comparable à celui entre l’intérieur et l’extérieur du rouleau hébreu, l'exotérique et l'ésotérique. En effet, ces deux faces du rouleau ne sont pas extérieures l’une à l’autre, mais sont toujours le fruit du même intellect divin y inscrivant Sa pensée.

 

 

 

Le roseau d’or du dieu :

QNH/qâneh c’est la canne à mesurer, le roseau, le calame. Cette notion hébraïque n’est pas sans rapport avec ce qui deviendra le « canon des écritures », bien qu'en grec.

En effet, si le terme canon vient directement du grec kanôn signifiant principe philosophique, règle, barre, rail ou encore canne, il serait, en amont, un emprunt à l'hébreu qâneh (lequel est aussi l'équivalent du « canon » par rétroversion), avec les sens hébraïques de règle herméneutique, de mesure ou de branche, de tige, de roseau ou encore de pilier. De même que règle herméneutique du midrash (qâneh) n'a pas le même sens que principe philosophique, de même la rétroversion hébraïque de la notion de canon nous dévoilera tout autre chose que ce à quoi l'entente grecque et latine d'une telle notion nous a habitué.

 

Des exemples :

Ce kanôn grec sert dans la traduction des Septante en Judith 13,6 et 8. Ce passage que je cite ici, celui de la mise à mort d’Holopherne par Judith, semble n’avoir aucun rapport avec ce que nous allons étudier, et pourtant :

« C’est alors qu’elle s’approcha du pilier du lit (grec kanoni tês klines), proche de la tête (rosh, le principe) d’Holopherne, et elle retira le drap qui le recouvrait (ce qui évoque le fait de découvrir la nudité ou encore la relation mystique du fiancé et de la fiancée sous le dais nuptial) et s’approcha du lit, et elle l’attrapa par les cheveux (la force cf. Samson), et elle dit : rends-moi forte Seigneur d’Israël, ce jour. Et elle frappa son cou par deux fois de toute sa force et elle enleva sa tête. »

Elle ôte ainsi le principe et la force de l’ennemi d’Israël, jusque-là rien d’extraordinaire.

Mais ce qui me requiert ici c’est le lieu (où nous trouvons notre grec kanôn) où s'exerce ce châtiment « divin » (la mort par l’épée est l’un des quatre degrés de la peine de mort chez les juifs-hébreux, par exemple pour idolâtrie). Il s'agit en effet du pilier du lit soit l'association des deux mots QNH et MTH.

Or ce pilier ou tige ou roseau a aussi le sens de mesure ou règle herméneutique et ce lit MTH/matah est aussi le sceptre ou le bâton (de Moïse ou d’Aaron). Il se trouve donc que ce lieu du châtiment de l’ennemi d’Israël dont le nom même a un sens plus qu’ambigu

 

Holopherne, grec holophernou, s’entend comme holos, complet, tout entier + phernê dot, le prix à payer pour obtenir la fiancée… Sachant qu’il convoite la belle Judith (soit la judéenne, la juive ; la fiancée), cette détermination volontaire de son nom ne nous laissera pas indifférents…

 

condense en lui le plus sacré de l’herméneutique juive. On comprend ainsi que l’apparent désordre de ce commencement n’en est pas un en réalité.

On trouve aussi, en IV Macchabées 7,21, le verbe kanôn substantivé en usage au sens de règle herméneutique (en faisant mine de parler de règle philosophique), exprimant le fait qu’une personne vivant en philosophe (aimant la Sagesse, la (r)hochmah créatrice) doive suivre les règles (notre kanôn) de la « philosophie » (en fait le midrash), croire en YHWH etc.

Ainsi, le grec kanôn traduit-il une notion hébraïque qui va nous occuper, celle de mesure au roseau (celui de l’écriture au principe de toute chose). La plurivocité de ce concept hébraïque comme le montre déjà la richesse des deux exemples introductifs, tant de Judith que de IV Macchabées, ne se retrouve évidemment pas dans la notion grecque qu’emploieront les églises chrétiennes après les glorieuses moissons du midrash antique.

Si c’est bien de cette idée de mesure des livres saints que découlera dans le christianisme le mot « canon », et la chose qui y est liée, a contrario pouvons-nous employer le mot de "canon" pour dire la mesure (ou plutôt les mesures, diverses ?) des livres saints retenus pour former le TaNaK ?

Le mot canon, auquel nous préférons pour des raisons objectives la formule de mesure au roseau, semble peu approprié pour désigner ce que ces auteurs hébreux pensent dans le mot QNH/qâneh, sauf éventuellement à entendre le canon au sens musical d’une triomphante composition glorifiant la divinité de par le libre jeu de ses propres variations !

Comme le dit Moses Gaster traduit par Bernard Dubourg :

« Il faut ici noter que les mots 'canon', 'canonique' ou 'non-canonique', s'appliquent exclusivement à la traduction grecque des Ecritures. Il n'existe en hébreu aucun mot ou concept approchant. Mais je ne puis insister sur ce point. » (p.169 in LesSamaritains)

S’il n’existe pas de mot ou concept approchant en hébreu au sens par trop restrictif où canon est employé dans les langues européennes, il existe en revanche la mesure au roseau d’or tant de la cité sainte que des écritures selon leur cœur de vingt-quatre livres, ceux qui seront rassemblés sous le titre de (Ha)TaNaK.

Le concept hébraïque de mesure qu’incarne l’hébreu QNH/qâneh, ou encore l’hébreu MDH/midah, n’est donc nullement épuisé par le mot de « canon ». Ce dernier s’avère même être fautif par tout ce qu’il évoque d’extérieur à la langue sainte. Nous éviterons par conséquent de l'employer ici.

QNH/qâneh est le roseau, le calame. Il évoque et déploie par ses calembours une richesse de sens qu’il est bon d’indiquer d’entrée pour sortir des ornières de l’abstraction intrinsèquement liée à la notion gréco-latine de « canonicité ».

Il se retrouve dans le zèle (pour la Thora), QYNH/quinâh, mot qui désigne aussi la jalousie, celle du dieu qui n’en est pas moins miséricordieux, puisqu’il accorde ses deux faces avec brio, colère de feu et miséricorde infinie. Ce QNH évoque en outre Canaan, la terre promise ou encore QNH/qânah, verbe mesurer signifiant encore posséder ou créer. Et créer en hébreu, comme l’indique le ma‘asseh (l’œuvre) de la Genèse, c’est avant tout savoir lire, chiffrer, écrire dans l'adéquation avec la Sagesse.

Ce dernier rapprochement n’est pas fortuit : il y a en hébreu un lien indissoluble entre l’acte de mesurer, d’écrire l’œuvre et de la créer au sens de la Création du monde, ce dernier étant compris dans les filets du texte global qu’est la Thora. La vibrante actualité de telles considérations hébraïques pourrait se formuler ainsi : « Soyez impossibles, prenez le réel dans les filets du Verbe ! ».

Pour ces juifs-hébreux, en un sens, il n’y a pas de monde subsistant par soi-même hors du Livre, le monde est ainsi compris dans le Livre dont l’étude est plus réelle que la réalité coutumière.

C’est pourquoi ils en vinrent à affirmer par le biais des divins auteurs de l’alliance évangélique que leur pensée est toujours déjà en train de se réaliser, qu’elle est prophétie au sens de la pensée qui se sait comme consubstantielle à toute réalité et y agit, insoupçonnée tout d'abord… qu’elle mesure la réalité factuelle passée dans le midrash, filtrée par lui. Prophétiser prend alors le sens concret du savoir mesurer et lire le Livre, tout comme de savoir réfléchir l’histoire d’Israël dans le midrash, ou encore de savoir mesurer la cité sainte, l’Assemblée, laquelle ne révélera au final rien d’autre que le Livre lu à un tel point d’accomplissement qu’il devient vivant, renouvelé dans l'ensemble de ceux qui savent le lire.

L’enjeu dans toutes ces assemblées (pharisiens, mandéens, sadducéens, Samaritains, séthiens, naassènes, gardiens nazaréens de la loi de Jésus etc.) est le même. Il s'agit - outre de produire les midrashim les plus dignes de l'Eternel tout en se produisant soi-même - de trouver une mesure des livres saints, selon divers sens foisonnants loin de tout formalisme schématisant. Ces sens convergent dans la volonté de savoir lire les livres en engendrant du texte pour porter l’eschatologie à son comble. C’est aussi trouver une mesure au sens de penser une unité entre le jardin des justes et le Livre accompli, une unité paradisiaque où viennent se recueillir toutes les autres lectures et d’où, ce paradis conquis de l’exégèse, ces lectures colorées se trouvent renouvelées. Ce sens spécifique sera étudié dans notre quatrième étude, jusqu'en ses conséquences les plus rigoureuses et extrêmes.

Ces écrivains de tendances si diverses n’ont pas tous les mêmes qualités et facultés d’ante-néant et d’outre-gouffre, la même force pour mener à son comble l’eschatologie. Seuls y parviennent les nazaréens de la Nouvelle Alliance parce qu'ils détiennent la clé du puits de l’abîme, comme le dit l'Apocalypse : clé qui est aussi, démultipliée, les clés de mort et Shéol et de la recréation totale.

Parce que la Thora avait été suffisamment commentée, il s’est agit alors de la transformer, de la revêtir en se faisant soi-même Livre vivant. Ce sont les nazaréens de Jésus, les impeccables évangélistes, qui opèrent ce bond ! Ce qui eut des conséquences fâcheuses venant de leurs ennemis, notamment de rabbins trop tièdes pour nos nazaréens, et qui furent donc vomis, dirai-je en employant le langage polémique de l'Apocalypse de Jean.

 

On y trouve en effet que le tiède/PShWR’/pshoûrâ’ (Ap. 3, 16), parce qu'il n'est ni froid ni bouillant, doit être vomi du sein de YHWH. Même si cette parole est adressée à l'église de Laodicée (trop pharisienne ?), il s'agirait d'entendre ici le pharisien PRWSh/peroûsh sous ce tiède en faisant le lien avec la critique acide des pharisiens dans l'Evangile.

 

Comme exemple d’emploi de l’hébreu QNH/qâneh au sens de mesure, de roseau d’or, de canne d’arpenteur, voici :

« Et il m'amena là, et voici un homme dont l'aspect était comme l'aspect de l'airain ; et [il avait] dans sa main un cordeau de lin et une canne à mesurer, et il se tenait dans la porte. » (Ézéchiel 40, 3)

Puis cet arpenteur angélique mesure la future cité apocalyptique devant un Ezéchiel stupéfait et comme vivifié par le cœur d’une telle vision.

Ici, « et la canne à mesurer » n’est autre que WQNH HMDH/voûqnêh hamidâh, « (et) le roseau de la midah », la mesure au sens herméneutique aussi. Elle fait calembour avec H’MWNH/ha’émoûnah, la foi-vérité des Hébreux, ainsi qu'avec le sanctuaire MDQSh/miqdash, celui qu'elle doit justement servir à mesurer. Elle contient encore QDM/qedem, l’Orient ou la Création, sans parler de la Résurrection, ThQWMH/theqoûmah, etc. Ce roseau est d’une richesse de sens à proportion de son importance.

La mesure, hamidah/HMDH, a pour gC 54 comme BRYTh/l’alliance, ou les DBRYM/les paroles-choses de la Création et de la Révélation. Le roseau de mesure est aussi ce qui sculpte fidèlement selon les paroles du dieu, selon le feu de son éternelle alliance gravée à même la chair des mots, l’écorce de ce bois dont il fait sa force. MDH peut aussi se lire comme MH le quoi, le questionnement auquel s'ajoute un daleth D dont le sens est ouverture, porte. Ainsi, la mesure se laisse-t-elle lire comme ouverture du questionnement et comme le recueillement de celui-ci en une loi textuelle.

Bernard Dubourg dans Ce que je sais du Sepher Yetsirah nous instruit souverainement quant à cette MDH : 

«Mdh désigne, au propre, la mesure de longueur, et non de volume ou de surface, puis une grande mesure, une grande taille et, au figuré, une proportion (cf. par exemple Isaïe LXV, 7 : « Je mesurerai leurs faits », pour dire : je trouverai une peine qui soit à la mesure de leurs actions, qui leur soit proportionnée). Dans le Talmud, le mot a le sens de système ou de mode de rétribution (en bien ou en mal, selon les cas) adéquat, puis de manière, de condition ou de nature. Il s’agit, dans tous les cas, d’un étalon. »

Si je tente une interprétation hiéroglyphique de ce terme, MDH/midah se manifeste alors comme condensation des sens suivants : le tout, l’universel milieu, ou encore les eaux pour le mem ; la mamelle, l’écoulement, la porte, pour le daleth ; et enfin l’ouverture, la béance, ou encore le souffle, pour le hé. Certaines des idées les plus essentielles de la pensée hébraïque y sont ainsi inscrites, en suivant le fil de ces différents signifiés, avec insistance sur l'aspect nourricier, sur l'accès au tout, sur l'ouverture.

 

La racine de la mesure MDH/midah est le verbe mesurer MDD/mâdad.

De lui fleurissent à foison les middoth/MDWTh, lesquelles, bien que déjà présentes dans le TaNaK au sens simple de mesures de la ville, de ses remparts, ne semblent prendre le sens de règles herméneutiques, codifiées comme telles, que plus tard.

Ces règles du midrash servent à écrire selon la halakah du roseau d’or du dieu. Il y a les sept d’Hillel, les treize de Rabbi Ishmaël, les 32 de Rabbi Josué le galiléen etc. A chaque fois ce sept (plénitude), ce treize (unité de l’amour divin) et ce 32 (les 32 voies du cœur LB/lev qui sortent de la Thora, en jaillissent) ne sont pas anecdotiques. 

 

Quant au contenu explicite des règles herméneutiques, on pourra en trouver un résumé succinct dans La littérature rabbinique de M.R. Hayoun au chapitre trois : « herméneutique, autorités et littérature rabbiniques ». Ou plus précisément dans le Talmud ou sa Tosefta.

 

Ce MDWTh/les middoth, les règles tant de la conduite éthique que de l’écriture ont pour anagramme exacte DMWTh, demoûth, la ressemblance, celle de la Création de l’homme à la ressemblance d’Elohim dès la Genèse, ou celle essentielle dans la mystique de l'œuvre du Char (les hayôth et leurs ressemblances étant un midrash sur l'Adam primordial androgyne et ses ressemblances), ou dans la science des doubles, des ressemblances, chère à certains gnostiques ou au pasteur d'Hermas.

C’est dire si les sens ramifiés de ce concept de mesure en hébreu vont loin, ce que le mot de « canon », loin de l’hébraïque QNH/quâneh, ne permet certes pas de deviner.

Parmi les règles herméneutiques, il y a d’abord les sept d’Hillel l’ouvert, lesquelles se trouvent en Tosefta Sanhédrin 7, tandis que les treize de Rabbi Ishmaël se situent dans l'introduction au Sifra, les trente-deux de Rabbi Josué le galiléen, quant à elles, peuvent se lire en appendice (tosefta) à Bérakoth 32.

Outre ces règles herméneutiques, middoth peut désigner les attributs divins, les mesures du dieu lui-même mesure de toutes choses, de Sa création, de par la grâce du calame avec lequel il créé et où il met toute l'énergie de son âme éternelle.

Cela indique qu’il y a bien un pont, à emprunter et arpenter, entre la notion de mesure telle qu’elle s’esquisse chez les Grecs et la mesure que développent les Hébreux, mesure intérieure, herméneutique, « organique », non point liée ici à la saisie de la nature ou de l’Être par sa mesure comme objet de la mathématique, de la physique ou de la pensée pure.

Je le répète, s’il n’y a pas à proprement parler de canon au sens grec ici, il y a en revanche une puissante pensée de la mesure par l’écriture, mesure des livres et des cités, des assemblées et de leurs membres, de la Création tout entière enfin.

L’Apocalypse se souviendra de tous ces sens de la mesure et du roseau, les convoquant dans l’intérieur du Temple dans son chapitre 11 (mesure de l'autel/MZBHt/mizbê(r)ha), comme dans celui de la cité sainte renouvelée en ses chapitres 21 et 22 où l'homme lui-même, recréé, apprend qui est à la mesure de l'ange.

« Et celui qui me parlait (à Jean) avait pour mesure (LMDH/lemidah) un roseau (QNH/qâneh) d'or (BZHB/bazâhâv), pour mesurer (LMD/lâmôd, qui peut être lu comme le verbe LMD/lâmêd, enseigner, bien qu’il se construise à partir de la préposition L + MD infinitif de MDD/mâdad) la cité et ses portes et sa muraille. » (Apocalypse 21, 15)

Disons juste que le roseau d’or en question est celui du scribe à la main rapide comme le nomme un psaume, autrement dit celui du divin à la terrible célérité d’écriture éprouvée au creuset. Ajoutons toutefois que ce roseau d’or (QNH BZHB/qâneh bazâhâv) a même gR de 54 que l’alliance (BRYTh/berith) et les devarim (paroles, commandements divins), et est l'équivalent de la mesure elle-même (HMDH a pour gC ce même 54), ce qui, me semble-t-il, est une raison de plus de l'étudier en profondeur.

Je donne un ou deux autres exemples bibliques d’emploi de ce systèmehébraïque de la mesure que l’Apocalypse portera à son comble, puis je reprends :

« Et je levai les yeux, et je regardai ; et voici un homme, et dans sa main un cordeau à mesurer. » (Zacharie 2, 1)

Ou encore en plus universel sans doute :

« Et l'Éternel répondit à Job du milieu du tourbillon, et dit : 

Qui est celui-ci qui obscurcit le conseil par des discours sans connaissance ? 

Ceins tes reins comme un homme, et je t'interrogerai et tu m'instruiras !

Où étais-tu quand j'ai fondé la terre ? Déclare-le-moi, si tu as de l'intelligence. 

Qui lui a établi sa mesure (MY-ShM MMDYH/mi-som mmadeyhâ), - si tu le sais ? Ou qui a étendu le cordeau sur elle ? 

Sur quoi ses bases sont-elles assises, ou qui a placé sa pierre angulaire (littéralement ’BN PNThH/'even pinatha, fondement de côté ou tourné, de la racine PNH…), » (Job 38, 1 à 6)

Cette étude de IV Esdras et la suivante vont nous permettre de comprendre ce qui est commun aux sadducéens, aux pharisiens, et aux nazaréens quant au sens de la mesure du Livre,

En fait, le livre en question est une bibliothèque, c’est ainsi en tout cas qu’on pourrait le traduire en français bien qu’en perdant, comme en grec, en latin etc. toutes les nuances du mot hébraïque SPR comme narration, chiffrage, compte, décompte, livre et tout l'aspect concret de l'hébreu quant au Livre, bien plus « organique », corporel, que « canonique ».

et ce qui les différencie radicalement.

Olivier THEBAULT

Extrait de l'ouvrage Alchimie du Verbe tome 1