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Colloque d'Etel

Colloque d'Etel - O.Thébault: Maintenant l'Apocalypse

Olivier THEBAULT
MAINTENANT L’APOCALYPSE
(Le cri de l’hébreu)

un texte pour quelques-uns, pour tous et pour personne,

 

« Ils ne comprennent pas comment ce qui lutte avec soi-même peut s’accorder.
L’harmonie du monde est par tensions opposées, comme pour la lyre et pour l’arc. »


Héraclite




Je me propose, sans être ému, d’esquisser à grands traits la vision d'ensemble qu'est L’Apocalypse de Jean
à la lumière de l’hébreu original de sa prime écriture. Après deux mille ans de délires, il est temps de la lire.


Si la Révélation eut bien lieu tout d'abord dans l'hébreu séraphique des adeptes du Messie manifeste, la pensée et réflexion de ce surgir primordial n’a pas lieu par hasard en français dans la continuation de la guerre des Lumières par d’autres moyens. Via la gloire du français, elle pourra dès lors avoir lieu dans les langues de ceux qui sauront s'en approprier le contenu, et le dire. Ce n’est qu’une question de temps, temps de la lecture, de la réflexion, de la méditation, de la traduction, de la poursuite et réalisation de l'oeuvre inouïe par les moyens appropriés.


L'avénement de L’invention de Jésus
de Bernard Dubourg – celui-là ne se réduisant nullement à sa publication - fut à ce point incomparable que le consensus larvaire de toutes les ignorances visa à l'enfouir immédiatement. Qu'une profonde révélation historique (au sens où elle est de l'histoire en acte) ait lieu dans le Spectacle – fausse conscience du temps, donc de l'histoire -, le voici qui bafouille et balbutie durant un imperceptible fragment de seconde avant d'enfouir de tous côtés - par un silence ô combien significatif ! - cette percée inouïe ruinant d'un seul coup l'ensemble des préjugés, sophismes et ignorances qui en constituent la devenue si évidente vacuité, révélée à la lumière de ce jour nouveau. Ici une phrase profonde de L'Evangile selon Philippe s'impose : « Un aveugle et quelqu'un qui voit, quand ils sont tous deux dans l'obscurité ne se distinguent pas l'un de l'autre. Si la lumière vient, alors celui qui voit verra la lumière (dans le code du midrash, c'est le Messie) alors que celui qui est aveugle demeurera dans l'obscurité. » Ce pourquoi les lecteurs de Dubourg furent et sont d'une extrême rareté, la rareté extrême de la richesse que dénie et méconnait le Spectacle.

 

Mais venons-en au présent texte.
« Maintenant, l’Apocalypse », le cri de l’hébreu, ouverture d’un opéra sans pareil, noce où coulent tous les vins du midrash, aurait pu s’intituler, incipit vita nova
: « nouvelle vie des Lumières en tant que Lumières du midrash ».
Ce texte se conçoit volontairement comme l'annonce d'une interruption miraculeuse, Noël sur la terre qu'est la fin des superstitions de toutes chapelles, à commencer par celles des trois religions « monothéistes », ces superstitions étant liées au fait que ces religions ne savent que partiellement lire leurs livres sacrés, quelque vérité partisane, particulariste ou grandiose qu’elles croient en détenir.

Ce n'est qu'une fois cette interruption de l'abstraction constitutive des trois “monothéismes” pleinement conçue, que l'on peut tout reprendre à la lumière diluvienne de ce miracle studieux. Par exemple, célébrer les gloires raisonnées du judaïsme et du catholicisme comme “forces d'anti-néant” dans un monde qui roule sur la pente du néant en pleine frénésie accrue, se méprisant lui-même avec des cris joyeux.

Il ne s'agit ici que de faire écho à la triomphale musique qu'est L'invention de Jésus de Bernard Dubourg, d'en propager la bonne nouvelle vivifiante.

Car Dubourg nous permet de revenir sur nos pas afin de conter la véritable histoire du christianisme et de savoir comment cette dernière – d'être renouvelée par la puissance d'interruption miraculeuse - ne fait que commencer. Nous sommes ainsi affranchis et nous pouvons savoir que nous sommes chrétiens au sens que Dubourg donne à ce mot.
Car le mot même de « christianisme » repose sur un malentendu : au fond, les théologiens, par inconsistance philologique, n’ont jamais été chrétiens. C’est, entre bien d'autres choses, ce que prouve L’invention de Jésus
, à savoir qu’ils étaient dans l’illusion. Et ça n'est pas simplement une exagération sortie toute armée du crâne de l'auteur.
En fait, il n’y a jamais eu de chrétien avant Bernard Dubourg. Comme il l’énonce lui-même, saint Thomas D’Aquin ou saint Augustin, parce qu’ignorants des modes de la fabrication midrashique du Nouveau Testament peuvent être dits « non chrétiens », ce qui ne retire rien à la grandeur de leur génie, au fait qu'ils soient de grands penseurs et de grands écrivains, âmes orantes du Paradiso
éternel.

Voir sur ce point et par exemple le glossaire du tome II où Bossuet
est qualifié « d’écrivain ecclésiastique non chrétien ».



J’exposerai ici quelques unes des conséquences de cette révélation de l’hébreu qu’est l’Apocalypse de Jean. Je porterai au jour mes premières conclusions en essayant d'être au plus proche de l’esprit saint (roua(r)h haqôdesh) qui inspira la conscience des Hébreux écrivains et qui présida à l’écriture de leurs textes « sacrés ». Cette conscience, divin vase d’élection, je la nomme « la conscience prophétique ». Elle a pour objet l’histoire midrashique d’Israël ou plus généralement l'accomplissement des écritures qui conclut cette “histoire”. En cette conscience, se recueille cette histoire faite midrash, ce midrash jouant avec l'histoire, avec la narration.

Histoire”, je ne l'entends donc pas au sens grec cher à Hérodote, mais au sens du mot hébreu thôlâdâh (pluriel tholedôth) : histoire, engendrement, création du monde (les tholedôth des cieux et de la terre sont les premières “généalogies” à apparaître, dès Gen 2), généalogie, puissance conceptuelle créatrice de sens, de textes.

La « conscience prophétique » est la conscience de ceux qui, écrivant un à un les divins rouleaux de leur Nouvelle Alliance, se rendent ainsi clair ce qui les constitue essentiellement. Ils laissent advenir l'esprit qui les vivifie tout en s'élevant à leur existence effective en celui-ci, en allant à lui. Cette conscience prophétique, avec l'écriture, la composition, la conception de la Nouvelle Alliance, qu'elle est elle-même, fait l'expérience de sa propre élévation à l'accomplissement de la science des écritures juives. Cette expérience n'est rien d'autre que l'esprit saint lui-même dans sa plénitude, la réalisation pleine de ce que ces Hébreux nomment l'esprit de prophétie.

Prophétie est ici employé selon son sens dans le code midrashique ; pas au sens des préjugés qui sont généralement associés à ce mot en indo-européen, préjugés qui l’associent au divinatoire, au grotesque, à la fantaisie, à l’astrologie, à tout un ramassis de superstitions. Egorger un coq sur un plat d'argent ne vous indiquera pas l'heure et le jour de la venue du roi-messie, ce soleil du réel. Le don de prophétie des Hébreux est magie vraie, art et science des mots, des narrations midrashiques, des rythmes, des chiffrages. Ce sens occulte auquel est associé par erreur le mot prophétie en indo-européen n’est qu’une apparence dont le midrash joue, qu’il sait et qu’il dépasse. Signalons aussi que le sens de prophétie en indo-européen si il occulte le sens vrai de la mission prophétique des Hébreux n’en recouvre pas moins la pure notion de prophète pour l’esprit grec. Cette notion de prophète rayonne par exemple dans cette pensée altière de Nietzsche qui la retrouve en retrouvant l’ensemble de l’esprit grec orchestré selon sa pointe apollinienne et dionysiaque : « Se faire prophétiser - cela signifie primitivement (d’après l’étymologie du mot grec qui me semble probable) : se faire déterminer quelque chose ; on croit pouvoir contraindre l’avenir en gagnant Apollon à sa cause, lui qui, d’après la représentation ancienne, est bien plus qu’un dieu prévoyant l’avenir. Telle que la formule est exprimée, à la lettre et d’après son exactitude rythmique, telle elle lie l’avenir : mais la formule est de l’invention d’Apollon qui, en tant que dieu des rythmes, peut lier aussi les divinités du destin. » (Le Gai Savoir). En grec primordial, prophétiser est ainsi intimement lié à ce don rythmique d’Apollon écrivant le destin, sens qui rejoint celui de la prophétie pour les Hébreux, lesquels ne choisirent pas par hasard le verbe grec prophetêin pour traduire NB’/nvâ', « prophétiser ». Ce choix du grec s'exhibe pudiquement dans le lexique des Septante, comme dans celui d'Aquila, ou encore dans celui du « nouveau testament soit-disant grec ».


L'objet qui se présente ici à notre conscience est un objet d’étude inouï. Nous découvrirons en effet comment l'Apocalypse de Jean, une fois rétrovertie (n'ayons pas peur de ce mot sublime), est une révélation de l'ensemble de la langue hébraïque, son grand œuvre occulté par l'ignorance millénaire, son saint des saints, à certains égards voluptueux et dionysiaque (au sens d'un double mouvement augmentatif : jouissance du savoir, savoir de la jouissance).
Je prouverai dans la suite de ce discours comment cette Révélation pense libérer la conscience prophétique et hébraïque des douleurs de la négativité absolue, de l'Exil, douleurs que le midrash représente comme celles de l’enfantement du messie, et comment la Révélation est de part en part le chant de triomphe de cette libération effective, laquelle n'est autre que l'avènement du Royaume messianique.

On pardonnera ici à l'auteur, tant la matière est vaste et difficile son exposition, qu'il y ait peut-être encore, ici ou là, quelque approximation ou imprécision.
Car ce texte n’est qu’un premier mouvement (sens musical et tactique) vers la chose même de la Nouvelle Alliance du nommé Jésus/Iéshou'a. Il a pour but de laisser entre-aperçevoir la richesse abyssale, secrète, de cette chose même.

 
 


Détermination plus précise du but de cette étude
:
Je vais exposer, de façon générale et particulière, comment l'Apocalypse lit et accomplit :

1- Premièrement : les Prophètes (ceux du TaNaK, mais aussi Hénoch, Esdras ou Hermas, aux livres et apocalypses tout à fait prophétiques…)

2- Puis, nous effeuillerons les livres fondamentalement liés de Samuel, des Rois et des Chroniques, certains éléments d’Ezra et Néhémie pouvant venir compléter cette partie (ces livres sont tous des livres midrashiques qui ont l'apparence de n'être pour ainsi dire qu'historiques, comme l'est aussi, de manière peut-être plus parlante, le livre des Macchabées)

3- Enfin, viendra la Thora, coeur pulsatile, principe fondateur et terme sans fin de cette élucidation.

Le prophétique dans son essence (à savoir le midrash comme tel avec ses procédés d'écriture, en tant qu'il a pour but de prophétiser la fin des temps, l'eschatologie réalisée) ; l'histoire midrashique (le midrash se donnant une apparence de développement historique pour s'y réfléchir et la reprendre dans soi, tendant vers la réalisation du prophétique) ; enfin, ce qui est le principe et le terme tant de la prophétie que de l'histoire midrashique, la Thora (son sens est Révélation, enseignement, Loi ; son étude est la pulsation immanente de la chose même de ce dont il s'y agit dans l'hébreu le plus fondamental).

Ces trois temps peuvent ne pas paraître encore très clairs, mais au fil du texte nous préciserons ce qu'ils sont et nous verrons comment l'Apocalypse (plus généralement la Nouvelle Alliance) est la Thora du Messie manifeste, la Thora amplie : accomplissement de l'histoire midrashique d'Israël, de l'eschatologie (du prophétique en son essence) et de la Thora, laquelle contenait déjà en elle ces deux temps (prophétie d'accès à la terre promise qui sera interprétée comme prophétie eschatologique, Canaan étant le Royaume ; et histoire midrashique au sens où l'on peut lire celle-ci dans les pérégrinations d'Israël dans la Thora en vue et direction de la terre promise).
Il ne s'agira pas ici d'être exhaustif, mais d'affiner le mouvement esquissé dans l'énoncé des trois temps précédents à l'aide d'exemples bien choisis et d'illuster ainsi le mouvement qui, par sa puissance même, laisse revenir
la Thora.

J'introduirai donc au sens de la divine Apocalypse en montrant comment en elle l’ensemble du contenu de l’histoire midrashique d'Israël se recueille, se bonifie, et se révèle à la surface pour avoir atteint sa juste profondeur.

La Révélation qu'est la Nouvelle Alliance du Messie Jésus et singulièrement sa pointe apocalyptique n'allèrent pas sans contestations et polémiques très vives. Affirmer le retour effectif (la théshoûvâh), et que celui-ci s’est « incarné » en la sainte Assemblée (Quehilah) eschatologique qui en est enfin la véritable infinité ordonnatrice et apocalyptique ne va pas sans heurts. Pour nombre d'opposants, le blasphème fut terrible et le scandale, absolu.

Pour vous rendre compte d’à quel point le scandale a été vécu comme absolu et sans retour par nombre de rabbi pharisiens ou non, par les saducéens, caïnites, mandéens etc., bref, par nombre de tendances midrashiques rivales, il vous suffirait de faire un tour des restes de polémiques non effacés depuis par la censure. Voyez les prières de l’époque, les toledoth Yéshou, certains passages talmudiques où il est recommandé selon le dire de Rabbi Tarphon de brûler les rouleaux des minim (les évangiles cf. travaux de Dan Jaffé etc.), textes mandéens etc. Le tour d’horizon est éloquent, je puis en témoigner.

Revenons à l'effet de la Révélation nazaréenne de Jésus pour ceux qui s'y élèvent, l'acceptent comme seul midrash accomplissant les écritures.
Ce qui se manifeste en cette conscience hébraïque, prophétique, celle du « peuple » hébreu, la libère en libérant l'esprit-saint qu'elle-même revêt. Comme le dit saint Jean : « Vous connaîtrez la vérité (’émeth) et la vérité vous libérera (au sens de la Thora de la liberté, actualisation messianique et spirituelle de cette loi qui, dans la Thora, décrète la libération de tout esclave lors du Jubilé, et les chrétiens primitifs de se dire ra‘im - amis, prochains -, non plus ‘avdim - serviteurs -, parce que la Révélation est
) ».
Cette libération a pour but d’accomplir la langue sainte ou aussi bien découvre - ô merveille ! - qu'elle est en train de l'accomplir. A partir de là cette Révélation se donne en langues, y souffle, même si d’abord via de pauvres traductions littérales qui sont elles-mêmes le fruit des assemblées nazaréennes, ne l’oublions pas… L’hébreu étant accompli, ce par quoi il est accompli – Pentecôte universelle de l’absolu- passe à travers les langues, les forge pour s’y parfaire, s’y recueillir dans sa profondeur non sans avoir été médiatisé avec la pensée des Grecs permettant à celle-ci de s’accomplir du même mouvement, l'histoire du christianisme dans sa profondeur étant la médiation de cet accomplissement d'Athènes et de Jérusalem rassemblées. Gloire du massif des noms des langues !
Gloire d’Orphée, d’Homère, d’Hésiode, d’Héraclite, de Parménide, d’Anaxagore, de Socrate, de Platon, d’Aristote, gloire de l’Hébreu, de MoShéH, de IéHouWaH, des nazaréens de Iéshoû‘a, gloire de Virgile, gloire de Dante, gloire de Cervantès, gloire de Camoëns, gloire de Shakespeare, de Joyce, gloire de Hölderlin, de Hegel, de Schelling, de Nietzsche, de Heidegger, gloire de Villon, de Montaigne, de Saint-Simon, de Rousseau, de Voltaire, de Laclos, de Baudelaire, de Ducasse, de Rimbaud, d’Artaud, de Dubourg, de Sollers, de Debord etc.

Gloire des noms du Nom. Gloires.
 


Présentation :


Je commence ici, b a ba oblige, par présenter l’auteur, la date, le lieu de rédaction, la langue de composition du rouleau qu'est l'Apocalypse.

 

Le lieu commun m'instruit de ce que l'Apocalypse de Jean a été écrite en langue grecque aux alentours de l’an 95 ap. J.C, au large de l'Asie Mineure, dans l'île de Patmos, par le disciple bien aimé et historique, saint-Jean.
Quatre points qui ne sont jamais remis en doute : le temps, le lieu, l'auteur, la langue.
Ce lieu commun, une fois défait de sa gangue d’ignorance, va se révèler alors d'une beauté inouïe que deux mille ans d'oubli rendent d'autant plus lumineuse.
Jean dit bien dans son apocalypse qu’il écrit celle-ci depuis Patmos, et le texte qui nous est présenté est bien un texte grec ou traduit du grec. Mais se pose-t-on les bonnes questions entre grécistes et consorts ?
La Patmos dont « il » parle est-elle géographique ? Qui est cet « Il » que semble-t-il nous ne saurions goûter et le texte grec en question est-il bien l’original ? Cette date de l’an 95, Jean dans son texte la mentionne-t-il ? Comment la justifie–t-on ?
J’en viens dès lors au renversement légitime, rétablissement de la souveraineté de l'hébreu.

De même que Damas ou Jérusalem sont à la fois des lieux géographiques et midrashiques, ainsi en va-t-il aussi de Patmos.

Sondons dès lors le versant midrashique, secret, de la divine Patmos.

Il y a de nombreux lieux midrashiques dans la Nouvelle Alliance de Jésus Iéshoû‘a:
Nazareth, Gethsémani, le Golgotha, les sept églises d'Asie de l’Apocalypse etc.

Ainsi d'Ephèse, dont la translittération en hébreu la fait assoner avec ephes, le lointain, les confins, voir Un Etranger Sur Le Toit, de Maurice Mergui, p 93 pour ce sens éclairé d’Ephèse.


Patmos translittéré du grec en hébreu, cet hébreu à son tour restitué selon le code qu'adopte B.Dubourg dans L'invention de Jésus,

Légèrement modifié selon les notations dont je dispose :
ainsi ‘=aïn, Th=taw, Ht=heith, Sd=tsadé etc.


Patmos devient PThMWS.
Ne me reste plus qu'à en établir la gématrie classique :

Je renvoie pour l’exposé des procédés à Dubourg et pour plus de détails à Paul Vulliaud dans le chapitre que ce dernier consacre dans La Kabbale Juive aux procédés du guinath/GNTh, acrostiche souveraine pour gématrie, notarique et thémoura. Dubourg renvoyait déjà à un tel chapitre.


PThMWS = 80+400+40+6+60= 586
.
Or, qu'est symboliquement parlant ce 586 pour un kabbaliste averti ?
Jérusalem !
Preuve : Jérusalem YRWShLM
a pour gématrie classique 10+200+6+300+30+40= 586 !
Patmos désignait bien Jérusalem dans le coeur du secret : la voici ramenée de Grèce en Palestine, de la géographie au midrash.
La question reste alors de savoir quelle Jérusalem cette Patmos désigne.
La céleste en cours de renouvellement incessant ou la terrestre trop terrestre, honnie et désignée par son accentuation-souffle comme Sodome et Egypte ?

Patmos est ici associée d'entrée au Jour du Seigneur, à son souffle, à sa vision : serait-elle la honnie ? L'autre hypothèse s’illumine et c'est en effet celle qui s'impose, pensée rayonnante et éternelle du dieu vivant.

La gématrie par rangs de ma translittération de Patmos employée tout à l’heure m’en est une autre confirmation. En effet, celle-ci est de 73 comme HtKMH/la Sagesse. Cette Sagesse inscrite en Patmos/Jérusalem est celle de la Création de Gen 1,1 comme de la recréation de Jean 1, 1+2. Ainsi, sous Patmos ce sont la Sagesse et Jérusalem – dont Portrait d'Israël en jeune fille de S. Le Maguer nous aura récemment appris qu'elles sont des équivalents de Myriam-Marie - qui se cachent.


Quand ?
Voilà une question en vérité double, une question qui se redouble :
Pour les rédacteurs de l'Apocalypse la question de la date ne se pose pas comme pour nous. Pour eux la réponse est simple, c'est au Jour du Seigneur, ce jour des jours où le génie hébraïque rassemble sa pensée en l'accomplissement vrai de la Thora, Jour de l'éternité même ici maintenant transfigurant le temps, Jour dont ils lisent l’annonce dans les feuillets de feu des Prophètes du TaNaK.

Le temps même de l'écriture de l'Apocalypse, pour ses divins rédacteurs - la question mérite d'être posée -, n’est autre que celui de l'éternité incessante de la langue sainte se révélant dans le temps, richesse d'une exégèse infinie jaillissant à chaque démarche.
Qu'en est-il pour nous ?
L’Apocalypse est par excellence le midrash du renouvellement du Temple par la pensée de la destruction de son extériorité néantisable (son parvis notamment, lieu des sacrifices rituels selon les sadducéens et que le Satan est prophétiquement chargé de fouler aux pieds, selon le chapitre 11 de l'Apocalypse).
En suivant les conclusions de Dubourg à la fin de son tome premier L'Hébreu Du Nouveau Testament
, sa rédaction daterait d'avant la destruction du Temple de Jérusalem en 70, date après laquelle « prophétiser » la chute du temple saint, celui-ci ayant déjà été anéanti, n’aurait plus eu le moindre sens.
Quant au Jour du Seigneur, il faudrait insister sur ce qu'il désigne en lien au sacrifice et à la Résurrection de l'Agneau, ce bélier martial et vainqueur ; insister aussi sur ce que représentent par leurs noms élus, preuves en main, les sept églises-assemblées : les QHLWTh/qehiloth (cf. le Plérôme de l'Assemblée).

Qehiloth, les assemblées, de même que qohéleth, est de la racine QHL/qahal, " rassembler, unir ", calembour de la racine GLH/gâlah, révéler, mettre à nu, la racine même de la Révélation, la Révélation par la racine.


Ce serait l'affaire de vastes développements exclus par leur longueur même d'une telle esquisse.

Ce lieu et ce temps midrashiques de la mise à nu intégrale,

La Jérusalem céleste comme espace vivifié : voilà pour le lieu.
Le Jour-étant-là où s'accomplit le génie hébraïque : voilà pour le temps.

 

ont peu à voir, avouez-le, avec la rédaction en grec de la dite Apocalypse par un certain Jean en l'île grecque de Patmos, en telle date arbitrairement choisie comme gage de l'événement historique.

Encore faudrait-il ici questionner davantage : comment se fait-il que des lieux grecs aient été élus en hébreu afin de représenter la pointe de l’alliance nouvelle et éternelle ? Ce fait semblerait d’autant plus curieux que le midrash n’a de cesse d’affirmer l’inviolable sacralité de la terre, du ’eretz Israël.
Cela touche à l'importance des prosélytes « grecs » de langue hébraïque – ou pour le moins à l’ouverture des Hébreux aux Grecs représentés sous ces prosélytes midrashiques. Dans notre méguillâh (rouleau) la veine polémique des sept paroles aux sept églises témoigne de cette ouverture, dans la mesure où les termes polémiques qui constellent ces paroles (interdit du sang, des prostitutions etc.) renvoient à la violation des sept lois noachides, les sept lois valables pour l’ensemble des païens. Ces sept incarnent la loi légère relativement aux 613 mitsvoth/commandements portés par Israël et qui correspondent au contenu même de la Thora (BThWRH, “dans la Thora” a pour gC 613) ; bien qu'en un sens plus qualitatif que quantitatif de la comparaison, le contenu des 7 lois et celui des 613 soient de la même force et de la même nature. Ces sept lois noachides sont symbolisées, comme l'a très bien vu Maurice Mergui, par les sept étoiles (shiv'ah kokavim), lesquelles sont aussi les sept anges-envoyés des sept églises. L’envoi en mission des sept assemblées est la réalisation midrashique des sept lois noachides, universelles au sens où elles concernent tous ceux qui sont de la semence de Noé, le genre tel que le midrash le pense. L'accomplissement de ces sept lois nouvelles délivre l'accès à la porte du Salut tel que ces sept assemblées le donnent à l'univers. Et ceci n'est pas qu'une métaphore.


La question de la langue de ce joyau ayant déjà été résolue par Dubourg, me reste celles de l'Auteur et celle du titre.

Peut-on savoir sans délirer quel est le nom de l’auteur, savoir le sens de ce nom du Nom qu’est le nom de Jean, inscrit en lettres de feu au frontispice de sa gloire par l'esprit saint lui-même ?

Jean, en hébreu Yéoû(r)hânân/YWHtNN, « Dieu fait grâce », est le témoin ‘D/‘ed parfait de la venue messianique, de la parousie (mavô') de YHWH. C'est le témoin au sens de celui qui sait (verbe yada‘ proche de la racine désigner, témoigner, appointer, yâ‘ad, son anagramme exacte).
Jean est le nom midrashique que revêtent, scribes subtils en sagesse, les rédacteurs de la Méguillâh. Mais l'Auteur lui-même, sous le masque du glorieux Jean, n’est-il pas YShW‘ MShYHt/Jésus-Yéschoû‘a Messie-Masshiah, ou plutôt l'esprit saint (roûa(r)h (ha)qôdesh) lui-même, le nom que les rédacteurs de la Méguillâh revêtent, eux qui sont chassés dans l’extase harmonique et l'héroïsme de la découverte, plongés dans l'écoute du bruissement des versets et le ruissellement édénique des trésors du verbe ? Et oui, c'est bien Lui.

Mais, je reviens à ce Jean, et cette fois-ci je m'engage à éclairer son sens hébraïque premier en totalité.
Je me demande alors ce qui fait de ce nom de Yéoû(r)hânân/YWHtNN, « Dieu fait grâce » le témoin idéal de la révélation du Messie et du nom nouveau, ce qui le singularise de tous les autres noms d’apôtres et même de tout autre nom de l'ancienne comme de la Nouvelle Alliance.
Commençons par établir la gR de ce nom :
YWHtNN = 10+6+8+14+14= 52.
Jean a même gématrie que MShYHt, le Messie ou qu'Elie !

Voyez sur ce point tout le questionnement du Prologue de Jean quant à savoir si Jean est le Messie, s'il est Elie, s'il est le Prophète, et celui-ci de répondre négativement, puis de s'affirmer
comme la voix criant dans le désert, j'y reviendrai.


Voici un premier trait du dévoilement de Jean grâce à cet artiste mémorable qu’est l’esprit saint lui-même, ce scribe à la main rapide, ce graveur des tables de la Loi.
Jean est le seul des Douze à avoir une gématrie commune avec le Messie. C'est sans doute l'une des raisons pour lesquelles le cycle johannique - Evangile, Actes, Epîtres, Apocalypses, Dormition etc. - est si intensément messianique, si développé, sans réelle concurrence d'ailleurs, si ce n'est le cycle de Paul.

Jean serait-il aussi témoin du nom nouveau, du Tétragramme YHtWH/IéHtoûWaH renouvelant l'ancien YHWH/IéHouWaH ?
A ce propos je suppose connue la splendeur des preuves déployées par Dubourg dans La Fabrication du Nouveau Testament
.
Or, si j'écris de nouveau le nom de Jean/YWHtNN je m'émerveille.
Car il contient trois des lettres, le yod, le waw et le heith qui composent le Tétragramme renouvelé.
Une autre graphie de Jean est YHWHtNN où se trouve inscrit en toutes lettres le nom nouveau/YHtWH auquel vient s’adjoindre la symbolique du NWN le poisson eschatologique, ce noun signe de Jonas.
Jean témoigne du Messie et du nom nouveau passé à travers du poisson eschatologique (le Noun), et de deux.
Je sais en outre que Yéouhanan signifie « Dieu fait grâce ». J'en déduis alors - suivant en cela le prologue du selon Jean - que ce nom incarne la grâce opérante d’un dieu nouveau, celui qui accomplit la Thora selon hessed (grâce, amour, la droite du dieu) et 'émeth (vérité, rigueur, la gauche du dieu) (cf. Jean 1, 17).
Mais je reprends ma question, je laisse saillir d'autres nuances :
De quoi d'autre Jean témoigne-t-il ?
N'ai-je pas omis jusque là sa gématrie classique ?
La voici :
YWHtNN = 10+6+8+50+50 = 124.
Et là, c'est de la quintessence symbolique à foison.
Commençons à éclairer un tel résultat :
Dubourg parle du fameux "Je suis la voix qui crie dans le désert, préparez la voie du Seigneur", verset voilé du Prologue de Jean tout droit sorti d'Isaïe 40, 3.
La voix criant dans le désert, c'est
QWL QWR' BMDBR/qôl qôrê' bamidbar
= (gR) 19+6+12+19+20+6+1+2+13+4+2

+20 = 124 = YWHtNN/Jean-Yéoû(r)hanan, ce bienheureux mortel élu par excellence pour l'annonce de l'avènement du Messie, celui qui prépare sa voie plus qu'aucun !


La seconde proposition quant à elle est identifiée par sa gématrie classique de 386 à YWSh‘/Jésus-Yeshoû‘a , celui dont le témoignage, la connaissance est manifestée à Jean : c.f. L’Hébreu du Nouveau Testament p 233.

Un autre éclairage va révéler le sens de ce 124, c'est la gC du mot
éden/‘DN (qui signifie Volupté et qui comprend le mot ‘D témoin) :
70+4+50 = 124.
Cette connaissance qui est le privilège du divin Jean renverse
le désert en verger. Ce verger est celui qui accueille le dernier Temple, l'eschatologique, couronne de l'Apocalypse déjà prophétisée par le chapitre 40 d'Ezéchiel.

Autre exemple de la prophétie de ce renversement du désert en verger alors même que ce désert croit ?
Isaïe (51,3) : « YHWH réconfortera Sion, il relèvera ses ruines, il fera de son aridité un Eden, de son désert un verger divin, la joie et la liesse se trouveront là, ainsi que la grâce et la voix de l’harmonie. »

Ce renversement du désert en verger formulé dans le plus pur style prophétique se voit par exemple actualisé chez Nietzsche (de même qu’il actualise la parousie appelant le sur-homme « celui qui vient » dans son Zarathoustra, ou bien encore voyez la manière qu’il a de se penser comme autre parousie que celle du christianisme, comme avènement à la fin des temps, comme Dionysos-Antichrist…) :
« L’être chez qui l’abondance de vie est la plus grande, Dionysos, l’homme dionysien, se plaît non seulement au spectacle du terrible et de l’inquiétant, mais il aime le fait terrible en lui-même, et tout le luxe de destruction, de désagrégation, de négation ; la méchanceté, l’insanité, la laideur lui semblent permises en quelque sorte, par suite d’une surabondance qui est capable de faire, de chaque désert, un pays fertile. »


Bref, si pour les rédacteurs de l'Apocalypse Jean est le témoin idéal, c'est qu'il témoigne de l'Eden, de la Volupté du verbe, ainsi que du dieu nouveau par lequel cet Eden fait retour, Jésus Messie, le nouveau Tétragramme inscrit à même la chair du nom de Jean.

Pour justifier que Jean témoigne bien du gan Eden eschatologique de façon nouvelle, chacun pourra lire la fin de l’Apocalypse de Jean

Il faudrait prouver – ce que je ne ferai pas ici tant cela exigerait de développements et de voltiges - qu’Apocalypse 21+22 est la recréation complète du jardin d’Eden, du texte même devenu "caduc" - selon ces nazaréens à l'éxégèse terriblement audacieuse - de Genèse II et III.

où trône par trois fois exactement l’expression de l’arbre de vie, alors que dans le TaNaK cette formule rarissime ne figure qu’une seule et unique fois à la toute fin de Genèse III, lors de l’expulsion, du bannissement d’Adam et Eve. De même que le récit de Genèse II et III se terminait par ce bannissement, l'Apocalypse se termine par son renversement qu'incarne la descente de la Jérusalem céleste dans le jardin, de cette Eve relevée jouissant des retrouvailles avec son fiancé, le dieu vivant, l'Adam relevé, défait des nuées de sa mortalité. Nous y reviendrons.

J’ajoute encore la différence des gématries de Jean (dite gématrie différencielle) pour affiner encore cette introduction de ce dont celui-ci témoigne :
124-52 = 72 = 21+5+5+1+12+5+10+13 = ShH H’LHYM séh ha’élohim l’Agneau du dieu, le bélier frondeur d’Elohim, celui qui est plus spécifiquement développé par le cycle johannique (cf. Jean Baptiste annonçant dans l'Evangile de Jean la venue de celui qui est plus grand que lui comme l'agneau du dieu qui enlève le péché/l'errance - (r)hata' – du hôlam hazé, du monde celui-ci parce qu'il est l'incarnation enfin pleine de ce monde-là, la holam haba' de la parousie).
Ce 72 est aussi la gC de HtSD hessed/« bonté, grâce, amour », la droite toute de miséricorde dont Jean est le témoin, lui qui est le bien-aimé, le préféré.

Maintenant, une fois établie l'unicité exemplaire du nom de Jean-Yéouhanan pour la Nouvelle Alliance, je me demande une chose très simple : est-il essentiel dans la Thora ? Chez les Prophètes ? Dans les écrits-hagiographes ?
Réponse : apparemment non. Il n’y figure qu'en de très rares occasions et toujours de façon quasi-dérisoire ou anecdotique. Au besoin, on peut mentionner un exemple tiré des Chroniques.

Je rappellerai néanmoins que si Jean Yéouhanan est si mineur dans l’Ancienne Alliance, Jonathan son synonyme, lui, est un personnage développé, prophète lié au destin midrashique de David et de Saül autrement dit pour la Nouvelle Alliance, de Jésus et de Paul. C'est donc du côté de Jonathan qu'il faudrait creuser quant aux provenances midrashiques de Jean dans le TaNaK. Et Jonathan n'est-il pas prophète au temps de la construction du Temple comme l'est Jean - sous ses deux figures du baptiste et de l'évangéliste apocalyptique - au temps de la construction du Temple eschatologique, ce but de l'Apocalypse ?
Signalons enfin que le nom de Jean ne démérite pas dans les talmudim et midrashim pharisiens si divers : voir là-dessus Rabbi Iohanan ben Zakaï (l'illustre fondateur de Yavnéh), Rabbi Iohanan HaSandalor, un Jean faiseur de sandales (!) ou de nombreux autres Jean/Iohanan présents chez les rabbis etc.

Autre question : Est-ce seulement dans le nouveau testament (ou le midrash pharisien) que le nom de Jean est essentiel ?
Réponse : non. Il y a cette vaste partition qu'est la littérature mandéenne, ô combien - et à tort- peu étudiée en repartant de son hébreu natif. Les mandéens se disent eux-mêmes nazaréens tout en rejetant le nom de Jésus-Ieshou‘a. On en trouve des traces polémiques de part et d'autre, tant dans les textes mandéens que dans les Evangiles.
Dans la riche littérature mandéenne, Jean est le « Manda d'hayeh », formule de l'araméen barbare dans lequel ces textes nous sont parvenus. Il est celui qui connaît HtYH/(r)hayah, la racine de la seconde Résurrection (donc le nom nouveau dont Jean en effet témoigne), celui qui connaît la seconde éternelle résurrection par la racine. Ces mandéens connaissent le « schéma » des vies-morts-résurrections (présenté par Dubourg dans son tome II) tout autant que les rédacteurs de l'Evangile et Cie, mais à la différence infinie près qu'ils identifient Jean-Yéouhanan au Messie et au nom nouveau et au savoir sur l'Eden tout en rejetant la pointe de la Nouvelle Alliance, le nom même de Jésus, son invention.
D'où de nombreuses polémiques, midrashim, midrashim inversifs avec et sur la littérature mandéenne venant nourrir la manne du nouveau testament. Qu'on se demande par exemple d'où vient l'Aigle NShR/nésher de la métaphore filée qu’est Apocalypse 12. Celui qui chez les mandéens sauve Myriam-Marie d’un sort de destruction irrémédiable sauve « la » femme dans la vision d’Apocalypse 12 en la soustrayant à la cruauté finie et morbide du dragon, en l’enlevant au désert sous ses ailes, désert où elle se trouve nourrie d’une manne cachée par midrash sur l’Exode et la manne qui nourrit l’assemblée d’Israël lorsque celle-ci sort d’Egypte vers le clair Sinaï de la Révélation.

Je puis enfin préciser pourquoi le Jean des mandéens est qualifié de « manda » :
En hébreu MND‘ est de la racine YD‘ yada‘ « savoir, connaître, aimer ». C’est la racine de la science-connaissance, celle du « bien » et du « mal », tov (v)ra‘ bien et mal qui ont sens en hébreu comme goût et adéquation de la pensée du sujet, du midrashiste, avec la Sagesse/(r)hochmah. Il ne s’agit pas de bien et mal au sens de la moraline chrétienne, sens faible et moralisateur, mais au sens de la capacité à assumer l’épreuve du savoir.

Quel autre peuple d’ailleurs pense dans l’antiquité la question du bien et du mal si ce n’est le « peuple » juif ? (sans omettre la subtile éthique des Grecs… subtilité grandiose et vraie mais qui n’a pas, comme l’hébreu, à témoigner de l’épreuve du déchirement absolu)
En tout cas est-ce le premier peuple singulièrement élu dans l’étude de ces deux problèmes qui intéressent les cœurs non-solitaires, le bien, le mal. C’est aussi pourquoi les intelligences de ce peuple considèrent les païens comme des innocents au sens d’innocents pervers, d’ignorants, d’animaux. Le païen converti est quant à lui tel un nouveau-né, un enfant dans le baptême (encore un sujet qui mériterait d'être développé !), il commence - parce qu’il est initié et la comprend dans lui - à sortir de l’animalité inconsciente. De là à ce qu’il soit un homme(!) refait à l’image de l’Auteur soi-même... comme dit l’Evangile, la porte est étroite et il y a peu d’élus.


Par ailleurs, MND‘ manda contient tout autant MN/manna, la manne, le questionnement, ‘D ‘ed le témoin, ‘DN l’Eden. Bref, ce dont témoigne Jean pour les rédacteurs de l’Apocalypse - nom nouveau, Messie, Eden - est déjà compris comme le propre du Manda d’hayê Jean.

Voilà un aperçu rapide pour répondre à la question de savoir « qui est Jean-Yéouhanan ? ». Je ne fais ainsi qu’introduire au traitement idoine de ce personnage midrashique de Jean (et avec lui de Jean baptiste !) qu’il faudrait développer sans manquer ni de sel ni de poivre, sagesse et pilpoul hébraïques présidant ici aussi à sa fabrication.

J'en viens à mon dernier point : pourquoi ce titre d’apocalypse ?

Le grec apocalypsis se rétrovertit immédiatement en l'hébreu niglah NGLH, de la racine GLH révéler, mettre à nu, découvrir l'oreille, manifester. Ce mot niglah est présent dès Daniel, au cœur de l’une de ces grandes fresques mouvementées dont Daniel a le secret (cf. Daniel 10, 1 : « La troisième année de Cyrus, roi de Perse, une chose fut révélée à Daniel (davar niglah ledanyêl) qui est appelé du nom de Belteshatsar ; et la chose est vraie, mais le temps d'épreuve déterminé est long. Et il comprit la chose et eut l'intelligence de la vision. »).


Voyons maintenant l’interprétation hiéroglyphique de ce mot niglah/NGLH telle que Bernard Dubourg en présente la méthode dans « Ce que je sais du Sepher Yetsirah » (Tel Quel n°93) :
Noun, poisson, produit, vie comme effet ; guimel, cou du chameau, tube, conduit ; lamed, aiguillon, symbole du pouvoir ; hé, la béance, l’abîme, l’ouverture.
Cela donne en le formulant : la révélation, la mise à nu, la découverte d’oreille est le résultat, le produit, la vie même de la science de l’inscrire (avec l’aiguillon), de l’inscrire la béance, de l’avoir pouvoir quant à la béance, à l’abîme, découverte notée de l’ouverture, celle de l’initial, du bereshith, du principe de la dualité de ce qui advient dans le temps.
La béance première est conservée et supprimée dans le dire de la révélation, il y a totalité ouverte de l’hébraïque depuis le beith de bereshith jusqu’à ce résultat, ce produit. Béance (H) première qui est aussi ce qui distingue ish de isha (’YSh de ’ShH), homme et femme de la Genèse, duo mystique au devenir sans pareil.
La béance, l’aiguillon et le conduit peuvent aussi évoquer ensemble l’ouverture de l’oreille, sens manifeste de niglah.

Je reprends en scrutant d'un peu plus près les premiers mots de l’Apocalypse enfin redevenus lisibles :
(H)NGLTh YShW‘ MShYHt/révélation de Jésus-Ieshoû‘a Messie.
Ce premier mot ne cesse de fleurir et de ployer ses rameaux sous forme de calembours. En effet, HNGLH la révélation a pour calembours une vaste suite de mots dont voici un extrait :
HN(H), le « voici » annonçant toutes les visions intérieures prophétiques dans l'Apocalypse (comme c’était déjà le cas dans le TaNaK) ; GLH, sa racine ; HNPLH la chute, celle de Babylone, celle qui est nécessaire à la libération de la Nouvelle Jérusalem ; HNBLH infâmie, action honteuse, punition(!) ; HGNH le verger au féminin ; HG’LH, le rachat, la Rédemption(!) ; HNGYNH, le son des instruments de musique, le chant ; HGNYZH, le déplacement d’objets sacrés, la cachette (la guénizah où sont mis à l’écart les livres prohibés) ; GLYL la Galilée ; MGDLH Magdalah béatitude d'une certaine Marie qui est aussi sa pleine révélation par calembour avec celle-ci ; MGLH méguillah rouleau ; fleurissent aussi d’autres exemples plus anecdotiques comme la neige HShLG (HThLG dans l’araméen de Daniel) dans la vision éclatante du Vainqueur apocalyptique calquée sur la venue du fils de l'homme chez Daniel ; ou encore magal/MGL, la faucille du Rédempteur en tant que moissonneur eschatologique etc.
Mais encore : GL/gal, le puits (de la révélation ?) ; GLL/galal, faire rouler ou tourner (la pierre à l’entrée du tombeau vide du dieu) ; le Golgotha GLGLTh le crâne, la tête, lieu midrashique de la mort du seigneur qui est à mettre en lien avec sa résurrection et la couronne du vainqueur qu’ainsi il se met sur le crâne, sur la tête (tête qui en hébreu désigne aussi le commencement, le principe) ; GLGL la roue comme en possède le char de la Merkava chez Ezéchiel ou ailleurs, roues du voyage mystique tournoyant qu'est l'embarquement pour la Révélation. Je pourrais citer aussi LHG, pensée, méditation continuelle, comme anagramme exacte du verbe GLH, révéler, mettre à nu : la révélation est une bienheureuse pensée, une méditation continuelle etc.

Je récapitule : l'Apocalypse dite de Jean est un rouleau midrashique. Apocalypse, en repartant de l'hébreu, a le sens de fin d'exil,

Voir le double sens de ce qu'engendre la racine GLH : à la fois l'Exil/galoûth et la Révélation… et la pensée de l'exil n'est pas anecdotique dans la pensée juive, n'est-ce pas ? Voyez les notions midrashiques d'esther panim ou esther hagaloûth, je tiendrai caché la Face ou je tiendrai caché le temps de l'Exil, la Révélation venant renverser cet Exil comme désoccultation au comble.


de mise à nu,

celle de la grande prostituée, cette allégorie de l'idolâtrie qui n’est pas anecdotique non plus !


et de révélation complète et impartiale de la langue hébraïque en sa vérité rassemblée, méditée, tournoyante.


Résumons : Jean est le témoin du Messie, du nom nouveau, de l'Eden qu'il annonce (à condition d'écouter à nouveau cette voix qui crie dans le désert des siècles) en préparant sa voie, il résulte en tant que « Jean le Baptiste »

YWHtNN HTBWL « dieu fait grâce le baptisant » où les deux termes ont même valence messianique de 52. Ce baptême est celui de la grâce(!) autrement dit de cette rosée légère qui décille les yeux, ouvrant sur la lecture accomplissante de la Thora, don suprême.

d'une polémique avec les mandéens et d'un midrash accomplissant sur le Jean de la littérature mandéenne.

Tout comme Jésus, Jean le baptiste a 12 disciples. Sa mort serait à rapprocher de celle du seigneur Jésus, laquelle s'en singularise ne serait-ce que parce qu'elle se renverse en résurrection etc. La mort du baptiste est une mort par décapitation au sens aussi où le principe est enlevé, la tête est ôtée, perdue. Cette mort du baptiste se laisse interpréter comme destruction du principe vital des mandéens ce qui - et cette fois historiquement - correspond au bannissement effectif de ces mandéens voir ce qu’en dit Dubourg dans le glossaire de son tome II. Jean le Baptiste est un midrash, une conversion par midrash du Messie mandéen et ainsi de l'ensemble de leur littérature, de leur pensée. La geste midrashique de Jean le baptiste est aussi un geste de fronde.

La Jérusalem céleste (Patmos), re-nouvelée, est le lieu midrashique de cette révélation.

Son Jour est le Jour du Seigneur (YWM YHWH), jour de l'accomplissement de toute prophétie en Israël. Le midrash nazaréen est le seul à passer vraiment de la prophétie de l'accomplissement à l'accomplissement de la prophétie. C'est ce que je m'en vais maintenant introduire comme l’accomplissement de toute la littérature hébraïque, sacrée dans son
Apocalypse.
Il ne s'agit pas ici d'une sèche totalité abstraite, mais d'un riche foisonnement de lectures du TaNaK - ce socle de la littérature hébraïque sacrée - convergeant pour former la matière dont se trame le texte qui renouvelle ce socle à savoir le corpus néotestamentaire et ses nombreux apocryphes adjacents.

 


Développement :

Reprenons l’étude, la réflexion de la répartition Thora-Nevi'im-Kethouvim telle que nous l’avons esquissée. Ce mouvement va nous conduire depuis les Prophètes et l’apparence prophétique de l’Apocalypse jusqu’au saint des saints (debir) du verbe (davar), jusqu’à la Thora elle-même, Loi de retour par-delà Loi et transgression.

Nous commencerons ainsi d’entrevoir comment, en creusant des brèches opéradiques dans les cloisons du texte à la manière nazaréenne, peut s'entendre l'accomplissement de la Thora que ceux-ci affirmèrent avec force sur les terrasses et les places publiques, comme dans les sanhédrins et les beth hamidrash.

 
 

1- les Prophètes:

Moïse, MoSheH, est le premier prophète (navi'), le scribe de la Thora (sauf des derniers versets où il est question de sa mort, versets midrashiquement attribués par le Talmud à son successeur Josué). Il est en outre l’anagramme exacte de HaSheM/le Nom, c’est le premier des noms prophétiques parmi l'archipel de noms théophores qui constitue les prophètes.

Il s'agirait dans cette partie de considérer les tournures, les versets, les expressions, les mots, les lettres-chiffres hébraïques de l'Apocalypse rétrovertie en voyant à l'oeuvre comment ils proviennent à foison de cette partition que j'ai nommé ici les Prophètes :
d'Isaïe, d’Ezéchiel, de Jérémie, de Joël, de Zacharie, d’Amos, de Sophonie ; et des prophètes dits “non-canoniques”, Hénoch, Baruch etc.
C'est un exercice de souplesse auquel je me suis adonné un temps et qui participe du début de la compréhension de l'Apocalypse, de sa surface midrashique.

Comme rien ne vaut des exemples, en voici un :

J'ouvre et lis Jérémie (51,63 et 64) en ne mettant volontairement en relief que certains aspects :
"Et lorsque tu auras achevé (verbe KLH, même lettres que la fiancée KLH) la lecture-proclamation de ce Livre ('Th-HSPR HZH), tu y attacheras une pierre ('BN) et tu le lanceras (WHShLBThW) au milieu de ('L-ThWK) l'Euphrate (PRTh, calembour entre le livre et le lieu qui lui est échu dans sa chute), tout en disant (W'MR) :
Ainsi (KKH) s'effondrera (ThShQ‘) Babylone (BBL) et (W) ne pas (L') se relèvera (ThQWM) par l'effet (MPNY) de la calamité, le mal (HR‘H) que ('ShR) Je ('NKY) fait fondre sur elle (MBY' ‘LYH) et ils périront d'épuisement etc."

De même, j'ouvre et lis Apocalypse (18,21) tout en la rétrovertissant :
"Et souleva (WYSh') un ange fort (ML'K HtZQ) une pierre ('BN) comme une meule de moulin grande (KRHtYM HGDWLYM) et jeta (WYPL) dans la mer (BYM) disant (W'MR) :
Ainsi (KKH) d'un seul coup (‘BRH) sera projetée (YPLTh) Babylone (BBL) la ville la grande (H‘YR HGDWLH) et ne plus elle sera trouvée( W L' ThMSd') "

Le « ainsi » prophétique incisif et le mouvement de chute et de projection sont dans les deux cas, Jean, Jérémie, le même :
le livre scellé d'une pierre de chez Jérémie devient une pierre comme une meule de moulin chez Jean.

Pourquoi ce choix d’une pierre comme une meule ? C’est parce que le moulin sert à l'issue de la moisson, la moisson QSdYR/qôtsir de la fin des temps QSd/qêts ; d'où - fondées sur ce calembour de QSdYR qôtsir, la moisson, et QSd qêts, la fin - les vendanges et les moissons associées à la fin des temps. Cette pierre de meule projetée est une métaphore eschatologique par excellence, celle de la chute définitive de Babylone, laquelle, comme Ninive, désigne la Jérusalem terrestre pour nos nazaréens “apocalyptistes”.


Dans les deux cas le mouvement de chute est le même.
Le « d'un seul coup » ‘BRH de l'Apocalypse rappelle par calembour le mal, la calamité HR‘H (correspondant au yetser hara‘, le penchant au ”mal”) prophétisée par Jérémie à l'encontre de Babylone.

Quant à la présence de la moisson eschatologique dans l'Apocalypse, je remarque qu'il est bien question dans ce texte du vainqueur sur son cheval blanc, lequel vient pour la moisson de la fin des temps avec une faucille à la main. Cette métaphore se développe en filigrane tout au long de l’Apocalypse. Elle provient des Prophètes.

C'est ainsi que cette faucille scintille dans le texte de Joël 3,13 :

« Mettez la faucille (MGL maguâl), car la moisson est mûre. »

Cette faucille, comme nous l'avons déjà vu, est un calembour de niglah/la Révélation, comprise dans le mot meguillâh, le rouleau sans fin de l’annonce de la fin.

De là découle le sens de versets comme Ap 14, 18 et 19 : « Je regardai, et voici, il y avait une nuée blanche (‘NN LBN/‘ânan lavan), et sur la nuée était assis quelqu’un qui ressemblait à un fils d’homme (KBN ’DM), ayant sur sa tête une couronne d’or, et dans sa main (BYDW) une faucille tranchante (MGL HtD). » Cette faucille tranchante MGL HtD/magal (r)had a pour gR 46 et gC 91, les gR et gC de ha’élohim H’LHYM, le dieu, celui du jugement (la gauche) !

Je remarque encore que la meule RHtYM/ri(r)hayim, formule au duel, fait calembour avec HtYYM/(r)hayim, la vie (celle qui est alors proche, l'éternelle), la Résurrection final.

Mais l'exemple me semblant suffisamment probant, j'en viens à une considération d'ordre général quant à l'esprit de prophétie et au fait d'arriver à dire comment l'Apocalypse accomplit la totalité de la littérature hébraïque biblique et péribiblique.

Il est dit dans l'Apocalypse que "le témoignage de Jésus (H‘DTh YShW‘ hâ‘êdêth Ieshoû‘a) est l'esprit de la prophétie (RWHt NBW'H r(e)oûah nevoû’ah)".
Ici, prophétie est employé en un sens large, au sens de l’ensemble de la littérature hébraïque. Disons plutôt, à reprendre le sens de ce mot - comme pour « le témoignage de » ‘DTh qui n’est pas le “martyr”, mais la connaissance D‘Th ! - qu'il s’agira de la prophétie au sens de la compréhension intelligente (cf. le sens de savoir lire/inter-ligere de l'intelligence souligné par David Banon dans sa contribution au C.I.E.M) du texte, de sa lecture, de son écriture, de son chiffrage. Prophétie désigne aussi l'inspiration, au sens où l'esprit saint est l'esprit de prophétie, l'auteur de toute la littérature sacrée. Voici témoignage et prophétie réhabilités au passage selon leur vérité native et sans contresens, poursuivons.

La formule “le témoignage de Jésus est l'esprit de la prophétie” a pour sens obvie :
le témoignage, la connaissance de ce que le nom de Jésus est pleinement révélé comme celui du Messie. C'est là l'objet même de l'Apocalypse.

Retenons aussi que prophétie c’est NBW’H/nevoû’ah dont la racine NB’/« dire selon l’intelligence, la sagesse hébraïque, prophétiser », se confond avec NB‘/“jaillir, sourdre, surgir”, racine associée aux torrents, aux sources d’eaux vives dans la force de leur jaillissement. C’est pourquoi dès la Thora la parole prophétique est associée aux eaux pures, vives, à la claire intelligence de la Thora.

J’ajoute que les lettres aleph et aïn tant de NB’ que de NB‘ sont les deux seules lettres muettes de l’alphabet ce qui les rend si proches et élucide le fait qu’elles soient confondues par le midrash. Ainsi prend un tout autre relief le fait que Jean prophétise dans le désert la venue de la parole, autrement dit de la fontaine des eaux vives (cf. Apocalypse 21) comme métaphore de l'incessant renouvellement de la Loi, de son inépuisable en mouvement.


Je reviens maintenant au mot "esprit":
rouah en hébreu signifie souffle, accent, la vocalisation des lettres de la langue sacrée.
Je n'ai plus dès lors, comme preuve ultime, qu'à comparer l'accentuation des mots YShW‘ (Jésus), RWHt (esprit), Th‘WDH (témoignage) et NBW'H (prophétie). Je constate alors – Ô vertige de la Merveille ! - que c’est rigoureusement le même : ainsi entendons-nous en effet Ieshoû‘a, rewoûah, the‘oûdah et nevou'ah !
Le témoignage de Jésus est l'esprit de la prophétie, en esprit et selon l'esprit (celui du Tétragramme divin selon les nazaréens), non pas à la lettre.
“ Mais, d'où vous vient l'idée que Jésus se prononçait Yéshoû‘a parmi les nazaréens vénérant ce nom ? ”, me dira un lecteur sceptique.

Hé bien, pour répondre à la légitime question, j'invite à ouvrir L'Hébreu du Nouveau Testament aux pages 152 à 154, et je convie à apprécier de nouveau "l'exemple de la colombe".

Je laisse au lecteur le soin et le temps de retrouver ce passage, de le lire, et je reprends.
Avec "le témoignage de Jésus est l'esprit de la prophétie", nous sommes dans un cas similaire à celui qu’expose Dubourg. Dans l'exemple de la colombe, Dubourg prouve que YWNH "colombe, Jonas", RWHt "esprit, souffle", YHWH l'ancien Tétragramme, et YShW‘ "Jésus" ont même accentuation-souffle ; de même ici entre Jésus-Ieshoûa‘, l'esprit-rewoûah, le témoignage-the‘oûdah et la prophétie-nevoû'ah.

Un autre exemple pour nourrir cette première partie (les prophètes) ?
Rendons-nous au lieu des cieux nouveaux et de la terre nouvelle, ceux qui concluent l'Apocalypse comme ils concluaient le livre d'Isaïe. En hébreu, ce sont ShMYM HtDShYM (W) 'RSd HtDShH/shâmayim (r)hâdâshim ve'ârets (r)hadâshâh. Ils viennent d'Isaïe (66,22) :
« Oui, comme les cieux nouveaux et la terre nouvelle que je fais restent fermes devant moi - oracle du seigneur -, ainsi resteront fermes votre descendance et votre nom ! »
Toute la difficulté de l'exercice midrashique consisterait à prouver selon la kabbale que l'Apocalypse opère un tour de plus qu'Isaïe. Là où ces cieux et cette terre ensemble nouveaux accueillaient une Jérusalem restaurée, revenue d'un exil encore “extérieur” (Jérusalem désignant aussi l'assemblée d'Israël), il en va d'une Jérusalem intérieure et céleste, renouvelée « d'auprès de dieu » avec toute la Création.
Les cieux nouveaux et la terre nouvelle de l'Apocalypse accomplissent ceux d'Isaïe devenant le lieu midrashique où s'unissent le fiancé, HtThN/hathan et la fiancée, KLH/kelah, comme jamais ils n'avaient pu s'unir auparavant, même dans le sublime Cantique des Cantiques. Je ne fais que noter un tel rapprochement, mon but étant ici d'introduire à l'intellection de l'Apocalypse, de donner un guide de son savoir-lire (du savoir la
lire et du savoir-lire qu'elle est vis-à-vis de la Thora au sens large). Il ne s'agit donc pas de fournir un catalogue ou une collection contingente des détails constitutifs d'un tel texte grandiose.

Je vous convie tout de même à voir que ces cieux nouveaux et cette terre nouvelle ShMYM HtDShYM (W)'RSd HtDShH contiennent par deux fois le mot MShYHt/Messie.

Pour ce qui est des exemples ici, j'insiste surtout sur le premier d'entre eux en lien à la chute de Babylone, de la Jérusalem trop terrestre, en ajoutant que cette prophétie-là est au cœur du négatif du midrash apocalyptique, que c'est la bonne tenue de cette prophétie régulatrice qui permet le plein renouvellement de Jérusalem-Patmos, de la Jérusalem céleste ouverte aux goyim à commencer par les Grecs.
Ainsi du NPLH NPLH BBL/« elle est tombée! elle est tombée! Babylone » repris d'Isaïe (21, 9 par exemple) etc.

Passons aux midrashim des Rois, des Chroniques et de Samuel, de la construction du Temple de Jérusalem (pas de Samarie !), de ce centre de l’histoire midrashique d’Israël, et passons à la généalogie midrashique des rois d’Israël et de Juda comme à celle de Jésus Messie conclusion impartiale de “l’histoire midrashique d’Israël” (d’Israël et de Juda(s) ensemble).



2-
Samuel, Rois et Chroniques: les livres explicitant l’histoire midrashique d’Israël
(certains éléments d’Esdras-Néhémie pouvant s’y adjoindre) :

J'ai déjà exprimé la matière substantielle de cette partie, son objet.

S'il y est essentiellement question de l'histoire midrashique d'Israël, il y est aussi question des cataractes de noms, des généalogies midrashiques qui viennent rythmer le texte. Elles forment une autre modalité midrashique qu’ont les juifs-hébreux de penser leur histoire. En témoignent les paroles des jours, les Chroniques (divrêy hayamim), qui manifestent aussi comment les paroles-choses, celles de YHWH à Moïse au Sinaï, celles du Deutéronome, rythment en l’abreuvant, le quotidien sanctifié.
Dans cette partie viendrait aussi se greffer la lecture midrashique du Cantique des cantiques (shir ha-shirim) dont l’Apocalypse de Jean est un approfondissement essentiel à la lumière qu'apporte le nom de Jésus comme celui du Messie. En effet, comme le rappelle Paul Vulliaud dans “le Cantique des cantiques selon la tradition juive”, ce rouleau est lu comme un midrash reprenant toute l’histoire d’Israël depuis Adam jusqu’à l’avènement du Messie, en passant par les constructions des trois temples de Jérusalem etc.

Cette partie qui traite du Temple et de la royauté en se fondant sur la lecture des livres de Samuel, des Rois, des Chroniques, et en partie d’Ezra et Néhémie, a pour objet d’amener au Jour la compréhension de l’histoire midrashique d’Israël tel que le résultat en ruisselle depuis la divine apocalypse. Cette histoire midrashique récapitulée est le contenu essentiel que doit s’approprier la conscience prophétique jusqu’à ne plus être séparée de son objet enfin révélé en sa vérité plénière (l'esprit de prophétie, la prophétie faite esprit).


Les généalogies des rois d’Israël (ThLDWTh, toledoth, "généalogie de" est de la racine YLD yâlâd "enfanter, concevoir") sont le point capital qui différencie Rois et Chroniques de tout le reste de la littérature sacrée.
Ce point est dédoublé par le fait qu'il n'existe pas de livre midrashique traitant explicitement de ces livres ni de ces rois. Hors un targum sur les Chroniques je n’ai rien trouvé de substantiel ni dans le midrash Rabbah, ni dans le Zohar ni dans d’autres midrashim tels ceux dont David Banon donne la liste dans La Lecture Infinie
. Il n’y aurait (je ne prétends pas connaître intégralement les milliers de midrashim fruits de cette sagesse ancestrale, d'où le conditionnel) que de rares éléments épars qui confirment ce que je dis par la suite tel le Targum de Qohéleth, mais il n'y aurait pas de midrash explicite sur ces livres des Rois.

L’un des rares éléments - hors Nouvelle Alliance - serait une mention du Targum de Qohéleth
.
Dans cette lecture araméenne, paraphrase du livre de Qohéleth, Salomon, à qui l’écriture de ce livre est attribuée par midrash - et non pas historiquement ! -, s’écrie le fameux « vanité des vanités »(!) parce qu’il voit, après sa mort, son royaume divisé contre lui-même entre son fils Roboam et l’impie Jéroboam, lequel réitère l’opération idolâtre du veau d’or. Le Targum se poursuit, il est plus loin fait de nouveau mention de cette division du royaume puis, en fin de lecture, il y a cette touche essentielle indiquant la couleur d'une réconciliation possible : c'est la venue du roi Ezéchias et surtout du tourbillonnant Elie (= le Messie) comme promesse de la fin de telles douleurs, de celles qui font s’écrier Salomon : « vanité-buée-superstition des vanités-buées-superstitions, tout est vanité-buée-superstition. »
Ce n’est pas que personne, parmi les rédacteurs hébreux qui ne revêtent pas Jésus (sadducéens, pharisiens, gnostiques divers etc.), ne veuille accomplir un tel midrash, c’est que ceux-ci ne disposent pas (encore) des clés d’un tel accomplissement. C'est le privilège des seuls rédacteurs nazaréens de la Nouvelle Alliance de Jésus. Pour ceux qui ne font pas retour à la stricte observance nazaréenne de la Thora et au renouvellement qu’elle implique, c’est le mot de Qohéleth qui semble continuer à dominer, autrement dit une certaine forme de l'Exil.


Voici quelques preuves de ce que j'avance :
Dans la lignée des rois d'Israël, il y a un schisme, une séparation, un clivage, c’est celui entre Israël et Judas, Nord et Sud. Cette scission survient après le règne des trois premiers rois d'Israël, ces trois piliers : Saül, David, et Salomon. Le schisme s’introduit dans le récit à la fin du règne de Salomon,

Curiosité : les 700 concubines et 300 femmes de Salomon ne représentent
rien d'autre - ce harem fabuleux - via le 3 et le 7 formant le 37 et le 73 gR et gC de (r)hochmah, que cette dernière, la Sagesse des Hébreux, plus voluptueuse qu'on ne l'aurait attendue et identifiée à un savoir sur la substance féminine. Cette association du trois et du sept comme incarnation de la Sagesse explique aussi ce dont Job hérite au terme : « Et l'Éternel bénit la fin de Job plus que son commencement : et il eut quatorze mille brebis, et six mille chameaux, et mille paires de bœufs, et mille ânesses, et il eut sept fils et trois filles.
» (Job 42, 12 et 13) Job le haï (sens de son nom) de l'Accusateur (haSatan) est couronné par la Sagesse pour avoir traversé l'épreuve de toute perte et de toute haine.

 


au moment du partage. Un prophète a bien évidemment été chargé par le midrash de prévenir (d’)un tel schisme, introduisant le moment suivant de la narration.
Ce schisme a donc lieu entre Roboam et Jéroboam, tous deux contenant ‘M/‘am, "le peuple". Autant dire que ce schisme porte sur l'unité du peuple, le destinataire de la Thora via l'entremise du divin Moïse. Ce schisme est donc d’une extrême gravité (au sens aussi du fardeau, du joug à porter) car il est division du peuple contre lui-même, et plus le peuple est divisé plus il est séparé de la Révélation. Il sombre en d’intestines querelles, il se dévore le foie, médisance, vengeance, discorde et calomnie semblent alors éteindre le flambeau du monde.
A suivre le récit du livre des Rois, ce schisme ne parvient pas à une réconciliation puisque le livre se clôt par la déportation à Babylone du royaume du Nord, puis du royaume du Sud. L'exil extérieur vient redoubler l'exil intérieur, comme châtiment de celui-ci en accord avec le Deutéronome où il est dit que si le peuple manque aux paroles de la Thora il recevra comme châtiment les plaies qui sont justement celles de l'Exil (l'épée, le feu, la peste etc.). Les dix tribus dites "perdues" le resteraient sans la pensée midrashique qui réconcilie un tel schisme en même temps qu'elle met fin à l'exil à Babylone, sans le midrash chrétien parvenant mieux qu'Esdras et Néhémie ou Esther à penser la double réconciliation effective tant extérieure qu'intérieure, manifeste.

Nous allons ainsi voir comment le midrash sur le second livre des Rois est l’un des jalons essentiels de la Méguillâh qu'est l'Apocalypse de Jean.

C’est la rubrique Saül du glossaire de La Fabrication du Nouveau Testament
qui va ici nous mettre sur la voie :
"Saül: premier roi des Hébreux (au XIe S. av. J.C?). Ses successeurs - mais non ses descendants - sont David puis Salomon. A la mort de Salomon, le pouvoir religieux se scinde en deux: Israël (le royaume du Nord) d'une part, Juda (celui du Sud) d'autre part - Israël détenant tous les hauts lieux sacrés antiques et Juda ne pouvant se targuer d'aucun ! Lorsque le Jésus Messie évangélique est dit à la fois fils de Joseph et fils de David, il réunit en lui la royauté du Nord (Israël=Joseph) et la royauté du Sud (Juda= David). L'Apocalypse de Jean prend en charge la succession (biblique) des trois premiers rois (bibliques) et la scission territoriale qui leur fait suite (dans la Bible): les rois dont il est question dans ce texte (canonique) ne sont donc nullement des empereurs romains! -contresens absolu des savants à ce sujet!- mais Saül, David, Salomon et les demi-souverains hébreux qui leur font suite."
(A noter une première piste de la réconciliation Nord/Sud par le Messie parce qu'il est à la fois fils de David et fils de Joseph)

Les rois dont il est question dans les chapitres 17 et 20 de l'Apocalypse

ceux qui servent la Bête et la Grande Prostituée, ceux dont les chairs
sont consumées (racine 'KL) par les oiseaux du ciel en ce mémorable banquet que nous narre le chapitre 19 de la Révélation…


sont ceux de la séparation Israël/Juda à commencer par Roboam et Jéroboam. Ensuite, il n'y a plus qu'à compter et à savoir lire selon les instructions explicites qui ruissellent de l'Apocalypse. Divin jeu d'enfant !

En Apocalypse (17,9-12), il est question de 7 rois (5 sont tombés, l'un est, l'autre pas encore) et de la bête qui est un huitième roi et en même temps l'un des sept, parce qu'en tant qu'Achab comme nous allons le voir elle est l'un des sept, bien qu'en temps qu'Hérode (actualisation d'Achab par midrash pesher) elle soit un huitième roi, extérieur aux sept lus par midrash dans le livre des Rois. Après ces sept rois (les sept têtes) surviennent les dix rois suivant (les dix cornes) ce qui porte le total à dix-sept.
Je ne m’occupe pas ici du mystère (!) de la Bête (BHMH) qui est celui de l’homme, du dieu, de l’ange (!), mais je me charge exclusivement des rois, de leurs lignées, scissions et réconciliations.
Ainsi, par ces 7 têtes+10 cornes, c'est la bête qui nous est dévoilée, toute à son charnier intérieur attaché. Elle est mise à nu comme royauté illégitime dévastatrice, comme pouvoir qui prolonge cette séparation à même la royauté d'Israël sans parvenir à en penser le retour à l’unité i.e. à accomplir en un midrash infini, comme y parvient l'Apocalypse, Rois et Chroniques, et plus généralement, l’ensemble de la littérature hébraïque, dans un vaste mouvement de théshoûvah sans pareille.
Je n'ai plus qu'à ouvrir Rois et Chroniques et à établir la liste des 7+10 rois et à me livrer à l'exercice midrashique prévu.

De la succession de Salomon à Achab selon les deux royaumes, entrent en scène tour à tour sur l’échiquier de la narration les rois que voici :

Israël Juda
Jéroboam Roboam
YRB‘M RHtB‘M

Nadab Abiam
NDB 'BYM

Baesha'' Asia
B‘Sh' 'S'

Ela
'LH

Zimri
ZMRY

Omri
‘MRY

Achab
'Ht'B



Il y a sept rois d'Israël de Jéroboam à Achab, lesquels sont les set têtes de la Bête. En tant qu'Achab, celle-ci est bien accouplée à Jézabel, la grande prostituée.
On remarquera qu'il y a 3 rois sur Juda pendant que règnent ces 7, nouvelle manifestation de la présence immanente de la Sagesse à même le texte.

Les dix rois qui viennent ensuite sont les dix cornes de la Bête :
Ce sont 'HtZYHW Achazia, YHWRM Joram, YHW’ Jéhu, YHW'HtZ Joachaz, YHW'Sh Joas pour Israël ; YHWShPT Josaphat, 'HtZYHW Achazia, YHWRM Joram, YHW'Sh Joas, 'MSdYHW Amacia pour Juda. Cette fois, il faut prendre tous les rois ensemble, ce dénaire venant faire écho à l’opposition sept/trois du premier temps considéré.
A la suite de cette seconde liste de dix le nom de Jéroboam fait retour, alpha et oméga de la lignée des rois du Nord. Surgira alors le comble pour le royaume du Nord, son envoi à Babylone. C'est la fin du décompte, fin négative puisque Nord et Sud ne sont pas réconciliés, mais amenés en captivité et désolation tour à tour, malgré la grandeur momentanée de rois comme Ezéchias ou Josias.

L'Apocalypse se place au niveau du règne imminent d'Achab, figure du septième roi (du sept, du comble du malfaisant).
Or, le règne d'Achab (le frère du père, le faux frère du père éternel YHWH) est surtout celui de la jalouse Jézabel, celle qui assassine les prophètes et qui a pour adversaires les deux témoins prophétiques par excellence que sont Elie et Elisée. Elle est l'une des figures de la Grande Prostituée (avec Babel, Babylone, Ninive, la Jérusalem terrestre etc.). Il n'y a qu'à aller lire le récit de sa fin, de sa chute depuis une muraille, répandant le sang de ses prostitutions, de son idolâtrie biliaire intrinsèque. Jézabel, celle qui est sans demeure, est aussi cette princesse phénicienne qui - en tant que personnage midrashique - introduit le culte idolâtre de Baal en Israël. Son alliance avec Achab comble de la ruine de la royauté serait en outre un midrash inversif sur la belle alliance entre Salomon et la fille de Pharaon dans le premer livre des Rois.

Je ne donne pas ici toutes les justifications que garde en son sein la sainte kabbale, je n'en donne qu'une seule :
l'étonnant compte et décompte du nombre de lettres des noms de tous ces rois.

Il est de 39 lettres pour les 7(+3) rois jusqu'à Achab compris et de 93 lettres pour la totalité des 7(+3)+10 rois d'Israël et de Juda.


Mais que représentent, là est tout l'intérêt pour nos divins kabbalistes apocalyptistes, ces nombres en miroir de 39 et 93 ?

Hé bien... l'apocalypse elle-même!
En effet, HNGLH/haniglah, l'apocalypse, la révélation, la découverte d’oreille, la mise à nu
a pour gématries:
-par rangs 5+14+3+12+5= 39

-classique 5+50+3+30+5= 93.


Voilà la merveille : les rois séparés sont pris en charge par la Révélation au plein sens du terme, comme moment négatif de son déploiement logique.

Par cette pensée est aussi pensé le retour nazaréen au socle des trois premiers rois, socle cette fois-ci absolument fondé, inébranlable.

Une fois pensée la séparation entre rois d'Israël et de Juda, ce que je viens de dire vite, il nous faut justifier selon la kabbale la nécessité du retour à la royauté une et indivise de Saül, David, et Salomon :

Saül, David, Salomon c’est :
Sh'WL +DWD +ShLMH = (gématrie par rangs) 21+1+6+12+4+6+4+21+12+13+5 = 105 =
10+21+6+16+13+21+10+8 = YShW‘ MShYHt Jésus-Ieshoû‘a Messie.
Ainsi est lue et fondée la royauté nazaréenne sur Israël et « le monde » tel que compris par la kabbale, comme moment du Livre, inscrit en celui-ci, en procédant comme y retournant tout en s’y supprimant.

Les 7 et 10 rois de tout à l'heure se trouvent être aussi ceux qui se voient dévorés en Apocalypse 19 par les oiseaux des cieux,

en parallèle avec la noce MShThH/mishthah de l'Agneau HShH/hasséh fondée en passant sur un calembour!


ils représentent les 7 têtes et 10 cornes de la bête, autrement dit si je suis le sens de tête R'Sh et de corne QRN, ils sont la puissance de la domination abstraite, du pouvoir de la bête, après quoi c'est la bête elle-même

le Satan, le bestiaire d’enfer, le despotique adversaire, celui de Jésus par midrash sur Zacharie 3


qui est anéantie en Apocalypse 20.

Autre élément : le Talmud n’établit pas par hasard une équivalence chiffrée irréprochable entre la durée des règnes de Saül, David et Salomon et la valeur numérique de malchê (I Rois XX,31), ce malchê est la royauté MLK, le roi.

L’une des valences de malchê, celle qui nous intéresse ici, est de 90 :
dix ans pour le règne de Saül, 40 pour le règne de David (dont 33 ans de règne à Jérusalem, 33 d’où découle l’âge du christ puisqu’il parcoure
la vie de David et en tant que son fils lui succède) et 40 ans de règne pour Salomon dont 36 après la construction du divin temple,
36 étant la valence de ’MTh émeth, la foi-vérité(!).


Autrement dit, le Talmud me confirme ce que je viens d’établir : les trois premiers rois sont bien considérés comme piliers, comme fondement de la royauté sur Israël et Juda(s), avant le schisme si lourd à porter.

Enfin, cette question de la dévoration des rois séparés et de l’avènement du royaume de YéHouWaH qui réconcilie Juda(s) et Samarie en Galilée/GLYL (= la Sagesse hébraïque par ses deux gématries) est aussi celle des épîtres pauliniennes. Cela permet de relier l’Apocalypse de Jean et les dites épîtres.
En effet, si je viens bien de prouver le retour à la royauté ferme des trois piliers Saül, David et Salomon lus comme un équivalent chiffré de Jésus Messie, l’ennui est que Saül est loin d’être un pilier infaillible et l’on peut même affirmer que par ses erreurs et son suicide - même si justifiable par la situation -, il est un avant-goût fort amer de la séparation des deux royaumes, qu’il introduit « la mort », le Shéol là où ils devraient être supprimés, dans les fondements midrashiques, leurs trois piliers, de la royauté essentielle.
Le midrash nazaréen sur Paul faisant de celui-ci le renversement du Shéol marque la fin des erreurs et errances du roi Saül. Ainsi, ce midrash paulinien et celui de l’Apocalypse se complètent et s’éclairent de manière pour nous salutaire. D’où peut-être la présence, dans certaines épîtres de Paul, du royaume de mille ans, de la seconde mort (et par là de la seconde résurrection), ou de la Jérusalem céleste, tous éléments du savoir midrashique plus spécifique à l’Apocalypse de Jean, éléments qui forment comme une annonce chiffrée de la parousie de l’alliance qu’est l’Apocalypse.


Il serait bon de mentionner aussi dans cette partie l’accomplissement des généalogies (!), vivantes cataractes de noms du Nom de nature éminemment midrashique (voyez par exemple comment le midrash Rabbah affirme la nature midrashique des Chroniques).


La grande majorité de ces cataractes serpente à même l’étoffe des Chroniques.
Que deviennent ces toledoth avec la bienheureuse pensée de Jésus-Iéshoû‘a comme nom du Messie ? Elles se voient toutes accomplies par la sienne, par le fameux toldoth Ieshoû‘a alias Ieshou sujet de haute polémique jusqu’à donner son titre à un pamphlet midrashique anti-nazaréen où c’est à savoir qui de Juda(s) ou de Jésus fera les pires inepties. C’est assez dire si cette question de la compréhension de sa propre généalogie est cruciale pour l'avènement du divin.
Ce ThWLDWTh YShW‘ toledoth Iéshoû‘a achève la nécessité même de toute « généalogie », de toute conception midrashique, puisqu’il est la pensée de toute l’histoire d’Israël (du Temple en midrash) via une certaine organisation des noms-clés des Chroniques. Ce toledoth Iéschou‘a est un midrash sur le fourmillant livre des Chroniques.
Le meilleur exemple est celui de l’ouverture de l’Evangile de Matthieu et ses 42 noms issus des Chroniques : des 3 patriarches Abraham, Isaac, Jacob à David le roi en 14 noms, puis de David à Jéchonias et la déportation de Babylone de nouveau en 14 séquences, enfin d’après la déportation de Babylone à Jésus toujours en 14 salves avec dans ce mouvement trine et un quelques femmes, pures exceptions midrashiques, Thamar, Ruth, Bethsabée, Rahab et Marie dont le choix des noms et les situations qu’elles suggèrent et leur kabbale globale ne sont pas à négliger.

Je choisis ici de dire le pourquoi de ces cinq noms féminins et de leur choix singulier afin de montrer une bonne fois que les généalogies ne sont pas de reste dans la haute-voltige des considérations midrashiques.
Ces cinq noms représentent l’élément féminin dans les 42 noms de la « généalogie » de Jésus par l’exposé rigoureux de laquelle ce dieu est à lui-même sa propre généalogie, ce 42 est la gR de BN YHWH/fils de dieu (tandis que le 78 de l'autre généalogie du dieu dans le Nouveau Testament est la gC de ce même BN YHWH, cf. Portrait d'Israël en jeune fille
de Sandrick Le Maguer sur cela).
Ruth est une païenne, fille de l’inceste pourrait-on dire puisque moabite, Thamar (la belle fille de Juda) et Rahab sont des courtisanes, Bethsabée quant à elle a commis l’adultère (d’où qu’au lieu d’être nommée par son nom elle soit nommée indirectement par la formule « la femme de Urie», ce qui est aussi une manière de garder secret le sod présidant au choix de ces cinq noms). Marie quant à elle, comble de ce chapelet de noms féminins, est pécheresse de manières diverses : courtisane en tant que Marie Madeleine, possédée de sept démons et coupable de révolte religieuse d’après la Thora en tant que Myriam; mais surtout prenant sur elle le comble du mal, elle en est le renversement, la B.V.M., la glorieuse face cachée de Myriam Marie.
J’écris maintenant ces cinq noms précis : RWTh ThMR BThShB‘ RHtB MRYM.
Leur gR est de 252, leur gC de 2520, la somme de ces deux perles en est une autre : 2772
!
Ce 2772 est la gématrie multiplicative de ’ShThW/'ishthô, sa femme (cf. Gen 3, 20 etc.)
, expression désignant Eve dans le récit-chiffrage de la Genèse c’est-à-dire l’assemblée d’Israël ! 27 et 72 sont avant tout les gR et gC de hessed/HtSD, la grâce-bonté, celle de la loi nouvelle, de l'amour absolu.
Le dieu, en se faisant à lui-même sa propre généalogie en tant que BN YHWH/fils de dieu, n’en emmène pas moins avec lui sa belle pécheresse pardonnée, son Assemblée pleine de grâce et de vérité. Il la pardonne et recrée en même temps qu’il s’affirme lui-même. Je trouve bouleversante la manière dont se tressent ainsi, dans le secret, le masculin et le féminin, dans la manière dont le dieu se fait à lui-même sa propre généalogie, hors génération.
La musique des rouleaux hébraïques creuse le ciel de la pensée !

Voilà pour les tholedôth, passons à notre troisième partie : la glorieuse Thora.




3-La Thora:

Il nous faut commencer par quelques préliminaires concernant la chose même de la thora en clarifiant le sens de ce mot unique.

Le mot signifie : enseignement, loi, révélation, Loi de Moïse (Thôrath Môshèh), religion, mais aussi, définition, désignation, nature, caractère. Sa racine est yârâh : pénétrer, jeter en avant, pointer, tirer, avoir pour but, passer à travers, sens qui s'accordent à merveille avec le double sens contradictoire de la racine des Hébreux (les inséparables de la glorieuse Thora), ‘avar : transgresser (passer outre aux commandements), et passer (au sens d'un s'affranchir de tout obstacle, d'une libération de l'idolâtrie), double sens inhérent à la chose même présente dans le mot liberté. Dans les deux cas le mouvement tendu vers un but, le dépassement ou franchissement et la puissante pénétration de la pensée guident le sens.

La Thora est le Livre sacré des Hébreux dans un sens qui varie de la désignation du simple Pentateuque à l'ensemble de la Littérature sacrée, en passant par le TaNaK, la Thora orale et la Thorath Masshia(r)h (cf. ce que désigne dans le judaïsme les 'arba‘ath thôrôth, les quatre thorah dont la couronne et ultime est bien celle du Messie) ; mais elle est en même temps la nature même, la puissance de pénétration et de libération, le caractère (au sens aussi de ce qui est gravé), ce dont l'étude donne la pulsation immanente de la chose même à la langue et à la pensée hébraïque, en le dorshan ou l'écrivain qui se sait participer de la Thora amplie, de l'ensemble de la Littérature sacrée.

Ajoutons que la notion de Thora du Messie, Thora supérieure réservée pour l'avènement de la fin des temps, qui n'en est pas séparée, permet de donner l'idée de l'accomplissement nazaréen de la Thora ancienne, et en quoi elle put devenir "caduque" tout en étant conservée et accomplie.

Dans le sabbataïsme, l'on disait devoir préparer la venue du Messie en foulant aux pieds les commandements de la Thora mosaïque par respect pour la Thora supérieure en passe d'advenir. C'est là une version historique et abstraite de la caducité de la Thora, mais elle n'en donne pas moins l'idée que cette dernière n'est pas qu'un vain mot et que le remplacement du texte sacré par son accomplissement messianique a dû être une réalité, apparemment contradictoire - mais apparemment seulement - avec le sens du mot nazaréen ou nôtsir comme conservateur infini de la Thora.

La Nouvelle Alliance de Jésus, et singulièrement l'Apocalypse de Jean, est la Thorath Masshiah en vérité. Cela peut se prouver.

Quelques exemples de lectures nazaréennes de la Thora accomplie ?
Je mentionne vite et sans embarras :

- la Création de la Genèse est lue comme recréation comme le soulignent déjà nombre d'éléments fournis par Dubourg : le Jour un YWM 'HtD relevé, mis en mouvement par élévation mathématique donne le 386 de YShW‘ Jésus-Ieshoû‘a, le Messie qui recrée la première création. Le texte du prologue du Prologue de Jean est la preuve qu'est pensée au complet cette recréation. L'incipit Jean (1,1+2) de la nouvelle création a aussi pour gématrie 2701 tout comme Genèse (1,1), seul - outre le choix inspiré des mots et de leur sens - le nombre de lettres variant de l'incipit mosaïque à l'incipit johannique : 28 lettres pour Genèse, 55 chez Jean l'Evangéliste.

A la mention de ces deux nombres, j'ajoute une remarque qui n'a l'air de rien et qui complète celles de Dubourg :

KLH/kalâh
, la fiancée qui est l'allégorie de l'Assemblée d'Israël (présente dans l'Apocalypse) a pour gématries:
- par rangs: 11+12+5 = 28 = nombre de lettres de Gen(1,1)

- classique: 20+30+5 = 55 = nombre de lettres de Jean(1,1+2)


Or, passer d'une gématrie par rangs à une gématrie classique, c'est alourdir la gématrie d'un terme. Cet alourdir KBD est la racine de la gloire KBWD, de l'élévation en gloire, comme l'indique la nature spéculative de la kabbale. Ce verbe est un terme midrashique qui désigne l'élévation mathématique (voir la formule « glorifier le fils de l'homme »).
Autrement dit, en passant de la première à la seconde création, de 28 à 55, la fiancée, l'Assemblée d'Israël, se sait comme relevée, glorifiée, renouvelée. L'Assemblée nazaréenne de Jésus est cette fiancée nouvelle.
Enfin, si j'élève mathématiquement cette fiancée, ne voici pas que se dresse et se révèle le nom de sa beauté comme celui de Marie-Miriam ?
En effet,
KLH = 11²+12²+5² =290 = MRYM(gC), la divine surprise en personne, celle qui est revenue des eaux amères, de toute accusation et de toute lapidation, la nouvelle Assemblée d'Israël, Marie-Miriam, sa femme préfigurée dans les quatre femmes de la généalogie divine de Matthieu qu'elle vient couronner !

Mais ce n'est pas tout. Considérons maintenant, non plus la fiancée seule, mais le duo dont la parfaite union est la clé de la langue sainte, à savoir la fiancée et le fiancé KLH (W)HtThN/kalâh et hathan.
Leur considération midrashique nous entraînerait trop loin (depuis la Genèse jusqu’à la Nouvelle Alliance en passant par le Cantique des Cantiques), ce pourquoi, dans la droite ligne de ce qui précède, je vais me limiter à considérer les initiales et finales d’un tel duo.

J’examine ici deux de ses notariques et leurs gématries :

- initiales : KHt koâh
(force, vigueur, faculté…) = 20+8 = 28 = nombre de lettres de Genèse(1,1) = gématrie par rangs de KLH/kalâh, la fiancée, fiancée non encore renouvelée i.e. non encore “adéquate” - bien qu’adéquate - à l’amour du dieu YéHouWaH.

- finales : HN (elles, voici, terme voisin de HNH et figurant dans la Genèse pour désigner l’Adam tel que Dieu l’a une première fois créé HN H’DM expression qui deviendrait le célèbre « voici l’homme », l’ecce homo de l’Evangile où il désigne Jésus, ce fiancé…) = 5+50 = 55 = nombre de lettres de Jean(1,1+2) = gématrie classique de KLH, la fiancée que voici relevée, parée du soleil de la nouvelle création, en Jérusalem céleste.
Un tel accord harmonique de la lyre midrashique n’est pas pour nous déplaire.

- Autre exemple : l'expulsion d'Adam et Eve du jardin d’Eden. Celle-ci est lue par midrash inversif comme la résurrection ou le rétablissement du duo les yeux ouverts dans le jardin où trône le troisième Temple, l'eschatologique (la suite de moments manger de l'arbre – mourir - être expulsé du jardin d'Eden est renversée en celle-ci : ressusciter- être ramené au jardin d'Eden - goûter du fruit de l'arbre de la vie éternelle). Ressuscités, le fiancé et la fiancée ont les noms de Jésus et de Marie.


- Le déluge des eaux est lu en même temps comme déluge de feu et comme recréation par l'agneau d’Elohim, le Vainqueur de l'Apocalypse (ce terme de vainqueur s’obtient par midrash sur Sophonie 3, je n'en dis pas plus ici, cela concerne mon point 1)


- Les dix paroles-choses données à Moïse au Sinaï deviennent les sept (les nouvelles tables de la Thora gravées dans la langue des seuls qui sachent la lire vraiment), les sept paroles-choses aux sept églises (quehilôth).

- Ces sept paroles sont aussi les sept lois noachides, c’est-à-dire les dix commandements (‘assereth devarim) accomplis de façon à ne plus s'adresser seulement au peuple juif, mais aussi aux prosélytes (guerim) de toute langue, de toute race, de toute descendance. Cette pensée d’ouverture aux prosélytes est conçue par des juifs-hébreux et pour des juifs-hébreux, et en hébreu bien sûr. Elle est conçue comme ce qui donne à penser de la même manière que l’hébreu se développe grâce à la scission (les ma(r)haloquêth talmudiques ou joutes oratoires de la Loi orale en témoignent), mais aussi à l’Adversaire, au Satan (celui qui accuse) comme opposition et tension dialectique absolument comprise, ce Satan n’étant autre que l’aliment, le combustible de la polémique dont le midrash tisse aussi son étoffe (les ma(r)haloquêth divisent cette division constitutive du Satan de sorte à ne jamais tomber dans l'emprise figée et l'opposition unilatérale qui caractérisent celui-ci).

- Le chant de Moïse au moment de la sortie d'Egypte (accompagné au tambourin par Marie) devient le chant de l'agneau de l'Apocalypse, le chant nouveau prophétisé par Isaïe et les Psaumes (la sortie d'Egypte est enfin achevée en hébreu par le souffle de la Méguillâh nazaréenne, si diabolique pour les pauvres grécistes et historicistes de tout bord).

etc. etc.

Cette troisième partie est la plus intérieure et la plus passionnante, parce que la Thora est le plus intérieur, le plus passionnant, ce qui est la plus digne d'être accompli
.

Dans le premier moment, j'ai cité Babylone (sa chute) ; dans le second Jézabel (l'un des rares noms cités par la polémique apocalyptique ce qui est assez dire son importance) alias la grande prostituée ; ici, je cite Babel,

C’est le même mot BBL que pour Babylone : cette dernière semble
construite par midrash sur la première, l’exil est ainsi l’équivalent
de la confusion des langues beloûlah BLWLH…


sa chute comme fin de la confusion des langues en une langue parfaite qui soit de l'âme pour l'âme en quelque sorte.

J'ajoute que Jézabel 'YZBL fait calembour avec Babel-Babylone BBL, 'YZBL et BBL ont aussi en commun BL "Belus(idôle), ne pas" proche de BLH vieux, usé, pourri, décomposé et de ’BL, buée, vanité.

Le midrash sur Babel-Babylone-Jézabel est un midrash pour la fin de toute idolâtrie et de toute superstition, enfin. Jézabel c'est aussi l'absence de demeure, de présence à soi, ce qui n'est chez soi nulle part et pour cette raison massacre les prophètes, dépositaires du vrai et demeures du divin en acte. Dans l'Apocalypse, la fureur HtMH/hômah des prostitutions de Jézabel est une haine viscérale de ce qui accompli prophétiquement la présence du dieu étant-là. L'envers de cette fureur n’est autre que le calme soleil HtMH que revêt la fiancée en Ap 12,1 (où elle est comme le soleil soit KHtMH anagramme de HtKMH, la Sagesse, qu'elle est aussi en tant que Marie et fiancée).

J'ouvre et lis maintenant Genèse 10, le court récit de Babel et de sa chute s'illumine, je recueille quelques éclats de cette illumination :
Babylone vient (tout comme Jézabel, ces deux-là étant proches par leur chute) de ce premier incident dans le défilé des récits constitutifs de la Thora : YHWH est obligé de confondre le langage des hommes et de les disperser afin qu'ils ne construisent pas cette tour élevée jusqu'au ciel. L'épisode semble-t-il est bien connu.
En hébreu, le terme pour langue présent à cet endroit est ShPH sapha "lèvre, bord, rivage, et langue", Babel BBL voit son sens éclairé par un calembour avec BLL/bâlal, "confondre, mêler, donner du fourrage".

L'aspect érotique et royal ici en jeu dans cette confusion des langues voulue et conçue par Dieu est rarement souligné. La langue-lèvre ShPH est aussi tout proche de ShPT/juger, condamner, cette racine du jugement-gouvernement divin MShPT/mishpat. En Genèse (11,9), il est dit : « C'est pourquoi on l'a nommée Babel (BBL), car ici a mêlé - confondu (BBL) Dieu (YHWH) les langues-lèvres de toute la terre (‘L-PNY KL-H'RSd) et de là l'Eternel les dispersa sur toute la surface de la terre (à nouveau 'RSd, la terre d'Israël, c'est le vocable de la Genèse, de la Création et recréation)".
Ajoutons que si la confusion des langues peut être lue négativement comme confusion des langues et dispersion des peuples qui les parlent ; suivant le midrash, BLL signifiant aussi mêler avec l'art de l'orfèvre, la confusion des langues peut être lue positivement comme orfèvrerie des langues nécessaire à l'advenue de l'histoire, celle-ci étant entendue comme jeu entre les langues sur fond de guerres incessantes.

Passons au secret. La racine BLL confondre d'où descend BBL Babel – et avec elle tout le sillage midrashique relatif à Babylone, à Jézabel, à la Jérusalem terrestre et à la fin d'idolâtrie et superstition sur la terre - a pour gématrie multiplicative :
BLL= 2*12*12= 2*144 = 288
.
Ce nombre est essentiel au midrash qu'est la Révélation. Ainsi, il est la gématrie de ‘Sd/‘êts, le bois-l'arbre (par gématrie multiplicative encore), celui du récit-chiffrage de la Genèse et de sa recréation (voir les trois occurrences – trois ! - de l'arbre de vie-re-revie en Apocalypse 21 et 22, ce jardin) :
‘Sd = 16*18 = 288.
Ce 288 est aussi la gématrie par rangs du fameux "l'ayant une oreille qu'il entende, l'esprit parle aux églises" qui rythme en les concluant avec brio les sept paroles aux sept églises. Une fois celui-ci rétroverti, nous savons à nouveau ce qui est à écouter, nous nous saisissons sur le champ du diamant brillant au cœur de cette parole : le ‘ets ‘Sd l'arbre, le bois, la plante, la croix, parole répétée sept fois selon les sept paroles-choses aux sept églises-assemblées, ces nouvelles tables, cette fameuse chose qui jetée par Moïse dans les eaux de Marah en ôte l'amertume rendant ses eaux (la Thora) limpides.
preuve:
M
Y (Qui) Sh'ZN (a une oreille- réflexion-pensée) LW (pour lui) YShM‘ (écoute, obéisse) RWHt (l'esprit-souffle) 'MR (dit-parle) LQHLWTh (vers-aux églises-assemblées) = (gématrie par rangs) 13+10+21+1+7+14+12+6+10+21+

13+16+20+6+8+1+13+20+12+19+

5+12+6+22 =
144 (12 lettres)+144 (12 lettres) = 288.

C'est une rétroversion que je propose.

Cette expression de ce qu’il s’agit d’entendre est d’une densité midrashique inouïe. Ainsi, la notarique finale des trois derniers termes, à savoir « l’esprit parle aux églises » est HtRTh/le verbe graver, celui du graver les tables de la Thora dans celle-ci, au moment où elles sont données à Moïse. Cette expression laisse aussi entendre le nom complet du révélé, le nom que justement il s’agit de savoir écouter puisqu’il accomplit tout. En effet, les finales de l’ensemble de l’expression sont Y+N+W+‘+Ht+R+Th, elles ont pour gématrie classique = 10+50+6+70+8+200+400 = 744 = YShW‘ MShYHt Jésus-Iéshoû‘a Messie, le nom adéquat du Messie comme accomplissement de la Thora, Jésus ! Bien d’autres « puérilités kabbalistiques » (comme dit Vulliaud) seraient à considérer…


Je donne deux autres exemples de ce nombre tout en portant sur la page leur sens incandescent selon les Lumières du midrash :
Ces exemples sont dans une grande proximité avec celui de la confusion babélienne : ce sont celui du veau de la transgression idolâtre et celui de « l'image de la bête » telle qu’elle s’élabore par midrash inversif sur l'homme-Adam à l'image de l'Elohim de la Genèse.
Ce veau est dit d’or au sens d'un or de faux éclat extérieur. Ce n’est pas l’or des instruments et candélabres de l’intérieur du Temple, l’or du saint des saints de la parole doublée, cet or du temps ; mais c’est bien son inversion, sa négation larvée.

Ce veau est H‘GL/ha‘egel. C'est un nouveau calembour de haniglah/HNGLH, la Révélation, dont la multiplication interne des chiffres-lettres ne laisse plus de doute quant à son lien spéculatif avec la confusion babélienne, comme avec son envers : 5*16*3*12 = 288(0) = 288. C’est le même résultat que pour le verbe BLL bâlâl confondre, la racine de Babel-Babylone, de l'idolâtrie.
De même, SdLM tsâlem, l'image (c’est aussi ombre ou idole) autant de la Genèse que de l'Apocalypse, a pour gématrie par le même procédé : 18*12*13 = 28(0)8= 288.
Il y a à nouveau identification différenciée entre la racine de l'idolâtrie et ce qui en libère, unité vivante des contradictoires dans la langue, laquelle par son procès même, dans son unité, dissous cette contradiction.

Ce qui libère de cet avachissement exécrable dans les marais de l'idolâtrie est l'accès au bois, à l'arbre de la Genèse, c’est la chose même de la langue hébraïque (la Nouvelle Alliance parlant de sa propre langue comme langue de la croix, du bois ; et certes pas langue de bois), la chose même de cette pensée ascendante de la liberté, arbre dont le feuillage guérit comme le dit l'Apocalypse (l'arbre étant aussi identifié à Israël et son feuillage aux nations). La symbolique du nombre 288 en lien à l'arbre libérateur est si forte qu'on la voit émerger à la surface dans la Kabbale lourianique où 288 étincelles de lumière (les nitsôtsôth) viennent libérer des écorces du malfaisant (les qelipôth), permettant ainsi au Tiqqoûn de l'arbre des séphirôth d'avoir lieu (les séphirôth sont les vases ou kelim qui doivent être rebâtis à la fin, et l'arbre des séphirôth, en allant vite, est aussi l'arbre de vie).

Je donne enfin le sens plus explicité de ce 288 en donnant tout d’abord celui du 144 selon le dévoilement qu'en fait Dubourg dans L'Hébreu du Nouveau Testament
:
" ... Sur le terme de "grâce", si puissamment galvaudé dans le Christianisme et chez les exégètes, je puis quand même ajouter un point très important : le mot HtSD (« grâce ?»), tel qu'il était utilisé dans le prologue primitif du Selon Jean, est numériquement l'équivalent de l'une des plénitudes (de l'un des plérômes) du nom divin-sacré, car YHWH, étant composé des lettres YWD, " yod ", HY, " hé ", WYW, " waw " et HY, " hé " (voir traités de Kabbale, passim), peut s'écrire : YWD+HY+WYW+HY, expression plérômatique de valeur 72 (soit : 10+6+4+5+10+6+10+6+5+10). Et, dans ce cas, répéter HtSD deux fois, comme le faisait ici l'auteur hébreu primitif dans son hébreu primitif, c'est répéter YHWH également deux fois : or 2 fois YHWH c'est 2 fois 26 (valeur de YHWH), soit 52, la gématrie de BN, " le fils ". - D'un grec imbuvable, le Prologue de Jean prend très bonne mine et cohérence convenable dès qu'on le rend à sa langue d'origine. "
Or, deux fois 72, cela donne 144, et deux fois 144 : 288. 288 est par conséquent l'affirmation par deux fois du Messie, du Fils BN ben, deux fois selon les deux durées-mondes H‘WLM ha‘olam, celle-ci/HZH et celle-là/HB', bref selon le redoublement du holam en holam hazé et holam haba’. Double affirmation du Messie qui correspond à l'avènement de son royaume.
Voici par conséquent ce qu’est ce 288 dans le saint des saints de la langue des Hébreux :
affirmation de l'arbre, du bois et du Messie, du Fils, de sa royauté selon les deux durées-mondes, affirmation de la liberté qui renverse toute idolâtrie par la racine (la racine de l'idolâtrie est la racine du mal, la racine du yêtser hara‘ qu'il s'agit d'extirper selon Philippe).


J'y reviens : toute la Nouvelle Alliance retrouve ce ‘Sd/‘ets et sa symbolique, ce centre salvateur du verger initial de la Thora (le grand désir du tov est un arbre de vie). En témoigne, en bout de course de la Nouvelle Alliance, le cela (zéh/ZH) dont hérite le vainqueur dans l'Apocalypse de Jean (chapitre 21). En effet, ce ZH, une fois mis en mouvement par une thémoura at bash,

Celle-ci change le aleph en taw, le beth, en shin etc. Elle est le sens codé de la célèbre parole apocalyptique “Je suis l'Alpha et l'Oméga”, laquelle doit s'entendre en fait comme 'NY HW' de gR 37 et gC 73 comme HtKMH/la Sagesse + le Aleph et le Taw/'LP WThW, la première et la dernière lettre, la conversion de la première dans la seconde – ce qui est le sens même du vav conversif reliant ces deux lettres extrêmes de l'alphabet divin.

n'est autre que le ‘Sd ‘ets lui-même, le ‘Sd ‘ets et sa symbolique. Que ceux qui ont des oreilles entendent !

Voilà. Nos trois temps ont été parcourus donnant l'idée de ce que l'Apocalypse, par la portée de tout ce qu'elle accomplit à rebours, comme pointe de la Nouvelle Alliance de Jésus, est l'intériorité révélée de la Thora, sa divine infinité accomplissante, la révélation de la chose même de la langue hébraïque, du bois de la résurrection. Selon les différentes stratifications qui la constituent elle permet de voir s'accomplir en elle la Thora, les Prophètes et les Ecrits, l'ensemble du vivant TaNaK des Hébreux selon ses variations. Elle n'est pas un texte isolé, mais un guide de navigation à travers les textes sacrés en même temps que la Thora advenue en sa vérité, son infinité qualitative véritable, le chant de la venue de la nouvelle Jérusalem (YRWShLYM HtDShH de gC 913 comme bereshith/BR'ShYTh le premier mot de l'ancienne création, et désormais de la nouvelle), de la fiancée couronnée (couronner KLL est la racine de la fiancée KLH), des cieux nouveaux transplantés sur une terre intégralement recréée, accueillant dans la joie le Temple eschatologique, la fin de l'histoire midrashique d'Israël, interruption miraculeuse qui n'est plus un effet de légende alors.


Olivier-Pierre Thébault, contribution au Colloque International d’Etudes Midrashiques 2005



Date de création : 27/01/2007 : 19:22
Dernière modification : 11/04/2010 : 01:31
Catégorie : Colloque d'Etel


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