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Articles - Le problème de Flavius Josèphe

Le problème de Flavius Josèphe


Flavius Josèphe a donné son nom à une conjecture mathématique. Ce problème est décrit au paragraphe VIII, 7 du troisième livre de la Guerre des Juifs. En l'an 67, l'historien et quarante de ses compatriotes auraient été cernés par les Romains dans une grotte de la ville de Jotapata. Ils auraient décidé de ne pas se rendre et de se suicider, chacun tuant son voisin. Flavius Josèphe demanda que ce suicide collectif se déroule selon une méthode qui n'est pas précisée, mais qui aboutit à ce que l'historien survive, sans quoi nous ne serions même pas au courant de ce problème. D'innombrables mathématiciens ont tenté de retrouver l'algorithme ou la méthode de Flavius. Il existe, à mon avis, deux solutions à cette énigme, l'une est mathématique et vous la trouverez facilement sur Internet. La seconde vous est proposée à la fin du présent article.

• Sortir de l'eschatologie

En étudiant, dans les textes midrashiques, la formation de pensée appelée eschatologie, nous rencontrons des objets que l'on peut appeler des opérateurs car tout se passe comme s’ils agissaient dans ce champ de forces qu’est l’eschatologie. Ces opérateurs sont par exemple l'indistinction, l'inversion, l'indifférenciation, le comble, l'épreuve.
Quelques lecteurs se sont étonnés de ce que des notions aussi simples soient des agents d'une formation aussi complexe que l'eschatologie. Ces notions, pourtant ne sont pas préconçues, elles s’imposent à toute personne qui étudie ou traduit le midrash. Et nous les retrouvons à l'œuvre dans l'histoire, y compris l'histoire récente.


Nous examinons ici un exemple de la pertinence de ces notions. Il s'agit de la montée du fondamentalisme et même d'un certain millénarisme dans le monde arabo-musulman. Or ce fondamentalisme n'a pas toujours été aussi intense. Comme on pouvait le prévoir, les périodes de paix et de prospérité de l'Islam sont marquées par un recul de l'eschatologie au profit de la pensée rationnelle et scientifique.
En revanche, les périodes de guerres, de troubles, d'humiliation vont spontanément réveiller les énergies eschatologiques. En effet, l'Islam dispose dans son fonds d'un contenu millénariste hérité du judéo-christianisme. Le monde arabo-musulman a découvert avec stupéfaction qu'il pouvait être mis en infériorité et même décliner lorsqu'il était confronté à la mondialisation et au colonialisme.
Contrairement à ce que pensent de nombreux contemporains, la mondialisation n'a pas commencé avec José Bové. Pour l'Islam, elle commence à la Renaissance, moment où l'Occident prend un ascendant déterminant sur les autres aires culturelles de l'humanité et se projette hors des limites de l'Europe.
N'ayant connu que l'expansion victorieuse (en dehors de la parenthèse des invasions mongoles) l'Islam n'a expérimenté le contact avec “ l'autre ” non-musulman que sous le rapport de la supériorité. L'Islam, lorsqu'il domine, peut alors se payer le luxe de la générosité, d’une certaine tolérance et même d'une certaine modestie. Après tout, si Dieu a favorisé l'Islam, le musulman se doit de mériter cette faveur insigne. En revanche, expérimenter la situation inverse, être subjugué par des Empires non-musulmans, voilà qui est de nature à réveiller les vieux schémas eschatologiques.
Le colonialisme a été une première cause du traumatisme subi par le monde arabo-musulman. Or, comment a réagi l'Islam ? Par une résurgence de l'eschatologie.
Au Soudan, par exemple, la révolte anticoloniale est guidée par un Mahdi, le Messie de la tradition islamique appelé à faire régner, à la fin des temps, le bien et la paix. Le Mahdi doit en effet apparaître à la fin des temps. Il vient rétablir les choses dans leur ordre antérieur. Le lien entre le colonialisme et l'eschatologie n'est pas une construction de l'esprit, c'est un constat de l'histoire.

Le monde arabo-musulman a été traumatisé par trois vagues successives qui constituent pour lui trois épreuves majeures : la mondialisation (en réalité l'occidentalisation du monde) qui date de la Renaissance, le colonialisme et le Sionisme. Le Sionisme n'est pas lié au colonialisme. Le mouvement sabbataïste du XVIIe siècle était déjà un mouvement sioniste, et il est difficile de parler de colonialisme vers 1650. En revanche, historiquement, le sionisme accentue la mondialisation, puisqu'il introduit l'occidentalisation à demeure, au cœur du monde arabo-musulman. Du point de vue arabo-musulman, le Sionisme a aggravé les effets de la mondialisation et de la colonisation. Le Sionisme introduit aussi un effet miroir: pour une partie des Juifs, le sionisme est un mouvement messianiste victorieux. Il accroît donc les sentiments d'inversion et de comble et, par mimétisme inversé, il exacerbe les attentes eschatologiques des musulmans.

Nous trouvons une confirmation de ce qui précède dans un document qui semble à première vue étranger à la théologie. Il s'agit de la charte du Hamas.

L'article 9 de cette charte illustre bien les éléments d’eschatologie qui gisent au fond de l'islamisme radical : On y retrouve les catégories d'inversion, de dérèglement, de perte de repères dont nous venons de parler.

Le Hamas s'est créé à un moment où l'islam avait disparu de la réalité de la vie : tous les critères de jugement avaient alors été déréglés, les concepts avaient été mis sens dessus dessous, les valeurs avaient été changées, les méchants avaient pris le pouvoir, l'injustice régnait ainsi que l'iniquité, les lâches faisaient les matamores, les patries avaient été usurpées, les peuples avaient été éparpillés errant sur la terre entière, l'Etat de la Vérité avait disparu et l'Etat du Mensonge avait été instauré; rien ne demeurait à sa place. C'est ainsi : lorsque l'islam disparaît, tout est altéré. Tels sont les mobiles [de la création du mouvement].


Il y a dans le Coran, l'idée qu'à la fin des temps, le Coran lui-même disparaîtra du monde. C'est cette idée qui est illustrée dans les textes fondamentaux de l'islam radical. C’est l’idée que le comble est l’indice de la proximité du Salut. Il existerait donc un moment, prévu par les textes divins, où tout sera à l'envers. Paradoxalement, c'est le moment du salut. Mais il existe une variante : au lieu d'attendre passivement le messie salvateur, le fidèle se doit d'être l'assistant de Dieu et entreprendre le jihad pour rétablir les choses dans leur état de perfection antérieure.

Quant à ses objectifs : Combattre le Mensonge, le défaire et le détruire pour que règne la Vérité, que les patries soient restituées, que l'appel à la prière annonçant l'établissement de l'Etat de l'islam soit lancé du haut de leurs mosquées, que les gens rentrent chez eux et que toute chose retrouve sa juste place !

Pour le Hamas, l'origine et la fin sont absolus. Le monde a commencé avec l'instauration de l'Islam et finira au jour de la résurrection. Tout ce qu'a conquis l'Islam est inaliénable (le reste du monde est négociable). Ainsi par exemple l'Espagne actuelle appartient aux générations islamiques de tous les temps, tout au plus les espagnols actuels en ont-ils l'usufruit.

Le Mouvement de la Résistance Islamique considère que la terre de Palestine est une terre islamique waqf [de mainmorte] pour toutes les générations de musulmans jusqu'au jour de la résurrection. Il est illicite d'y renoncer en tout ou en partie, de s'en séparer en tout ou en partie : aucun Etat arabe n'en a le droit, ni même tous les Etats arabes réunis; aucun roi ni président n'en a le droit, ni même tous les rois et présidents réunis; aucune organisation n'en a le droit, ni même toutes les organisations réunies, qu'elles soient palestiniennes ou arabes. La Palestine, en effet, est une terre islamique waqf pour toutes les générations de musulmans jusqu'au jour de la résurrection et qui donc pourrait prétendre jouir de la pleine délégation de pouvoir de toutes les générations islamiques jusqu'au jour de la résurrection ?

Le droit international n'a aucune existence. Les conférences internationales ne sont qu'une des formes de l'arbitrage des infidèles sur la terre des musulmans .

La Palestine est une terre islamique : elle a été la première des deux qibla et c'est le troisième Lieu-saint, point de départ de l'ascension nocturne de l'Apôtre de Dieu -que Dieu lui donne bénédiction et paix, "Gloire à celui qui a fait voyager de nuit son serviteur de la Mosquée sacrée à la Mosquée très éloignée dont nous avons béni l'enceinte, et ceci pour lui montrer certains de nos Signes. -Dieu est celui qui entend et qui voit parfaitement" (17, 1).


• Une question décisive.

Les textes du coran incréé sont la parole infaillible de Dieu, et ces textes disposent que les Juifs, ayant abandonné Dieu, ont été réprouvés par lui. Dieu a promis le salut aux Musulmans. Comment un peuple réprouvé par Dieu (Israël) peut-il en arriver à résister victorieusement à l'Islam ?
A cette question, le monde arabe a échoué à apporter des réponses rationnelles, il n’a pu y apporter que des réponses de nature eschatologique. Du point de vue de l'eschatologie la réponse est la suivante: il s'agit d'une nouvelle épreuve, d'un nouveau défi porté contre Dieu. Dans ce cas, puisqu'il semble réussir, c'est que le défi est de taille, il s'agit donc de la révolte ultime contre Dieu, de la révolte absolue de la fin des temps. Cette révolte doit donc prendre la forme d'un complot mondial contre Dieu. D'où la mobilisation des nombreux exaltés, d'autant plus prêts à sacrifier leur vie, que la fin des temps approche.
Cette réponse explique aussi la théorie du complot en faveur dans les milieux fondamentalistes musulmans: les Juifs organisent forcément un complot mondial contre Dieu et l'Islam
Mais il existe aussi une autre réponse possible, théorique, à cette question. C'est celle-ci : Dieu a été vaincu.
Cette logique terrifiante et paradoxale relève aussi de l'eschatologie. En effet, si le peuple juif, réprouvé par Dieu dans le Coran, parvient à subjuguer l'Islam, c'est que Dieu lui-même a été vaincu. Cette idée proche de certaines Gnoses n'est peut être pas seulement théorique. Elle est non seulement prévisible, au vu de ce que nous savons de la logique de l'eschatologie, mais elle peut se réaliser effectivement.
Selon le quotidien algérien "Le Matin", dans les montagnes proches de Blida, un mouvement connu sous le nom des "Révoltés contre Dieu" (el ghadiboun ‘ala Allah) et qui aurait scissionné du GIA, pourrait bien avoir expérimenté cette voie. Ses membres se feraient couper l'index de la main droite. Cette amputation leur interdit donc d'affirmer l'unicité divine. Ils se rasent aussi les cils et les sourcils, ce que la tradition islamique interdit. Selon le quotidien, "ils en veulent à Dieu, qui les a abandonnés" et prendraient particulièrement pour cible les femmes afin d'empêcher "la naissance de nouveaux musulmans". Selon une rumeur persistante, reprise par la presse locale, ce groupe serait responsables de massacres de populations civiles.
A l'évidence, ce terme ghadiboun contraste ironiquement avec le terme ghaliboun qui signifie vainqueurs: il introduit un élément de dérision. On se moque du texte sacré qui promettait la victoire aux Musulmans:
wa inna djoundana lahoumou-l-ghaliboun
c'est notre armée qui sera certainement victorieuse
(37, 174)

Cette évolution nihiliste était prévisible. Elle est cohérente avec les lois de la pensée eschatologique. Cette évolution était préparée, si l'on peut dire, par des élaborations telles que celle du takfir: l'apostasie générale. Un petit groupe extrémiste nommé Hijra wa takfir a déclaré par exemple toute la société algérienne coupable d'apostasie du simple fait de son acceptation de la démocratie "occidentale" et développe l'idée d'un nouvel exil (hijra) des "vrais musulmans". Ceux connus sous le nom d'Afghans y jouent un rôle important.

La philosophie de l'histoire du Hamas.

Revenons au Hamas et à sa vision de l’histoire. Contrairement à l’hérésie que nous venons de décrire, cette vision de l’histoire est plutôt marquée par l’idée du complot contre Dieu.

Depuis longtemps déjà ....les ennemis ont dressé des plans ... Ils ont travaillé à rassembler des fortunes matérielles considérables et dont l'influence est grande, qu'ils ont affectées à la réalisation de leur rêve. Grâce à l'argent, ils règnent sur les médias mondiaux, les agences d'informations, la presse, les maisons d'édition, les radios, etc. Grâce à l'argent, ils ont fait éclater des révolutions dans différentes régions du monde pour réaliser leurs intérêts et les faire fructifier. Ce sont eux qui étaient derrière la révolution française, la révolution communiste et la plupart des révolutions dont nous avons entendu et entendons parler de-ci de-là. Grâce à l'argent, ils ont créé des organisations secrètes qui étendent leur présence dans toutes les parties du monde pour détruire les sociétés et réaliser les intérêts du sionisme, comme la franc-maçonnerie, les clubs Rotary et Lyons, le B'nai B'rith [Abnâ' al-'Ahd], etc. Ce sont toutes des organisations qui se livrent à l'espionnage et au sabotage. Grâce à l'argent, ils sont parvenus à prendre le contrôle des Etats colonialistes et ce sont eux qui les ont poussés à coloniser de nombreuses régions pour en exploiter les richesses et y répandre leur corruption.

ce sont eux qui étaient derrière la première guerre mondiale lorsqu'a été prononcée la condamnation de l'Etat du califat islamique. Ils ont obtenu la déclaration Balfour et ont jeté les bases de la Société-des-Nations pour gouverner le monde à travers cette organisation. Ce sont eux qui étaient derrière la seconde guerre mondiale qui leur a permis d'amasser d'énormes profits grâce au commerce du matériel de guerre. Ils ont préparé le terrain pour l'établissement de leur Etat et ce sont à leurs instigations qu'ont été créés l'ONU et le Conseil de sécurité pour remplacer la Société-des-Nations afin de gouverner le monde à travers eux.

Il y a donc un complot mondial qui prouve l'imminence du combat eschatologique final. Certes, les textes fondamentalistes font mine de prôner la coexistence des trois religions

Depuis toujours, notre société célèbre le pluralisme, en entretenant vivantes l’histoire unique et les traditions de la Terre Sainte. En reconnaissant les traditions judéo-chrétiennes, les musulmans aspirent noblement et trouvent les plus grands encouragements et motivations dans la préservation de la Terre Sainte pour les trois religions abrahamiques, sur un pied d’égalité. De plus, une gouvernance honnête exige que la nation palestinienne soit représentée dans un environnement pluraliste. Une nouvelle génération d’édiles islamiques est prête à mettre en pratique des principes fondés sur la foi, dans un contexte de tolérance et d’unité.

Mais lorsqu'on regarde les choses de plus près, il s'agit toujours d'un retour aux temps parfaits où l'Islam triomphait et où Juifs et Chrétiens étaient des Dhimmis.
Nous déploierons des efforts en toute bonne foi afin d’effacer l’amertume que l’occupation israélienne a réussi à générer, en s’aliénant une génération entière de Palestiniens. Nous exhortons les Israéliens à ne pas condamner la postérité à un bain de sang interminable et à un conflit dans lequel toute supériorité ne saurait qu’ être illusoire. Vienne le jour où nous vivrons ensemble, côte à côte, comme avant ! (Moussa abu marzook, cité par le réseau Voltaire)
La charte du Hamas est au moins claire sur un point : Israël, par sa judéité et ses Juifs, constitue un défi pour l'islam et les musulmans


Paradoxe du sionisme.

Le sionisme ou retour à Sion suppose l’idée de la fin de l'exil. Mais de quel exil ? En effet, l'exil est à la fois une réalité de l'histoire mais il est aussi devenu un concept de l'eschatologie.
On pourrait imaginer un mouvement d'idées qui se situerait uniquement dans le cadre de l'eschatologie et qui élaborerait une fin de l'exil. En un sens le christianisme a été un mouvement de ce type.
Le Sionisme, lui, a voulu agir sur l'exil historique. Il s'est donc voulu une laïcisation de l'eschatologie juive. Mais son énergie, le sionisme la tire de l'eschatologie. Si l’Argentine n'a pas séduit Herzel, si l’Ouganda ou le Birobidjan n’ont pas eu de succès c’est que ces contrées n’emportaient pas de charge eschatologique. Comme l'écrit Freud: "Il me semble qu'il aurait été plus raisonnable  de créer un foyer juif dans une terre moins chargée de significations historiques. Mais je me rends compte qu'une attitude aussi rationnelle n'aurait jamais réussi à soulever l'enthousiasme des masses ni à obtenir le concours financier des riches". Le sionisme, même s’il est laïc, s'appuie sur une conception quasi mystique d’Eretz Israël. Il est inséparable, dans sa genèse, de l’attachement physique et spirituel qui lie les juifs à la terre d’Israël. Pour certains courants de l'eschatologie juive, l’altération des rapports du peuple juif à sa terre est le signe d’une altération de ses rapports avec Dieu. Le retour des juifs sur la terre d’Israël, pour la travailler, revient donc à réparer une relation à Dieu abîmée par l’exil. A la fin du XIXème siècle, la terre d’Israël incarna ainsi, tout à la fois, la rédemption morale et la renaissance physique.
Le sionisme, mouvement laïc, qui entend réaliser l'eschatologie (et donc y mettre fin), va pourtant susciter, sans le vouloir, une recrudescence de l'eschatologie dans le monde musulman et même au sein de certains courants du protestantisme. Le sionisme a d'abord suscité une intensification du courant fondamentaliste juif. Messianisme militant de la droite juive, légitimations bibliques pour l'établissement d'un Grand Israël du Nil à l'Euphrate, débat sur une théocratie israélienne, mouvement radical des colons, et leur menace de faire venir le messie par des bombes, relations du parti Likoud avec le messianisme militant. Mais le Sionisme a aussi réveillé les schémas eschatologiques au sein de certains groupes évangélistes, qui y voient un signe de la proximité de la fin des temps.
Nous assistons donc à un phénomène mimétique. L'eschatologie juive réanime sans le vouloir l'eschatologie islamique. Au lendemain de la deuxième guerre mondiale, un grand rabbin de Palestine déclare devant une commission internationale : « C’est notre forte conviction que personne, ni individu, ni pouvoir institué, n’a le droit d’altérer le statut de la Palestine qui a été établi par droit divin ». Le Hamas lui répond: Le Mouvement de la Résistance Islamique considère que la terre de Palestine est une terre islamique waqf [de mainmorte] pour toutes les générations de musulmans jusqu'au jour de la résurrection.

Sortir (vite) de l'eschatologie .

Nous ne savons pas comment évoluera la situation au Moyen-Orient. Une nouvelle guerre de cent ans est une impasse, mais la négociation semble presque impossible. On pouvait déjà difficilement négocier avec un interlocuteur qui se sentait sous le regard sourcilleux de toute la Umma, ce qui était le cas d’Arafat, mais comment faire s’il se situe sous le regard direct de Dieu ? Comment faire des concessions sur le retour des réfugiès quant on s’est interdit dans sa Charte de renoncer au moindre pouce de la Palestine entière.
Ce que nous savons, c’est que l’Etat d’Israël ne devra sa survie qu’à sa capacité à rester en dehors du cercle de l’eschatologie. On le voit bien avec le cas iranien ou celui du Hezbollah. Une pensée politique contaminée par l’eschatologie ne mène qu’au déni de la réalité, à la folie et, en définitive, au suicide. La moitié des Libanais et une partie de la « rue arabe » croit réellement que le Hezbollah a gagné la guerre, alors que le Liban est en ruine et que Nasrallah se terre dans son bunker. Pendant ce temps Israël affichait une transparence totale et acceptait le jeu démocratique des commissions d’enquêtes. En gardant le cap de la démocratie et du droit, Israël pourrait bien forcer le monde arabe à renoncer à l’eschatologie et lui éviter le suicide collectif que constituerait pour lui la victoire du fondamentalisme. Israël s’est doté des outils démocratiques qui en principe devraient lui permettre de tenir cette promesse que l’Etat a faite à son peuple : plus jamais de Massada. Il doit maintenant aller plus loin : éviter un Massada aux Palestiniens.
Toute la question est de savoir comment y parvenir: une attitude conciliante sera-t-elle comprise comme une faiblesse et interprétée comme un signal pour aller plus loin dans la montée aux extrêmes ? Sera-t-elle à l'inverse un signal incitant à revenir au réalisme ? De même, une attitude intransigeante est-elle de nature à encourager le fondamentalisme ou au contraire à le faire reculer ?

• Retour à Flavius

Le texte dans lequel Flavius nous rapporte l'épisode de Jotapata aurait un double sens. On pouvait s'en douter: l'époque n'était pas aux récréations mathématiques et le souçi de Flavius n'est pas d'écrire un texte de mathématiques amusantes. Le sens du texte de Flavius serait de nous montrer qu'il faut faire un intense effort de rationalité pour échapper au suicide collectif. Le fait qu'il ait fallu presque 2000 ans pour le comprendre n'est pas très rassurant.




Date de création : 07/03/2007 : 14:46
Dernière modification : 19/06/2007 : 03:02
Catégorie : Articles


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Réaction n°20 

par Matheuse le 14/01/2010 : 22:53

Bonjour et Excellente Année 2010!
J'ai trouvé par hasard votre remue-méninge qui, si je bien compris, cherche à employer la raison raisonnante au service d'une civilisation où  la mort entre frères n'existera plus. Flavius a fait une bonne conjecture sur Dieu, certes! Mais encore?
Comme Candide, je me pose des questions au sujet de cet étalage de luxe, de privilèges et d'esprit de caste qui ouvre  l'Autobiographie de Flavius. La version en slavon précise bien: "Il compta avec habileté et les trompa tous". Peut-être les ors de sa naissance servent-ils à masquer sa vraie physionomie?
J'ai vu récemment au Musée de l'Absinthe à Auvers-sur-Oise une sculpture de César réalisée par compression de cuillers, non pas en or, il est vrai, mais très ouvragées, utilisées à la consommation de la "fée verte". C'est une sorte de bas-relief où deux ou trois spécimens bien  exposés à la vue gardent leur bel aspect, tandis que le plat est en creux,  laissant apparaître des fragments fossilisés reposant sur un socle compact et lisse, fait de centaines de cuillers broyées.
Or Greg et Cartésienne mettent en évidence une construction analogue. la litote et l'ellipse servent à des fins d'économie de l'écriture, la couche la plus récente servant à la fois de rappel et de masque aux couches anciennes.
Si on suit la dynamique de ce récit au niveau le plus abstrait, on voit qu'il s'agit de trouver parmi  une multitude guerrière une  "personne distinguée" pacifique. Les connotations des nombres sont typiquement philoniennes. Si Dieu est une hypermonade et si la monade est associée au Logos, à la raison, à l'harmonie des sphères, la multitude, par contre, s'associe au désordre. Ainsi à Jotapata: "Lui appelait celui-ci par son nom, fixait sur cet autre un regard sévère de général, saisissait la main d'un troisième, remplissait de confusion un autre par ses prières ... déchiré par toutes sortes d'émotions ... comme un fauve cerné par les chasseurs".
La difficulté pour qui veut faire une lecture par allégorie à partir de Philon vient de l'ampleur de son oeuvre. Ses développements arithmologiques sont  épars et il n'existe pas, que je sache, d'index.  Mais comme Julien a signalé le lien manifeste avec la Genèse, j'ai lu De Opificio mundi. Et j'ai trouvé des choses qui donnent aux  fameuses cuillers une toute autre dimension.
Si l'on applique la méthode de César, l'élément qui affleure comme faisant  partie de la culture religieuse moyenne est le nombre quarante. Ce nombre est au temps ce que le plérôme est aux choses spirituelles: il est le signe de la plénitude, de l'accomplissement, de l'achèvement et de l'enfantement, c'est aussi la durée de la  vie humaine. D'autre part pour Philon les paroles de Dieu sont des personnages.
L'Anti-Genèse signifierait donc une remontée dans le temps jusqu'au premier jour. Or Philon fait une nette distinction entre les jours de la création du monde matériel  et le premier jour qu'il appelle le jour "un". C'est le jour où ont  été créées dans la beauté du dessein parfait toutes les essences incorporelles du ciel et de la terre. Par conséquent ce récit a pour arrière-plan  exégétique l'Apocalypse de Jean ( "J'ai vu un ciel nouveau et une terre nouvelle et la Jérusalem céleste descendre du ciel"), mais également les écrits gnostiques qui cherchent de multiples manières à faire dériver l'humanité régénérée de Seth, le troisième fils d'Adam,  l'homme aux  mains pures. Et pour qu'aucun doute ne subsiste, Irénée précise que les sethiens vouaient un culte à Judas qui "détruisit des choses terrestres et célestes".
L'ensemble du récit gagne également en cohérence: on saisit mieux pourquoi, malgré leur détermination, aucun des quarante n'a osé passer à l'acte.
Cette lecture qui, soit dit en passant,  apporte un soutien entier à la lecture emphatique, conduit à la conclusion que les écrits récemment découverts dans des vases d'argile constituent une étape préparatoire à la rédaction aussi bien des Evangiles que des traités philoniens.
Enfin, pour faire plaisir à Matheux, une extrapolation exégétique au sujet du nombre. D'après Philon, c'est le temps qui révèle la nature du nombre: car d'un jour sort le nombre un, de deux, le nombre deux, etc. Donc si Adam est le premier homme à donner des noms aux choses, Flavius est l'homme qui connaît la nature exacte des nombres! 
Matheuse

Réaction n°19 

par Candide le 12/01/2010 : 21:48

Bonsoir et meilleurs voeux!
Au préalable, par rapport à la question de Matheux, une petite anecdote. Quand j'étais à la fac, j'avais un prof  qui commençait chaque cours par nous rappeler qu'en science comme en sport, la question la plus ardue est de savoir à quel niveau placer la barre:trop bas, on ne la voit pas et on bute dessus;   trop haut, tout le monde passe en dessous.  Je pars du principe  que les questions théologiques qui président à cette lecture se trouvent  à des hauteurs éthérées et je vais seulement  essayer de ne pas trébucher au ras du texte.
Si l'on réunit en faisceau tout ce qu'on sait des origines de Flavius Josèphe, on  obtient un rare cumul de cuillers en or.  Issu d'un efamille sacerdotale de la première classe parmi les vingt-quatre, de la plus illustre des tribus de sa nation, de race royale par sa mère,  il avait en plus la voie toute tracée par le prestige dont jouissait son père Matthias. La nature l'a gâté en le dotant d'une  mémoire et d'une intelligence supérieures et lui insufflant un amour de l'étude tel qu'à quatorze ans il était déjà docteur ès lois. Les rumeurs antiques lui attribuent une beauté qui inclinait vers lui  le coeur de femmes sans nombre.  Ajoutons à la liste des cadeaux de naissance un  talent d'écrivain qui à lui seul suffisait à lui assurer une place de choix au  sein  de l'humanité, les faveurs des plus grands de ce monde et,pour faire bonne mesure,  le don de la prophétie!
Si cette surabondance  justifie pleinement son nom (Joseph signifie"excédent" , "plus qu'il n'en faut" d'après Philon, ou "superflu") et la jalousie de ses frères, elle  jure outrancièrement avec le profil de prophète. Je me suis donc posé la question par quel renversement de la base de sa crédibilité cet homme  enseignerait  publiquement la pauvreté, l'humilité et la simplicité du coeur sans se heurter à l'accusation de mentir par sa vie - problème que Sénèque, à la même époque, connaissait bien. Je déduis de cette faille  que cet enseignement ne pouvait connaître une diffusion publique qu'à condition que sa vraie identité soit occultée.
D'autre part, les Evangiles présentent un degré étonnant d'élaboration au niveau de la réécriture. Les emprunts faits  à l'Ancien Testament montrent un souci minutieux dans le respect du style et de la formulation. La précision de la concordance  est telle  que sa réalisation  implique un travail d'équipe de grande  d'envergure. Or le recul des  sables du désert  nous fait découvrir l'existence à cette époque de sociétés secrètes de type à la fois paramilitaire et religieux dont l'initiative et le fonctionnement nécessitaient la prise en charge au niveau des plus hautes autorités à la fois civiles etre ligieuses. Et, cette fois-ci, Flavius en a non seulement le profil,mais il est l'unique candidat.
Je propose donc de donner à la formule paulinienne "travailler à l'Evangile" un sens non pas missionnaire, mais scripturaire. 
Il va sans dire que pour éclaircir les mystère de cet étrange profil de prophète  il faudra verser bien d'autres pièces au dossier!
Candide

Réaction n°18 

par Matheux le 08/01/2010 : 18:55

Bonsoir,
Ce n'est pas vraiment une critique, mais une proposition de faire un pas de plus.
J'ai beaucoup aimé dans la lecture empathique son pouvoir explicatif de petits détails qui coincent au regard de la droite raison. Si les Evangiles sont issus d'une guerre théologique qui a ébranlé les cieux et si les rédacteurs ont eu l'honnêteté d'y répercuter tous les courants messianiques, tout devient clair. On comprend pourquoi Pierre, présenté habituellement comme un simple pêcheur, doit ranger son épée au fourreau, et que vient faire dans la bouche de Jésus la parole "cette génération ne passera pas". J'ai toujours trouvé étrange que Moïse et  Mahomet aient consigné de leur propre main les paroles révélées, alors que les Evangiles auraient été confiés à des reporters qui auraient tout vu de leurs yeux de chair! Honnêtement, tout mécréant que je suis, je préfère votre  façon de lire. Elle satisfait la raison comme un théorème ayant l'élégance mathématique: elle  est étonnamment simple et  pourtant efficace et constructive. Ou comme un  algorithme qui est élégant s'il emploie peu de code intuitif  au grand effet. Je ne peux vous faire de plus grand compliment!
Pour en venir à ce pas en avant. Si l'on part du principe que c'est Joseph et non pas le Messie qui constituait la pierre d'achoppement, on peut admettre que le récit de Joseph a été inséré dans le canon juif par Flavius lui-même. On peut avancer toute une série d'arguments pour étayer cette thèse. Le canon  hébreu  n'a été fixé qu'en 98 et Flavius, d'une part, ne pouvait pas ignorer l'hébreu, d'autre part  avait toutes les accréditations pour le faire. La facture littéraire de cette "success story" se détache trop de l'ensemble des écrits de Moïse pour qu'elle puisse  lui  être sérieusement attribuée.  On voit mal ce que pourrait signifier d'autre la coupe cachée dans les sacs de blé, coupe où il buvait lui-même. Seul Joseph peut bien parler de Joseph: le détail "dans un coin reculé de la maison il éclate en sanglots et laisse libre cours à ses larmes" est de ceux qu'on n'invente pas. Finalement si la guerre a été conclue par un accord, l'entente ne pouvait être autre qu'universaliste. Après Jamnia, les deux religions sont dotées d'un même vecteur de fraternité universelle, respectivement Jésus et Joseph.
Au fait, qui était vraiment Flavius Joseph?. Un père qui s'est effacé devant son Divin Fils? Encore une solution élégante?
Bien des bonnes choses au fils des jours 2010!
Matheux

Réaction n°17 

par Martin le 06/01/2010 : 20:41

En passant, il faut signaler à l'appui de la lecture empathique que le passage de De Somniis qui a tellement choqué Vieil Alexandrin contient une attaque contre les pharisiens dont les Evangiles semblent ne constituer qu'un écho atténué.Force est de conclure que la véritable guerre juive s'est déroulée entre Philon et Joseph et qu'elle a été résolue par un accord. En effet, l'autre ligne de l'exégèse philonienne idéalise Joseph à qui il ne manque que le sacerdoce pour être un autre Moïse. C'est ainsi que De Iosepho brosse un portrait idéal de l'homme politique qui réunit toutes les qualités de législateur, de prophète et de roi. Qui plus est, De Vita Mosis éprouve le besoin de démontrer que Moïse ne cède en rien à Joseph dans l'art de gagner les coeurs par la douceur.  Joseph "obtenait de tous ses subordonnées une obéissance non forcée, mais volontaire".  Ainsi de Moïse: faire précéder les commandements de la Loi par le récit de la Genèse c'est préparer les coeurs à les observer. On mesure le  chemin parcouru depuis Legum Allegoriae où Moïse domptait les passions par leur crinière!Deux hypothèses entrent en ligne de compte pour expliquer ces divergences: le travail à quatre mains ou  le changement radical dans les dispositions à l'égard de l'ennemi. La première nécessite un travail très fastidieux au niveau du texte. Plus particulièrement,la question du destinataire des écrits philoniens, tantôt "tu",tantôt "ami lecteur", n'a jamais fait l'objet d'une étude à ma connaissance.  Le récit de Jotapata apporte une réponse immédiate et dotée d'un fort coefficient de cohérence, en accord avec le contexte de guerre de religion. Pour passer de l'acharnement au chant de louange il faut une métanoïa,une ouverture du coeur à  plus grand que soi. Quant au dernier paramètre, force est de conclure que les deux recueils, hébreu et grec, ont été conçus selon le principe de l'équivalence,chacun doté d'une force exégétique propre. Mutatis mutandis, on peut en dire autant que des  deux théories de la lumière.Aucun physicien moderne n'est gêné d'affirmer que la lumière est de nature corpusculaire et ondulatoire, et d'utiliser l'une ou l'autre théorie selon son besoin En guise de conclusion, il me semble qu'on n'est pas encore à même de mesurer la puissance irénique de la lecture rapportée par Cartésienne.Toutefois, d'ores et déjà, elle fournit des éléments de réponse à la question de l'épistémè posée par Greg au niveau des implications pratiques.Personnellement, je suis - comment dire - à la fois étonné, ému et ravi que d'une guerre aussi implacable puisse sortir une oeuvre de paix. Et ce qui force le respect, c'est qu'ils n'ont rien caché, rien maquillé. Quelle leçon pou nous! Martin P.S. Soyez hypercritiques à l'égard de ma lecture!
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Réaction n°16 

par Martin le 06/01/2010 : 20:35

Il me semble que la clé de lecture rapportée par Cartésienne vise le même but et ouvre une voie très féconde à condition de prendre en compte l'ensemble des paramètres que je comprends comme suit:1. Hiatus entre la Genèse et les Evangiles2. Lien "fusionnel" entre Philon et Flavius3. Recherche des équivalences (analogies) dans la succession (axe syntagmatique) des recueils bibliques. Concernant le premier point, la Bible chrétienne présente l'enchaînement suivant (je simplifie à dessein et fais abstraction des écrits deutérocanoniques):Abraham -Isaac - Jacob - Joseph - Moïse - Prophètes - Evangiles - Acteset Epîtres. Si l'on part du terme ad quem, pour dégager ce qui sépare les deux religions,  on obtient:Canon juif (hébreu): Abraham - Isaac - Jacob - Joseph -  Moïse - Prophètes Canon chrétien (grec, LXX): Abraham - Isaac - Jacob - Joseph -Evangiles - Actes et EpîtresLes trois patriarches et le fils de Jacob sont communs aux deux canons,on peut donc les factoriser. D'autre part, si l'on admet l'interprétation la plus communément admise que les Evangiles réalisent la Loi et les Prophètes, le point de divergence aurait dû porter sur l'interprétation du messianisme. Le silence total sur la question ne cesse d'étonner.  C'est là que le lien "fusionnel" entre Philon et Flavius indiqué par Cartésienne jette une lumière inattendue sur cette carence. Toutes les études soulignent que le personnage de Joseph constitue dans le corpus philonien un véritable rébus rédactionnel.D'une part, une ligne d'attaques d'une rare violence dont ce personnage biblique est l'objet parcourt les différents écrits de l'Alexandrin. Au niveau de l'allégorie Joseph incarne toutes les fausses valeurs et la condamnation morale est sans appel. Sa vie est une recherche de la vaine gloire ("la gloriole") qui le conduit à l'asservissement au Pharaon dont les insignes de sa fonction d'intendant, le char, l'anneau et le collier,  sont les symboles. On a donc, à la base,l'opposition entre la vie contemplative et la vie active, la spiritualité laplus haute et une vie religieuse d'autant plus moyenne qu'elle est  soumise à l'engagement dans la vie de la cité. Toutefois on peut aller beaucoup plus loin. Si l'on juxtapose les deux auteurs, on atteint chez Philon la  même dimension  dans les actes de violence que dans la Guerre juive.  On est donc amené à conjecturer que Philon n'a pas seulement utilisé l'allégorie pour interpréter les textes sacrés, mais s'en est également servi comme moyen d'expression.Cette hypothèse a tout pour elle: la motivation qui l'animait  et les moyens qu'il avait à sa disposition.En effet,  les écrits considérés comme historiques au sens moderne (positiviste) ont tous le même schéma narratif: unpréfet de Rome, incapable de défendre les droits des Juifs, tombe en disgrâce avant d'être mis à mort.  Le schéma tropologique sous-jacent est simple: Joseph est au Pharaon ce que le préfet està César. Et la fureur de Philon défendant Moïse et la sainteté du sabbat est à la mesure des rêves de grandeur de Joseph: démesurée. Joseph subit sous laplume de Philon non pas quarante, mais mille morts, et rien n'arrête la plume vengeresse du sage stoïcien. Dans In Flaccum, le cadavre du préfet est dépecé,disloqué par autant de coups qu'il y a eu de meurtres de Juifs causés par son négligence.2/3

Réaction n°15 

par Martin le 06/01/2010 : 20:30

Bonjour,Je voudrais en premier lieu remercier Monsieur Webmaster qui a eu la courtoisie d'ouvrir un forum dédié à Flavius Joseph pour des réactions de plus grande ampleur. Toutefois, si vous n'y voyez pas d'inconvénient, je vais encore accrocher ma contribution à votre article. La raison en est simple. Un forum est ouvert à tous les vents: c'est sa vocation. Or il me semble que le fruit du  brainstorming qu'a provoqué votre article n'a pas encore atteint sa taille adulte, pour employer l'expression de Greg. Autrement dit il est encore au stade de la suspension du jugement critique. Et il y a tout à parier que les questions ne manqueraient  pas, et en premier lieu les problèmes relatifs au rapport à l'histoire. Suivons donc l'exemple de Flavius Joseph jusqu'au bout: attendons que les questions se résolvent l'une à la suite de l'autre. Et dans l'immédiat appliquons le principe d'atomes crochus.  Votre initiative, je n'en doute pas, seratrès utile à l'avenir! Je vous prie également d'accepter mes meilleurs voeux pour vous-même et toute votre équipe.Bonne année également à tous ceux qui sont déjà venus et qui viendront! Je me propose de répondre au problème soulevé par Greg. Il me semble qu'il convient de distinguer la lecture tropologique de la lecture allégorique.  L'analyse tropologique (recherche d'allitérations, d'assonances, d'étymologies, de parallélismes, de métaphores, voire de symboles, etc) pratiquée systématiquement et pour elle-même sur des textes de cette dimension est, en effet, vouée à  rester l'apanage d'un cercle étroit d'érudits. L'allégorisme, par contre, est une force appliquée à la lecture, une puissance comme dirait Philon. Elle tire son élan d'une source supranaturelle et enseigne en maître qui use de tous les moyens naturels qu'il a à sa disposition, que ce soit un platonisme revu et corrigé par Sénèque, ou les recherches structuralistes en théorie littéraire, pour dégager le dessin caché dans une tapisserie.Il en découle trois propriétés fondamentales. Premièrement, la masse de recueils ne l'effraie pas, car il est dans sa nature d'osciller entre l'éparpillement de textes à interpréter et le big-bang initial.Deuxièmement, elle n'intervient que sélectivement au niveau de figures,dans la mesure où elle cherche à donner accès à un sens supérieur, retrouver une unité de dessein, et le sens littéral ne la gêne en rien.Pour finir, et c'est là l'aspect le plus important pour nous, lecteurs lambda, une fois le vecteur donné, elle tombe dans le domaine commun, devient générique. C'est ainsi que de nombreux lecteurs ont pratiqué allégorèse au Moyen-Age sans jamais avoir atteint l'échelon de vie spirituelle de Philon ou de Joseph.
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Réaction n°14 

par Greg le 03/01/2010 : 18:10

... A l’opposé, pour David, le rocher est l’endroit où Dieu met à l’écart de son oint tous ceux  qui pourraient entraver son chant :« Que leurs chefs soient précipités dans les fentes des rochers ! Et l'on écoutera mes paroles comme agréables (Psaume 141.6). Il devient évident que le récit de Jotapata constitue un véritable condensé des significations rattachées au rocher : les quarante « personnes distinguées »sont toutes des chefs guerriers qui mettent en danger l’accomplissement des prophéties,  tandis que Joseph représente toute une lignée.Où je veux en venir ? Les rêves de Joseph cités par Pat se construisent sur une analogie fortement accusée, établissant un parallélisme très strict: Sept X maigres dévorent sept Y gros et ne s’en portent pas mieux, au contraire. Il n’en est pas de même des analogies qu’on peut trouver entre le récit en question et les réminiscences bibliques. Le rapport est tenu, comme en creux,enfoui, mais suffisamment riche pour inverser de fond en comble la proportion entre l’apport hellénique et l’apport judaïque. L’auteur a certainement  tiré le meilleur de la culture grecque et l’a affiché au premier plan comme on met en valeur un nouveau venu. Le meilleur du judaïsme, le prophétisme, est presque occulté, comme s’il le jugeait suffisamment fort, adulte,  pour supporter cette relégation. On pense immanquablement à ce que Paul dit de la greffe. Pour conclure,il devient indispensable de prendre en considération le  récit spéculaire cité par Cartésienne. Tout se passe comme si l’histoire de Jotapata ne se révélait pleinement qu’en présence d’un autre récit qui lui sert de miroir, tel le fameux tableau de Vélasquez où la présence du couple royal n’est signifiée que par son reflet dans le tout petit miroir placé à l’arrière-plan.  Il faut donc réviser nos a priori en ce qui concerne l’écriture de Flavius. Ce récit serévèle d’une extrême densité et incite à une lecture sur le mode de la litote,alors que l’écrivain est considéré – et déconsidéré - comme un hyperbolisant impénitent. Il en découle des considérations d’ordre pratique relativement à l’idée de cette vision satellitaire de la production littéraire du premier siècle. Je suis tout-à-fait d’accord avec Pat, l’analogie n’est pas donnée, elle  est à chercher. Mais le lecteur se perd déjà dans la multiplicité des renvois de la TOB. L’incorporation des écrits de Philon et de Flavius (et, si j’ai bien compris, de bien d’autres) ne risque-t-elle pas d’enferme rle lecteur dans une galerie de miroirs ? On y serait aussi mal à l’aise,sinon plus, que dans la fuite des racines au niveau lexical. Bref, on risque de substituer un déluge à un autre.C’est là que l’idée de l’arche-épistémè s’avère indispensable, salvatrice. Je me permets donc de demander si la lecture empathique constitue une épistémè. Et je suis conscient du fait qu’au temps des prophètes, la question eût été formulée autrement : « Y a-t-il une Parole de Dieu pour nous ? ».Greg

Réaction n°13 

par Greg le 03/01/2010 : 17:28

Bonsoir et Bonne Année à tous les flaviusiens philonisants!Avantde rebondir sur l’idée de Pat,  je voudrais revenir à ce couple de concepts qu’a lancé Julien, le déluge et l’arche.Lorsqu’on lit les analyses lexicales de la revue qui nous accueille, on a l’impression que les textes bibliques déclinent indéfiniment un nombre restreint de radicaux que l’on retrouve aussi bien dans les noms propres que dans les actions ou les attributs des personnages. Et plus on avance dans l’analyse, plus les identités s’estompent : Paul est Saül, cela va de soi, mais on peut lui trouver des correspondances avec pratiquement toutes les grandes figures de l’Ancien et du Nouveau Testament.Autrement dit, on a affaire à la même régression à l’infini que celle quicaractérise la science moderne. Le terme déluge lui convient assez bien.Queserait donc l’arche ?  J’y verrais une épistémè religieuse, ou un ensemble structurant cette profusion de répliques de telle façon qu’elle devienne constituante d’un enseignement et d’une pratique cultuelle.Orle récit de Jotapata réunit toutes les composantes nécessaires à la naissance d’une épistémè religieuse: une foi à soulever les montagnes, une catastrophe sans issue, un événement salvateur, une alliance conclue à sa suite, une césure brutale par rapport au passé. Je vais essayer de dégager les caractéristiques principales de cette naissance.  Ce qui frappe au premier abord dans ce récit, c’est le poids  de la structure mentale hellénistique quiparvient presque à éclipser ce que ce récit doit peut-être à la pensée chrétienne et certainement à la pensée juive. A la première lecture on a du mal à se défendre de l’impression de lire encore un exploit d’Ulysse échappant à un autre Polyphème, tellement la part de l’industrie humaine est prépondérante. Toutes les vertus grecques s’y donnent rendez-vous : le pouvoir de l’invention, l’exercice de l’éloquence comme arme, le sens de la discipline basée sur la loi de la nature  (succession des générations), la gestion égalitaire d’une cité, la crise perçue comme situation où l’homme politique donne la pleine mesure de son talent, la souplesse dans la prise de décision demandée par les événements. L’harmonie de l’ensemble signe un caractère libre, royal. Il est indéniable que l’auteur a mobilisé dans ce récit tout ce que l’hellénisme lui apportait de moyens d’expression et de diffusion, mais surtout d’idéaux. Deuxièmement,si l’on admet que la volonté de convertir est totalement étrangère à la religion juive, le serment prêté par les deux survivants place le récit dans l’orbite chrétienne. Comment ne pas le rapprocher du récit de la conversion du geôlier chargé de surveiller de près Paul et Silas, emprisonnés à Philippes (Actes 16.25-29). Tiré de son sommeil, tout comme les quarante « personnes  distinguées », «  il se saisit de son épée et allait se supprimer. Mais Paul lui cria d’une voix forte : »Nefais rien de funeste contre toi ». En ce sens, l’intention profonde de Flavius serait « missionnaire ». Enfin, en amont, il faut relever la même articulation entre l’esprit de prophétie, le temps de la colère de Dieu et l’abri au creux d’un rocher que celle qui tisse un très riche réseau de correspondances au fil des pages de l’Ancien Testament. Ce refuge y est d’une connotation uniformément salvatrice, à l’exception toutefois des temps davidiques où il subit une bipolarisation.Ilest valorisé positivement pour l’élu de Dieu : Exode 32.33 : « Quand ma gloire passera, je te mettrai dans un creux du rocher, etje te couvrirai de ma main jusqu'à ce que j'aie passé ». Plusieurs versets d’Isaïe et d’Ezéchiel étendent ce privilège à une multitude : « Ils  entreront dans les fentes des rochers et dansles creux des pierres, pour éviter la terreur de l'Eternel et l'éclat de sa majesté, quand il se lèvera pour effrayer la terre ».1Rois 19.9, en outre, y ajoute la composante« nuit » : «  Et là, il entra dans la caverne, et il y passa lanuit. Et voici, la parole de l'Eternel lui fut adressée, en ces mots: Que fais-tuici, Elie? ».  Le Cantiquedes Cantiques 2.12, enfin,  en fait lesiège du Bien-Aimé : « Ma colombe,qui te tiens dans les fentes du rocher, qui te caches dans les parois escarpées ».Il me semble qu’il existe également une prophétierelative à deux enfants cachés dans le creux d’une haute montagne que le veilleur fera sortir à la fin des temps pour qu’ils contemplent le soleil flamboyant au pied de celle-ci. Je ne trouve pas la référence mais peut-être les savants rédacteurs de la revue auront-ils l’amabilité de nous indiquer la source ? A l’opposé, pour David, le rocher est l’endroit où Dieu met à l’écart de son oi

Réaction n°12 

par Pat le 01/01/2010 : 01:38

Bonsoir,
Je viens d'entendre de la bouche de notre homme politique que la fraternité est un beau mot. Noblesse oblige! Je voudrais donc ajouter à votre brainstorming quelques idées retenues d'un séminaire consacré à la diversité des religions qu'il m'a été donné de suivre à l'Ecole Pratique des Hautes Etudes section Sciences Religieuses. Il portait sur les textes majeurs dans lesquels les religions se déterminent les unes par rapport aux autres. Il va sans dire que Philon s'y taillait la part de lion.
Tout d'abord, concernant la singularité de la double survivance - le jeu de mot est facile - relevée par Julien, elle mérite toute notre attention vu qu'aussi bien Moïse que Jésus sont des survivants uniques, qu'ils sont comme tirés  sur la même idée que celle qui préside aux destins profanes.  Je crois qu'on peut transposer à la survie ce que l'exégèse philonienne dit d'un seul enfant:  "Le bien  n'est pas d'une nature telle qu'il faille le chercher dans l'abondance plutôt que dans la puissance" (De Mutatione nominum, p.99 ). Toujours selon Philon (et Platon),  les répliques qui sont modelées d'après l'Idée-archétype sont innombrables.  Nous voilà fixés: il ne s'agit pas de la puissance au sens fort, ni de l'abondance au sens fort, mais d'une sorte de dédoublement de la puissance. Car la question qui surgit est de savoir d'où vient  l'abondance restreinte au nombre de deux.  Selon les érudits, elle est aussi digne d'étonnement en matière de religion que l'un générique,  et aussi rare. Le texte  invoqué à ce propos est, toujours de Philon, tiré de De Vita Mosis, qui, s'inspirant de Nombres 32, campe un Moïse très sourcilleux sur le point de la fraternité humaine universelle et s'opposant à ce titre à l'investissement anticipé de la Terre Promise par deux d'entre les tribus,  braves parmi les braves. L'argument allégué est l'extrême dangerosité de l'entreprise: "sauf deux, tous ont péri" (p.183). Nous voilà loin de la roulette russe!
La deuxième idée qui s'impose relativement  à ce récit est que faire abstraction des codes de lecture d'origine pour  appliquer  les codes modernes peut apporter un éclairage nouveau, intéressant de par son sentiment d'être de son temps, mais qui s'essouffle vite. La lecture positiviste s'est répandue à grands flots dans l'exégèse et a submergé le code "inspiration divine". Résultat: le malaise est omniprésent.
Or, il est de règle, en cas de difficulté d'interprétation, de revenir à la  tradition antérieure. Pour les Ecritures, que signifie qu'elles ont l'Esprit Saint pour  auteur? L'examen des cas, fort nombreux, où écrire se fait hors des limites de l'exercice normal des facultés humaines, permet d'écarter d'emblée l'idée d'une dictée type "maître d'école", avec point, virgule, etc. Le langage naturel, sans être totalement absent, n'y a qu'une part infime, et en étendue n'excède pas les limites d'une phrase, comme "Saül, Saül, pourquoi me persécutes-tu?". La matière première semble être le rêve reconnu d'origine divine. Et quel homme, aurait-il le génie de Sénèque et de Philon réunis, serait assez  fou pour substituer à la restitution de cette matière sa propre interprétation?
A ce sujet,  le passage de De Iosepho concernant les rêves royaux est d'une importance primordiale: les deux visions  forment un seul rêve  et la répétition est destinée à en accroître le crédit (pp.83,  87). Il en découle que le  code de lecture du premier siècle est orchestré par l'analogie. Là où, au regard de la raison positiviste,  nous percevons un illogisme, une contradiction, les auteurs inspirés tablaient sur la recherche de visions de sens identique, quoique de champs lexicaux différents.
Quant à la lecture rapportée par Cartésienne, comment en jugerais-je, moi qui ai l'habitude de lire "de loin, mais avec sympathie"? Elle est pourvue d'une si haute et d'une si complète dotation qu'elle m'échappe totalement. Par contre je m'émerveille de son accessibilité. Car en somme, si j'ai bien compris, il s'agit d'un "come-back"  en version moderne: une sorte de googlemaps des textes du premier siècle, avec une fonction zoom superpuissante à élaborer. La volumétrie d'Epaphrodite sera vite dépassée!  Mais à coeur vaillant...
Au fait, bonne année à tous!
Pat

Réaction n°11 

par VielAlexandrin le 21/12/2009 : 17:20

Bonjour,
Je voudrais saluer les efforts de tous les intervenants.
Plus particulièrement, je me permets d'embrasser très-respectueusement les mains de Madame Cartésienne, dans un transport de gratitude pour son courage.
Madame, vous me rendez mes jeunes années. Comme tout Alexandrin qui se respecte, je suivais les parutions de Philon au Cerf. Mon élan a été brisé net à la lecture de De Somniis. Une attaque aussi sauvage contre un personnage biblique, de la part d'un exégète censé travailler sine ira et studio! J'en ai conclu que Philon était fou à lier, et toute sa méthode une imposture.
A présent, grâce à vous, je vois mon erreur. La diatribe est un texte qui a migré d'un autre recueil! Je pourrai donc me replonger dans mon cher Filo, comme on écrivait à l'époque, le cœur serein. Je crois même que je vais me procurer Le Roman de Joseph et d'Aseneth.
Je tiens à ce que vous sachiez que vous m'offrez là le plus beau des cadeaux de Noël et je vous prie, Madame Cartésienne, d'accepter mes très-respectueux hommages.
Joyeux Noël à tous!
Vieil Alexandrin

Réaction n°10 

par cartesienne le 12/12/2009 : 17:18

Bonsoir,
Il eût été préférable de vous fournir le lien. Mais je ne le retrouve plus. J'ai tellement navigué ce jour-là...
Néanmoins je vais essayer de vous résumer ce que j'ai lu.
Apparemment l'algorithme que vous cherchez, vous le connaissez bien. Il est dans Matthieu 1.16: "Jacob engendra Joseph, l'époux de Marie, de laquelle est né Jésus, que l'on appelle le Christ". Où est l'intervalle entre le Joseph de l'Ancien Testament et celui du Nouveau?
Il s'en suit que le nom Josèphe est un nom adopté, tout comme Flavius. C'était lui le Grand Prêtre des temps messianiques, le charpentier de la maison de Dieu. La Guerre juive n'est pas un récit purement historique, c'est vraiment le "5ème Evangile", le récit de la descente aux enfers, du règne des ténèbres après la mort du Christ. Le motif religieux des révoltes n'est jamais évoqué car il mêle l'évocation des forces du mal qui veulent retenir le Christ captif et les divergences dans l'interprétation des textes sacrés. Après la Résurrection, il a réécrit l'histoire sainte guidé par des visions et autres inspirations dont il a bénéficié en pénétrant dans le Saint des Saints. Les Évangiles sont ce résumé qu'on croit n'avoir jamais abouti. Il y a pris la dernière place: celle de Judas.
Il a écrit également des ouvrages à l'intention de ses frères de race, des midrashim. Pour les païens, dans l'attente de leur conversion: Apollonios de Tyane et des récits qu'on appelle aujourd'hui apocryphes.
Un lien tout particulier, fusionnel, l'unissait à Philon d'Alexandrie et c'est également lui qui a écrit les lettres de saint Paul à Sénèque.
En outre, il y a eu des grandes migrations - faut-il dire tribulations ou mise en commun? - des textes d'un recueil à l'autre. Aucun écrit du premier siècle n'est perdu.
Voilà pour le factuel. Je me souviens en outre des recommandations relatives à  la façon de lire ces textes. Pour les chercheurs, je crois, cette lectrice faisait grand cas des travaux de Jacobson, et notamment de sa théorie de la projection du principe d'équivalence de l'axe paradigmatique sur l'axe syntagmatique. Elle était comparée à l'exégèse de Philon concernant la manne dans Legum Alegoriae. Il était question également de la "mise en abyme" et de l'ouvrage "Le Récit spéculaire" de Philippe Lejeune.
Voilà, relata refero. J'espère ne rien avoir omis d'important.
Si nous donnez foi à cette façon de lire, il faudrait que vous changiez le référencement du site (par exemple "Le problème de Flavius Josèphe") pour que tout le monde le sache.
Joyeux Noël! Paix à tous les hommes de bonne volonté!
Cartésienne

Réaction n°9 

par Julien le 11/12/2009 : 17:48

Bonsoir,
Il me semble que si l'hypothèse de l'arche est correcte, l'algorithme lui-même doit également faire partie de cette culture religieuse moyenne. Peut-être passons-nous à côté sans le voir?
D'autre part, j'imagine que ces personnes à la sensibilité portée à l'incandescence ne briguent pas la première place sur le petit écran, peut-être la cachent-elles aussi des intimes. Inutile donc de lancer un appel  sur le Net, sous quel référencement d'ailleurs? Mais si déjà Cartésienne nous en disait plus long sur cette somatisation de Flavius Josèphe?
Julien

Réaction n°8 

par Precautionneuse le 10/12/2009 : 14:20

Salut!
Merci aux deux mains de Cartésienne d'avoir porté son courage.
J'aimerais pourtant savoir: on va quand même pas adorer des bêtes à corne ou à oreilles pointues? Car entre l'ancienne Egypte  et l'écologie, je préfère savoir dans quelle sauce je serai mangée!
Précautionneuse

Réaction n°7 

par Cartesienne le 10/12/2009 : 10:49

Bonjour,
Je suis vos efforts et je trouve que les résultats sont plutôt rassurants: on serait encore au temps du déluge. Il faudrait donc envoyer une colombe...
Mais c'est là le hic. Je suis née, comme Hans, à Alexandrie et j'ai fréquenté Flavius Josèphe pour la sympathie qu'il montre pour cette ville, presque à l'égal de Jérusalem. Alors que Rome constitue pour lui un corps qui est là où il agit - on a l'impression qu'il n'a jamais vraiment mis les pieds dans la capitale de l'empire - c'est à Alexandrie que bat pour lui le coeur du monde. Son émerveillement pour la Bible d'Alexandrie lui donne la stature de Jacob allant au devant d'Esaü, tout à la joie de partager avec son frère les richesses de la Parole de Dieu. Sans parler des attaches domestiques: sa première femme est morte lorsqu'il était en route vers Alexandrie et c'est là qu'il a épousé une autre femme dont il a divorcé par la suite.
Mais de là à trouver à Alexandrie l'algorithme clé de régénérations, je suis plus que sceptique. L'Epaphrodite grammairien aurait réuni, d'après Suidas, une bibliothèque de 30000 volumes.  Autant dire que, pour ce qui est de nos chances de le retrouver, le singe écrivant les vers de Mallarmé,  issu de l'imaginaire des mathématiciens,  est en bien meilleure posture.
Comme le site est placé sous le signe de la rationalité, il me faut tout mon courage pour exprimer ma pensée. Je le prends toutefois. Voici.
Il faudrait dans ce cas avoir recours à  ce qu'on appelle la lecture empathique. Je ne connais qu'un cas pour les textes profanes. C'est une personne dont le grand-père était un rhéteur de renom et elle-même était bardée de diplômes ès lettres. Quand elle lisait, non seulement elle déchiffrait d'abord ce qui n'était pas expressément dit, mais en plus elle ressentait dans tout son être la souffrance de l'écrivain. C'est ainsi qu'elle a connu l'étendue de la passion de Rimbaud à l'époque où il se disait voyant. Cette personne est décédée, mais la lecture empathique pour les textes sacrées est toujours pratiquée. Il paraît qu'elle s'accompagne de phénomènes de somatisation. C'est ainsi que j'ai lu au détour d'un clic qu'une lectrice aurait vu Flavius Josèphe tel qu'il est présenté par le buste qu'on connaît de lui, et lui aurait parlé. Il était toutefois plus jeune, adolescent. Elle aurait également vu Jean de Gischala monter en prison et son élévation.
Voilà, si cette façon de lire n'est pas dans vos principes, vous avez toujours la possibilité de ne pas publier ce post.
Cartésienne

Réaction n°6 

par AGraphe le 09/12/2009 : 14:13

Bonjour,
Ce récit me semble bien singulier.
En premier lieu, on se doute à chacune des pages de la Guerre qu'il cache des choses importantes, peut-être l'essentiel.
Ici, il avoue qu'il parle sous le sceau du secret. Chose paradoxale, figure bien connue de la rhétorique: la prétérition.
En second lieu, quel besoin a-t-il d'avoir DEUX survivants? Ici lui-même et une (autre?) "personne distinguée".
A Massada ce sont deux femmes (et cinq enfants) dont une, par paraphrase, correspond au profil de "personne  distinguée". On est ici aux antipodes de l'archétype du survivant profane, toujours seul: Robinson, Gulliver, Superman, ET, les exemples sont légion. Le première idée qui vient à l'esprit d'un lecteur doté d'une culture religieuse moyenne est l'arche de Noé.
Le ressenti du déluge expliquerait la binomialité des protagonistes du Nouveau Testament. Cette interprétation semble reposer sur une bonne assise. Mais chez un écrivain aussi maître de sa plume, c'est peut-être un sens trop obvie. On est ainsi amené à se poser la question si le christianisme est sorti de l'arche. Il semblerait que non, si l'on se réfère à la parabole de la fin des temps: "Deux seront dans le même lit:  l'une sera laissée, l'autre prise".
L 'autre piste mènerait  à  réaliser une étude sérieuse de tous les binômes  - frères, soeurs, gémeaux, doubles servantes -  qui surabondent dans ces écrits.
Pour terminer, le tirage au sort comme soumission à la volonté de Dieu. Le Nouveau Testament y a recours à deux reprises: la préservation de l'unité du manteau royal du Fils de David et le remplacement de Judas. Dans les deux cas il s'agit d'une succession, donc de l'insertion dans le temps, en définitive de l'avenir. Chez Flavius Josèphe, au contraire, on est à l'extrémité du temps, la parole divine est performative, comme dans le récit de la Genèse, mais destructrice: c'est l'Anti-Genèse.
On pourrait aussi creuser  la périphrase "personnes distinguées". Il est pour le moins surprenant que cet écrivain si féru de titres et de généalogies, qui gratifie d'un nom propre les pires des scélérats dont il narre les crimes,  se montre si discret cette fois-ci. Et si l'algorithme était de nature généalogique?
J'espère que je n'ai pas été trop long.
Bonnes Fêtes à tout le monde.
AGraphe

Réaction n°5 

par EpiCariste le 08/12/2009 : 21:38

Bonsoir,
Une petite pierre à l'édifice, piochée chez Etienne Nodet. D'après les érudits, l'un des candidats à l'identité de son dernier protecteur, Epaphrodite, serait un grammairien, Mettius Epaphrodite, formé à Alexandrie. Il vécut à Rome, entre Néron et Nerva (30--98), et y rassembla une importante bibliothèque.
A bientôt.
EpiCariste

Réaction n°4 

par Whisley le 08/12/2009 : 12:42

Bonjour,
Je me suis rendu sur le site indiqué par Anonyme et je tiens à exprimer mon indignation. D'abord, il est évident qu'il n'est d'aucune utilité pour l'exégèse. GrainDeSel, je présume, voulait chiffrer la chance de Josèphe et de son compagnon, pour donner l'idée de la confiance qu'il mettait en Dieu. Deuxièmement, il génère la fiction de combattants assis en cercle autour de leur général, comme les chevaliers de la Table Ronde. Ce n'est pas grave en soi, mais il faudrait prouver qu'il forme la matrice des récits médiévaux  Par contre  il est révoltant de voir ce problème classé à la rubrique de divertissements et loisirs. J'espère qu'un jour ce sera interdit, comme on a interdit, dans l'enseignement de la physique, les problèmes avec le Zyklon B. De même que tous les problèmes utilisant comme protagonistes des chrétiens jetant des Turcs à l'eau. 
Sinon le creuset alexandrin me semble un bon point d'ancrage. A approfondir!
Salut à tous!
Whisley
P.S. Décidément, le compte n'est pas bon: le nombre de victimes à Massada fut de neuf cent soixante.

Réaction n°3 

par Anonyme le 07/12/2009 : 13:29

Si cela peut aider : voici le  lien d'un article sur Wikipédia qui propose une solution à la conjécture de FJ
http://fr.wikipedia.org/wiki/Probl%C3%A8me_de_Jos%C3%A8phe

Réaction n°2 

par Hans le 07/12/2009 : 13:03

Bonjour,
Merci à GrainDeSel pour ses question lumineuses. Natif d'Alexandrie, j'ai toujours trouvé flatteur pour mon ego que Flavius Josèphe n'ait pas clos son récit par la destruction du Temple, mais par la fermeture de celui d'Alexandrie,  copie du Temple d'Hérode. Son hypothèse d'un algorithme secret, gréco-égyptien,  me paraît maintenant tout-à-fait plausible. Voici pourquoi. Dans la version grecque que nous lisons, on sent le narrateur embarrassé, en difficulté:  "faut-il dire l'effet du hasard ou de la providence divine". Sacrée humilité d'écrivain qui dissimule ses talents! La version en vieux russe, qui est du XIIe ou du XIIIe siècle, nous met sur la voie: "Ayant ainsi parle, il compta les chiffres avec habileté". D'autre part, le Moyen-Age véhiculait de lui l'image d'une sorte de guérisseur magique, à la manière d'Apollonios, qui hante les Actes des Apôtres.
Par contre pour ce qui est du calcul de probabilités - toutefois cinquante se rapporte à Massada,  à Jotapata ils étaient quarante - désolé, je n'ai pas les compétences requises. 
Portez-vous bien.
Hans

Réaction n°1 

par GrainDeSel le 06/12/2009 : 14:33

Bonjour,
J'ai lu votre appel à faire un effort de rationalité.
A propos de l'algorithme ou méthode utilisée à Jotapata, est-ce que quelqu'un de parmi les mathématiciens pourrait placer ici le calcul rigoureux de la probabilité du succès en en expliquant le fondement scientifique? On nous sert à l'école le fameux problème du singe n'ayant aucune suite dans les idées tapant Un coup de dés, etc. Et les physiciens de nous apprendre que le résultat obtenu se situe en dehors de l'ordre de grandeur physique, donc hors toute rationalité. Dans quelle mesure celui de Flavius Josèphe, une expérience renouvelée 48 fois, produit-elle un résultat concevable?
Et pour aller plus loin. Si algorithme  il y a, où l'aurait-il appris? A la bibliothèque d' Alexandrie, dans le vieux réservoir des sciences jalousement gardées,  ou auprès des pythagoriciens de son époque, comme Apollonios de Tyane?
Merci de soutenir mon effort.
GrainDeSel


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