le Champ du Midrash

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Le Caravage et l'inversion

Le Caravage et l'inversion

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Le Caravage entretient, on le sait, un rapport particulier avec la lumière. Cette lumière n'est pas seulement un outil graphique à la disposition du peintre. C'est aussi un concept lié à la théologie. Difficile dans le Christianisme de ne pas relier la lumière à l'idée messiannique. Cette lumière qui attaque les corps et les révèle est là pour nous parler d'eschatologie. Les corps sont totalement exposés à cette lumière qui leur fait violence.
Le Caravage entretient aussi un rapport particulier avec une autre idée de l'eschatologie: celle d'inversion. Dieu abaisse ce qui est élevé et élève ce qui est abaissé. C'est pourquoi au comble de l'épreuve, le Christianisme a placé la résurrection. La crucifixion est donc liée par nature à l'idée d'inversion. C'est pourquoi le Caravage a représenté la Crucifixion de Pierre la tête en bas selon une indication rapportée par Origène (en réalité une élaboration de type midrashique, chose assez fréquente chez Origène)


On retrouve cette idée d'inversion dans un autre tableau du Caravage: La conversion de Saint Paul. La conversion est déjà une inversion, mais ici, cette inversion est très particulière puisque Paul est lui-même la figure de l'inversion eschatologique. Tous les attributs de Paul ne cessent en effet de s'inverser. Il est à la fois hébreu et citoyen romain, né à Jérusalem, il finit ses jours à Rome, il est à la fois jeune et vieux, il est grand et petit, poursuivant, et poursuivi, liant, puis lié, Il est “malade” mais guérit les autres, il ne cesse de tomber, et de se relever, etc.


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Dans ce tableau l'animal est clairement l'allié de la lumière qui attaque Paul.
Nous le savons par la réponse du Caravage au prélat qui lui avait passé la commande. Irrité par la recette du tableau (un cheval glorieux au lieu d'un Paul ravi avec angelots, etc.) le prélat demande : Ce cheval, c’est Dieu ? Caravage aurait répondu: Non, mais il est dans la lumière de Dieu.

Le récit de la conversion de Paul est reproduit trois fois dans les Actes (Ac 9,1-19 ; 22,4-21 ; et 26,9-18) ce qui signale un midrash. Or jamais dans ces trois passages il n'est question d'un cheval du haut duquel le zélé persécuteur des chrétiens serait tombé en entendant le Christ s’adresser à lui. Le peintre sait pourtant qu'il y a un cheval dans cette histoire, mais comment ? C'est une énigme. Les peintres semblent savoir des choses que les textes ne savent pas.
Mais cela n'est pas pour nous étonner. Par exemple Esther est souvent représentée au moment de son évanouissement, or le texte massorétique d'Esther ne parle jamais d'un quelconque évanouissement d'Esther.





Date de création : 19/03/2007 : 20:27
Dernière modification : 30/11/2007 : 16:43
Catégorie : Rubrique Peinture

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