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PessaH expliqué aux enfants

PessaH expliqué aux enfants

La dernière fois, vous aviez expliqué à un ami chrétien le sens de la fête juive de Purim. Cet ami a maintenant bien compris le sens de cette fête, y compris le sens de ses rituels parfois curieux. Cette fois, c'est lui qui vous relance car il est très inquiet. Nous sommes à quelques jours de la fête juive de pessaH, qui tombe à peu près en même temps que celle de Pâques. Votre ami est inquiet car plusieurs de ses amis juifs sont littéralement obsédés par un problème crucial: lui vendre à lui, non-juif, par contrat écrit, les miettes de levain invisibles qui pourraient ne pas avoir été absorbés par l'aspirateur ultra-puissant pourtant acheté spécialement pour cette fête. Accessoirement, il voudrait bien comprendre le sens de la pâque juive.
Le problème c'est que vous lui aviez déjà expliqué Purim par la Passion, vous n'allez pas à nouveau lui expliquer pessaH par la Passion. Il faut donc trouver une approche nouvelle.
Je vous propose de retenir l'approche suivante: Vous pourriez lui expliquer que PessaH est une fête juive au cours de laquelle tous les Juifs deviennent chrétiens. Voilà qui ne risque pas de le laisser indifférent. Modérez cependant son enthousiasme, cette transformation ne dure qu'une nuit. Comme pour Cendrillon, à minuit le carrosse devient citrouille. Enfin.... vous trouvez bien une image plus adaptée.

Pourquoi donc les juifs deviennent-ils tous Chrétiens la nuit de PessaH ?

• Parce que les Juifs sont ce soir-là persuadés d'être parvenus à la fin des temps, ce qui est le propre du Christianisme. Apprenez à votre ami que le seder de PessaH n'est pas une coquetterie orientaliste, il s'agit du banquet eschatologique, puisqu'on y est étendu :
"ce soir nous sommes tous étendus".
Expliquez-lui qu'en Judaïsme les termes ont toujours plusieurs sens: étendus veut dire étendus, mais aussi morts. Selon certaines traditions, le vêtement blanc (kittel) dont certains juifs se revêtent cette nuit-là est un linceul. Selon une autre tradition, la résurrection des morts aura lieu à pessaH. C’est pourquoi, au cours du shabat interne à pessaH, on lit la haftara relative à la vision d'Ezéchiel et qui porte sur la résurrection.
Mais comme morts ne veut pas toujours dire morts, mais parfois païens, étendus peut signifier païens (Vérifiez quand même que votre ami suit toujours, beaucoup décrochent ici)
- Quel rapport, demandera votre interlocuteur, entre la fin des temps et le paganisme ?
- Rapport multiple: primo, à la fin des temps les Juifs sont supposés être devenus comme les païens. Deuzio: à partir de PessaH les juifs attendent la fête de shavuot, fête du don de la Loi. Si on attend la Loi, c'est qu'on ne l'a pas encore reçue, les juifs sont donc aussi ce soir-là des païens. C'est le moment d'expliquer une petite coutume juive, étrange de préférence: Une des caractéristiques de cette soirée pascale : on y mange des herbes amères. Ce trait évoque un retour à l'animalité et donc au paganisme. C'est le moment aussi d'annoncer à votre ami que la prochaine fois vous lui expliquerez le sens de la fête de shavuot.

• Parce que les Juifs ce soir-là attendent une nouvelle donation de la loi, mais plus légère. Ce qui les rapproche à nouveau des Chrétiens.
Dès le lendemain de pessaH, les Juifs commencent à compter les jours qui les séparent de shavuot (sefirat ha 'omer). Les juifs sont en attente de revivre la donation de la loi, ou de vivre une nouvelle donation de la loi, et, qui sait ? peut-être la donation d’une nouvelle loi. Ils se vivent comme des païens attendant la loi légère de la fin des temps.

Tentez de faire revivre visuellement à votre ami le rituel de
pessaH. Mimez le seder. Le père de famille prend une matsa (pain sans levain) et la montre ostensiblement à l'assistance :
ha laHma 'ania… :
voici le pain des Pauvres… que celui qui a faim entre et mange.

Votre ami sait maintenant que la pauvreté désigne Israël et que le pain désigne la loi. Le père de famille propose donc à tous ceux qui vont entrer, la loi d'Israël. Mais quelle loi ? Une loi allégée. C'est en cela que d'une certaine manière on peut dire que les Juifs sont, ce soir-là, Chrétiens. Le Christianisme n'est qu'un judaïsme de la loi allégée. (Ce qui ne veut pas dire un Judaïsme light, car pour ce qui est de l'eschatologie, les Chrétiens ont même forcé la dose). D'un geste circulaire de la main, faites-lui le traveling de la scène: la porte de la pièce est maintenant ouverte, afin que tous puissent "entrer". Flavius Josèphe rapporte dans les Antiquités Juives que pendant la fête des azymes, les prêtres avaient l'habitude d'ouvrir les portes du Temple au milieu de la nuit (AJ 18). A noter que la simple ouverture des portes à tous, est déjà un indice de la fin de la loi, puisque selon Exode 12,43 :
Et l’Éternel dit à Moïse et à Aaron : C’est ici le statut de la Pâque : Aucun étranger n’en mangera
Votre ami essaiera de vous ramener à la soi-disant libération nationale du peuple Juif et de la sortie d'Egypte. Evitez le folklore égyptianisant. Avant même Napoléon, les Juifs ont succombé à une sorte d'égyptomanie dommageable. Expliquez que la Pâque juive, n'est pas tant un rituel de remémoration qu'une fête eschatologique qui scrute l'avenir. La servitude égyptienne, qui n'est même pas certaine historiquement, permet d'évoquer l'exil actuel, dont les temps messianiques marqueront la fin.
"Maintenant, esclaves ; l'an prochain, hommes libres".
Les Juifs sont en exil, mais comme dans la parabole de l'intendant infidèle, ils profitent de cet exil pour disperser la loi, le pain divin.
"Que celui qui a faim entre et mange".
Le double lavage des mains évoquerait ainsi une double acceptation de cette loi, elle-même double. Il intervient au début et à la fin du rituel. Dans le qadesh (bénédiction sur le vin) et dans le dernier acte (nirtsa, "acceptation") qui marque la fin du seder.

• Parce que les Juifs sont ce soir-là tous des enfants.

Pendant la soirée de
pessaH, les enfants sont à l'honneur. Ces enfants sont les païens dont on a déjà parlé. Le plus jeune de la famille doit poser cette question: ma nishtana ? quelle est la différence entre cette nuit (cet exil-ci) et toutes les autres nuits ?
Le seder fait poser cette question par des enfants, car les qetanim sont un terme juridique qui désigne les païens qui sont des mineurs n'ayant pas reçu la Loi. Il y a quatre questions, car les nations païennes sont symbolisées par le chiffre quatre (à cause des quatre Empires du livre de Daniel), ils sont donc représentés dans le seder par les quatre fils (le sage, l'impie, le simple et celui qui ne sait pas poser de question)
À quoi sert cette nuit ? À quoi sert l'exil ? À expliquer la Loi aux païens. Les païens ont faim de la parole de Dieu, mais il faut peu de nourriture pour les rassasier, et justement, la Pâque juive leur propose un pain léger, sans aucune lourdeur, sans levain. Ruth, nous dit un passage midrashique, a besoin de peu de nourriture. Elle se contente de miettes.
La fête de
pessaH tourne autour du chiffre 4 qui est le chiffre des païens.
arba’a banim (les quatre fils)
arba’a kossot (les quatre coupes)
arba’a koushiot (les quatre questions ou énigmes)
La fête de pessaH et son rituel ne parleraient que des païens et des temps messianiques. Le symbolisme des "quatre fils" serait le suivant : il faut donner des réponses suivant le niveau de préparation des païens.
Le Christainisme connait bien le thème de la nouvelle naissance qui fait que les Chrétiens sont comme des nouveaux nés. Justement, c'est le dimanche suivant Pâques, que les Chrétiens lisent l'hymne liturgique qui commence par: quasi modo geniti infantes, comme des enfants nouveaux nés. Pour la petite histoire (mais votre ami le sait certainement déjà) c'est le début de cet hymne qui a donné son nom à Quasimodo le personnage difforme de Notre Dame de Paris. Il avait été trouvé et recueilli par le prêtre Frollo le "dimanche de quasi modo". PessaH signifie boiter, or les païens sont toujours représentés dans le midrash juif, comme dans les Evangiles, comme des boiteux ou des estropiés.
Victor Hugo a-t-il écrit un midrash ? Laisser la question ouverte. Mais un estropié, abandonné, qui est lié à pâque et qui tombe amoureux d'une émeraude errante...Les chants qui cloturent le seder : "eHad mi yodea" ou "Had gadia" sans relation apparente avec la fête, semblent volontairement enfantins : il s'agirait de montrer qu'on peut louer Dieu dans le langage des enfants (lire : des païens). L'hymne liturgique qui commence par quasi modo se termine aussi par quasi modo : Célébrez dans la joie le Dieu notre protecteur : louez avec allégresse le Dieu de Jacob. Gloire au Père. quasi modo. Comme des enfants.


• De l'afiqoman à l'hostie

Au cours du seder de la fête juive de Pâque, on retire l’un des trois pains azymes (matzot), et on le brise en deux. Une des moitiés de ce pain porte le nom d’afiqoman (d’un mot grec qui signifierait “ce qui vient en dernier” ou dessert). Il représente nous dit-on l’agneau pascal. Ce pain est caché jusqu'à la fin du repas (tsafun) ce qui l'apparente au messie, lui aussi caché jusqu'à la fin. A la fin du repas, les enfants doivent “retrouver” l'Afiqoman, afin que le repas puisse prendre fin. Les Juifs persans ont conservé cette coutume: Ils confient la garde de l'Afiqoman à l’un des enfants. S'il réussit à la conserver durant toute la soirée, il obtient une récompense. Dans certaines communautés, on conserve toute l'année un morceau de l'Afiqoman. On pense qu'il a des vertus thérapeutiques et qu'il protège contre le mauvais œil. Une loi allégée, destinée aux “petits”, est laissée pour la fin. Le pain azyme est un pain léger, sans Hamira. Ce terme signifiant à la fois levure et rigueur, voire enflure. Hamira est, en hébreu tardif, à la fois le levain (Dictionnaire Jastrow p. 477) et ce qui est chargé, grave, lourd, strict. Ce qui expliquerait l’appel évangélique à se méfier du “levain des Pharisiens”, c’est-à-dire leur tendance à alourdir et compliquer la Loi. Corollaire : le pain azyme serait un symbole de la loi légère.
La notion de quelque chose de bon et de léger qu’on garde pour la fin sera reprise aussi dans la péricope des Noces de Cana.
Dire que les païens sont au centre du seder, c’est dire que le thème de la loi légère, figurée par le pain azyme est essentiel. Or l’hébreu indique que quelque chose est essentiel par l’expression guf (corps). Exemple : gufe tora signifie les principes essentiels de la Tora. L’hostie, morceau de pain azyme, qui figure à ce titre la loi légère, est au centre du messianisme chrétien, elle serait donc tout naturellement devenue guf mashiaH, le “corps” du christ. L’hostie est donc à la fois le substitut de l'agneau pascal et celui de l'afiqoman. Pour être certain que le message sera compris, il est redoublé : zé bessari, ceci est mon corps/mon annonce. On sait en effet que le Nouveau Testament joue sur l’homophonie entre bassar (corps, chair) et bessora (la bonne nouvelle, l’Evangile).

• Et le reste de l'année ?
Le reste de l'année, les Juifs redeviennent Juifs et les Chrétiens célèbrent la pâque juive tous les jours. La messe est en effet issue du seder de pessaH. L'origine de la messe est en effet le dernier repas que Jésus a pris avec ses disciples avant sa mort au cours duquel il a institué l'eucharistie.

• D'où viennent les Chrétiens ? Comment s'est faite leur séparation d'avec le Judaïsme ?
On peut tenter une réponse par le midrash sur Esther.
Il était une fois des Juifs, tout ce qu'il y a de plus juifs, des juifs absolument juifs, qui ont eu le sentiment qu'ils étaient arrivés au comble de quelque chose. On ne sait pas très bien quelle expérience ils ont vécue: la persécution romaine? la mondialisation (déjà) ? la sensation qu'un monde finissait, peut-être même l'idée que le Judaïsme allait disparaître ? Ce genre d'expérience, ceux qui sont restés juifs ont peut-être une idée de ce que cela peut être. On peut en sortir révolté contre Dieu, ou devenir athée, ou encore se raccrocher à une bouée de sauvetage. Ces juifs se sont donc raccrochés comme ils pouvaient à une bouée que les Juifs connaissent bien car ce sont eux qui l'ont inventée: c'est l'idée messianique.
Ces juifs messianiques ont relu activement les textes que les Juifs lisent eux-mêmes encore aujourd'hui. Mais bien entendu, dans la situation d'urgence qu'ils vivaient, ils lisaient ces textes activement, et surtout, ils voulaient absolument que ces textes soient vrais, qu'ils soient plus que des textes, qu'ils soient la vérité. Il était vital pour eux que ces textes soient plus que des textes. Et comme toujours, ils en ont fait une lecture midrashique, c'est-à-dire active, et ils ont commenté ces textes en les appliquant à ce qu'ils vivaient, ils ont mis ces commentaires par écrit, et ils ont lu ces textes dans leurs réunions, comme les Juifs lisent leur megila, et ils ont fini par y croire. Ils étaient bizarres, ces gens n'est-ce pas ? Chacun sait que les Juifs actuels qui lisent le midrash qu'on appelle Esther, eux, ne croient pas un seul instant à l'historicité de ce qu'ils lisent. Eh bien, les Chrétiens, ils ont fait la même chose, ils ont fini par y croire, à l'historicité de leurs textes.
La différence, c'est que ces gens connaissaient bien le midrash juif, bien mieux que vous et moi. Ils savaient par exemple que la venue du messie devait en principe s'accompagner de la conversion universelle des païens et de l'allégement de la loi juive. Et comme ils lisaient chaque jour leur midrash et qu'ils le croyaient réalisé, ces idées n'étaient pas de simples idées. Ils les vivaient, ils croyaient vivre l'époque messianique, ils pensaient que la loi était allégée et que les païens allaient se convertir. Ces païens qui n'avaient pas la halakha, ils les représentaient par des estropiés et des paralytiques que le messie guérissait. Quelle drôle d'idée. On se demande où ils allaient chercher tout cela. Leur Judaïsme leur avait appris que de nombreux passages de la Bible étaient lus de manière messiannique, ils ont donc pris ces textes très au sérieux, au pied de la lettre. En fusionnant les récits d'Isaac, de Joseph, d'Esther, de Job etc... ils ont fabriqué une nouvelle histoire dans laquelle cette fois le messie arrivait vraiment. Cette fois, c'est la bonne. Ce soir, c'est le grand soir. Cette nuit sera différente de toutes les autres nuits.
Jusqu'ici tout est au mieux dans le meilleur des mondes. Il s'invente une nouvelle saga messianique comme il s'en invente périodiquement, ainsi que l'attestent les histoires de Judith, d'Esther, de Suzanne etc... Rien d'extraordinaire donc, si ce n'est cette catastrophe: dans le midrash juif lui-même, le messie ne peut arriver qu'au comble du rejet. Le nouveau midrash est donc contraint de placer son récit sous le signe du refus des Juifs. Quand le récit chrétien (tout comme celui d'Esther) a commencé à être lu comme un événement historique, il était trop tard...Les Juifs étaient devenus ceux qui avaient le plus refusé le messie, comme le voulait le cahier des charges midrashique. La rupture était consommée.

• Une dernière question: Comment expliquer cette obsession de la vente du levain ?
Répondez que cette question est un peu complexe pour être traitée ici, mais que vraisemblablement cette histoire de traces de levain n'avait à l'époque aucune importance. Pensez: selon le Talmud, on ne recherche le levain que la nuit et à la lumière d'une bougie...


Date de création : 21/04/2007 : 16:31
Dernière modification : 29/07/2009 : 18:33
Catégorie : Rubrique Fêtes

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