le Champ du Midrash

Accueil  blog  Bonnes Nouvelles  Livre d'or 
Laisse les morts...

Laisse les morts...


Mt 8,19 - Et un scribe s'approchant lui dit : " Maître, je te suivrai où que tu ailles. 8.20 - Jésus lui dit : Les renards ont des tanières et les oiseaux du ciel ont des nids ; le Fils de l'homme, lui, n'a pas où reposer la tête. 8.21 - Un autre des disciples lui dit : Seigneur, permets-moi de m'en aller d'abord enterrer mon père. 22 - Mais Jésus lui dit : Suis-moi, et laisse les morts enterrer leurs morts.

Lc 9,57 - Et tandis qu'ils faisaient route, quelqu'un lui dit en chemin : Je te suivrai où que tu ailles. 58 - Jésus lui dit : Les renards ont des tanières et les oiseaux du ciel ont des nids ; le Fils de l'homme, lui, n'a pas où reposer la tête. 59 - Il dit à un autre : Suis-moi. Celui-ci dit : Permets-moi de m'en aller d'abord enterrer mon père. 60 - Mais il lui dit : Laisse les morts enterrer leurs morts ; pour toi, va-t'en annoncer le Royaume de Dieu. 61 - Un autre encore dit : Je te suivrai, Seigneur, mais d'abord permets-moi de prendre congé des miens. 62 - Mais Jésus lui dit : Quiconque a mis la main à la charrue et regarde en arrière est impropre au Royaume de Dieu.



   
L’expression laisse les morts enterrer leurs morts nous est tellement familière que nous pensons la comprendre intuitivement. Ce passage ne semble pas avoir de rapport avec les guérisons, l’allégement de la loi, ou la conversion des païens. Comment l’expliquer selon l’hypothèse midrashique qui est la nôtre ?

    En Luc, le passage est un triptyque. Trois disciples, trois réponses. Ce qui fait penser aux trois refus adressés aux candidats à la conversion au Judaïsme. Ici, il s’agit d’un triple refus adressé à qui voudrait différer une échéance. Cette référence à la charrue serait analogue à l’idée d’acheter un champ, c’est-à-dire de différer (indéfiniment) la venue du messie. En 1R 19, 20 nous trouvons un passage qui a certainement été à la source de notre péricope :
Élisée abandonna ses bœufs, courut derrière Élie et dit :
 " Laisse-moi embrasser mon père et ma mère, puis j'irai à ta suite. "
Élie lui répondit : " Va, retourne, que t'ai-je donc fait ? "

    Nous observons que ce passage est marqué par des oppositions de sonorité : qarob, qeber, baqar et le-baqer.
Élisée abandonne (
le-baqer) ses bœufs (baqar) mais veut visiter (le-baqer) ses parents (qerobim). L'hébreu tardif bqr signifie à la fois visiter et abandonner. Or, en Luc, le disciple doit renoncer à enterrer (qbr) ses morts.
Une anagramme de qbr, est rqb, la putréfaction, la terre d’une tombe contenant
des restes de cadavres, mais elle évoque aussi les Rékabites,
qui sont la figure des prosélytes, l'équivalent de Rahab, Jéthro, etc.

Reste à savoir de quels morts il s’agit. De ceux qui ont perdu la vie ? Ou bien des païens appelés morts et bétail par le midrash, ou encore des Pharisiens ? On se souvient, en effet, que les Pharisiens sont traités de sépulcres, ou qbrwt, qbrym (Mt 23, 27). Les Pharisiens interviennent ici en liaison avec la conversion des païens. En effet, ils savent traverser (la‘avor) mers et continents pour faire un prosélyte (Mt 23,15). Le prosélyte était également tenu de faire un sacrifice (qrbn), autre rapport avec le bétail, et d’autre part, il devait abandonner son milieu d’origine. Selon le principe de la nouvelle naissance, il abandonnait (le-baqer) père et mère.
    Par conséquent, si l’expression laisse les morts enterrer les morts présente encore une certaine résistance à l’interprétation midrashique, nous pouvons au moins être certains qu’il s’agit d’une polémique visant les Pharisiens. En effet, le Pharisien (qui est lui-même un sépulcre) est un être versatile et contradictoire (baqruta, baqranuta : insouciance, légèreté) et s’il lui arrive de rapprocher (le-qareb) un prosélyte, c’est pour l’enterrer aussitôt, comme nous l’indique la fin du verset de Matthieu, qui nous précise :
Malheur à vous, scribes et Pharisiens hypocrites, qui parcourez mers et continents pour gagner un prosélyte, et, quand vous l'avez gagné, vous le rendez digne de la géhenne deux fois plus que vous !
Autrement dit les Pharisiens laissent les païens dans l’idolâtrie. Ils ne les convertissent pas vraiment, ils disent mais ils ne font pas. Tout ce passage s’expliquerait donc par le reproche fait aux Juifs de ne pas croire véritablement au messie. En effet, il faut bien comprendre que la venue effective du messie est le même événement que la conversion des païens. Si les Juifs ne croient pas au messie, ils ne croient pas à la conversion générale des païens. La "preuve" en est que les Juifs s’opposent, par leur loi, à ladite conversion. La polémique joue donc sur les sens opposés d’éloigner (la perspective du messie et la conversion des païens) et de rapprocher (convertir)

Verbe



prononciation

 



sens




commentaire

קרב

qrb

Rapprocher

Convertir

Sacrifier

Parents, proches

 
קבר

qbr

Enterrer
Tombe
 
בקר

bqr

Visiter

Abandonner

Bétail

Aube


בכר

primogéniture,

premier-né

prémices



Texte extrait de l'ouvrage "Comprendre les origines du Christianisme" de Maurice MERGUI

Date de création : 30/11/2007 : 12:43
Dernière modification : 23/12/2007 : 02:47
Catégorie : Extraits d'ouvrages

up Haut up


Site propulsé par GuppY - © 2004-2007 - Licence Libre CeCILL
Document généré en 0.02 seconde